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8 juin 2017 4 08 /06 /juin /2017 23:19
Saint Isaac le Syrien, la fraternité universelle

Dans quel contexte a-t-il vécu ?

Le Proche-Orient, berceau du christianisme, est aussi la région où le christianisme originel a éclaté en divers dogmes, puis en diverses Églises, du fait des circonstances géopolitiques et des querelles théologiques sur la vraie nature du Christ.

Ainsi, au VIIe siècle, les chrétiens de Mésopotamie et de Syrie – régions où a vécu saint Isaac le Syrien – appartiennent à des Églises indépendantes ayant reconnu ou non le concile d’Éphèse de 431 (qui a défini l’union des deux natures, humaine et divine, du Christ, et donné le titre de Theotokos, « mère de Dieu », à Marie).

D’autres Églises, dites nestoriennes, mettaient l’accent sur l’humanité du Christ. Organisées autour d’un patriarche, elles partageaient suffisamment de points communs pour se reconnaître une même identité en temps de crise : c’est le cas lors de la conquête arabo-musulmane de la Syrie en 635.

Les conquérants n’engagent pas de politique d’islamisation forcée et offrent aux chrétiens partout majoritaires – même si l’on compte aussi quelques minorités juives – le statut de dhimmi (protégé). Les monastères qui se rallient aux musulmans obtiennent en récompense une diminution du kharâj (impôt foncier).

Que sait-on de la vie d’Isaac le Syrien ?

De l’homme lui-même, on ne sait presque rien, sinon qu’il serait né dans la région du Bet Qatraye (l’actuel Qatar) vers 630-640 et que, dès sa jeunesse, son renom de sainteté se répandit dans l’Empire perse.

Au point qu’il fut choisi par le patriarche de l’Église syro-orientale (nestorienne), Mar Guiwarguis Ier (658-680), pour devenir l’évêque de Ninive (l’actuelle Mossoul, en Irak), « probablement pour régler une situation difficile », précise le théologien italien Sabino Chialà, de la communauté monastique de Bose.

Isaac fut consacré, vers 660-670, par le patriarche. Mais il abdiqua quelques mois plus tard. « Les deux notices que l’on possède à propos de son départ de l’épiscopat divergent quant aux dates et aux motivations », précise Marie-Anne Vannier, rédactrice en chef de la revue Connaissance des Pères de l’Église (1) et professeur de théologie à l’Université de Lorraine à Metz.

Dans un cas, il s’agirait d’un départ volontaire, après que deux fidèles repoussèrent ses conseils évangéliques. Dans un autre cas, il s’agirait d’un départ sous la pression de confrères évêques, jaloux de son prestige et opposés à sa doctrine spirituelle.

Isaac se retira alors dans le monastère de Rabban Shabour, dans le Bet Huzaye (sud-ouest de l’Iran actuel), où il vécut dans un ermitage isolé. Selon Marie-Anne Vannier, on venait de loin consulter l’homme de Dieu, « réputé pour son humilité et sa frugalité ».

Du fait de sa lecture assidue des livres saints et de ses larmes abondantes, sa vue s’usa précocement. Devenu aveugle, il continua de dicter ses réflexions à ses disciples.

Qu’a-t-il écrit ?

Ce que l’on connaît aujourd’hui de la production littéraire d’Isaac consiste en trois collections de discours. La première, composée de 82 discours connus depuis toujours et traduits très tôt en grec, arabe, géorgien, slave, éthiopien et latin (puis, dès le XIVe-XVe siècle, en italien, français, portugais, catalan, castillan… jusqu’en japonais).

C’est cette première collection que l’on nomme Traité de la perfection religieuse. La deuxième collection, composée de 41 discours (dont quatre centuries), a été redécouverte en 1983 par le Britannique Sebastian Brock, spécialiste du syriaque à l’Université d’Oxford.

La troisième collection, composée de 17 discours (dont trois figurent déjà dans les collections précédentes) a été découverte dans un manuscrit trouvé à Téhéran.

Dans ces écrits, Isaac traite de tout ce qui concerne la vie spirituelle. Il écrit (ou dicte) pour des moines solitaires de la montagne iranienne du VIIe siècle, mais il est lu, compris et aimé tout au long des siècles, par des chrétiens de toutes conditions.

Ainsi, son Traité de la perfection religieuse fut l’un des premiers livres qui débarquèrent dans le Nouveau Monde avec Bernardo Boil, son traducteur en catalan, compagnon de Christophe Colomb. Et Dostoïevski le mentionne explicitement dans Les Frères Karamazov…

Contrairement à ce qui a pu être écrit à une époque, il y avait une proximité entre Isaac le Syrien et Évagre le Pontique, maître à penser des Pères du désert et proche d’Origène (Lire La Croix des 11-12 mars).

« La pensée d’Isaac fait la synthèse de deux Pères du désert », précise Marie-Anne Vannier : Macaire, en Égypte, centré sur les thèmes du « cœur » et de la « plénitude du Saint-Esprit » ; Éphrem de Nisibe (actuelle ville turque de Nusaybin), qui recherchait tout ce qui est figure du paradis perdu et du paradis futur.

Qu’a-t-il apporté à la spiritualité chrétienne ?

Pour saint Isaac, les voies de la connaissance de Dieu sont existentielles et passent par la solitude, l’humilité, la charité et la pureté de cœur. Il ne cesse de parler de l’amour de Dieu pour les hommes : un amour sans limites, « qui a conduit Jésus à la croix, qui triomphe de tout et devant lequel ni mort ni enfer ne subsistent ».

Il insiste sur la transformation qu’opère la prière hésychaste (du grec hesychazo, « paix », « silence », « tranquillité du cœur »). « Que l’orant dorme ou qu’il veille, la prière désormais ne s’en va pas de son âme. Qu’il mange, qu’il boive, qu’il dorme, quoi qu’il fasse, et jusque dans le sommeil profond, le parfum de la prière s’élève sans peine dans son cœur » (Traité de la perfection, chap. 85).

Cette transformation donne à celui qui prie un regard de miséricorde et de bénédiction sur les êtres et les choses, jusqu’aux serpents. « Isaac vivait dans une fraternité universelle avec les animaux et toute la Création, comme François d’Assise et Séraphim de Sarov », évoque encore Marie-Anne Vannier.

Ses écrits eurent une grande influence dans les Églises d’Orient, notamment auprès de Syméon le Nouveau Théologien (949-1022), grand spirituel byzantin ayant reçu le titre de « docteur » dans l’Église orthodoxe. Par ce biais, saint Isaac influença tout le mysticisme russe.

Claire Lesegretain

La Croix

(1) Revue trimestrielle, disponible sur abonnement (Éd. Nouvelle Cité).

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Published by Marc-Elie - dans Textes
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