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30 novembre 2017 4 30 /11 /novembre /2017 23:55
Les Eglises d’Orient, une histoire longue et plurielle

Les Eglises d’Orient, une histoire longue et plurielle

Les chrétiens dits d’Orient sont très majoritairement catholiques ou orthodoxes. Ils sont répartis en de nombreuses Églises différentes, nées de querelles doctrinales aujourd’hui souvent apaisées. Après la conquête musulmane au VIIe siècle, ils se sont rapidement trouvés en situation minoritaire.

Pourquoi les chrétiens d’Orient se sont-ils rapidement divisés ?

Les Églises d’Orient sont issues des grandes querelles autour de la définition de la nature du Christ, qui ont divisé l’Église durant l’antiquité chrétienne.

Ainsi, au début du Ve siècle, l’Église assyrienne, qui rassemble les chrétiens vivant en Mésopotamie, estime qu’il faut dissocier, dans la personne du Christ, les natures humaine et divine, alors que les évêques réunis au concile d’Éphèse (431) affirment le contraire.

Quelques années plus tard, Eutychès (v. 378-454), moine à Constantinople, développe à l’inverse une doctrine affirmant que la nature divine du Christ a absorbé sa nature humaine.

Il est condamné par le concile de Chalcédoine (451) dont les conclusions sont, par contre, rejetées par les Églises d’Égypte et de Syrie – qui forment depuis les Églises copte-orthodoxe et syrienne-orthodoxe – ainsi que par l’Église arménienne.

Ces Églises qui se sont séparées aux conciles d’Éphèse et de Chalcédoine (aujourd’hui Kadiköy, sur la rive asiatique d’Istanbul) sont dites « pré-chalcédoniennes ».

Comment Rome et Constantinople se sont-elles séparées ?

La rivalité a été permanente entre les deux grands pôles du christianisme, Rome et Constantinople, jusqu’à la chute de l’Empire byzantin, en 1453. Au début, aucune controverse théologique ne les sépare et tous les deux acceptent les résolutions des conciles de Nicée (325) et de Constantinople (381) qui fixent le Credo. Celui-ci affirme notamment la foi des chrétiens dans le Père, le Fils et « l’Esprit Saint, (qui) procède du Père ».

En 589, un concile local à Tolède (Espagne) modifie cette définition et enseigne que « l’Esprit procède du Père et du Fils ». Cet ajout de « et du Fils » (en latin : Filioque) se généralise dans l’Église latine au IXe siècle. Les Carolingiens, qui disputent aux Byzantins l’héritage de l’Empire romain, en tirent prétexte pour mettre en doute l’orthodoxie doctrinale de Constantinople. En riposte, le patriarche Photios de Constantinople qualifie en 867 l’adjonction du Filioque de « blasphème ».

La rupture sera définitive au XIe siècle, lorsqu’en 1054, le cardinal Humbert de Silva Candida, légat de Léon IX, part à Constantinople et y excommunie le patriarche Michel Ier Cérulaire. Le sac de Constantinople par les croisés en 1204 ruinera pour longtemps toute chance de réconciliation.

Pourquoi des Églises orientales sont-elles unies à Rome ?

À partir du XVe siècle, des tentatives ont lieu pour réunir Églises d’Orient et d’Occident. En 1439, le concile de Ferrare-Florence (Italie) adopte une union entre Latins et orthodoxes, que ces derniers dénoncent ensuite, invoquant un chantage à l’aide militaire au moment où Constantinople est menacée par les Turcs – elle tombera en 1453.

Dans les siècles suivants, sous l’influence des missionnaires latins au Proche-Orient et dans les pays slaves, des parts plus ou moins importantes des Églises orientales vont s’unir à Rome, sur la base de ce qui avait été décidé à Florence. De son côté, l’Église maronite (présente en majorité au Liban) a toujours proclamé ne s’être jamais séparée de Rome.

Lexique

Araméen

Selon la Bible, la Mésopotamie aurait été peuplée par les descendants d’Aram, cinquième fils de Sem, qui donnera son nom au territoire du centre de l’actuelle Syrie. La langue araméenne, qui appartient à la branche sémitique, apparaît au Ier millénaire av. J.-C. et devient, jusqu’au VIIe siècle apr. J.-C., la principale langue du Proche-Orient, avant d’être supplantée par l’arabe.

Diaspora

Mot grec signifiant « dissémination » (de speiro, semer). La diaspora a d’abord désigné la dispersion des juifs autour du bassin méditerranéen puis à travers le monde. Par analogie, il s’applique, surtout depuis le XXe siècle, à tous les groupes ethniques dispersés par l’histoire.

