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4 novembre 2018 7 04 /11 /novembre /2018 23:55

Mosaïque du mausolée de Galla Placidia, à Ravenne (Italie).

Cette image du Christ bon pasteur est l’héritière directe d’une image du répertoire funéraire païen antique que les premières générations de chrétiens ont adoptée puis christianisée.

Parmi les images que les Romains des premiers siècles utilisaient pour orner leurs tombeaux, on trouve souvent la représentation d’un jeune berger placé dans un espace verdoyant au milieu de ses brebis et qui porte généralement sur ses épaules une brebis.

Comme d’autres images bucoliques que l’on trouve fréquemment dans les sépultures romaines, cette figure du « pasteur » évoquait pour la famille du défunt un au-delà de paix.

Avant de créer leur propre répertoire d’images, les premiers chrétiens ont utilisé celles que leur culture leur avait fait connaître.

Ils privilégiaient cependant les images qui, à leurs yeux, n’étaient pas en contradiction avec leur foi : la figure du « pasteur » était de celles-là.

La christianisation d’une image

Rapidement, les chrétiens perçoivent tous les rapprochements possibles entre cette représentation et différentes figures de Dieu ou du Christ pasteur que l’on trouve dans l’Écriture.

D’autant plus que les nouveaux baptisés ont souvent appris par cœur au cours de leur initiation le psaume 22 : « Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien. Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer… »

Assez naturellement les chrétiens vont donc faire évoluer l’image pour qu’elle corresponde mieux à ce qu’ils croient.

C’est ce que l’on peut voir sur cette mosaïque du mausolée de Galla Placidia : l’image s’est christianisée ; l’antique pâtre y a été remplacé par le Christ bon pasteur.

Le Christ vainqueur de la mort

Au milieu d’un espace où les teintes bleues et vertes dominent, l’or de la tunique du Christ (comme celui de son auréole et de sa croix) resplendit.

On comprend tout de suite que ce berger n’est pas un berger ordinaire, mais le Christ ressuscité : les pierres sur lesquelles il est assis ressemblent à un trône et le manteau pourpre jeté négligemment sur son épaule complète sa tenue très « impériale ».

À ses pieds, au premier plan, on distingue la représentation stylisée d’un bord de falaise : elle évoque, dans les profondeurs, les « ravins de la mort » que le Christ a traversés et où ses disciples, guidés par le bâton de sa croix, ne craignent plus de s’aventurer (cf. Ps 22, 4).

L’eau de la vie éternelle

Six brebis entourent le Christ (trois de chaque côté) et leurs regards nous renvoient à lui.

Elles symbolisent ses disciples : « Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups » avait dit Jésus (Mt 10, 16).

Les brebis sont dans un lieu comme on rêve d’en trouver pour faire une halte au cours d’une promenade. Un amoncellement de petits rochers y forme une colline.

Ceux qui savent se taire y entendent le chant apaisant de l’eau qui sourd ici et là. C’est une eau vive qui irrigue la terre et qui fait pousser une belle herbe verte et d’élégantes plantes fleuries bercées par le vent léger.

Cette nature est aussi une évocation du Christ. Il est le « rocher » dont parlent les psaumes (Ps 17, 47), celui d’où jaillit l’eau vive, « la source jaillissante pour la vie éternelle » (Jn 4, 14).

Dans l’espace obscur du mausolée de l’impératrice Galla Placidia, la lunette où se trouve cette mosaïque ouvre un horizon.

Au-delà de la mort, elle exprime pour des chrétiens la foi au Christ ; il est pour eux le bon berger, celui qui guide ses disciples « par le juste chemin » (Ps 22, 3), « pour les conduire aux sources des eaux de la vie » (Ap 7, 17).

Dominique Pierre

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3 novembre 2018 6 03 /11 /novembre /2018 23:51
Les premiers jours de novembre

Ceux d’entre nous qui ont reçu une vraie éducation catholique, ou qui se la sont donnée, se repèrent facilement dans les deux premiers jours de novembre. Ils savent à qui l’un puis l’autre sont dédiés, ils en connaissent la vocation spécifique.

