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28 décembre 2007 5 28 /12 /décembre /2007 21:20

Avez-vous vu la dernière campagne de publicité de la Société nationale des chemins de fer français ? Son slogan m' a tout bonnement laissé pantois, éberlué, ébahi, stupéfait, carrément « scotché » ! Je vous le livre, sans détour, sans ambages ni circonlocutions : « Qui ne gare pas assez vite sa voiture, rate son TGV, rate sa réunion, rate son augmentation, rate sa carrière, rate... sa VIE! » Fallait oser! Avec la SNCF, décidément, tout est possible ! « Humour », « clin d'oeil », se défendront les « fils de pub » qui ont concocté cette campagne à l'intention des travailleurs « speedés », stressés et débordés qui rament pour attraper la rame... du nouveau « TGV pro » !

La pub est souvent un bon miroir de l'air du temps et les publicitaires ne font, généralement, que révéler, en les mettant malicieusement en boîte, nos manières de vivre. Dans notre société « performante », le tempo obligé semble désormais être la course. Voici l'essoufflement élevé au rang de sainte vertu laïque ! Depuis le nlus haut sommet de l'Etat, tout le monde court, doit courir, devrait courir. Il nous faut des agendas qui débordent, des boîtes « mail » qui croulent, des répondeurs qui frisent l'indigestion, du « haut-débit » bientôt directement greffé sur le cœur pour nous sentir « performants ». Voici que l'hyperactivité compulsive est devenue un gage d'efficacité et de compétence.

Alors, en cette traditionnelle période de vœux, je voudrais vous faire, amie lectrice, ami lecteur, l'éloge... de la lenteur! Puis-je - « vite fait sur le gaz » entre mon jogging et une réunion hyper-importante (!) - vous faire, en guise de Très Grands Vœux 2008, l'apologie, le panégyrique, le dithyrambe, la réclame du... « lent », du « tortillard », de l'omnibus, de la route secondaire, du chemin vicinal ?

Lorsqu'elle raconte l'épisode du buisson ardent, la Bible dit qu'Abraham fit un « détour » pour essayer de comprendre le mystère de ce feu qui ne se consumait pas. Eh bien, c'est ce que je vous propose : le « détour » comme art de vivre, le chemin de traverse comme itinéraire de sagesse...

L'Evangile ne nous dit pas si le Samaritain n'avait pas trouvé, ce matin-là, de place au parking. Une chose est sûre : s'il était monté, en courant comme d'habitude, dans le train-train « surbooké » de son quotidien, il n'aurait sans doute pas vu, et donc pas secouru, le blessé dans le fossé.

Or, ce blessé, aujourd'hui, c'est aussi notre âme qui, sur le bord du ballast, crève de voir si souvent passer, à grande vitesse, le train de notre propre existence !  La « course » de nos vies « modernes » nous contraint souvent à vivre à la surface de nous-mêmes, toujours entre deux gares, deux »    trains, deux réunions, deux engagements...

Il nous faut d'urgence cultiver l'art de l'arrêt, de l'escale, de la mise à quai, de la marche à pas lents, du recueillement qui laissera enfin à l'Eternité le temps d'attraper la rame de notre humanité essoufflée.

Peut-être qu'en ratant ce fichu train, le « héros » de notre pub s'est tout bonnement donné le moyen de réussir - à défaut de « carrière » - sa vie ? Allez savoir !

Bertrand Révillon
Panorama, janvier 2008

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