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27 mars 2020 5 27 /03 /mars /2020 23:53

Une réflexion théologique sur les mesures prises par les Eglises pour empêcher la propagation de l'épidémie de Covid-19

par Mgr Centène, évêque de Vannes

Suite à la décision administrative préfectorale interdisant les rassemblements collectifs dans le département, n’y a-t-il pas un excès de zèle d’avoir suspendu toutes les messes publiques la semaine dernière et de continuer à les interdire dans les zones de « clusters » ?

Il n’y a que sur les réseaux sociaux que nous trouvons des gens qui sont experts en toute chose et qui donnent un avis infaillible sur tout. Le bon sens et le réalisme nous font un devoir d’entendre ceux qui sont effectivement compétents et qui sont chargés de prendre des décisions, surtout en mesure de santé publique.

En l’espèce, l’Église n’est pas l’autorité sanitaire et il est de son devoir d’accepter ses préconisations et même ses conseils. Toute autre attitude relèverait d’une irresponsabilité coupable dont nous aurions à répondre, non seulement devant l’autorité civile, mais en conscience devant Dieu.

L’obéissance aux autorités civiles ne cache-t-elle pas une mollesse, une tiédeur ? Jusqu’où l’Église a-t-elle à se soumettre à la loi civile ?

Pour un chrétien l’obéissance aux autorités civiles n’est pas une option facultative, elle est un devoir. C’est ce que nous dit saint Paul dans le chapitre 13 de la Lettre aux Romains : « Que chacun soit soumis aux autorités supérieures, car il n’y a d’autorité qu’en dépendance de Dieu, et celles qui existent sont établies sous la dépendance de Dieu ; si bien qu’en se dressant contre l’autorité, on est contre l’ordre des choses établi par Dieu, et en prenant cette position, on attire sur soi le jugement.

En effet, ceux qui dirigent ne sont pas à craindre quand on agit bien, mais quand on agit mal. Si tu ne veux pas avoir à craindre l’autorité, fais ce qui est bien, et tu recevras d’elle des éloges. Car elle est au service de Dieu pour t’inciter au bien ; mais si tu fais le mal, alors, vis dans la crainte. En effet, ce n’est pas pour rien que l’autorité détient le glaive. Car elle est au service de Dieu : en faisant justice, elle montre la colère de Dieu envers celui qui fait le mal.

C’est donc une nécessité d’être soumis, non seulement pour éviter la colère, mais encore pour obéir à la conscience. C’est pour cette raison aussi que vous payez des impôts : ceux qui les perçoivent sont des ministres de Dieu quand ils s’appliquent à cette tâche. Rendez à chacun ce qui lui est dû : à celui-ci l’impôt, à un autre la taxe, à celui-ci le respect, à un autre l’honneur » (1).

Il le redit dans la lettre à Tite : « Rappelle à tous qu'ils doivent être soumis aux gouvernants et aux autorités, qu'ils doivent leur obéir et être prêts à faire tout ce qui est bien » (2). L'appartenance à l'Église  ne dispense pas d'obéir aux lois de la cité, dans leur ordre  de légitimité temporelle.

Saint Pierre ne dit-il pas qu'il faut « obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes » ? (3)

Il ne s'agit pas du même  contexte mais d'une circonstance où des hommes, en l'occurrence le grand prêtre et le conseil suprême, voulaient empêcher les apôtres de prêcher et enseigner au nom de Jésus.

C'est le salut qui est en cause ici et pas l'obéissance aux lois qui organisent la cité. Cette réponse de Pierre fonde  l'objection de conscience vis-à-vis de ce qui pourrait compromettre le salut éternel et s'opposer au plan  de Dieu.

Mais, en ce qui concerne l'obéissance aux autorités civiles, on ne peut pas opposer Pierre à Paul. Saint Pierre écrit d'ailleurs dans sa première lettre : « Soyez soumis à toute institution humaine à cause du Seigneur, soit à l'empereur qui est souverain, soit aux gouverneurs qui sont ses délégués pour punir les malfaiteurs et reconnaître les mérites des gens de bien» (4).

Jésus lui-même n'était pas un zélote, révolté contre l'autorité romaine ; interrogé sur l'obligation de payer l'impôt à César, il a répondu : «Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu» (5). Lui-même s'est soumis aux autorités jusqu'à recevoir d'elles la mort. Il n'a pas appelé à son secours « des légions d'anges» (6) et il voit dans son arrestation l'accomplissement des Écritures (7).

C'est même  par son obéissance qu'il nous sauve et qu'il est glorifié : « Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu. Mais il s'est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s'est abaissé, devenant obéissant jusqu'à la mort, et la mort de la croix.

