Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
5 juillet 2021 1 05 /07 /juillet /2021 19:24

Fresques des douze apôtres avec les langues de feu dans la chapelle du Moutier Saint-Martin.

Le but de cet article est de permettre aux personnes dépourvues de temps ou de possibilité pour approfondir la théologie dogmatique de l’Église orthodoxe, de s’approcher de l’innommable, du plus intime et du plus inconnu, le Saint-Esprit.

Qui est le Saint-Esprit ? L’Esprit-Saint est Dieu, la Troisième Hypostase de la Sainte Trinité, Il procède du Père et Il est envoyé dans le monde par le Fils : voici la réponse exacte et infaillible.
[...]

Guidés par Maxime le Confesseur, distinguons les quatre étapes, les quatre mystères du Saint-Esprit qui se déroulent progressivement de l’extérieur vers l’intérieur, de la périphérie vers le centre.

De ces quatre cercles concentriques de l’expérience du Saint-Esprit, le premier est à la portée de tous sans exception, le dernier totalement inconnu du monde et privilège d’un petit nombre.

Le premier cercle est universel et cosmique. C’est l’Esprit de la Genèse planant sur les éléments primordiaux, les réchauffant, les vivifiant et les rendant féconds. Selon l’enseignement de l’Écriture Sainte et des Pères de l’Église, tout ce qui est, existe, vit, se meut et progresse, est, existe, vit, se meut et progresse par le Saint-Esprit. […]

De ce point de vue Dieu nous est plus proche que nous-mêmes. « Tu envoies l’Esprit », dit le psalmiste, « et la terre se renouvelle », la nature est en perpétuel renouveau. « Tu retires Ton Esprit et tout retombe en poussière », se décompose, disparaît, perd l’existence et retourne au néant.

Il est certain que ce souffle vital, exhalé par l’Esprit, n’a pas une intensité uniforme. Le monde minéral est moins animé que le monde végétal, le végétal que le règne animal, l’animal que l’humain. […]

Plus nous gravissons cette échelle de la vie et plus nous acquérons le caractère d’autonomie, de conscience, de liberté de mouvement, de choix de direction, de création. Cette aptitude à la liberté nous communique simultanément la possibilité d’épanouir en nous la vie divine et celle de lui résister.

Il en découlera logiquement que l’homme peut être à la fois le « temple du Saint-Esprit », une source de vie et la cause de destruction du monde, un initiateur d’anéantissement de l’être, un instrument de mort.

L’Église orthodoxe propose à ses fidèles de commencer toute action par l’appel au Saint-Esprit : « Roi du ciel, Consolateur, Esprit de Vérité, Toi Qui es partout présent et Qui remplis tout, Trésor des bons et Donateur de vie, viens et demeure en nous, purifie-nous de toute souillure et sauve nos âmes, Toi Qui es bonté. »

Cette prière nous enseigne magnifiquement que l’Esprit-Saint est l’être, l’existence, la vie et le progrès de tout mais que nous, hommes, l’avons expulsé volontairement de nos âmes, laissant à sa place un vide, une souillure et qu’il nous faut Le supplier de revenir en nous afin de retrouver la plénitude de vie. Ce qui est vital, épanouissement de l’être, est bon et vrai ; ce qui diminue, détruit la vie, amoindrit l’âme, entrave le renouveau perpétuel ou tue, est le péché contre l’Esprit de Dieu.

Voici l’enseignement moral et pratique, inhérent à cette première manifestation de l’Esprit.

Le deuxième cercle n’est plus cosmique, il est pan-humain et n’appartient qu’à l’humanité.

L’Esprit, selon l’expression de Maxime le Confesseur, y apparaît comme guide vers le Christ, Inspirateur, Source de la Révélation des élus : qu’ils soient prophètes, initiés, poètes ou savants. Il se manifeste aussi sous forme d’intuition dans les âmes simples et mène progressivement tous ces êtres, en tant qu’ils peuvent le suivre, vers la totale Vérité déposée dans le Verbe incarné.

Il est l’Esprit de Vérité distribuant des parcelles de cette Vérité, des étincelles du feu divin, autant aux hommes de toutes races et de toutes provenances qu’aux peuples, aux traditions et civilisations.

Les prophètes de l’Ancienne Alliance participèrent violemment de l’Esprit-Saint, mais les illuminés et les sages des autres religions n’en sont point privés.

Car il ne peut y avoir qu’une seule Vérité qui est le Christ. Il le dit Lui-même : « Je suis la Vérité. » Et nous n’avons pas d’autre Donateur de Vérité que l’Esprit de Vérité. Là où frémit une moindre parcelle de vérité, là est l’action de l’Esprit. […]

Le deuxième cercle n’a donc pas pour frontière une confession ou une tradition. Il est le « Pneuma » qui souffle où Il veut.

