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17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 22:48

morgan-beatus-arche-de-noe

Cette magnifique enluminure qui représente l'arche de Noé ( XII éme siècle, The cRemarquez les noyés et en bas à gauche de l'Arche le couple de ... anthropoïdes?) est l'occasion de savoir un peu plus l'origine de ce mythe, sa signification symbolique et comprendre son usage par le moine Béatus dans son commentaire de l'Apocalypse

Élohim se souvint de Noé, de tous les animaux et de tous les bestiaux qui étaient avec lui dans l’arche. Élohim fit passer un vent sur la terre et les eaux s’apaisèrent. Alors se fermèrent les fontaines de l’Abîme et les écluses des cieux, l’averse des cieux fut retenue, les eaux revinrent de dessus la terre, allant et revenant, et les eaux décrurent au bout de cent cinquante jours.

Au septième mois, au dix-septième jour du mois, l’arche se reposa sur les monts d’Ararat. Les eaux allèrent en décroissant jusqu’au dixième mois. Au dixième mois, le premier du mois, apparurent les sommets des montagnes. (Genèse VIII, 1-5)

Au bout de quarante jours, Noé ouvrit la fenêtre de l’arche qu’il avait faite et lâcha le corbeau. Celui-ci sortit allant et revenant jusqu’à ce que les eaux fussent séchées de dessus la terre. Puis il lâcha d’auprès de lui la colombe, pour voir si les eaux avaient diminué de la surface du sol. La colombe ne trouva pas d’endroit où reposer la plante de son pied et elle revint vers lui dans l’arche, car les eaux étaient sur la surface de toute la terre. Il étendit sa main, la prit et la ramena vers lui dans l’arche.

II attendit encore sept autres jours et recommença à lâcher la colombe hors de l’arche. La colombe vint à lui, au temps du soir, et voici qu’en sa bouche il y avait une feuille d’olivier toute fraîche. Alors Noé sut que les eaux avaient diminué de dessus la terre. II attendit encore sept autres jours et lâcha la colombe, mais elle ne revint plus vers lui. (Genèse VIII, 6-12)

En l’an six cent un, au premier mois, au premier jour du mois, il advint que les eaux s’étaient desséchées de dessus la terre. Noé écarta la couverture de l’arche et regarda. Or, voici que la surface du sol était desséchée. Au deuxième mois, au vingt-septième jour du mois, la terre était sèche.

Élohim parla à Noé, en disant : « Sors de l’arche, toi et ta femme, tes fils et les femmes de tes fils avec toi.  » Fais sortir avec toi tous les animaux qui sont avec toi, de toute chair : oiseaux, bestiaux, et tous les reptiles qui rampent sur la terre. Qu’ils foisonnent sur la terre, qu’ils fructifient et se multiplient sur la terre! ». Noé sortit donc, ainsi que ses fils, sa femme et les femmes de ses fils avec lui. Tous les animaux, tous les oiseaux, tous les reptiles qui rampent sur la terre, selon leurs familles, sortirent de l’arche.

Noé bâtit un autel à lahvé, il prit de toutes les bêtes pures et de tous les oiseaux purs, il fit monter des holocaustes sur l’autel. lahvé sentit l’odeur apaisante et lahvé dit en son cœur : « Je ne recommencerai plus à maudire le sol à cause de l’homme, car l’objet du cœur de l’homme est le mal, dès sa jeunesse, et je ne recommencerai plus à frapper tout vivant comme je l’ai fait :

Tous les jours que la terre durera,

Semailles et moisson, froid et chaud,

Été et hiver, jour et nuit

Point ne cesseront. (Genèse VIII, 13-22)

Beatus de Liébana était un moine espagnol du monastère de San Martín de Turieno, aujourd'hui Santo Toribio de Liébana, dans la comarca de Liébana) dans les Pics d'Europe (Région de Cantabrie), mort en 798, auteur, entre autres, d'un Commentaire de l'Apocalypse qui fut un des ouvrages les plus célèbres du Haut Moyen Âge espagnol, en raison de sa dimension théologique mais aussi politique.

