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25 juin 2010 5 25 /06 /juin /2010 22:37

Ou bien la Résurrection du Christ est une vérité partielle, une vérité parmi d'autres, admise par quelques illuminés, et alors elle n'intéresse pas a priori l'homme moderne ; ou bien elle est la Vérité globale, la Réalité qui « vérifie » tout, et alors c'est elle qui donnera sa signification à tout.


Vous sentez bien que cette exigence de l'âme moderne nous mène au seuil de la compréhension des affirmations audacieuses de Paul «Si le Christ n'est pas ressuscité, alors notre prédication est vide, vide aussi votre foi... nous sommes les plus malheureux de tous les hommes» (1 Co 15,14-19).


Malheureusement il est peu d'hommes qui aient le courage d'aller jusqu'au bout de cette logique existentielle. Ils sont rares ceux qui osent vérifier chaque jour la phrase terrible d'Albert Camus : « Il n'y a qu'un seul problème philosophique sérieux : le suicide. »


Que nous le voulions ou non, que nous en ayons conscience ou non, nous n'échappons pas au dilemme implacable de chaque minute de notre existence : ou nous suicider ou ressusciter.


[...] je tiens à poser la question dès maintenant à partir du sérieux de notre exigence contemporaine : nous devons renvoyer dos à dos toutes les idéologies et toutes les religions, y compris le christianisme décadent, dès lors qu'elles ne nous font pas vivre une solution globale de l'existence. Or le vice radical de toute idéologie et religion est de laisser de côté la seule question essentielle de la vie, à savoir la mort.


Honnêtement, moi, homme moderne, je ne peux admettre comme explication globale et efficace de ma vie et de
l'histoire que celle qui me permettra d'affronter et de dépasser, dès maintenant, le drame de la mort. En dehors de là il n'y a que divertissement et mensonge.


Ce n'est pas le lieu de rappeler la place de la dérision dans la littérature et le cinéma contemporains. Mais cet indice culturel est significatif d'une mentalité et il se révèle d'une vérité impitoyable. Si devant le dilemme « suicide ou résurrection », la Résurrection n'est plus qu'un mot, un mot que la plupart des hommes ne connaissent même pas, la conscience débouche alors fatalement dans l'absurde, la seule explication honnête... ou plutôt la constatation qu'il n'y a pas d'explication.


Le seul sens de l'existence est qu'il n'y en a pas. Étrange aboutissement de l'homo faber et de l'homo technicus qui peut tout expliquer sauf lui et dont l'ultime affirmation est qu'il ne peut rien affirmer. Car si l'homme n'a pas de sens, rien n'a de sens de ce qu'il fait.


Alors faisons-nous sauter tout de suite la cervelle, et, ultime service à rendre à l'humanité, faisons aussi sauter la planète avant que certains soient tentés d'émigrer ailleurs. Poussons jusqu'au bout la « géophobie » et, sans humour noir, reconnaissons que les seuls contestataires sérieux sont les anarchistes : ce n'est pas telle ou telle structure qui doit être contestée mais la structure comme telle puisque toute structure comme telle est radicalement impuissante à faire vivre l'homme. Révolution ou conservatisme ne sont que des variations sur un même thème mortellement ennuyeux : la danse macabre...

 

Ignace IV

Patriarche d'Antioche

La résurrection et l'homme d'aujourd'hui

Desclée de Brouwer

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commentaires

Marc-Elie 27/06/2010 23:41



Je suis désolé que ce texte ai fait écho en vous à cet horrible drame. Ignace IV est un croyant qui n'envisage pas que la vie n'ai pas de sens mais qui tire la conséquence ultime d'une vie qui
nen aurait pas et en l'occurence qui n'aurait pas d'espoir de résurrection. Si la seule fin de cette vie est le néant de la mort on peut bien entendu vivre jusqu'à la mort naturelle si on
s'anesthésie avec des plaisirs et des jouissances variés mais celui qui a une claire vision de ce qu'il pense être le non sens de la vie comment pourrait il ne pas sombrer dans le désespoir?



gérard corvée 27/06/2010 21:28



j'ai été confronté au suicide de l'un de mes enfants


ce texte me fait mal, je le trouve désespérant par bien des aspects


meilleures salutations