C'est pourquoi Dieu l'a exalté: il l'a doté du Nom qui est au­ dessus de tout  nom, afin qu'au  nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : "Jésus Christ est Seigneur" à la gloire de Dieu le Père» (8).

Nous ne pouvons pas réagir systématiquement comme si les lois civiles étaient intrinsèquement opposées à la loi de Dieu et devaient faire l'objet d'une résistance opiniâtre de la part de l'Église.

L'obéissance aux lois qui organisent la Cité n'est pas une concession faite par mollesse, elle est un devoir de la part du chrétien. Si chaque citoyen ou chaque communauté n'obéissait qu'aux lois qu'il se donne à lui-même, la société retournerait au chaos.

Les martyrs n'ont-ils pas fait preuve de cette résistance ?

Il faut encore une fois comparer ce qui est comparable. Les martyrs ont été confrontés à des lois qui s'opposaient à la loi de Dieu et qui compromettaient leur salut  et celui de leurs frères, pas à des lois qui concernaient le maintien de la santé publique et la lutte contre une épidémie.

Leur témoignage s'est fait au prix de leur propre vie et pas au péril de la santé et de la vie de leur prochain. Leur témoignage était basé sur le commandement de l'amour de Dieu et du prochain, et s'ils ont  accepté joyeusement la mort, dans l'espérance de la vie éternelle, ils ne l'ont pas procurée à leurs frères. Dieu est le Dieu de la vie pas de la mort.

Les prêtres pourraient-ils arguer de la clause de conscience pour célébrer la messe  publiquement, malgré tout, dans les zones d'infestation du virus ? Et les fidèles pour y assister ?

Si l'assistance à la messe quotidienne était une nécessité indispensable au salut, une clause de conscience pourrait jouer, mais ce n'est pas le cas. Participer à la messe en semaine est d'une grande fécondité spirituelle mais  n'est  pas une obligation demandée par l'Église.

Quant à l'obligation de participer à la messe du dimanche, elle est un commandement de l'Église et donc l'Église peut, en constatant des cas d'impossibilité ou d'épreuve, en donner temporairement dispense. Sanctifier le jour du Seigneur est le troisième commandement de Dieu.

Traduire ce précepte par l'assistance à la messe  dominicale est le deuxième commandement de l'Église. Le chrétien qui est dans l'impossibilité de s'y conformer trouvera d'autres modalités pour sanctifier le jour du Seigneur.

Mais en tout état de cause, l'Église qui donne ce deuxième commandement est à même d'en dispenser les fidèles pour des raisons graves. Même en l'absence de décision de l'évêque, les prêtres pourraient en dispenser les fidèles qui leur sont confiés si les nécessités l'imposaient.

Quelle légitimité y a-t-il à traduire sur le plan liturgique des mesures sanitaires préconisées par le préfet (communion dans la main, bénitiers vidés, pas de geste de paix) ?

Il est bien évident que le préfet  n'est pas l'ordonnateur de la liturgie, mais la légitimité de traduire en termes liturgiques les dispositions sanitaires vient de la nature même  des choses. Des mesures générales qui ne seraient pas traduites par des attitudes et des pratiques concrètes n'auraient aucune efficacité.

Or le but des mesures sanitaires est d'être efficace. En interdisant les rassemblements, les autorités sanitaires cherchent à éviter les contacts qui sont  vecteurs de la transmission du virus.

Pour ce qui est de la communion, j'entends souvent l'objection que les mains ne sont  pas plus propres que la langue, qu'elles sont le principal vecteur de transmission du coronavirus, ou qu'en donnant la communion dans la bouche le prêtre n'a pas plus de contacts avec les communiants qu'en la donnant sur la main.

C'est oublier que le coronavirus est responsable d'une maladie  respiratoire et qu'il est présent dans les gouttelettes qui constituent l'haleine, dans les respirations, et que le souffle même est un vecteur de transmission en particulier lorsque le communiant est debout. Si nous sommes atteints d'une maladie respiratoire, s'abstenir de communier dans la bouche est une précaution, une délicatesse vis-à-vis des personnes qui communieront après nous et que nous pourrions contaminer.

Il ne s'agit pas d'interdire la communion dans la bouche, qui est le mode normal et traditionnel de recevoir la communion, mais, chaque mode présentant des risques, de recommander à chacun de prendre les précautions nécessaires pour garantir le précepte de la charité qui est le résumé et la source de tous les commandements.

C'est la raison  pour laquelle j'ai recommandé de faire une communion spirituelle.

