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26 septembre 2020 6 26 /09 /septembre /2020 19:30

Les sept premiers pas de la Vierge Marie (XIVe siècle). Église Saint-Sauveur-in-Chora (Istanbul).
 

Comment raconter une vie ? Il y a tant de choses, tant d’images à évoquer qu’il est souvent difficile de faire le tri entre les moments vraiment importants et ceux qui le sont moins.

À quoi s’ajoute que, d’une vie à une autre, plusieurs événements sont communs, certains mêmes trop banals pour être évoqués, qui ne disent rien de particulier d’une personne.

Prenons l’exemple de la vie de Marie telle qu’elle est représentée dans les mosaïques qui recouvrent les trois premières baies du narthex intérieur de Saint-Sauveur-in-Chora à Istanbul.

Toutes rendent compte de la vie de la mère de Jésus, depuis sa naissance jusqu’à la dormition, sans rien omettre des scènes les plus connues que l’histoire chrétienne a retenues : Marie bénie par les prêtres, la présentation au Temple, Marie confiée à Joseph, l’Annonciation ou encore la Vierge à l’Enfant.

Avec ces moments clés, d’une mosaïque à l’autre, c’est toute la biographie mariale qui est mise en scène pour les fidèles.

Sauf qu’il y a une autre mosaïque parmi celles-là, une que l’on remarque moins que les autres, un peu comme une photo d’enfance oubliée dans un album ancien, et cette image en dit plus long que toutes peut-être sur la manière de raconter une vie humaine.

Cette mosaïque, c’est celle des sept premiers pas de la Vierge Marie que l’on a sous les yeux.

Minuscule, hésitante, les bras en avant, une fillette s’aventure des bras de sa mère à ceux de son père.

Bien sûr, la tradition hagiographique reconnaît aussitôt Anne et Joachim. Mais à quoi bon le rappeler ici ? La scène est d’une telle grâce qu’il n’y a que ces pas dans la lumière qui comptent.

Ces pas d’une enfant, croira-t-on, sont ceux de tous les enfants du monde quand ils apprennent à marcher.

Mais ils ne sont pas tout à fait les mêmes : sept comme les futures sept douleurs de la Vierge, les sept « glaives » qui ont transpercé son cœur, ils préfigurent tout son destin avant même qu’elle ait fait son chemin.

Qu’est-ce que cela veut dire ? Chancelante et confiante, elle remet sa marche entre les mains de son père placé devant elle. Une enfant, au fond, à l’image de notre humanité à tous.

Pascal Dethurens, professeur de littérature comparée à l’université de Strasbourg.

Repères

La mosaïque byzantine, dont l’apogée se situe entre le VIe et le XVe siècle, remonte à une longue tradition venue de la Grèce antique et de Rome. À partir du IVe siècle, les Églises chrétiennes ont adopté et adapté cette tradition pour dépeindre des scènes de la vie religieuse, sur les pavements des édifices, les murs et les plafonds. Les artistes byzantins ont ainsi influencé ceux du royaume normand de Sicile au XIIe siècle, ainsi que ceux de Venise et de Rome, mais aussi de Russie et d’autres pays du monde orthodoxe. L’art de la mosaïque s’est estompé ensuite au cours de la Renaissance.

Saint-Sauveur-in-Chora est l’un des plus beaux exemples d’églises byzantines à Istanbul. Convertie en mosquée par les Ottomans en 1511, elle est devenue un musée en 1948. Mais elle vient d’être reconvertie en mosquée – le 21 août 2020 – par décret présidentiel du chef de l’État Recep Tayyip Erdoğan, qui abandonne ainsi l’héritage de Mustafa Kemal, fondateur de la république laïque de Turquie.

https://natureln.librox.net/spip.php?article726

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25 septembre 2020 5 25 /09 /septembre /2020 20:50

L’élection américaine, dont on nous tient étroitement informés, amène dans notre actualité celle des violences urbaines, raciales, et la question de la circulation des armes, puisque désormais ce qui se passe là-bas se reproduit de plus en plus dans notre pays, certes dans une moindre mesure.

Les débats que suscite aux États-Unis la liberté d’être armé et les inquiétudes sur l’insécurité croissante en France rappellent à notre attention la figure de ceux qui tentent, là-bas et ici, d’enrayer les engrenages mortifères.

Je veux parler de ces engrenages capables de transformer un jeune individu né dans un pays en paix, un pays de droit, en membre d’un groupe réduit par son environnement à la haine et à la violence.

C’est à ces femmes et à ces hommes de bonne volonté que je voudrais dédier cette chronique, en souvenir d’une religieuse que j’ai rencontrée en Louisiane, au pénitencier d’Angola où sont envoyés les condamnés à la peine capitale.

Sœur Helen Prejean a consacré sa vie à apporter, dans le couloir de la mort, la parole du Christ et la force des Évangiles à ceux vivant jusque-là dans des replis de banlieues chroniquement plongées dans une intense obscurité spirituelle.

Cette religieuse, qui a milité pour l’abolition de la peine de mort, m’a profondément bouleversée par le témoignage qu’elle m’a confié, sur les derniers instants d’un détenu qui a attendu des hommes, puis de Dieu, le pardon pour son acte criminel.

