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28 avril 2020 2 28 /04 /avril /2020 22:55

La psychanalyste Marie Balmary médite et questionne les Écritures. Dieu a-t-il quelque chose à voir avec le fléau de la pandémie ? Peut-on lui trouver un sens ?

Je n’ai jamais eu autant de mal à écrire un article. La Croix me demande une méditation sur ce que nous vivons actuellement. Je venais de vivre un deuil et un incendie. Et puis sont arrivés pandémie mondiale et confinement. Pas étonnant que je me sois retrouvée devant la question du sens.

Y a-t-il un sens à découvrir ? Autour de moi, on me met en garde. Danger d’y voir une intervention punitive de Dieu dans l’histoire. Ce sont les hommes qui ont fait quelque part une grave erreur sur la vie. La science sait lire les causes. Pas besoin de chercher un sens…

Pas de chance pour moi, cela ne me suffit pas. Je ne peux pas ne pas entendre en moi la question impossible : Dieu est-il pour quoi que ce soit dans ce qui nous arrive à tous ? Des amis m’ont dit : attention, sur ce chemin les pièges sont partout. Dieu n’y est pour rien. Il nous laisse libres, responsables. Il n’intervient pas dans l’histoire. D’ailleurs, a-t-Il bougé lors de la Shoah ? Je réponds : non, il n’intervient pas dans les violences entre humains : a-t-il sauvé Jésus de ses ennemis ? Dieu est hors de cause.

Mais quelque chose grince dans le cœur des croyants si nous affirmons l’absence de Dieu au monde. Puisque même chacun de nous, individuellement, a sans doute un jour espéré, prié peut-être, pour qu’Il intervienne dans son histoire personnelle, pour lui permettre d’échapper à un danger mortel, pour protéger ceux que nous aimons. Ne disons-nous pas, lorsqu’un malheur nous a épargnés : Dieu merci ? Et tant de psaumes L’appellent à notre secours.

Une guerre ? Il me semble que cela ne nous aide pas de choisir ce terme. Un « fléau » plutôt.Mot mystérieux qui, depuis l’Antiquité, suscite une enquête : pourquoi apparaît-il ici maintenant ?

Je file dans la Bible, la Genèse et l’Exode. On peut croire qu’il s’agit d’événements symboliques, voire mythiques mais non réels. Seulement si le déluge, Babel, la sortie d’Égypte sont des mythes, alors comment Dieu ne serait-il pas lui aussi mythique ?

Un fléau, c’est en général un phénomène qui vient de la nature. D’où qu’il implique le Créateur. J’entraîne le lecteur dans un essai de lecture. Vous allez trouver que j’exagère. D’accord. Exagérons ensemble et voyons ce que cela donne. Pour cela, il me faut revenir beaucoup en arrière.

Je vais reprendre trois interventions divines dans le récit biblique, mais d’abord entendre ce qui est dit dans le Nouveau Testament de Dieu. Pas d’intervention divine – parce que, comme il est écrit (Jean 5, 17), « le Père agit sans cesse ». Action permanente, donc.

Déluge, Babel et la sortie d’Égypte. Les raisons de ces trois « interventions divines » concernent d’abord la perte de l’égalité en dignité entre homme et femme : en Genèse 6, avant le Déluge, les hommes se croient fils des dieux tandis que les femmes ne seraient que des mortelles qu’ils prennent comme ils veulent. Et alors, « la route » qui menait l’humain mâle et femelle à l’image de Dieu est perdue. Les humains ne seront plus « divinisables ». D’où peut-être que Dieu regrette de les avoir faits. Sauf Noé et sa femme, ses fils et leur femme, et des animaux pour refonder la terre.

Babel (Genèse 11) : un rassemblement « mondial », totalitaire : « Toute la Terre… des paroles uniques. » Des slogans qui ne parlent que travail et technique pour se faire un nom unique, construire une ville et une tour dont la tête atteindra le ciel. Là encore la route de la relation entre humains et avec Dieu est perdue. Dieu les disperse sur la surface de la Terre, arrêtant leur asservissement à leur propre puissance. Il confond leur langue, ils ne se comprennent plus et arrêtent de construire.

Et puis l’Égypte (Exode) : Pharaon fait tuer tous les garçons. Il ne restera que des filles que les Égyptiens prendront comme ils veulent. Les hommes hébreux deviennent esclaves. Moïse demande à Pharaon de laisser partir son peuple trois jours au désert pour fêter YHWH. Faire un sabbat, un arrêt. Pharaon refuse. Il y aura alors les dix plaies d’Égypte. À la dixième plaie, le fléau a « réussi » : Pharaon laisse naître les Hébreux.

Lorsque j’ai vu écrit à Paris sur un grand magasin « Ouvert tous les dimanches », j’ai pensé : nous sommes donc en Égypte. Notre fléau à nous apparaît maintenant, alors que nous cumulons, en Occident du moins, les trois erreurs racontées dans la Genèse et l’Exode. Nous défaisons la différence homme/femme, donc la relation, nous construisons une mondialisation de plus en plus technique pour atteindre le ciel (l’homme augmenté, l’immortalité) et nous sommes à nous-mêmes nos propres pharaons, nous soumettant à toujours plus de travail – ou bien pas de travail pour ceux qui ne sont pas bons dans cette course-là. Nous n’avions aucun moyen d’arrêter cela. Or, tout s’est arrêté.

Arriverons-nous, maintenant, à sortir de ce mode de vie, avec notre âme, et la nature – elles demandent que s’arrête le désordre mortel de la surconsommation mondiale. Allons-nous lire selon l’Écriture que lorsque l’humanité va « droit dans le mur », comme cela a été tellement dit, alors la nature, la Terre, la vie intervient ? Hasard ou alerte ?

Dans l’Évangile de Matthieu (10, 30), je lis : «Et ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l’âme ; mais craignez plutôt celui qui peut perdre et l’âme et le corps dans la géhenne. Deux petits passereaux ne se vendent-ils pas pour un sou ? Et pas un d’eux ne tombera en terre sans votre Père. Et pour vous, les cheveux mêmes de votre tête sont tous comptés. » Passereau ou cheveu, pas un d’eux ne tombera sans votre Père. Curieuse formule. Ce n’est pas le Père qui fait tomber, Il est « avec ».

Il y a, dans ce passage de l’Évangile, une autre chose à laquelle je souscris totalement : la mort du corps n’est pas ce qui peut nous arriver de pire. D’ailleurs, n’est-ce pas notre route à tous ? Le danger, c’est la perdition de l’âme. Il ne faudrait pas que les pouvoirs publics nous asservissent maintenant à notre santé.

Nous imaginons comme il va être difficile de changer nos priorités, de quitter des conforts qui nous infantilisent et des bonheurs catastrophiques. Difficile de trouver accès au désir le plus profond dont ce virus peut nous redonner le goût : la relation aux autres, la reconnaissance (y compris financière) de ceux qui servent la vie et pas le profit, qu’ils soient soignants, enseignants, entrepreneurs à tous échelons… Le désir d’être ensemble en paix dans une nature respectée et bénéfique. Ce désir profond auquel le fléau peut nous faire trouver l’accès.

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