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23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 23:37
Les trois anges. Détail de L’Hospitalité d’Abraham (VIe siècle). Basilique Saint-Vital (Ravenne, Italie)

Les trois anges. Détail de L’Hospitalité d’Abraham (VIe siècle). Basilique Saint-Vital (Ravenne, Italie)

Le pain a une place de choix dans les Écritures saintes, jusqu’à être désigné par Jésus, « pain de vie », comme sa « chair donnée pour la vie du monde ».

Quelle place a le pain dans l’Ancien Testament ?

Le pain,lechem en hébreu, est présent tout au long de la Bible, dès les premiers livres. Dans la nouvelle traduction liturgique de la Bible de Jérusalem, on trouve 361 occurrences du mot. Au-delà de l’aliment composé de farine et d’eau, plat de base de l’alimentation dans de nombreuses cultures, et notamment chez les Israélites (fait d’orge pour les pauvres et de froment pour les plus aisés), le motlechem peut indiquer la nourriture au sens large.

« Dès le premier chapitre de la Genèse, lorsque Dieu indique à l’homme ce qu’il peut manger, il est fait référence à cette idée », explique le P. Michel Guéguen, enseignant à l’École cathédrale du diocèse de Paris.

Don de Dieu, le pain devient aussi fruit d’un dur labeur obtenu par l’homme« à la sueur de (son)front » (Genèse 3,19), après le péché originel. Nourriture essentielle pour la route aussi, comme le pain que donne Abraham à Agar (Genèse 21,14) ou galette placée par l’ange auprès d’élie pour lui redonner des forces (1 Rois 19, 6), ou encore offrande à Dieu, telle que décrite au chapitre 7 du Lévitique, le pain peut aussi manquer.

C’est la famine, qui fait se lamenter le peuple en Égypte (Genèse 47), et les Hébreux dans le désert (Exode 16).

Mais aux récriminations du peuple élu, Dieu fait répondre par Moïse qu’ils auront« du pain à satiété » : C’est la manne, cette nourriture inconnue qui est« le pain que le Seigneur vous donne à manger », explique Moïse (Exode 16,15).

Nourriture donnée en abondance mais dont chacun est appelé à se servir avec mesure, d’une ration quotidienne, préfigurant la multiplication des pains de l’Évangile. « Le pain est ce que Dieu donne et qui répond à tous les désirs que l’homme peut porter dans son cœur », explique encore le P. Guéguen.

Le pain, nourriture végétale, est celle du jardin d’Eden, dans laquelle la violence n’existe pas.« Lorsque, dans le livre de la Genèse, Dieu autorise la nourriture carnée, c’est pour canaliser la violence présente au cœur de l’homme », poursuit le P. ­Guéguen.

Une symbolique qu’on retrouve aujourd’hui encore dans l’Eucharistie :« L’hostie, pain azyme, rappelle que la violence a disparu, puisque Jésus l’a prise sur lui dans sa mort. »

Pourquoi le pain sans levain a-t-il une telle importance 

C’est dans le livre de l’Exode qu’apparaît le commandement de manger des pains sans levains« pendant sept jours » pour commémorer la sortie d’Égypte.

Une tradition perpétuée par les juifs avant Pessah. Le pain sans levain devient offrande à Dieu : dans le Nouveau Testament aussi, il symbolise la purification, le renouvellement total, puisque rien d’ancien n’est mêlé à la nouvelle pâte.

« Ne savez-vous pas qu’un peu de levain suffit pour que fermente toute la pâte ?, lance saint Paul aux Corinthiens.Purifiez-vous donc des vieux ferments, et vous serez une pâte nouvelle, vous qui êtes le pain de la Pâque, celui qui n’a pas fermenté.

Car notre agneau pascal a été immolé : c’est le Christ. Ainsi, célébrons la fête, non pas avec de vieux ferments, non pas avec ceux de la perversité et du vice, mais avec du pain non fermenté, celui de la droiture et de la vérité. » (1 Corinthiens, 5, 6-8)

Lors de la célébration de la Cène, Jésus utilise du pain sans levain en instituant l’Eucharistie. L’hostie* rappelle encore aujourd’hui cette tradition juive.

Ainsi, l’instruction Redemptionis Sacramentum publiée en 2004 affirme que l’eucharistie« doit être célébrée avec du pain azyme, de pur froment et confectionné récemment en sorte qu’il n’y ait aucun risque de corruption ».

Quelle place pour le partage et la fraction du pain ?

