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13 juin 2019 4 13 /06 /juin /2019 22:55
L’Esprit et la Lettre

Une histoire soufi qui peut s’appliquer au christianisme d'aujourd'hui et qui rappelle ses enseignements quand il s’adressait aux pharisiens. Et qui n'est pas un peu pharisien dans sa pratique de foi? Ici est réaffirmé la différence entre une vie imposée par une morale extérieure et une vie dans l'Esprit. Une histoire qui devrait être aussi racontée aux intégristes de tout poil.

On rapporte que l'Imam al-Ghazali fut invité un jour à une réunion de juristes.

Tu es un homme éminent, lui dit le chef des juristes et, comme nous tous ici, du nombre des savants. Les humbles viennent donc te demander d'interpréter la Sainte Loi, la Sharia.

Or le bruit court que tu aurais conseillé à tel et tel de ne pas observer le jeûne pendant le mois de Ramadan ; on raconte aussi que tu aurais déclaré qu'il valait mieux pour certains ne pas faire le pèlerinage de La Mecque; d'autres affirment que tu as réprimandé des croyants pour avoir dit : " Il n'y a pas d'autre Dieu qu'Allah."

Ces propos pernicieux, s'il est vrai que tu les as tenus, sont pour nous la preuve suffisante de ton infidélité.

Seule ta réputation t'a jusqu'ici épargné le châtiment réservé aux apostats. Les gens sont en droit d'être protégés contre des individus tels que toi.

Ghazali poussa un soupir, et répondit:

La Sainte Loi de l'Islam nous le dit: ceux qui n'ont pas une claire intelligence de la Loi et de ce qu'elle signifie ne peuvent être coupables de manquements à la Loi et ne sont pas assujettis à ses règles.

Cela vaut obligatoirement pour les enfants et les imbéciles, mais cela vaut aussi pour tous ceux qui sont privés de compréhension.

Si un homme ne perçoit pas la réalité intérieure du jeûne ou ne fait un pèlerinage que pour se mortifier ou bien encore récite la profession de foi sans avoir la foi, cet homme-là est dénué de compréhension, et il n'est pas juste de l'encourager à persévérer dans ses pratiques.

Quelqu'un devra le mettre sur la voie de la compréhension. Vous l'avez dit : les gens sont en droit d'être protégés - protégés contre vous, les juristes, qui voudraient les récompenser pour des mérites inexistants et les persécuter pour des fautes imaginaires.

Si un homme ne peut marcher parce qu'il est impotent d'une jambe, allez-vous lui dire de marcher, ou bien lui donnerez-vous une béquille, ou le guérirez-vous de son infirmité?

C'est parce qu'il avait prévu la venue de gens tels que vous que le Prophète a dit : " L'Islam a commencé dans l'exil et finira dans l'exil."

La compréhension du sens des choses n'est pas dans votre intention ni en votre pouvoir ; et vous n'avez pas appris à comprendre.

Aussi bien tout ce que vous savez faire, c'est menacer les autres de la mort pour apostasie.

En vérité, ce n'est pas moi qui suis un apostat, mais chacun d'entre VOUS.


Idries Shah

 

Abû Ḥamid Moḥammed ibn Moḥammed al-Ghazālī (1058-1111), connu en Occident sous le nom d'Algazel2, est un soufi d'origine persane. Personnage emblématique dans la culture musulmane, il représente la mystique dogmatique.

Al-Ghazali pendant onze ans mène une vie solitaire consacrée à l'adoration de Dieu, entre Damas, Jérusalem et La Mecque, copiant ainsi les pratiques des moines chrétiens de l'époque. C'est à cette époque qu'il commence à écrire le plus important de ses livres, Ihya' `Ulum al-Din (Revivification des sciences de la religion) - qu'il termine peut-être ultérieurement.

Al-Ghazali regagne Bagdad en 1097 et continue à vivre comme un soufi dans le ribat d'Abou Saïd de Naysabur, qui se trouve en face de la madrasa Nizamiyya. Il reprend pendant un certain temps l'enseignement, qu'il consacre essentiellement à la 'Ihya' `Ulum al-Din, puis se rend à Tus, sa ville natale, où, continuant à vivre en soufi et à écrire, il achève semble-t-il son œuvre majeure susmentionnée et produit d'autres ouvrages dont l'inspiration mystique est manifeste9.

En 1104, al-Ghazali reprend ses fonctions à la madrasa Nizamiyya de Naysabur, à la demande du ministre seldjoukide Fakhr al-Mulk, après quelque dix années d'absence. Il continue néanmoins à vivre la vie des soufis et à écrire. Il quitte Naysabur10 et regagne à nouveau Tus, sa ville natale, où il poursuit la vie de renoncement des soufis et l'enseignement.

Près de sa maison, il fait construire un khangah (sorte d'ermitage soufi) où il écrit à cette époque Minhaj Al-'Abidin (La voie de la dévotion)11, qui semble être une description de sa vie et de celle de ses élèves : renoncement au monde d'ici-bas, solitude et éducation de l'âme. C'est ainsi qu'il coule le reste de ses jours, jusqu'à sa mort en 1111.

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