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2 décembre 2008 2 02 /12 /décembre /2008 00:09

Homme, éveille-toi : pour toi, Dieu s'est fait homme. Réveille-toi, ô toi qui dors...»

Dans un vibrant sermon de Noël, saint Augustin invite son auditoire à sortir du sommeil. La vie chrétienne, en effet, est une longue et patiente marche vers l'éveil. C'est de nuit que l'enfant de la Promesse offre son premier souffle à l'humanité. C'est au cours d'une mauvaise « nuit » de plein jour que, sur la croix, le Christ aux outrages rend son dernier souffle. Entre l'aube de la Nativité et l'aurore du matin de Pâques, une vie est à mener sur des sentiers de clair-obscur.

Quelques éblouissements peut-être, une bonne brassée de doute sûrement, et un patient dialogue, sans cesse à reprendre, avec l'Eternel : voici l'humaine traversée spirituelle qui s'offre à tant et tant de chercheurs de Dieu. « La foi ? C'est vingt-quatre heures de doute moins une minute d'espérance » écrivait Bernanos. L'Avent qui s'offre à nous est ce temps béni où il nous faut mettre au monde - souvent malgré le monde - cette toute petite minute d'espérance. Car c'est la nuit qu'il est bel et bon de croire à la lumière.

L'Avent a le tranchant du ciseau à bois qui vient nous creuser l'âme pour en faire un berceau. L'Avent donne soudain à l'attente ce doux goût de miel de la naissance annoncée. Voici l'Avent qui vient, sans crier gare, bousculer notre temps, secouer nos torpeurs, tenter, vaille que vaille, de nous remettre en marche sous l'éclat d'une étoile. Voici que déjà se profile la grande nuit de Noël, « l'immense nuit des origines » où Dieu, descendu de son ciel, vient, à ras de terre, dans une mauvaise étable, prendre chair et respirer du souffle d'un nourrisson fragile.

Voici la grande nuit qui, de son incomparable éclat, va chasser toutes nos obscurités. Lumineuse nuit de l'incarnation, de la « mise en chair » du Fils de l'homme qui, sous nos yeux ébahis, « s'envisage », prend mystérieusement figure humaine, devient « Sainte Face » pour poser son regard de tendresse sur nos failles et toutes nos misérables « pailles ». Vertigineuse minute où, dans le corps et le cœur d'une femme, l'Espérance prend naissance. Marie prend sur son sein son tout-petit, mais c'est Dieu le « Tout-Aimant » qui prend l'humanité dans ses bras. Cette douce nuit de Noël, effraction de l'Esprit dans nos horizontalités embourbées, il nous faut la préparer. Oh !, il ne s'agit pas de se lancer dans une activité fébrile, serait-elle « spirituelle », mais plutôt de se « laisser faire », de laisser l'Esprit nous indiquer le sens de notre existence en nous murmurant à l'oreille : « Que fais-tu de ta vie ? » Noël sera Noël si chacune et chacun nous osons enfin prendre le temps de l'agenouillement devant le Fils de Dieu qui, en nous, tente de naître. Noël sera Noël s'il y a en notre étable intérieure un peu de place pour que vienne y accoucher la divine Espérance.

 

Bertrand Révillon

Panorama N°449 Décembre 2008

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