Personne ne peut  revendiquer les sacrements comme un dû, ils sont toujours un don de Dieu que personne ne peut revendiquer au mépris de la charité. Et le temps d'épreuve présent nous invite à nous demander encore plus si, à chaque fois, nous nous préparons assez dignement à recevoir ce don.

Il est d'autant plus légitime de traduire sur le plan liturgique les mesures sanitaires que les personnes qui participent à nos liturgies constituent souvent un public fragile sur lequel le coronavirus peut avoir des conséquences très graves. « Nous les forts, nous devons porter la fragilité des faibles et non faire ce qui nous plait » (9).

Pourquoi, plutôt que d'inviter les gens à prier individuellement, ne pas proposer des prières  collectives, des processions pour intercéder avec plus de ferveur pour les malades?

Je sais bien que l'on fait souvent appel à un passé idéalisé pour  juger ce qui se fait concrètement aujourd'hui. Autrefois, en période d'épidémie, on se rassemblait pour  prier. Nous ne dédaignons pas les prières publiques et, dimanche dernier, nous sommes allés en pèlerinage à Pontivy  prier Notre­Dame-de-Joie qui est intervenue dans le passé pour protéger nos ancêtres contre une épidémie.

Mais les hommes du XIVe ou du XVIIe siècle n'avaient pas les notions de prophylaxie que nous avons aujourd'hui. Leur science et leur industrie étaient très limitées.

Et après avoir utilisé les médicaments sommaires qu'ils avaient pu concevoir, ils n'avaient pas d'autre recours que la prière. Dieu leur venant en aide palliait les insuffisances inhérentes à leur temps et à leur degré de connaissance.

Aujourd'hui aussi, Dieu le fera ! Mais en attendant, nous devons, selon le principe de saint Ignace, agir comme si tout dépendait de nous et prier en sachant que tout dépend de Dieu.

Prier pour avoir la santé sans prendre aucune précaution pour empêcher la maladie de s'étendre, ce n'est pas de la foi, c'est du fidéisme. Pire même, c'est tenter Dieu.

Le premier dimanche de Carême, nous avons lu dans l'Évangile le récit des tentations de Jésus. Sommé par le diable  de se jeter du haut du temple au motif que Dieu enverrait son ange « au motif que Dieu enverrait son ange « pour que son pied ne heurte les pierres», Jésus a répondu:« Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu».

N'est-ce pas un manque  de foi de penser que les saintes espèces, corps et sang de Notre Seigneur Jésus­ Christ, pourraient être vecteur de maladie  ou de mort ?

Là encore, attention au fidéisme. La transsubstantiation change l'identité mais pas les accidents. Les espèces et apparences du pain et du vin demeurent et restent soumises aux lois de la nature.

Une hostie consacrée abandonnée dans un endroit humide se détériore, livrée aux flammes elle brûle et la présence réelle ne demeure que tant  que dure  le signe du pain.

Quelques miracles eucharistiques célèbres et retentissants, échappant à ces lois naturelles, nous ont été donnés pour augmenter notre foi.

Mais ce sont des miracles ! Nous ne pouvons demander à Dieu de réaliser un miracle permanent pour pallier  nos manques de prudence. Les virus ne se désactivent pas plus en entrant dans une église catholique qu'ils ne le font en entrant dans un temple protestant. «Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu.»

Rappelons-nous ce récit humoristique mais plein de sens :

« Lors de terribles inondations, un village est sur le point de se faire engloutir. Toute la population est évacuée par les pompiers, sauf le curé de ce village qui tient à rester.

- Mais pourquoi? Tout va disparaître !!

- N'ayez crainte, c'est Dieu qui me sauvera.

Tout le monde part, et le curé reste seul

L’eau continue à monter... et Ie curé se noie.

Il arrive aux portes du Paradis et dit :

-Vraiment mon Dieu, je ne comprends pas. J'ai passé ma vie à Te prier, à Te servir, toute  ma vie T'a été dévouée, et Tu n'as rien fait pour me sauver !

Et Dieu lui dit :

-Mais si! Je t'ai envoyé les pompiers trois fois, mais tu n'en as pas voulu. »

(*) Titre de La DC.

(1) Rm 13, 1-7.

(2) Tite 3, 1.

(3) Ac 5, 29.

(4) 1p 2, 13-14. (5) Le 20, 25.

(6) Mt 26, 53.

(7) Mt 26, 54. (8) Ph 2, 6-11. (9) Rm 15, 1.

 

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26 mars 2020 4 26 /03 /mars /2020 23:55
Une histoire de la descente aux enfers par Jacqueline Kelen
Extraits vidéo de la session animée par Jacqueline Kelen au centre spirituel Béthanie du 14 au 15 mars 2020

Les enfers ne sont pas le lieu du châtiment et des peines éternelles, mais un temps d’attente, l’espoir d’une délivrance.