On appelle Beatus les manuscrits espagnols des xe siècle et xie siècle, plus ou moins abondamment illustrés, où sont copiés l'Apocalypse de Jean et les Commentaires de ce texte rédigés au viiie siècle par le moine Beatus.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Beatus

Comme le palmier des justes, l'arche de Noé est un thème un peu hors-sujet, puisqu'il n'a rien d'apocalyptique, mais Beatus a désiré l'intégrer à son travail pour sa force allégorique qu'il a puisé chez Grégoire d'Elvire (Gregorio de Elvira). Si le premier ouvrage connu glosant sur l'arche de Noé nous vient du milieu juif alexandrin, avec Philon d'Alexandrie (v. -10 à 50) et ses Quaestiones et solutiones in Genesim et in Exodum (Questions et réponses dans la Genèse et l'Exode), ce n'est pas à lui que Beatus emprunte pour commenter à son tour l'histoire de Noé, mais bien à Grégoire d'Elvire (+ v. 392) et son De arca Noe. Si le fil conducteur de l'oeuvre du Grec, où on lit Platon en filigrane, est le corps humain, auquel renvoie l'auteur dans nombre de ses gloses, celui de l'Espagnol est un autre corps, celui de l'Eglise, spécialement du point de vue eschatologique. Les deux auteurs décortiquent chaque détail du texte de la Genèse, en particulier ceux relatifs à la symbolique des nombres (arithmologie), attribués aux dimensions de l'arche ou à l'étymologie.

C'est cette dimension ecclésiale que choisit d'apprécier Beatus, l'arche qui devient la communauté des Justes, cette Eglise composée au moment du Déluge de seulement...huit humains ! Huit, c'est sept plus un, et ce n'est pas le hasard, pour des penseurs chrétiens héritant de la symbolique juive, puisque sept est un des chiffres parfaits des Hébreux. C'est ainsi que les manuscrits de Valcavado, Silos ou de Facundus présentent cette addition symbolique en plaçant les sept membres de la famille de Noé en position basse (3 hommes à gauche nimbés d'une auréole, 4 femmes à droite, à la chevelure traditionnellement couverte, comme au temple) alors que le patriarche se tient debout, bien au-dessus des autres. Un autre Beatus, celui de Gérone, ne se satisfait peut-être pas de cette perfection par défaut, et préfère que le huitième personnage reste caché, peut-être pour faire encore apparaître là la force du chiffre parfait, omniprésent dans le développement de la vision de saint Jean : sept églises, sept sceaux, sept chandeliers, sept anges, sept coupes...

Les récits babyloniens du déluge, le plus connu étant celui inscrit sur la 11e tablette de l'épopée de Gilgamesh, ont été des modèles du récit biblique et la Bible reprend à son compte bon nombre de choses du récit mésopotamien : L'ordre divin de la construction du bateau par le héros, le sauvetage d'une unique parentèle chez les humains et des principales espèces végétales et animales, l'envoi d'une colombe et d'un corbeau, dont l'un d'eux (dans la Bible la colombe, chez Gilgamesh, le corbeau) ne revient pas quand la terre a séché, le sacrifice du héros fait à la divinité. Ce que l'on sait moins, c'est que, dans les deux récits, la nef chargée d'emporter les élus n'a rien d'un transatlantique. L'un est un parallélépipède, l'autre un cube parfait qui évoque tout de suite les fameuses ziggourats mésopotamiennes, temples aux dimensions impressionnantes.

S'agissant de l'arche de Noé, cette donnée est très importante aux yeux des commentateurs, qui vont explorer la sainte demeure et ses trois étages, poursuivant leur exploration symbolique, où le niveau inférieur de l'arche symbolise le Paradis et le niveau supérieur, le Ciel. Ce souci ne semble pas être partagé par les miniaturistes du Beatus. Primo, aucun des manuscrits ne respectent le nombre d'étages prévus par l'Ecriture, ni leurs divisions en cellules, trois, comme le précise le texte de la Genèse (6 : 14). Les peintres ont ainsi dessinés souvent quatre niveaux (trois pour les animaux, un pour les hommes : Valcavado, Seu de Urgell, parfois cinq (Morgan I, Gérone, Facundus) et ces niveaux sont rarement divisés : dans les exemples ci-dessus, c'est le cas uniquement du Morgan I et de Gérone.

