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26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 22:59
I
Au commencement
au-delà du sens
là est le Verbe.
Ô le trésor si riche
où commencement fait naître
commencement !
Ô le coeur du Père
d'où à grand-joie
sans trêve flue le Verbe !
Et pourtant ce sein-là
en lui garde le Verbe. C'est vrai.

II
Des deux un fleuve,
d'Amour le feu,
des deux le lien
aux deux commun,
coule le très suave Esprit
à mesure très égale,
inséparable.
Les Trois sont Un.
Quoi ? Le sais-tu ? Non.
Lui seul sait ce qu'Il est.

III
Des Trois la boucle,
est profonde et terrible
ce contour-là
jamais sens ne saisira :
là règne un fond sans fond.
Échec et mat
temps, formes et lieu !
L'anneau merveilleux
est jaillissement,
son point reste immobile.

IV
Ce point est la montagne
à gravir sans agir
Intelligence !
Le chemin t'emmène
au merveilleux désert,
au large, au loin,
sans limite il s'étend.
Le désert n'a
ni lieu ni temps,
il a sa propre guise.

V
Ce désert est le Bien
par aucun pied foulé,
le sens créé
jamais n'y est allé :
Cela est ; mais personne
ne sait quoi.
C'est ici et c'est là,
c'est loin et c'est près,
c'est profond et c'est haut,
c'est donc ainsi
que ce n'est ça ni ci.

VI
C'est lumière, c'est clarté
c'est la ténèbre,
c'est l'innommé,
c'est l'ignoré,
libéré du début ainsi
que de la fin,
Cela gît paisiblement
tout nu, sans vêtement.
Qui connaît sa maison,
ah ! qu'il en sorte !
et nous dise sa forme.

VII
Devient tel un enfant,
rends-toi sourd et aveugle !
Tout ton être devenir néant,
dépasse tout être et tout néant !
Laisse le lieu, laisse le temps,
et les images également !
Si tu vas par aucune voie
sur le sentier étroit,
 tu parviendras jusqu'à l'empreinte du désert.

VIII
Ô mon âme,
sors ! Dieu, entre !
Sombre tout mon être,
en Dieu qui est non-être,
sombre en ce fleuve sans fond !
Si je te fuis,
Tu viens à moi.
Si je me perds
Toi, je Te trouve,
Ô Bien suressentiel !

MAITRE ECKHART
GRANUM SINAPIS
(Le grain de sénevé)
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25 janvier 2009 7 25 /01 /janvier /2009 23:26
Mon Dieu, daignez me donner ce sentiment continuel de votre présence, de votre présence en moi et autour de moi, et, en même temps, cet amour craintif qu'on éprouve en présence de ce qu'on aime passionnément, et qui fait qu'on se tient devant la personne aimée, sans pouvoir détacher d'elle les yeux, avec un grand désir et une pleine volonté de faire tout ce qui lui plaît, tout ce qui est bon pour elle et une grande crainte de faire, dire ou penser quelque chose qui lui déplaise ou lui fasse mal...
En vous, par vous et pour vous. Amen.


Charles de Foucauld.
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24 janvier 2009 6 24 /01 /janvier /2009 23:21
Tout art s'apprend, tout métier s'enseigne. Il existe un art de vivre comme un art d'aimer, et donc un art de la vie intérieure. II a ses guides. Parmi eux le plus précieux se trouve à l'intérieur de soi-même. Peu importe le nom qui lui est conféré.

On peut, avec Augustin, l'appeler le « Maître intérieur ». Mais il doit être découvert Les autres maîtres n'auront pas d'autres fonctions que de favoriser cette rencontre du soi avec le Soi suprême, l'élément le plus vivant de l'être. L'art de la vie intérieure est subtil. Il va de la connaissance de soi à l'illumination en passant par l'ascèse, la concentration, la méditation et la prière. Il comporte l'apprentissage de la pauvreté intérieure, du parfait renoncement [...]

« Cherchez premièrement le royaume de Dieu. » A cette phrase de saint Matthieu (6,33) fait suite celle de saint Luc ( 17,21 ) : « Le royaume de Dieu est au-dedans de vous. » Ainsi, le chrétien est averti qu'il doit chercher tout d'abord le Royaume et que celui-ci se trouve en lui. [...]

Répondant à cette invitation, l'homme de bonne volonté s'interroge : où situer ce dedans ? Comment l'atteindre ?

MARIE-MADELEINE DAVY (1903-1998), ÉCRIVAIN

« Les chemins de ia profondeur » (Albin Michel, pp. 39-40)
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