Ce rite de la fraction du pain remonte à l’Ancienne Alliance, expliquent René Pothier et Sœur Catherine Aubin (1) et« a pour but de faire l’unité entre les convives, réalisant ainsi une communion ». Pourtant, le pain partagé peut aussi avoir le goût de la trahison.« Celui qui mange le pain avec moi m’a frappé du talon », déclare ­Jésus en Jean 13, désignant Judas qui s’apprête à se servir à ses côtés avant d’aller le dénoncer.

Pour les chrétiens, les épisodes de la multiplication des pains sont« le signe par excellence de la reconnaissance de Jésus comme Christ, explique le P. Guéguen.Le signe que Jésus est le Messie, celui qui est attendu par le peuple d’Israël. »

Ainsi, lorsque Jésus nourrit plus de 5 000 hommes à partir de 5 pains et deux poissons, on veut se saisir de lui pour le faire roi. Il est reconnu comme le« prophète annoncé » (Jean, 6,14), même si le peuple se trompe sur sa royauté.

Signe de reconnaissance du Christ, la fraction du pain l’est aussi après sa résurrection, sur le chemin d’Emmaüs (Luc, 24, 30).

Que désigne « le pain de la vie » ?

Jésus naît à Bethléem, ville de David, qui étymologiquement signifie « maison du pain ». Il est emmailloté et placé« dans une mangeoire », précise saint Luc (2,7). Un détail qui a toute son importance : l’enfant Jésus est celui qui se définira comme« le pain de la vie » (Jean 6, 35), et qui, instituant l’Eucharistie, déclarera« Ceci est mon corps, donné pour vous » (Luc 22,19).

« Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde », rapporte encore saint Jean.

« La nourriture est ce par quoi Dieu se fait connaître, de la même manière que le lait est ce par quoi les enfants découvrent leur mère dès leur naissance, explique le P. Guéguen.C’est une manière de montrer que Dieu est père. »

Une nourriture qui n’est nécessaire que le temps du cheminement terrestre. Lorsque les Hébreux rentrent en terre promise, la manne cesse de tomber puisque désormais ils se nourrissent du fruit de la terre et non plus du pain de la route.

« De même, au ciel, on n’aura plus besoin d’eucharistie, poursuit le P. Guéguen.Le signe disparaît au profit de la réalité rejointe. »

Clémence Houdaille

article paru dans La Croix


(1) La Fraction du pain et sa signification, revue La Maison-Dieu, n° 209, 1997.

* Dans l'Eglise ortodoxe on utilise du pain levé. Pourquoi ?
  • C’était l'ancienne coutume apostolique.
  • Le mot Artos (pain en grec) est utilisé dans tous les compte-rendus de la Cène avec la signification de pain au levain commun. Si le pain sans levain, avait été utilisé on  aurait dit Azymos mot qui est toujours utilisé pour spécifier que le pain est sans levain. 
  • Les Juifs ont été condamnés à manger du pain sans levain, car ils devaient quitter l'Egypte dans l’urgence et n'avaient pas le temps d'attendre que le pain lève. Ce pain était aussi appelé pain de l'affliction pour leur rappeler l'affliction qu'ils avaient subie quand ils étaient aux mains des Egyptiens, et le pain d'amertume, car mangé avec des herbes amères. Nous ne mangeons pas du pain d'amertume sans levain le dimanche. Le pain sans levain se rapporte au deuil, c'est donc quelque chose de totalement inapproprié dans le cadre du Jour du Seigneur et tout à fait inapproprié également pour la célébration de l'Eucharistie qui est une célébration joyeuse. L'Eucharistie se rapporte à la Résurrection autant qu’à la Crucifixion, c'est pourquoi le jeûne est interdit le dimanche et les liturgies sont festives. 
  • L’Écriture utilise le mot levain de deux façons. Le Christ nous met en garde de conserver du levain des pharisiens. Il se réfère à leurs doctrines hypocrites qui, comme un petit morceau de levain quand il est pétri dans la pâte la fait lever tout entière ; ce qui signifie que quand les doctrines des Pharisiens sont acceptées elles peuvent infecter toute la personne et la communauté. Mais le Christ dit ici qu'il ne parle pas du pain. (Mt 16,6) Il mentionne par ailleurs que le Royaume des Cieux est semblable au levain qu'une femme a pris et mis dans trois mesures de farine, jusqu'à ce que la pâte soit toute levée. (Matthieu 13,33) En tant qu’image du Royaume le pain au levain est de loin le plus approprié pour être utilisé comme la nourriture du Royaume. Le pain au levain est aussi appelé «pain vivant». Le pain sans levain est considéré comme «mort». Quand le Christ se présente comme «le pain de vie», «le pain vivant», il est certainement bien représenté par du pain au levain. Le levain est compris comme symbole de la vie - le corps vivant et ressuscité du Christ. "
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Published by Marc-Elie - dans Textes
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