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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 22:46

o_clement.jpgQue devient l'âme de nos défunts après la mort ? Comment rester en lien avec eux ? Olivier Clément, théologien, éclaire pour nous la conception des chrétiens orthodoxes sur les fins ultimes et le passage vers l'au-delà.

 

 

 

 

En novembre, nous faisons souvenir de nos morts. Que deviennent-ils ? Comment sont-ils encore "présents" ?

"Quand je serai mort, écrit saint Seraphim de Sarov, venez sur ma tombe et venez-y souvent.( ...) Dites-moi tout, je vous écouterai. Toute tristesse s'envolera loin de vous... Parlez-moi, comme vous faisiez, car je suis vivant et je le serai pour toujours". Comment pouvons-nous recevoir ce texte étonnant?

 

Olivier Clément : Cet ermite russe (1759-1833), qui, rapporte-t-on, vivait en sympathie avec les animaux sauvages, est un de ces grands spirituels qui sont tout entier "communion". C'est pourquoi il peut dire cela. De fait, je crois que nous pouvons avoir cette attitude de remise confiante de soi aux personnes défuntes qui ont atteint un tel degré d'universalité. Je fais allusion à des personnes qui manifestent, dès ici-bas, que nous ne sommes séparés de personne, que l'humanité ne forme, in fine, qu'un seul homme parce qu'elle sera tout entière rassemblée ettransfigurée en Christ. "L'homme maximum", selon l'expression de Nicolas de Cuses, en qui nous sommes tous un.

 

Ce que dit Séraphim de Sarov me fait penser aux habitants de l'île d'Egine (Grèce). Ils aiment aller sur la tombe de saint Nectaire, saint local, car, disent-ils, lorsqu'ils collent leurs oreilles contre la pierre tombale, ils entendent battre son coeur. Je connais moi-même un moine du Mont Athos, homme de grande intériorité, qui a pour père spirituel Isaac le Syrien, un saint du Vile siècle. Il a avec lui un lien profond, subtil et réel. Cela surprend nos esprits cartésiens, mais la foi nous conduit à croire qu'il y a des états de conscience, des états spirituels multiples. Cette croyance ne fait pas l'objet d'une doctrine fixée par l'Eglise, mais c'est un thème très présent chez les Pères.

 

De là à affirmer, comme certains, que les premiers chrétiens croyaient en la réincarnation...


La croyance en la réincarnation n'a jamais été chrétienne. Non, ce qu'évoquent les Pères de l'Eglise, c'est le dépouillement progressif de l'âme entre la mort biologique et la résurrection générale, selon un long processus de purification. Une des façons de l'exprimer, c'est le symbole des frontières spirituelles gardées par des douaniers-démons. Ils se jettent sur l'âme pour lui enlever tout ce qui leur appartient. Purifiée, elle continue son chemin jusqu'à ce qu'elle entre dans la lumière éternelle.


Serait-ce le paradis ?


Les orthodoxes parlent plutôt de la Jérusalem céleste ou Royaume de Dieu. Le paradis, c'est ce qu'il y avait au début, avant la chute. Alors que le Royaume de Dieu, lui, englobe l'Histoire. Le Royaume céleste sera (aussi) un accomplissement de tout ce que les hommes ont créé de bon et de beau au cours des temps. Comme le dit l'Apocalypse de Jean, "Toutes les Nations apporteront leur honneur et leur gloire dans la Jérusalem céleste".

 

Le paradis, c'est un jardin, alors que la Jérusalem céleste, c'est une ville dont, nous dit Jean, les murs seront construits avec les pierres précieuses les plus denses et les plus transparentes. Résurrection générale, Jugement dernier, Jérusalem céleste: ces expressions tentent d'évoquer une réalité qui échappe à notre entendement. Selon Maître Eckhart, nous vivrons dans un état de "fusion sans confusion".

 

C'est aussi mystérieux que la Trinité, dont les théologiens disent qu'elle représente à la fois l'union la plus absolue et l'altérité (la différence) la plus radicale. Ce n'est que dans la foi, la prière, et, à terme, la contemplation des mystères divins, que nous pouvons l'appréhender.

 

La résurrection de la chair, ce sera quoi? 

 

Tout sera transfiguré, notre intelligence comme notre corps. Que sera notre corps ressuscité, notre corps de gloire ? Nous pouvons en avoir une préfiguration dans ce que les Evangiles disent des apparitions de Jésus, entre sa résurrection et son ascension. Il est à certains moments présent en plusieurs endroits à la fois. Sa présence, à la fois incarnée et transfigurée, relè ve d'un espace et d'un temps différent du nôtre. Parfois, dans des moments de grande joie et de plénitude, nous avons comme une anticipation de cet état où il n'y aura ni mort, ni séparation.

 

A ce sujet, Léon Zander, un ami du grand théologien russe contemporain Serge Boulgakov, m'a dit un jour: "Dans le Royaume de Dieu, nous pourrons continuer à entendre la musique de Bach et de Mozart mais il n'y aura plus d'icônes car nous serons tous des icônes" (ndlr: l'icône essaye de montrer le visage de l'homme pénétré par la lumière de Dieu).