Rite

Comme l’explique le code des canons des Églises orientales, « le rite est le patrimoine liturgique, théologique, spirituel et disciplinaire qui se distingue par la culture et les circonstances historiques des peuples et qui s’exprime par la manière propre à chaque Église » (canon 28).

Syriaque

Dérivé de l’araméen, le syriaque apparaît à Édesse (aujourd’hui Sanliurfa, en Turquie) à la fin du Ier  millénaire av. J.-C. et devient la langue des chrétiens qui lui donnent un véritable statut littéraire. Il est aujourd’hui l’héritage de tous les chrétiens syriaques, du Proche-Orient au sud de l’Inde : syriens-orthodoxes et syriens-catholiques, assyriens et chaldéens, maronites, malabars et malankars. Le syriaque est aujourd’hui parlé à travers plusieurs dialectes en Syrie (syriaque occidental), au sud de la Turquie (turoyo) et en Irak et Iran (syriaque oriental ou soureth).

Le casse-tête des chiffres

La collecte de chiffres précis et actuels concernant les chrétiens d’Orient est une entreprise malaisée. Les instances religieuses, qui tiennent notamment les registres des baptêmes, ont en effet tendance à en gonfler le nombre. À l’inverse, les États de la région cherchent parfois à le minimiser, pour des motifs politiques, territoriaux ou économiques. En tout cas, aucun recensement fiable n’a été réalisé dans ces pays depuis plusieurs décennies. Les conflits en cours ont par ailleurs provoqué de très importants mouvements de population, qui ont notamment touché les chrétiens. Une émigration économique est aussi à l’œuvre, qu’il est parfois difficile de quantifier car elle s’accompagne de fréquents allers-retours. Pour toutes ces raisons, la carte ci-dessus ne prétend donner que des estimations, en s’appuyant sur les données fournies par L’œuvre d’Orient.

Nicolas Senèze

Frise chronologique

43

À Antioche, les disciples du Christ reçoivent pour la première fois le nom de « chrétiens », d’après les Actes des Apôtres. L’appellation se répand ensuite, notamment lors des premières persécutions.

313

Un édit de tolérance promulgué par les empereurs Constantin Ier et Licinius accorde la liberté de culte à toutes les religions. Commence l’âge d’or des Pères de l’Église, souvent orientaux, et de débats théologiques passionnés. Le concile de Nicée, en 325, affirme que le Christ est « de même nature que le Père ».

451

Vingt ans après le concile d’Éphèse, qui affirme que « la Sainte Vierge est Mère de Dieu » – ce qui sous-entend la nature à la fois humaine et divine du Christ –, le concile de Chalcédoine confesse que « le Christ est une seule personne en deux natures ». Les Églises d’Égypte et de Syrie refusent cette conclusion.

637

Jérusalem, la ville où le Christ est mort et ressuscité selon la tradition chrétienne, est prise aux Byzantins par le deuxième calife de l’islam, Omar Ibn Al Khattab. Déjà sainte pour les juifs et les chrétiens, Jérusalem devient la troisième ville sainte des musulmans. Les croisés en prendront le contrôle de 1099 à 1187.

1915-1916

Entre 1,2 et 1,5 million d’Arméniens d’Anatolie meurent lors de massacres et de déportations décidés par le gouvernement ottoman. Cent ans plus tard, de nombreux pays parlent à ce sujet d’un « génocide ». Des centaines de milliers de chrétiens d’autres confessions, notamment assyriens, furent également tués.

1948

Création en Palestine de l’État d’Israël, qui se définit à sa naissance comme un État juif et démocratique et qui garantit la liberté de conscience. Depuis 1967, Israël contrôle la Vieille Ville de Jérusalem, où se trouvent des lieux saints du christianisme, comme le Saint-Sépulcre, et le siège de plusieurs patriarcats.

1975-1990

Une guerre civile ravage le Liban, seul pays arabe où chrétiens et musulmans étaient en nombre équivalent. Le conflit, aux ramifications complexes, fait 150 000 morts et des centaines de milliers d’exilés. En 1989, les accords dits de Taëf instituent une nouvelle répartition du pouvoir entre chrétiens, chiites et sunnites.

2014

Au nord de l’Irak, le groupe terroriste Daech s’empare de Mossoul et de la plaine de Ninive, où vivent de nombreux chrétiens, provoquant un exode massif vers la région kurde, la Turquie et l’Occident. La région sera libérée à l’automne 2016 et Mossoul à l’été 2017 mais les dévastations rendent les retours précaires.

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