Ainsi, dans divers mythes de Sumer à la Grèce antique et de l’Inde à la Scandinavie ancienne, un héros ou une divinité descend aux enfers pour accomplir une mission périlleuse et salvatrice.

L’Évangile de Nicodème, un apocryphe du IVe siècle, relate la descente aux enfers du Christ avant la Résurrection. Sur terre ou dans l’au-delà, qui est mort et qui est vivant ?

Jacqueline KELEN, productrice d’émissions à France Culture pendant vingt ans, est écrivain. La plupart de ses livres sont consacrés à l’étude des mythes et de la voie mystique. 

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25 mars 2020 3 25 /03 /mars /2020 23:55
Ma réflexion du matin

Message du matin du philosophe Martin Steffens

20 mars 2020


Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’à travers cette épidémie Dieu tente, une énième et peut-être ultime fois, de sauver le monde. Ne l’a-t-il pas déjà sauvé, en lui livrant son Fils bien-aimé ?

Quand on est chrétien, c’est en effet ce que l’on croit. Mais on sait aussi que ce Salut, offert à tous, est à recevoir par chacune et chacun.

Ce Salut est venu par la Croix. La Croix est le dernier mot de Dieu, le geste par lequel Il s’énonce. La Croix clame, par les membres suppliciés du Christ, par ses bras grands ouverts : « Je vous aime. » Elle dit : « Comment pouvez-vous douter que Dieu est Amour, puisqu’Il vous aime jusque-là ? »

Mais jusqu’où, au juste ? La Croix nous dit que Dieu nous aime au point de connaître l’abîme de notre péché (dont les coups et les insultes reçus lors de sa Passion sont le symbole) et d’y jeter, en retour, l’abîme de son amour.

Ceci étant fait, ceci étant à ce point dit, reste à chacun le soin et la liberté de répondre. Si quelqu’un vous déclare son amour, si quelqu’un se propose à vous par un « Je t’aime », s’il se livre ainsi à votre désir, la moindre des choses est en effet de répondre.

On peut éconduire celle ou celui qui a projeté sur nous une histoire d’amour pour laquelle nous ne sommes pas faits. On mettra parfois fin à un fantasme : « Non, je ne t’aime pas. Nos vies ne sont pas faites pour être conjuguées. »

Il y aura un chagrin d’amour, une grande blessure. La Croix, c’est le chagrin d’amour de Dieu : Il est venu et n’a pas été reçu par les siens. Mais la Croix est ainsi l’extension de cette déclaration d’amour divin à toute l’humanité.

Parce que les siens n’ont pas voulu du Messie qu’ils attendaient, parce qu’ils l’ont livré à la mort, ils l’ont délivré de son propre peuple pour l’offrir à toute l’humanité. Le signe de la Croix, que saint Jérôme percevait jusque dans celle que dessinent les oiseaux au-dessus de nos têtes, s’adresse désormais à tous. Il fallait que le Christ mourût des mains des siens pour leur échapper et être donné, par elles, à toute l’humanité.

On doit éconduire celle ou celui qui nous déclare une flamme qui ne brûle pas en soi-même. On fera toujours bien d’éteindre un feu qui n’est jamais qu’une passion et un fantasme.

Mais Dieu, on ne peut l’éconduire sans se tromper. D’une part, parce que c’est en connaissant notre pauvreté qu’Il nous déclare son amour. Il ne se trompe pas, puisque son « Je t’aime » s’énonce à partir de notre péché et sachant notre misère.

Il ne se trompe pas au sens où Il a consenti par avance à être trompé. On ne peut refuser la Croix sans se tromper car, d’autre part, aimer Dieu en retour, en réponse à son amour, ce n’est pas aimer une personne comme les autres.

C’est chérir la source de notre être. C’est aimer la Personne par laquelle il nous est donné d’être, les uns pour les autres, autant de personnes à chérir.

Nous avons la possibilité d’éconduire Dieu sans en avoir véritablement le choix : car choisir contre Dieu c’est, à plus ou moins long terme, laisser mourir un à un les germes de liberté, d’amour et de joie qui, en chacun, furent déposés abondamment.

L’enfer, au sens terrifiant du mot, n’existe qu’après que le Christ a planté sa Croix sur le monde. L’enfer consiste à être aimé de Dieu et à n’y pas consentir. Il consiste à s’être laissé murmurer que Dieu est amour et n’y avoir pas prêté l’oreille.

Pourquoi refuser un tel amour, s’il est ce qui bat au plus intime de notre être ?

