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30 décembre 2019 1 30 /12 /décembre /2019 23:55

Pascal Dethurens Professeur de littérature comparée à l’université de Strasbourg.

La Nativité (1894), de Maurice Denis Musée des Augustins (Toulouse). 89 cm × 95 cm. Huile sur toile.

Bien souvent, nos souvenirs de Noël sont plus beaux que les images que nous en recevons aujourd’hui, avec le déchaînement consumériste qui les accompagne. Cela vient sans doute de ce que nous n’avons pas oublié ce qu’ont vu nos yeux d’enfants.

Regardez cette Nativité de Maurice Denis, qui a justement la force de ces souvenirs d’enfance, et semble comme baignée d’un halo de rêve. Une famille est installée au rez-de-chaussée d’une maison.

La femme vient d’accoucher, elle est allongée sur un lit de paille près de son enfant, le père est penché au-dessus d’eux, et un âne et un bœuf veillent derrière eux. On croirait la scène vue par un enfant tant elle est naïve. C’est précisément ce qui fait sa beauté – et son pouvoir d’évocation.

Cette Sainte Famille se tient pourtant bien plus dans la banlieue d’une ville d’aujourd’hui qu’à Bethléem il y a plus de deux mille ans. Les humbles murs de brique, les vêtements des habitants à la fenêtre, la présence d’immeubles en arrière-plan évoquent la naissance de n’importe quel enfant pauvre dans le monde contemporain.

Une Nativité, vraiment ?

Oui, car Maurice Denis n’a rien omis des références aux Écritures : l’étoile est là, comme les moutons, les bergers, et jusqu’à la lumière qui éclaire l’enfant et qui ne vient pas seulement de la lanterne, mais qui rappelle le nimbe de l’Enfant-Jésus.

Surtout, le peintre a multiplié les signes de la tradition picturale de la Nativité tels qu’on les rencontre, le plus souvent, à la Renaissance.

Le rouge autour de l’oreiller annonce la future Passion du Christ, le mur en ruine à droite symbolise la fin du monde ancien, et la ville endormie au fond n’a pas encore connaissance de la rédemption qui vient.

Rien d’étonnant à cela : ce sont les œuvres de Fra Angelico, qu’il découvre au Louvre durant sa formation, qui ont déterminé la vocation de peintre chrétien de Maurice Denis.

C’est donc bien la Nativité qui est représentée ici, celle d’ici et là-bas, d’aujourd’hui et d’autrefois, partout donc, et pour tous les temps.

Cette Nativité porte la marque du groupe des nabis, mouvement de peintres postimpressionnistes dont Maurice Denis fit partie, avec Gauguin. 

Nabi, terme hébreu que l’on peut traduire par « celui qui est inspiré de Dieu » : ces peintres, en quête de voies spirituelles, chrétiennes ou non, revendiquaient le rôle sacré de l’art.

Voilà donc Noël, loin du tapage diurne et de la lumière aveuglante. Mais comme il nous revient du fond de l’enfance. Parce qu’il est l’enfance même. La naissance du monde nouveau.

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