Il lui avait dit, assis sur la chaise électrique : « Si je vous avais connue plus tôt, je ne serais pas là. »

Elle m’a ouvert les yeux sur tous les anonymes qui visitent les prisons pour maintenir une note d’humanité dans cet univers atroce. Mais aussi sur ceux qui, au plus bas de la condition humaine, œuvrent continûment pour la charité.

Je les admire : nulle dissipation dans leur vie, nul flou dans leur vision du monde.

Pour eux, il y a la certitude de la croix, plantée dans l’histoire depuis deux mille ans et qui sépare le bien et le mal.

À gauche de la croix, du côté du mauvais larron, ils rangent tous ceux qui nient l’injonction d’aimer qui leur est faite par le mystère même de la croix ; à droite ceux qui se laissent enrôler par l’amour, fussent-ils d’anciens larrons.

Du « Que celui qui n’a jamais péché » au « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi au paradis », il n’y a que miséricorde et pardon, et ils s’en font un manteau.

Il y a, au cœur de leur tendresse – qui gonfle violemment mon cœur lorsque je suis à leur contact – l’impénétrable mystère de l’amour – l’amour qui peut tout, hormis « n’être pas ».

Ils n’ont sans doute jamais eu autant de « travail » qu’en ce moment, où la dégradation de la situation économique – mais aussi morale, à tous les niveaux, jusqu’au plus haut de l’État –, entraîne dans les succursales des associations caritatives des flots de nécessiteux, en nourriture, en biens matériels et en secours spirituels.

Comme chez Mère Teresa, comme chez ces prêtres en Inde, ces petites sœurs en Afrique ou chez ces individus sans église qui travaillent sans relâche à combattre la violence entre les hommes, quelles que soient les formes qu’elle prend, j’admire la volonté évidente, l’irréductible résolution d’agir – de soulager de toute leur force, avec toute leur vie, le poids de cette croix qu’a traînée Jésus jusqu’au Golgotha.

J’ai trouvé l’engagement plus éblouissant encore chez ceux qui, sans renoncer à leur voie, m’ont avoué douter parfois, mais n’ont rien abandonné et ne se sont pas résignés à ces « à quoi bon ? » dont je suis si familière.

Ils sont le beau contre le tragique. Le beau : l’amour conjugué à la tendresse. Imperméables aux injonctions publicitaires, ils protègent le monde de la laideur, en se sacrifiant pour ceux qu’on a jetés sur le bord des chemins.

Je bénis la lumière que reçoivent ceux sur qui ils se penchent chaque jour, à les soigner, les réconforter, les chérir.

Ils opèrent des miracles : en permettant à ces femmes, ces hommes et ces enfants de croire en leur amour, ils leur offrent de croire en celui de Dieu pour eux.

Et c’est sans nul doute la révélation la plus intense qu’il leur sera donné de vivre.

Il reste bien sûr le pas à faire à notre tour – je me range au nombre des miséreux à qui ils tendent la main.

Leur infinie Charité nous enseigne, à nous aussi, une vérité qui est une invitation : ce n’est pas ce qui vient à nous – ainsi leur amour – qui est la vie véritable, mais ce qui vient de nous.

Comme l’a écrit le poète Oscar Milosz : « Être, c’est créer et non recevoir sa vie. »

Christiane Rancé

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24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 20:30

J'ai rencontré Irakli Gogoladzé au monastère de Samtavro. Tout à coup, ce jeune homme d'environ vingt-cinq ans s'est approché de moi et m'a dit : "Vous savez, le staretz Gabriel a fait un miracle pour moi... J'ai entendu dire qu'on faisait une collection de ces histoires. Pourriez-vous me dire à qui je pourrais l'envoyer ?" J'ai répondu avec révérence et joie : "Je suis le traducteur et le compilateur de la version russe du livre, Le diadème du staretz..."

Sans me laisser finir, rempli d'émotion, il a commencé à me raconter son histoire. J'ai allumé le dictaphone et... je l'ai écouté me raconter une guérison miraculeuse par le staretz Gabriel (Ourguébadzé). J'aimerais partager cette histoire avec vous, chers lecteurs. 

Un miracle s'est produit dans ma famille grâce au staretz Gabriel.

Il n'était pas encore canonisé lorsque j'ai entendu parler de lui pour la première fois. Notre première "rencontre" a eu lieu lorsque j'étais, je pense, en septième année et que j'ai visité le monastère de Samtavro avec mes amis. N'étant encore qu'un enfant, j'ai été étonné par tout ce que j'ai vu sur la tombe du staretz - et tout d'abord par le nombre incroyable de personnes qui sont venues le vénérer.

Sans avoir vraiment conscience de ce que je faisais, je me suis également approché de la tombe, et c'est alors que mon amitié avec l'e staretz Gabriel a commencé. En m'inclinant devant la tombe, j'ai ressenti une immense grâce. Mon cœur était rempli d'amour. Sentant cette joie intérieure, j'ai voulu crier aussi fort que possible : "Je vous aime tous !"