Au total, les animaux peints par les artistes des Beatus forment un bestiaire assez exceptionnel, puisqu'il n'existe quasiment pas d'iconographie sur le sujet pour la période concernée. On remarquera que les gros animaux terrestres sont souvent au premier étage, et les animaux domestiques, juste au-dessous de l'étage occupé par les hommes. 

http://www.encyclopedie-universelle.com/beatus-liebana16.html

Le déluge dure quarante jours, mais la crue des eaux se prolonge pendant cent cinquante jours. Le déluge assyro-babylonien ne dure que six jours et six nuits. C’est « à l’arrivée du septième jour », que « la mer se repose, l’ouragan se tait, le Déluge cesse».

L’arche se repose le 7è mois, 17è jour du mois. Le fléau a commencé le 2è mois, 17è jour du mois, ce qui donne cinq mois qui, à trente jours par mois, fournissent le total de cent cinquante jours. Les monts d’Ararat sont ceux d’Urarfu (vocalisation erronée dans le texte massorétique), région d’Arménie au nord et à l’ouest du lac de Van. Dans le Déluge assyro-babylonien c’est au mont Nifir que s’arrête le vaisseau d’Outa-napishtim.

L’épisode du lâcher d’oiseaux est celui qui s’inspire le plus du récit assyro-babylonien, dont voici la traduction. C’est Outa-napishtim qui parle: «A l’arrivée du septième jour, je fis sortir une colombe et la lâchai. La colombe alla et revint; comme il n’y avait pas de lieu où se tenir, elle s’en retourna. Je fis sortir une hirondelle et la lâchai. L’hirondelle alla et revint; comme il n’y avait pas de lieu où se tenir, elle s’en retourna. Je fis sortir un corbeau et le lâchai. Le corbeau alla et vit le dessèchement des eaux. Il mange, patauge, croasse, il ne s’en retourne pas. J’en fis sortir aux quatre vents» (Kecueil Edouard Dhorme, p. 577).

L’ordre suivi pour le lâcher d’oiseaux diffère de celui du récit assyro-babylonien.

La feuille d’olivier est caractéristique de la forme palestinienne qu’a revêtue le récit primitif.

Une ère nouvelle commence : première année après le Déluge de l’an 600, premier mois, premier jour. L’expérience du lâcher d’oiseaux n’est pas nécessaire. C’est Noé qui enlève la « couverture » de l’arche et s’aperçoit du dessèchement du sol.

Dans le récit assyro-babylonien, Outa-napishtim offre un sacrifice sur la montagne où s’est reposé son vaisseau et il constate que « les dieux flairèrent l’odeur, les dieux flairèrent la bonne odeur, les dieux comme des mouches se rassemblèrent au-dessus du sacrificateur» (Recueil Édouard Dhorme, p. 577). On sent la différence entre la conception assyro-babylonienne du divin et celle de la religion d’Israël, bien que l’effet du sacrifice soit similaire. Iahvé reparaît dans la narration qui termine ce chapitre. Première mention d’un autel, hébreu mizbêah, de zâbah « sacrifier ». Le mot généralement traduit « holocauste » est l’hébreu ‘ôlâb « celle qui monte » sur l’autel, d’après l’expression « faire monter » qui est régulièrement employée pour exprimer cette sorte de sacrifice.

L’odeur apaisante, terme technique pour représenter l’effet du sacrifice sur les narines qui sont le siège de la colère. Expression très fréquente pour caractériser les victimes offertes à Iahvé. Iahvé s’apaise. Il constate que le mal fait partie des instincts de l’humanité et que les vivants ne doivent pas en subir le contrecoup.

http://krapooarboricole.wordpress.com/2011/02/23/la-fin-du-deluge-noe-la-colombe-et-la-branche-dolivier/

Voir aussi

http://enriqueta.man.ac.uk/

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