Pour les autres, ces deux jours sont plutôt un, le premier, marqué par des réunions familiales – pas toujours facilitées par les vacances scolaires qui éloignent les enfants –, et les sorties au cimetière.

Les cimetières ne sont jamais si beaux que ces jours-là.

Dans le courant de l’année, quand une tombe resplendit, croule sous les couronnes, les coussins, les gerbes, elle signale la venue d’un nouveau, d’une nouvelle.

Aux fleurs choisies, aux banderoles qui ondulent encore sur le papier transparent, il n’est pas difficile de deviner qui est venu se joindre aux éternels.

Un homme ou une femme, trop jeune ou pas bien jeune, laissant ou pas des conjoints, des parents, des enfants, des petits-enfants, des collègues, des camarades d’association, de sport, parfois de guerre…

Mais le 1er novembre, jour férié qui facilite les rendez-vous autour des tombes familiales, c’est le cimetière entier qui resplendit, et dans l’éblouissement des chrysanthèmes, tous les morts appartiennent à la même vaste demeure, aux mêmes unités de mesure.

Morts d’hier ou morts de jadis, ils sont là où toute vie nous conduit. Leur compagnie nous fait du bien, elle nous élève.

Le temps de ce rendez-vous largement partagé, plus rien du tintamarre terrestre ne nous casse les oreilles. Les voix s’ajustent au silence des lieux, même si, ce jour-là, il y a foule dans les allées.

Le bruit des pas sur le gravier, de l’eau dans les arrosoirs, des enfants qui trottinent et de la terre cuite des pots déposés contre la pierre n’est pas du bruit, du moins pas davantage que le froissement des feuilles quand le vent se lève ou la chanson d’une mère qui berce son enfant.

Les morts ce jour-là guident nos pas et nos pensées. Ce sont eux qui s’occupent de nous, en fait.

À l’approche des deux premiers jours de novembre, parfois je me dis « vivement qu’on y soit ». 

Je sais que je peux au cimetière compter sur le tendre et exigeant voisinage des défunts pour renvoyer à une sorte d’insignifiance tout ce qui m’occupe les autres jours, même ce qui donne son sens à ma vie.

Près des tombes, le monde peut attendre. L’administration, les courses, le ménage, le courrier, les billets de train, bien sûr. Et la lecture du journal, la lecture tout court, l’écriture, les amis, la famille, même les enfants.

Le Jour des morts, ou disons le jour du cimetière, plus rien ne presse. Ça ne veut pas dire que plus rien ne compte, ou alors la vie n’aurait plus de sens ! Ça veut dire qu’on se souvient, ce jour-là, qu’on sait, ce jour-là, que notre vie est éternelle.

Que l’amour est éternel. Que ceux qui avec douceur nous appellent devant cette tombe dans laquelle nous les avons déposés, ne nous quitteront plus.

C’est plus facile à dire, plus facile à vivre, quand nombreux sont ces premiers jours de novembre qui nous ont déjà amenés auprès d’eux.

Même si la surprise reste vive, après dix ans, vingt ans, un demi-siècle. Nous regardons les noms, les dates. Parfois, il y a si peu d’années – de mois ! de jours, même ! – entre celle de la naissance et celle du départ que les chiffres nous serrent le cœur.

Comment est-ce possible, comment avons-nous continué de vivre après nous être pour la première fois éloignés de ce cimetière auquel nous avions, abrutis de douleur, confié ceux qui étaient nés pour nous enterrer, nous ?

Mais, quand c’était il y a longtemps, nous cohabitons avec ces mystères, nous acceptons qu’ils soient trop grands pour nous.

Quand c’était hier, en revanche, quand la pierre est fraîchement gravée, quand quelque chose en nous demande ce qu’on fait là, soi-disant près de celui qui était près de nous partout ailleurs, tout le temps…

Le jour, le moment qu’en ces premières heures de novembre nous voulons et pouvons organiser autour d’une visite au cimetière est pourtant un moment précieux.