La moniale Parasceva nous a donné de l'huile de la lampade sur la tombe du staretz Gabriel et nous a expliqué comment nous faire l'onction. J'avais l'impression d'avoir obtenu un pouvoir invincible. Et c'est ce qui s'est passé !

Quelques mois ont passé, et le désastre a frappé notre maison. Mon père est tombé malade du psoriasis. Nous avons fait le circuit de tous les hôpitaux, mais sa forme était si grave et son stade si avancé qu'aucun d'entre eux ne voulait nous recevoir. 

Après quelque temps, grâce aux intercessions de nos proches, mon père a été reçu à l'hôpital de Tbilissi pour des maladies de peau et vénériennes. Le traitement s'est déroulé très lentement. Les médecins ont dit qu'il lui faudrait au moins quatre mois pour se rétablir complètement. 

Une nuit, mon père a eu une crise cardiaque, et ils ont à peine pu lui sauver la vie. Alors je me suis souvenu du staretz, sur la tombe duquel des guérisons miraculeuses ont lieu. J'ai couru à la maison, j'ai pris l'huile de la lampade de la tombe du staretz Gabriel, et je suis venu à l'hôpital. Les médecins ne laissaient entrer personne dans sa chambre, mais lorsque j'ai expliqué la situation, ils ont accepté et m'ont laissé entrer en secret. Je suis allé voir mon père, et il dormait. Avec mon petit doigt, je l'ai oint trois fois en forme de croix avec l'huile, j'ai lu le "Notre Père" et j'ai demandé de tout mon cœur au staretz de guérir mon père. Puis je suis parti sans un mot.

Le matin, ma mère et moi sommes allés à l'hôpital avec un ami. Nous sommes allés dans la chambre de mon père... pour être plus précis, nous avons couru avec horreur quand nous avons entendu le cri de l'infirmière : "C'est pas possible ! 

Nous avons pensé, eh bien, c'est la fin ! Ma mère s'est évanouie. J'ai été saisi de tremblements que je n'avais pas la force de contrôler. Je suis entré dans la chambre et j'ai vu mon père assis sur le lit. J'étais stupéfaite. Il n'avait plus d'éruption sur le corps ni sur le visage, sa peau était comme celle d'un nouveau-né. 

Bientôt, le médecin-chef est entré dans la chambre, celui-là même qui m'avait permis de rendre visite à mon père. Je n'oublierai jamais l'expression de son visage à ce moment où il a vu son patient avec une peau absolument claire ! Le médecin s'est mis à pleurer et à se signer, en disant : "Gloire à Dieu... Gloire à ce statetz..." 

Alors mon père nous a arrêtés et nous a demandé de quel staretz nous parlions. Je n'ai même pas pu commencer à lui parler du staretz Gabriel avant que mon père ne nous parle du rêve qu'il a fait cette nuit-là. 

C'était comme si un prêtre à la barbe grise entrait dans la pièce et lui disait : "Eh, mon frère... Eh bien, jusqu'à présent, tu n'as pas reçu la communion ni eu de confession, mais tu as un fils et une femme croyants qui m'ont appelé ici. Je ne supporte pas de voir comment ils pleurent... Laisse-moi te guérir, et tu commenceras à vivre une vie religieuse. Va souvent à l'église, confesse-toi et reçois la communion. Alors nous serons amis... Sinon, je ne suis pas ton ami. Compris ?" 

Il a fait un clin d'oeil à mon père, a fait le signe de croix sur lui et est parti...

J'ai pleuré - tout le monde dans la pièce pleurait ! Bien que mon père n'ait jamais vu le staretz de son vivant, sa description du "prêtre" correspondait tout à fait à celle de saint Gabriel.

 

Gloire à toi, ô Dieu ! Gloire à toi, Père Gabriel !


Version française Claude Lopez-Ginisty
https://orthodoxologie.blogspot.com/2020/09/irakli-gogoladze-une-histoire.html

Gabriel, né Goderdzi Urgebadze était un moine orthodoxe géorgien vénéré pour sa vie monastique et sa piété. Avec de nombreux miracles qui lui sont attribués, la tombe de Gabriel à Mtskheta a attiré un nombre croissant de pèlerins.

Le père Gabriel Urgebadze, récemment glorifié, se vit demander comment prier pour les ennemis. Le staretz répondit : 

"D'abord, commencez par prier pour ceux que vous aimez le plus, par exemple pour vos enfants.

Ensuite priez pour les autres membres de votre famille. 

Ensuite pour tous ceux d'entre vos proches et vos voisins que vous n'avez pas eu comme ennemis.

Bénissez la ville dans laquelle vous vivez, mais pas seulement elle, bénissez tous les habitants du pays. 

Et votre pays n'est pas le seul, il est entouré d'autres pays - demandez à Dieu que les gens ne se querellent pas. 

Alors, lorsque vous aurez prié pour tout le monde, et que seul reste l'ennemi - ne l'abandonnez pas. 

Demandez à Dieu de remplir son coeur de bonté et de compréhension et de sagesse. 

Voilà comment vous saurez prier pour vos ennemis.


Saint Gabriel

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