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20 mars 2010 6 20 /03 /mars /2010 23:21
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Lettre du Père Jean-Yves Leloup à Christiane Singer qui naîtra au ciel le 4 avril 2007


Christiane,

Nous nous l'étions promis : nous devions aller ensemble à Jérusalem...

Je reçois de tes nouvelles au moment même où je me pré­pare à y aller, et où j'écris sur Yeshoua qui « monte » à Jérusalem pour y souffrir sa « passion », y mourir et y res­susciter...

Tu tiens toujours tes promesses... et je sais que tu m'y précèdes... Jérusalem terrestre, Jérusalem céleste, peu importe, tu n'as jamais séparé les deux, la vie au plus haut, la vie au plus bas, la vie de l'Esprit, la vie charnelle, la Vie toujours...

Et aujourd'hui la Vie qui souffre, qui te fait mal, la Vie « au plus mal » qui est aussi au plus proche de la Vie même, la Vie nue... dépouillée de tout, de ton corps, de tes pensées... surtout de ta souffrance... Voilà que toi aussi « tu montes » à Jérusalem, ce qui devait arriver nous arrive. Ce n'est pas la passion que nous atten­dions ni celle que nous évitions, c'est une « toute autre » passion...

La Sienne - la seule, celle de la Vie qui se donne, qui va jusqu'au bout pour que « tout soit accompli ».
Tu me demandes, comment Lui, le grand Vivant, Il a souffert ?
Je ne sais pas !...

Je ne crois pas qu'il ait souffert comme un « sage » qui serait « au-dessus » de sa souffrance ; qui la regarderait « de haut », comme le « Soi » regarde le « moi », comme l'Esprit regarde le corps...

Je crois qu'il la recevait « de plein fouet », qu'il se tenait en son milieu, qu'il était dedans, au coeur... il était la Vie qui souffre et qui meurt vraiment, qui ne fait pas sem­blant... il ne s'est pas désincarné, décorporé. dissocié de cette humanité, de ses limites, de sa finitude qu'il est venu « éprouver » en plénitude.

Je pense souvent à cet enfant d'Auschwitz qu'on conduisait au crématoire et au vieil homme qui criait où est Dieu ?..
et à son ami qui lui répond : « Il est là » et il montre l'enfant ...
Dieu est là - où pourrait-il être d'ailleurs ?

C'est la réponse de Yeshoua au mystère du mal et de la souffrance : Moi aussi je souffre, j'angoisse, je sue du sang...
Yeshoua souffre comme un enfant, comme un animal, comme un innocent...
Et comme un innocent Il prend en plein corps les vio­lences et les veuleries du monde qui l'entoure... Il a été écrit, qu'Il souffre et qu'Il meurt « pour nous »... et c'est vrai, « pour nous montrer le chemin » : comment rester Sujet, comment rester Je Suis, au coeur de la souf­france ?

« Ma vie, on ne me la prend pas, c'est moi qui la donne »,
c'est peut-être là son secret...

Parole de Seigneur, et non parole de victime. C'est la parole de quelqu'un qui ne se fait pas l'objet de sa souffrance mais qui demeure Sujet jusqu'au bout, parole de Seigneur, qui va jusqu'à pardonner à ses bourreaux : « Ils ne savent pas ce qu'ils font ». Il est encore écrit : Il a souffert, Il est mort « pour nous sauver », « pour nous guérir »... Pour nous sauver ou nous guérir de quoi ?

De la souffrance et de la mort justement, c'est-à-dire de notre identification à la souffrance et à la mort... Comment ?
« Ma vie je ne la préserve pas, je ne la garde pas, je la donne. » Sa souffrance et sa mort, Il ne la garde pas pour lui, Il la donne, Il l'offre...

Elle devient alors de l'Amour, de la Vie qui se donne jus­qu'au bout, jusqu'au fond, et au fond il y a le sans fond... C'est là sans doute que l'innocent qui souffre découvre qu'il ne peut pas mourir, on ne peut lui prendre que ce qu'il n'a pas donné... mais Il a tout donné - son corps est vide... il ne reste rien de lui, le tombeau est vide... « Pourquoi cherchez-vous parmi les morts Celui qui est Vivant ? »

La voilà, la Passion, celle que nous n'avons pas cherchée. Dire : « Ce n'est plus moi qui souffre, c'est lui, le Vivant qui souffre en moi », cela n'enlève rien à notre souffrance, cela la remet à sa place, dans le courant de la Vie qui se donne... ce que certains appellent l'Agapè ou l'Amour, le seul Dieu que ne soit pas une idole, Celui qu'on ne pos­sède qu'en le donnant... la Vie éternelle qui est notre vie mortelle quand elle s'est totalement donnée... Que te dire encore, Christiane ? Que je suis auprès de toi, comme je l'étais au jour ou nous célébrions dans la cha­pelle de Rastenberg la montée ou l'élévation, l'Ascension de ton père vers la Clarté silencieuse... Je suis auprès de toi, pour te dire de nouveau « Shalom ». La souffrance, le deuil, sont encore là pour un peu de temps, la Paix aussi, et c'est pour toujours.
Christiane, je suis avec toi, mais surtout « Je Suis » est avec toi...

« Si ton  te condamne, Il est plus grand que coeur »
« Je Suis » est avec toi
Jusqu'à la fin et au-delà de la fin.
Jusqu'à l'épuisement de tout ce qui te sépare de Lu Jusqu'à Sa Présence dont rien ni personne ne pourra jamais te séparer.

À Dieu, Christiane.
Demain, à Jérusalem...


Père Jean-Yves
Sources N°4 mai/juin 2007

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