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31 mars 2009 2 31 /03 /mars /2009 23:27
J'essaye personnellement de le vivre [ le Carême ] comme une retraite spirituelle structurée par la prière, le jeûne et l'aumône. Ce grand tryptique de la tradition chrétienne revient à vivre une salutaire cure d'amaigrissement de notre moi, de notre corps et de notre portefeuille. Et, ce faisant, à densifier notre vie intérieure. Je regrette qu'on ait autant spiritualisé le jeûne, devenu un «jeûne» de la tête, au détriment du jeûne effectif du corps. Le carême de partage, aussi utile soit-il, ne peut remplacer l'expérience unique de la privation volontaire de nourriture car ce qu'on n'inscrit pas dans son propre corps n'est pas fondamentalement humain. Les fruits du jeûne sont nombreux : l'esprit devient plus léger, les pensées se purifient, on est plus enclin à prier et à lire l'Ecriture. Bref, à vérifier soi-même que «L'homme ne se nourrit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu» (Mt 4,4).

[... ] chacun est invité à se réapproprier cette ascèse commune à toutes les grandes traditions spirituelles. [...] Je conviens que c'est modeste eu égard aux efforts demandés aux chrétiens orthodoxes et orientaux. Toutefois, le grand danger du jeûne, c'est l'orgueil. C'est pourquoi dans l'évangile, Jésus demande de jeûner dans le secret. Mais aujourd'hui, vu qu'on ne fait plus rien, il faudrait presque au contraire proclamer qu'on jeûne quand c'est le cas ! Oui, je crois que c'est une bonne chose de remettre cette démarche au goût du jour. A condition de la vivre en Eglise et d'y être accompagné par un pasteur, elle ne peut que nous aider à cheminer vers Pâques. A nous approcher de plus en plus du mystère central de notre foi.
[...]
D'abord, n'oublions pas que cette crise est globale et qu'elle est plus structurelle que conjoncturelle. C'est, véritablement, une crise des valeurs, une crise de civilisation. Voilà, certes, un moment difficile à traverser et à accepter. Nous en sortirons plus démunis au plan matériel, mais pas plus malheureux. Je suis même intimement convaincu du contraire. N'oublions pas en effet que la richesse tue. Notre cœur est entouré d'une graisse qui lui enlève une certaine sensibilité envers Dieu et envers les autres. La crise va nous aider à comprendre que le bonheur n'est pas dans la quantité, mais dans la qualité. A quitter le règne mortifère du toujours plus. A entrer dans une logique du don, car il y a plus de joie à offrir qu'à recevoir, comme le souligne Jésus. J'ose croire qu'elle améliorera les relations entre les hommes, tellement polluées aujourd'hui par la concupiscence qu'évoque si bien saint Jean dans sa première lettre.

Moins de biens, plus de liens?


Assurément c'est une parole que le Christ aurait pu dire. D'ailleurs, les quarante jours du carême sont une adjuration à renoncer au gaspillage. Ils purifient notre attitude à l'égard des biens et nous aident à nous exercer à une relation non utilitaire avec la création. A renoncer librement. En somme, le carême est aussi une pratique écologique.


Cardinal Danneels
Propos recueillis par Jean-Claude Noyé
Prier N°309 mars 2009

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