C’est une fête de famille élargie aux absents, qui en sont la puissance invitante et qui savent pouvoir compter sur nous.

Au cimetière, nous sommes avec eux, nous savons qu’ils nous aiment et, si seulement on pouvait, on les embrasserait.

Geneviève Jurgensen

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2 novembre 2018 5 02 /11 /novembre /2018 23:25

Dans Une saison en enfer, Rimbaud écrit que « le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d’hommes ».

Or, s’il est un lieu privilégié où se déroule ce combat spirituel, c’est bien l’oraison, appelée aussi prière contemplative ou prière de silence.

Que de chrétiens la commencent avec enthousiasme et l’abandonnent en cours de route.

Y a-t-il plus d’anciens combattants que de jeunes recrues pour cette forme de prière intérieure ? Ne nous décourageons pas, nous pouvons toujours reprendre les armes si nous le voulons, car c’est avant tout une question de désir, de volonté, d’amour, de foi.

L’oraison n’est pas une guerre pour surper héros, elle est au plus un combat spirituel pour les pauvres que nous sommes

Je veux ce que tu veux

Le père Henri Caffarel (1903-1996) a montré dans ses nombreux livres que l’oraison est une orientation libre de tout notre être vers Dieu.

« Seigneur, je veux de cette oraison ce que tu en veux ». Cet acte lucide de vouloir ce que Dieu veut dépasse les sensations, les sentiments, les distractions, les images, les idées que nous pouvons éprouver en priant.  

Dans Cinq soirées sur la prière intérieure, il écrit : « Mais alors si l’essentiel de l’oraison ne réside ni dans la stabilité de l’attention, ni dans le « je sens », ni dans le « je pense », où le trouver ?

Dans le « je veux », l’adhésion de ma volonté à la volonté de Dieu.

Ce qui revient à dire que l’oraison n’est pas affaire d’attention, ni de sensibilité, ni d’activité intellectuelle. Elle consiste en cette orientation que j’imprime volontairement à mon cœur profond. »

Ce « je veux », moteur du voyage intérieur avec le Christ qu’est l’oraison, devient le « pilote automatique », expression chère au père Caffarel, qu’il appelle aussi « intention ».

L’intention de se livrer sans réserve à l’amour de Dieu dans l’oraison commande tout le parcours, même si l’attention à Dieu n’y est pas toujours.

L’intention vient de nous et nous engage à continuer à prier, l’attention à Dieu est une grâce qui nous conduit à goûter son silence d’amour.

Dieu combat en nous par son Esprit, nous n’avons qu’à lui dire : « Je veux être tout à toi ». 

Laisser Dieu triompher en nous

Si l’oraison relève de la volonté, elle est de l’ordre du combat spirituel, comme Jacob avec l’ange, où nous laissons Dieu triompher en nous.

Être seul devant Dieu pour se recentrer en lui, cela ne va pas de soi.

Il ne s’agit pas tant de « lâcher-prise » - comme un effort illusoire de notre part -, mais de s’abandonner à Dieu en nous, nous recentrer sur sa présence aimante. 

Saint Nicolas de Flüe disait : « Il peut se faire qu'on aille à la prière comme à la danse, il peut se faire qu'on aille à la prière comme au combat ».

L’important est d’y aller, et de durer, sans faire de grands efforts, si ce n’est de laisser Dieu vaincre nos résistances en misant sur nos faiblesses. « Ma faiblesse, c’est ma force », disait saint Paul.  

Nous ne pouvons persévérer dans la prière que par l’ardeur d’un amour humble et confiant qui attend tout de Dieu. Si nous l’aimons vraiment, nous prierons.

S’il fait partie de notre vie, nous mènerons le combat de la prière avec la force de notre foi, la vigueur de notre espérance et la ferveur de notre amour.