Ce sera par fausse modestie (par orgueil) : je ne suis pas digne, dira-t-on, l’humanité n’est pas digne d’un tel amour ; et puis ce serait trop beau pour être vrai, etc.

Comme si un amour gratuitement offert pouvait en même temps avoir égard à une plus ou moins grande dignité…

Comme si la connaissance de sa propre indignité n’était pas le moyen le plus sûr de s’ouvrir à la gratuité d’un tel don…

Ce sera par distraction, aussi, qu’on refusera le don de Dieu : la Croix est là, sur le toit de nos églises et le torse des martyrs, c’est elle qui dessine les bras de l’ami ou de l’enfant quand ils s’ouvrent pour toi, mais on regarde ailleurs.

Ce sera souvent par paresse, cette peur qu’on a d’avoir soi-même à devenir un centre de rayonnement de cet amour premièrement donné.

Alors Dieu nous donne du temps.

En réponse à notre absence de réponse, Il patiente. Dieu est Amour. Dieu est patience. C’est la même chose.

Toute l’histoire de notre humanité, depuis que chacun sait que l’amour est ce qu’il y a, en chacune et chacun, de plus divin, toute cette histoire qu’on croit fort longue et pleine d’événements, tient en réalité dans la Passion du Christ : pendant ces quelques heures atroces, il nous a dit qu’il souffrirait le temps qu’il faut pour que l’on comprenne enfin – pour que l’on accueille son amour.

Dieu nous donne du temps. Il permet qu’une longue histoire s’écrive : l’histoire de nos réponses. Cette histoire, et quoique ce mot soit abîmé par le péché des hommes, on peut encore l’appeler « l’Eglise » puisque ce terme qui signifie, en grec, « les répondants » – celles et ceux qui disent oui, de tout leur corps, de toute leur vie, qui prononcent « Moi aussi ! » quand Dieu nous dit « Je t’aime ».

La Miséricorde, c’est Dieu qui laisse à l’homme le temps de répondre. Qui le lui laisse et le lui redonne : pardonner un péché, dit Jésus dans la prière du Notre Père, c’est remettre une dette. C’est donc offrir un peu plus de temps.

Le confinement que nous vivons, c’est d’abord un temps pour remettre Dieu au centre. Ensuite il y aura des pleurs, des peurs, des enterrements compliqués et des deuils plus difficiles à faire.

Pour l’heure, il n’y a que du temps. Et même dans ces pleurs, il y aura du temps. Et ce temps, nous le laissons aujourd’hui à la nature, pour souffler un peu. L’eau de Venise redevient transparente. Le ciel est plus dégagé. L’air en Chine est respirable.

Le prendra-t-on, ce temps ? Déjà les courriers électroniques affluent sur nos messageries pour que, par la puissance du virtuel, le réel qu’il nous est demandé de traverser n’ait pas vraiment lieu.

Il faut résister à cette agitation et attendre. Le monde est à l’arrêt. Une chance lui est redonnée. Dieu ne veut pas que nous recommencions comme avant.

Il ne veut plus de voyages touristiques en avion.

Il ne veut plus cette hyperconsommation qui, chassant la pauvreté (le juste usage des choses), apporte partout la misère (le manque du nécessaire).

Il ne veut plus de ces vies épuisées à la gagner quand l’humanité jette la moitié de la nourriture qu’elle produit.

Il ne veut plus de ces machines à fabriquer de vains soucis que sont ces réseaux qui relient l’homme à l’homme, de plus en plus vite, dans une boucle infernale qui, dans sa spirale, emporte tout.

Il ne veut plus, entre nous et lui, ces mille médiations techniques, mais un cœur-à-cœur qui n’a besoin de rien que de deux jambes qui se plient, d’une tête qui s’incline, d’un cœur ouvert à lui.

Il ne veut de nous que ce peu de temps perdu pour Lui qu’on nomme la prière.

Dieu nous laisse un peu méditer. Je ne dis pas qu’Il voulait ce virus ni cette épidémie. Mais Il veut que nous l’accueillions, comme toute chose, comme la joie ou la maladie, comme l’enfant qui naît et le jour qui vient, en vue d’un accroissement de son Royaume.

Ce n’est pas nous qui, dans cette épreuve, devons prendre patience. Mais Dieu qui nous rappelle combien grande est la sienne.

Dieu a dit « Je t’aime » et nous nous taisons, parce que, d’ordinaire, il y a tant à faire. Il n’y a plus rien à faire, seulement à entendre et, quand le monde recommencera, il y aura à ne pas faire comme s’il ne s’était rien passé. Martin

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