Mais cette deuxième manifestation du Saint-Esprit qui se présente sous forme de guide, exige de nous un regard critique et l’art de discernement.

Car, après la chute angélique, la révélation truquée du malin peut se mêler à l’inspiration divine, son but étant de détourner du Christ et de pousser l’humanité vers la direction opposée : l’antéchrist.

Il nous est impossible en ces quelques lignes d’initier au discernement, mais il est aussi indispensable d’indiquer que dans une même tradition ou une même religion humaine, s’entremêlent parfois le vrai et le faux.

Étouffer l’inspiration authentique en arrachant les bonnes herbes avec l’ivraie est aussi imprudent que de se laisser empoisonner par les plantes vénéneuses. Ni repousser, ni accepter sans discernement. […]

Le critère infaillible est le Christ, plénitude de la Vérité, car le Christ est la « récapitulation » – selon la parole de saint Irénée – de toutes choses, hormis le péché.

Le troisième cercle est tracé par les flammes de la Pentecôte. C’est la venue souveraine du Deuxième Consolateur, promis par le Christ. Cette manifestation est uniquement réservée à l’Église.
L’Esprit est la mémoire infaillible de la Vérité révélée, le gage de la fidélité de l’Épouse à son Fondateur, lui rappelant ce que le Christ lui a enseigné. Il lui communique la connaissance directe de la Vérité, la puissance et la force de la confesser. Vie nouvelle, Source de la déification du monde, Gnose des chrétiens, Tradition vivante !

Il demeure dans la totalité de l’Église, mais agit en chacun de ses membres. Chaque fidèle Le reçoit dans le sacrement de l’onction que l’on nomme aussi : confirmation, ce mot signifiant : sceau de l’Esprit.

Cette présence de l’Esprit-Saint au sein de l’Église, est tellement évidente que même si l’Évangile disparaissait, ainsi que le déclarent saint Jean Chrysostome, saint Jean Climaque, saint Siméon le Nouveau Théologien, l’enseignement du Christ par l’Esprit-Saint demeurerait intact et la Vérité ne pourrait être altérée. Par l’avènement de l’Esprit en l’Église, la Révélation s’est inscrite indélébilement dans nos cœurs.

Le monde ne peut connaître la Pentecôte, cette troisième manifestation de l’Esprit-Saint, dit le Christ. Elle est, en effet, absolument ignorée en dehors de l’Église. C’est d’elle dont saint Irénée s’écriera : « Là où est l’Église, là est l’Esprit, là où est l’Esprit, là est l’Église. »

Si le Consolateur n’était descendu souverainement le jour de Pentecôte sur les 120 personnes, et par elles sur les membres de l’Église de tous les temps, les Apôtres auraient inévitablement déformé l’enseignement du Christ et l’Église n’aurait pu sauvegarder la pureté de la Révélation.

L’histoire de l’Église nous démontre que les autorités trahissent, que les conciles, les papes et les patriarches tombent dans l’hérésie, que les inspirés et les mystiques mélangent les lumières avec les ténèbres, mais que la présence mystérieuse et efficace de l’Esprit complète les manques et redresse la faiblesse humaine.

Les sacrements de l’Église sont vivifiés, sanctifiés et transformés par le même Esprit. Dans le baptême, les eaux sont sanctifiées, dans la confirmation Il envahit de Sa lumière l’être humain, dans l’eucharistie, Il transforme le pain et le vin en Corps et Sang du Christ ; par l’Église, « sacrement des sacrements », Il transfigure l’univers en corps et en sang du Christ en le déifiant.

Enfin, le quatrième cercle, ou quatrième manifestation de l’Esprit est le privilège des Saints. C’est l’acquisition du Saint-Esprit.

Dans les saints l’Esprit se manifeste palpablement et les fait conforme à Dieu. Ce cercle de lumière incréée est redoutable ; deux conditions s’imposent pour oser y pénétrer sans danger : vivre sans hypocrisie et sans équivoque dans le troisième cercle, dans l’Église, et s’abandonner entre les mains d’un saint. Ceux qui désirent l’apercevoir de loin, qu’ils méditent l’entretien de saint Séraphin de Sarov avec son disciple Motoviloff...

Nous pourrions ramasser en une phrase l’action du Saint-Esprit au travers de ces quatre cercles : l’Esprit ou Vie universelle, nous mène par le Christ à l’union avec Dieu.

Bulletin des orthodoxes français, « CONTACTS » n°16, 1957. In : Évêque Jean de Saint-Denis, Articles (1920-1959) - volume I, éditions de Forgeville vol n°3, pp. 129-134

S'abonner au Blog Seraphim

Cliquer ICI

Partager cet article
Repost0
4 juillet 2021 7 04 /07 /juillet /2021 19:30


Mon amie Françoise a eu l’autre dimanche cette belle formule : « Le luxe, c’est l’espace, le temps et le silence. »

J’ai trouvé l’idée magnifique et très juste ; nous qui courons après l’affreux fantôme de la réussite matérielle, cette définition du luxe est sujette à nous faire réfléchir sur le sens que nous donnons à nos vies.