 

Revenons, si vous le voulez bien, à notre point de départ. Comment pouvons-nous être "reliés" aux personnes défuntes qui ont compté pour nous ?

 

Mais dans l'Eucharistie ! Car le corps du Christ englobe les vivants et les morts. Plus nous entrons dans l'Eucharistie, plus nous entrons dans le corps du Christ et moins nous sommes coupés les uns des autres, vivants ou défunts. Nous rencontrons nos morts dans un contact eucharistique qui se manifeste, par exemple, à travers les songes.

 

En faites-vous personnellement l'expérience ?


Oui. J'ai souvent un contact à travers des rêves avec mes parents, mon père surtout. C'est comme si les morts nous tendaient la main pour nous aider à passer de l'autre côté des choses. Cela devient plus fréquent avec le grand âge.

 

De celui-ci, ne faut-il pas dire qu'il est d'abord l'occasion de faire retour sur soi, de se détacher des choses ?


Certainement. Le grand âge est donné à l'homme pour qu'il se pacifie et essaye de dépasser toutes les détestations et acrimonies qu'il a pu accumuler dans sa vie. Et pour qu'il redevienne -positivement- comme un enfant. C'est-à-dire comme quelqu'un qui vit dans l'instant. Qui ne se projette pas dans l'avenir, mais vit dans l'attente confiante de l'ultime.

 

Vous-même, comment vivez-vous l'approche de la mort ?

 

Très fortement, me semble-t-il. Pour moi, ce n'est ni décourageant ni accablant, bien au contraire. Je crois profondément que nous serons tous accueillis par le Christ ressuscité. Je sais qu'Il m'attend, qu'Il sera là. J'ai une grande confiance. Mais je ne me cache pas que mes derniers instants seront peut-être difficiles. Dans la liturgie orientale, nous demandons la grâce d'une mort paisible, si possible entouré des siens. Je me réjouis à ce sujet qu'après avoir longtemps refoulé la mort, nos contemporains se soucient davantage de l'entourer de la présence, des paroles et des gestes requis. 

 

Les personnes qui sont "revenues" de la mort, parce que les médecins les en ont arrachées in extremis, évoquent une lumière incomparable et une grande félicité...


Il faudrait nuancer ces propos, mais cela ne contredit pas ce qu'enseigne la tradition chrétienne. A ce sujet, laissez-moi évoquer une belle légende moyen-orientale. Elle dit que lorsque quelqu'un va mourir, Dieu lui envoie l'ange de la mort pour qu'il prenne son âme. Cet ange a des ailes couvertes de paires d'yeux. Parfois Dieu change d'avis. Il rappelle l'ange, qui, en partant, détache une paire d'yeux et les donne à celui ou celle qui, revenu du trépas, désormais voit toute chose avec ces yeux-là. Ce regard transparent : n'est-ce pas ce que nous devons rechercher dès maintenant ? ∎

Propos recueillis par Jean-Claude Noyé

Revue Prier N°256 novembre 2003

 

Plus sur O Clément
http://www.reforme.net/une/religion/disparition-d-olivier-clement

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20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 22:16

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Savez-vous ce que c'est qu'une personne qui n'est pas nourrie de cette parole sainte ou en abuse ?

 

Elle est semblable à un malade sans médecin, à un voyageur égaré et sans guide, à un pauvre sans ressource ; disons mieux, mes frères, qu'il est tout à fait impossible d'aimer Dieu et de lui plaire sans être nourri de cette parole divine.

 

Qu'est ce qui peut nous porter à nous attacher à lui, sinon parce que nous le connaissons ?

 

Et qui nous le fait connaître avec toutes ses perfections, ses beautés et son amour pour nous, sinon la parole de Dieu, qui nous apprend tout ce qu'il a fait pour nous et les biens qu'il nous prépare dans l'autre vie, si nous cherchons à lui plaire ?

 

Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859), prêtre, curé d'Ars
Sermons (Éds Ste Jeanne d'Arc 1982, t. 1, p. 265)

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19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 22:56

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La vraie raison pour laquelle on ne veut pas venir à cette Eucharistie est qu'on ne désire pas mener une vie chrétienne ; on ne désire pas promettre de mener une vie chrétienne ; on se doute que ce sacrement y oblige, qu'il oblige à vivre d'une façon beaucoup plus stricte et plus sérieuse qu'on ne le fait pour l'instant…

 

Il y a dans la plupart des cas une répugnance à s'engager à se charger du joug du Christ ; une répugnance à renoncer pour de bon au service du péché ; un reste d'amour de ses aises, de la volonté propre, du refus de l'effort, des habitudes sensuelles, de la bonne opinion de gens qu'on ne respecte pas ; enfin, on doute de pouvoir tenir les bonnes résolutions, car on n'est pas trop sûr de leur sincérité.

 

Voilà pourquoi on ne veut pas venir au Christ-Eucharistie pour avoir la vie ; on sait qu'Il ne se livre pas si on ne consent pas à se donner à Lui.


Cardinal John-Henry Newman (1801-1890)

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