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25 septembre 2020 5 25 /09 /septembre /2020 20:50

L’élection américaine, dont on nous tient étroitement informés, amène dans notre actualité celle des violences urbaines, raciales, et la question de la circulation des armes, puisque désormais ce qui se passe là-bas se reproduit de plus en plus dans notre pays, certes dans une moindre mesure.

Les débats que suscite aux États-Unis la liberté d’être armé et les inquiétudes sur l’insécurité croissante en France rappellent à notre attention la figure de ceux qui tentent, là-bas et ici, d’enrayer les engrenages mortifères.

Je veux parler de ces engrenages capables de transformer un jeune individu né dans un pays en paix, un pays de droit, en membre d’un groupe réduit par son environnement à la haine et à la violence.

C’est à ces femmes et à ces hommes de bonne volonté que je voudrais dédier cette chronique, en souvenir d’une religieuse que j’ai rencontrée en Louisiane, au pénitencier d’Angola où sont envoyés les condamnés à la peine capitale.

Sœur Helen Prejean a consacré sa vie à apporter, dans le couloir de la mort, la parole du Christ et la force des Évangiles à ceux vivant jusque-là dans des replis de banlieues chroniquement plongées dans une intense obscurité spirituelle.

Cette religieuse, qui a milité pour l’abolition de la peine de mort, m’a profondément bouleversée par le témoignage qu’elle m’a confié, sur les derniers instants d’un détenu qui a attendu des hommes, puis de Dieu, le pardon pour son acte criminel.

Il lui avait dit, assis sur la chaise électrique : « Si je vous avais connue plus tôt, je ne serais pas là. »

Elle m’a ouvert les yeux sur tous les anonymes qui visitent les prisons pour maintenir une note d’humanité dans cet univers atroce. Mais aussi sur ceux qui, au plus bas de la condition humaine, œuvrent continûment pour la charité.

Je les admire : nulle dissipation dans leur vie, nul flou dans leur vision du monde.

Pour eux, il y a la certitude de la croix, plantée dans l’histoire depuis deux mille ans et qui sépare le bien et le mal.

À gauche de la croix, du côté du mauvais larron, ils rangent tous ceux qui nient l’injonction d’aimer qui leur est faite par le mystère même de la croix ; à droite ceux qui se laissent enrôler par l’amour, fussent-ils d’anciens larrons.

Du « Que celui qui n’a jamais péché » au « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi au paradis », il n’y a que miséricorde et pardon, et ils s’en font un manteau.

Il y a, au cœur de leur tendresse – qui gonfle violemment mon cœur lorsque je suis à leur contact – l’impénétrable mystère de l’amour – l’amour qui peut tout, hormis « n’être pas ».

Ils n’ont sans doute jamais eu autant de « travail » qu’en ce moment, où la dégradation de la situation économique – mais aussi morale, à tous les niveaux, jusqu’au plus haut de l’État –, entraîne dans les succursales des associations caritatives des flots de nécessiteux, en nourriture, en biens matériels et en secours spirituels.

Comme chez Mère Teresa, comme chez ces prêtres en Inde, ces petites sœurs en Afrique ou chez ces individus sans église qui travaillent sans relâche à combattre la violence entre les hommes, quelles que soient les formes qu’elle prend, j’admire la volonté évidente, l’irréductible résolution d’agir – de soulager de toute leur force, avec toute leur vie, le poids de cette croix qu’a traînée Jésus jusqu’au Golgotha.

J’ai trouvé l’engagement plus éblouissant encore chez ceux qui, sans renoncer à leur voie, m’ont avoué douter parfois, mais n’ont rien abandonné et ne se sont pas résignés à ces « à quoi bon ? » dont je suis si familière.

Ils sont le beau contre le tragique. Le beau : l’amour conjugué à la tendresse. Imperméables aux injonctions publicitaires, ils protègent le monde de la laideur, en se sacrifiant pour ceux qu’on a jetés sur le bord des chemins.

Je bénis la lumière que reçoivent ceux sur qui ils se penchent chaque jour, à les soigner, les réconforter, les chérir.

Ils opèrent des miracles : en permettant à ces femmes, ces hommes et ces enfants de croire en leur amour, ils leur offrent de croire en celui de Dieu pour eux.

Et c’est sans nul doute la révélation la plus intense qu’il leur sera donné de vivre.

Il reste bien sûr le pas à faire à notre tour – je me range au nombre des miséreux à qui ils tendent la main.

Leur infinie Charité nous enseigne, à nous aussi, une vérité qui est une invitation : ce n’est pas ce qui vient à nous – ainsi leur amour – qui est la vie véritable, mais ce qui vient de nous.

Comme l’a écrit le poète Oscar Milosz : « Être, c’est créer et non recevoir sa vie. »

Christiane Rancé

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