J’ai aussi tout de suite pensé à ces abbayes, hors du tumulte du monde, qui constellent nos campagnes et plus précisément à ces trois sœurs cisterciennes qui font la beauté de l’ordre en Provence : Silvacane, sur les bords de la Durance ; Sénanque, perdue dans les champs de lavande sur les hauteurs du Lubéron ; et le Thoronet, nichée dans les collines varoises.

Vaisseaux de pierre enchâssés dans la plus complète solitude, elles sont un havre de paix pour qui veut retrouver un sens à sa vie.

Eh oui, et si le luxe était simplement la contemplation sereine d’un paysage, en prenant le temps qu’il faut pour s’inscrire dans les minutes qui passent, dans un écrin de silence ?

Et si le véritable luxe, en toute humanité, était de se retirer du monde pour, enfin, vivre ?

Les premiers anachorètes ne pensaient pas autrement, eux qui ont fui le désordre du siècle pour construire une existence de prière au désert.

Dans le dénuement le plus complet, ils ont arrêté le cours du temps et se sont élevés vers le Très-Haut, en toute humilité, avec pour eux les grands espaces, le temps et un silence imposé.

Je songe aussi à cette petite chapelle entourée de grottes, posée sur la chaîne de collines qui sépare le gros bourg de Lambesc de La Roque-d’Anthéron, où un groupe d’ermites s’est installé au début du Moyen Âge, édifiant, dans un style roman privé d’artifice, Notre-Dame de Goiron pour y pratiquer leurs dévotions à la Vierge. Encore aujourd’hui, atteindre la chapelle demande quelques efforts, et si une route goudronnée y conduit, l’étroitesse et l’escarpement de la voie exigent un certain courage pour y parvenir.

Retirés du monde, des gens souvent simples ont pratiqué là une vie dédiée à ce en quoi ils croyaient, au milieu des stridulations des cigales bruissant dans un océan de pins.

J’ai une profonde admiration pour ceux qui ont l’audace de renoncer à l’agitation contemporaine pour n’écouter que leur cœur et rendre grâce à Dieu.

J’en suis incapable, et c’est un grand regret. Si j’ai parfois pratiqué la retraite spirituelle, consacrant quelques jours à me couper du monde dans un monastère de Normandie, l’expérience, certes enrichissante, ne m’a pas poussé à changer mon rapport au temps, à ma vie et au sens que je veux lui donner.

Cependant, les mots de mon amie Françoise résonnent en moi comme un mantra, comme une prière, et je lui sais gré d’avoir su éclairer mes pensées de la semaine.

De bonnes résolutions, voilà ce dont nous avons besoin. Illuminer nos vies d’espace, nous accorder le temps d’être, en savourant le silence, en nous et autour de nous. Comme cela paraît simple, et comme cela est difficile à mettre en pratique, il faut le reconnaître.

Peut-être pouvons-nous habiller l’interruption volontaire de nos existences de quelques notes de musique, peut-être prendre du temps pour soi, marcher, randonner.

Certains de nous ont cru, pauvres d’esprit que nous sommes, que le confinement nous conduirait à un monde d’Après, dans lequel l’expérience de la pandémie nous permettrait d’être plus sages et plus sereins. Rêve illusoire s’il en est.

Toutefois, nous pouvons encore, individuellement, cultiver le silence et la passion des grands espaces, et nous donner le luxe d’exister pour nous, en toute conscience, dans l’amour des autres, de nos proches et de ceux qui nous sont chers. Le vrai chrétien est peut-être celui qui parvient à faire le calme en lui, à apaiser ses tempêtes intimes pour faire le bien dans le respect des préceptes du Christ.

Et à pratiquer le luxe, le véritable, l’essentiel : espace, temps, silence.

De ce triptyque primordial naissent la bienveillance et la douceur, vertus cardinales pour qui se dit humain, pour qui s’affiche chrétien.

À l’image de tous ceux qui ont fait le choix de fuir le monde, nous pouvons retrouver l’indispensable, et faire de nos existences une route lumineuse vers le Ciel.

En pratiquant simplement le culte que nous avons choisi, mais résolument, en nous reliant aux autres, en tendant la main ; religio, en latin, lier, s’attacher.

Bref, avoir le luxe d’être pleinement, dans le respect d’autrui et de soi-même, arrimé dans le temps, cultivant le silence, parcourant l’espace en toute liberté.

Guillaume de Fonclare

S'abonner au Blog Seraphim

Cliquer ICI

Partager cet article
Repost0
3 juillet 2021 6 03 /07 /juillet /2021 19:30

 

S'abonner au Blog Seraphim

Cliquer ICI

Partager cet article
Repost0