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11 avril 2018 3 11 /04 /avril /2018 22:55
Comprendre la résurrection

Pour les chrétiens, le Christ est ressuscité au matin de Pâques et il offre à tout homme la possibilité de vivre, comme lui, éternellement.

Que signifie ce mot ?
Issu du latin resurgere (se relever, se rétablir, se ranimer), ce terme d’emblée théologique ne trouve pas son équivalent dans les langues bibliques. Le texte grec du Nouveau Testament privilégie des expressions imagées : Jésus s’est « réveillé » (egeiro) ou s’est « relevé » (anisthémi) d’entre les morts.

Outre ce champ lexical du réveil ou du relèvement, on trouve dans les Évangiles un deuxième vocabulaire qui dit la résurrection : le langage de la vie. On lit ainsi que Jésus est « vivant », qu’il est « revenu à la vie ». Enfin, le troisième schéma sémantique est celui de l’exaltation : c’est le vocabulaire de l’élévation, de la montée au ciel, de la session à la droite du Père et de la gloire du ressuscité.

Est-il question de résurrection avant Jésus ?
Le thème apparaît à plusieurs reprises dans l’Ancien Testament, par exemple au chapitre 12 du Livre du prophète Daniel : la résurrection y est décrite comme un événement universel, qui surviendra à la fin des temps et ouvrira les portes du royaume de Dieu.

« Quand les apôtres et Marie Madeleine annoncent que Jésus est ressuscité, ils réutilisent un vocabulaire qui avait jusque-là un sens très précis, mais pour dire quelque chose qui n’a encore jamais été dit », explique le père Éric Morin, coordinateur de l’École Cathédrale au Collège des Bernardins. Il ne s’agit plus en effet d’un événement uniquement eschatologique, puisque l’Histoire se poursuit, et cela ne touche plus tous les hommes, mais un seul, Jésus de Nazareth.

Contrairement à son ami Lazare, Jésus n’a pas simplement retrouvé un corps « réanimé » pour vivre comme avant jusqu’à mourir une seconde fois. Il ne s’agit pas de retrouver la vie d’avant la mort, mais d’entrer dans une vie nouvelle dont Jésus est le premier vivant.

Pour la bibliste Anne-Marie Pelletier, la résurrection du Christ s’inscrit dans une longue pédagogie qui, au long de l’Ancien Testament, « écarte avec soin les ”arrière-mondes” qu’inventent des hommes pour conjurer leurs peurs face à la question de la mort ». Or imaginer une réanimation ou une réincarnation est bien, selon elle, une manière de surmonter l’inconnu ou de « se consoler des ratages du temps présent ».

En quoi la résurrection fait-elle entrer l’humanité dans une ère nouvelle ?
À partir du moment où il a lieu, cet événement concerne toute l’humanité, soutiennent les théologiens : car dans la foi chrétienne, la résurrection du Christ et la résurrection des morts vont de pair. « Croire que Jésus est ressuscité, c’est croire que tout homme se trouvera, au moment de sa mort, appelé à participer à sa résurrection », précise le père Morin.

Mais loin d’être une perspective floue au terme de nos vies, la vie éternelle doit plutôt être considérée comme une réalité du temps présent. « En communiquant son Esprit et sa vie, Jésus communique à ceux qui le reçoivent le pouvoir de vivre dès aujourd’hui dans la force de la résurrection, confirme Anne-Marie Pelletier. La vie éternelle commence là où le mal est contesté et surmonté par les gestes de l’amour. Tout pardon donné est déjà une victoire du Ressuscité. »

Selon saint Paul, sans la résurrection, la foi serait vide…
« Scandale pour les juifs, folie pour les païens », la mort et la résurrection du Christ n’en sont pas moins les pivots de la foi chrétienne, affirme saint Paul dans sa Première Lettre aux Corinthiens : « Si le Christ n’est pas ressuscité, vide alors est notre message, vide aussi votre foi » (1 Co 15). Sans cet événement, Jésus ne serait autre, en effet, qu’un maître de sagesse qui a finalement échoué et les Évangiles, l’histoire d’une faillite. « Confesser la résurrection, c’est croire que Dieu a pouvoir sur tout ce qui détruit l’homme, à commencer par le péché », poursuit Anne- Marie Pelletier.

Comment y croire aujourd’hui ?
Loin d’être un événement historiquement démontrable, la résurrection du Christ relève de la foi. Selon les sondages régulièrement publiés à la veille de Pâques, seul un Français sur dix y croirait aujourd’hui ; cette proportion s’élève à environ 57 % chez les catholiques pratiquants. Il est troublant de constater qu’y compris parmi ceux qui se sentent appartenir à l’Église, un certain nombre ne croit pas – ou plus – à la résurrection des morts ni à la vie éternelle.

Pour le père Morin, faire comprendre aux fidèles que « la vie chrétienne repose bien sur la foi en la résurrection de Jésus, et non sur l’acceptation des commandements de l’Église » est un défi majeur. « Dans sa résurrection, le Christ vient rencontrer toute personne humaine pour lui proposer la vie éternelle, insiste le théologien. Y compris les migrants, les SDF, et tous ceux que l’on met de l’autre côté de la barrière. »

La résurrection est-elle aussi corporelle ?
Confesser la « résurrection de la chair » n’est pas le passage le plus aisé du Credo (lire La Croix du 29 octobre 2016).« Sur aucun point, la foi chrétienne ne rencontre plus de contradiction et d’opposition », écrivait déjà saint Augustin au IVe siècle. « Va, éventuellement, pour une âme éternelle, reprend aujourd’hui Anne-Marie Pelletier.

Le paganisme antique pouvait d’ailleurs l’admettre. Mais que faire du corps ? » Pierre de touche de notre humanité, il fait de nous des êtres de relation, avec les autres et avec Dieu. C’est pourquoi, selon cette bibliste, « il n’y a de perspective de résurrection sérieuse que si nous sommes promis à revivre dans notre corps ».

La chair du Christ n’a-t-elle pas, elle-même, été sauvée dans la résurrection ? Tel qu’il se laisse rencontrer au matin de Pâques, Jésus se montre reconnaissable, et marqué par les stigmates de la Passion. Mais il n’est plus assujetti aux lois physiques de ce monde : transfiguré, son corps est définitivement habité par la vie de Dieu. Concernant la résurrection de la chair, la théologie a forgé la notion de « corps glorieux ».

Mélinée Le Priol

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