Nous avons à combattre la lourdeur, la paresse, l’ennui, la routine, par la puissance de la Parole de Dieu qui soutient notre prière. 

L’oraison se nourrit à la méditation de la parole de Dieu, surtout l’Évangile, lieu privilégié de la rencontre du Christ.

Plus nous méditons l’Évangile, plus Dieu incline notre volonté à la prière profonde.

Sa parole épouse toujours notre silence, même s’il est inquiet et tapageur. « Cherchez en lisant, et vous trouverez en méditant ; frappez en priant, et il vous sera ouvert par la contemplation » (Catéchisme de l’Église catholique, no 2654).

Nous avons aussi à lutter contre cette vague impression que nous perdons notre temps dans la prière, que nous ne savons pas quoi dire et quoi faire lorsque les distractions nous talonnent.

Nous avons à combattre cette tentation qu’il ne se passe rien lorsque nous prions, que Dieu n’entend pas nos prières, qu’il ne nous exauce pas.

Dieu est toujours là, près de nous, présent en nous. Acceptons cette présence avec confiance et offrons-nous à son amour. Notre prière lui appartient.

C’est un don que nous lui rendons jour après jour. Il ne veut que la fidélité dans la prière. « Le juste vivra par sa fidélité » (Habaquq 2, 4).

C’est le grand combat à livrer, nous y arrivons en nous appuyant sur la fidélité de Dieu. 

Communier au Christ

Prier n’est pas faire le vide, c’est communier au Christ.

Celui ou celle qui prie mène à sa manière le combat du Christ au désert, où, pendant quarante jours, il a été tenté par le diable.

Il a lutté aussi à Gethsémani lorsqu’il a repoussé l’extrême tentation en acceptant jusqu’au bout la volonté du Père. Le priant est habité par la détresse du monde, il lutte avec le Christ pour intercéder auprès du Père.

L’oraison est l’arme efficace pour lutter contre le mal, l’orgueil, l’égoïsme, la haine, la violence.

Le pape François à montré dans son exhortation Gaudete et Exsultate, sur l'appel à la sainteté dans le monde actuel, que la vie chrétienne est un combat permanent.

"Il faut de la force et du courage pour résister aux tentations du diable et annoncer l’Evangile. Cette lutte est très belle, car elle nous permet de célébrer chaque fois le Seigneur vainqueur dans notre vie." (no 158)

Pour lutter contre le démon, qui n'est pas un mythe, écrit le pape, nous avons les armes puissantes que le Seigneur nous donne : "la foi qui s’exprime dans la prière, la méditation de la parole de Dieu, la célébration de la Messe, l’adoration eucharistique, la réconciliation sacramentelle, les œuvres de charité, la vie communautaire et l’engagement missionnaire." (no 162)

L’oraison est une arme puissante pour progresser sur le chemin de la sainteté.

Elle varie selon les jours, mais celle que nous vivons aujourd’hui est celle qui nous convient, puisque c’est le Christ qui nous la donne au moment présent.

Ressuscité, il est toujours là, nous partageant sa paix comme à ses apôtres. Il nous donne l'Esprit Saint pour accomplir en nous sa victoire finale.

Article paru, en partie, dans Le Verbe, Québec, avril 2018.

Pour aller plus loin: Henri Caffarel, maître d'oraison (Cerf); La prière chrétienne, guide pratique (Presses de la Renaissance).

Jacques Gauthier

Jacques Gauthier est né à Grand-Mère en 1951. Il est marié et père de quatre enfants. Il a été professeur à l'Université Saint-Paul d'Ottawa pendant 20 ans et rédacteur aux éditions Novalis. Il se consacre maintenant à l'écriture et aux conférences qu'il donne autant en France qu'au Québec. Il est aussi chroniqueur de spiritualité à l'émission quotidienne C'est ça la vie de Radio-Canada. Poète et essayiste, il a publié plus de 50 ouvrages, dont plusieurs recueils de poèmes aux Écrits des Forges et aux Éditions du Noroît.

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