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9 juin 2015 2 09 /06 /juin /2015 23:49
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Comprendre la situation des coptes

Discriminés depuis des décennies, cible d’attentats, comme vingt et un d’entre eux égorgés par Daech en février en Libye, les coptes constituent la plus importante population chrétienne du Proche-Orient

Qu’est-ce qu’être copte ?

Plus importante communauté chrétienne du Proche-Orient, composée de 6 à 8 millions de fidèles, soit 10 % de la population égyptienne, les coptes ne se définissent pas seulement par leur appartenance ecclésiale. L’appellation « copte » – contraction arabe du mot grec aïguptios, « égyptien » – recouvre également une langue dont l’usage s’est perdu au profit de l’arabe, mais aussi une culture et une histoire collective qui se confondent avec celle de l’Égypte. Autrement dit, être copte, c’est avant tout être égyptien.

« La question des origines et de l’identité n’a jamais été aussi centrale, relève l’historien Bernard Heyberger, spécialiste des chrétiens d’Orient à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Si les coptes se perçoivent comme les descendants des pharaons, cela n’a cependant pas toujours été le cas : c’est pour eux une manière d’affirmer leur antécédence par rapport aux Arabes musulmans arrivés en Égypte au VIIe siècle. »

Si les coptes descendent bel et bien des premiers Égyptiens qui ont embrassé le christianisme au 1er siècle, à la faveur de la prédication de saint Marc, c’est aussi le cas de nombreux musulmans, dont les ancêtres se sont par la suite convertis à l’islam. Des études génétiques récentes ont toutefois mis en évidence un lien privilégié entre les coptes d’aujourd’hui et la population égyptienne de l’Antiquité, les musulmans relevant plus souvent d’un apport arabe venu de l’extérieur.

« Quoi qu’il en soit, il est culturellement préférable de s’en tenir à un seul peuple égyptien partageant une même identité », souligne Christian Cannuyer, spécialiste des coptes à l’Institut catholique de Lille. L’insistance récente sur leurs origines pharaoniques a d’ailleurs conduit les coptes à minimiser l’influence culturelle grecque – alphabet, concepts philosophiques – et arabe : diffusion des textes, liturgie, fonctionnement de l’Église inspiré du droit musulman, etc.

Le renouveau copte au cours des dernières décennies doit également beaucoup au modèle des missions protestantes et catholiques. Ainsi la Vierge apparaît-elle au Caire, en 1968, sous les traits de Notre-Dame de Lourdes…

Quelles sont les particularités de l’Église copte ?

La foi copte s’est nourrie aux meilleures sources des premiers siècles : écrits apostoliques et patristiques, textes conciliaires, documents monastiques… C’est aussi dans l’Égypte de cette époque que naît le monachisme, autour des expériences cénobitique de saint Pacôme et érémitique de saint Antoine.

Dans sa somme consacrée aux chrétiens d’Orient (1), Jean-Pierre Valognes définit l’identité religieuse copte selon trois critères. Au plan liturgique, les coptes pratiquent le rite alexandrin – qui s’est développé dans le ressort de l’antique Patriarcat d’Alexandrie – et utilisent essentiellement l’arabe au cours de messes longues et complexes, rythmées par les chants des fidèles avec de riches ornements, cymbales et triangles. L’année liturgique est marquée par quatre temps de jeûne : avant Pâques, Noël (fêté le 7 janvier), la fête des saints Pierre et Paul et l’Assomption.

Au plan doctrinal, l’Église copte fait partie des Églises dites « pré-chalcédoniennes ». À ce titre, elle reconnaît les trois premiers conciles œcuméniques (Nicée, Constantinople, Éphèse) mais pas celui de Chalcédoine (451) où a été proclamée la double nature du Christ. C’est cette particularité à la fois rituelle et doctrinale qui a conduit les coptes à se constituer en Église autonome dans le ressort du Patriarcat d’Alexandrie, dont l’actuel patriarche Tawadros II réside au Caire. Même si elle est qualifiée d’orthodoxe pour souligner sa séparation d’avec Rome, l’Église copte n’appartient donc ni au catholicisme ni à l’orthodoxie gréco-slave.

« Cette destinée très autonome confère à l’Église copte un profil conservateur, explique Christian Cannuyer. Très critique à l’égard de la théologie occidentale, elle est profondément attachée à la stabilité des dogmes et développe une approche assez fondamentaliste de l’Écriture qui n’est pas sans rappeler la sensibilité religieuse musulmane. »

Si elle cultive volontiers la foi du charbonnier, mise en scène avec humour et tendresse dans le film La Vierge, les coptes et moi… de ­Namir Abdel Messeeh (2011), l’Église copte a connu un grand renouveau spirituel et vocationnel depuis les années 1950. En dépit de son conservatisme théologique, elle a signé en 1973 un accord théologique avec Rome au terme duquel les deux Églises se reconnaissent mutuellement une même foi dans le même Christ. À côté de la grande Église copte orthodoxe s’est aussi développée, sous l’action des missions catholiques aux XVIIIe et XIXe siècles, une Église catholique dont le petit nombre de fidèles (autour de 250 000) est inversement proportionnel à l’action éducative et sanitaire dans le pays.

Quelle place les coptes occupent-ils dans la société égyptienne ?

Entre le XIVe et le XIXe siècle, le poids de l’Église copte dans la société égyptienne décline de manière continue. Sous la période ottomane, les coptes deviennent des dhimmis (statut juridique inférieur) assujettis au calife en échange de sa protection. Ce n’est qu’au XXe siècle, dans l’entre-deux-guerres, sous le règne de Fouad Ier, qu’ils retrouvent une place non négligeable avec un nombre de députés (parti Wafd) proportionnellement supérieur à leur ­démographie.

À partir des années 1950, le nationalisme nassérien et les gages concédés à l’islamisme conduisent au retrait progressif des coptes de la vie civile. Un processus qui s’accentue sous les présidences de Sadate et de Moubarak. « L’Église récupère alors le monopole de l’expression communautaire copte », résume Christian Cannuyer.

Avec l’éclatement des printemps arabes en 2011, les coptes ont été au cœur des convulsions de la société égyptienne. Après avoir réclamé un statut de citoyen à part entière dans la nouvelle Constitution, ils prennent massivement part au mouvement conduisant à la chute du Frère musulman Mohamed Morsi en 2013. Ils en paient aujourd’hui le prix fort, en étant régulièrement la cible d’attentats commis par des islamistes radicaux. « La protection qu’ils trouvent aujourd’hui auprès du général Sissi s’apparente à un retour à la case départ », résume Bernard Heyberger, comme du temps de Moubarak dont l’autoritarisme rassurait les milieux coptes les plus conservateurs.

La participation du général Sissi à la messe de Noël n’empêche pas les coptes de continuer à faire l’objet de discriminations dans l’administration, dans l’armée ou à l’université. Avec près de 10 % de chrétiens, la question de la liberté religieuse et de la citoyenneté prend en Égypte un relief tout particulier au Proche-Orient.

Samuel Lieven

La Croix

 
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Published by Marc-Elie - dans Textes
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commentaires

Couleur-Parenthèse 10/06/2015 11:02

Merci Marc pour cet article très instructif. Merci pour ton blog d'une grande ouverture au monde et à la foi! En union de prière! laure.