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31 mars 2019 7 31 /03 /mars /2019 22:55
By the Rivers of Babylon
Derrière la chanson, découvrez l'histoire biblique et sa portée symbolique.

Boney M. est un groupe jamaïco-antillais de disco-pop. Rien que ça c’est fabuleux ! Parmi leurs titres les plus célèbres, on compte : Rasputin ou Daddy cool. Saviez-vous que leur carton Rivers of Babylon* n’est autre que le psaume 137 ? Vous pouvez donc l'écouter en découvrant le texte biblique puisqu'ils chantent en anglais ce que vous lirez en français.

*Pour les plus pointilleux, Boney M chante uniquement les 4 premières strophes du psaume en boucle et rajoute 2 phrases !

Au bord des fleuves de Babylone
là nous étions assis et pleurions
en nous souvenant de Sion.

Aux saules qui étaient là
nous avions suspendu nos lyres.

Car là, ceux qui nous avaient emmenés captifs nous demandaient les paroles d'un cantique
et nos oppresseurs, de la joie :
— Chantez-nous un cantique de Sion !

Comment chanterions-nous le cantique de YHWH
sur une  terre étrangère ?

Si je t’oublie, Jérusalem
que ma droite se dessèche !

Que ma langue colle à mon palais
si je ne me souviens pas de toi
si je ne mets Jérusalem
au faîte de ma joie !

Souviens-toi, YHWH, des fils d’Édom
qui, au jour [de la ruine] de Jérusalem, disaient :
— Détruisez, détruisez, jusqu’en ses fondements !

Fille de Babylone, vouée à la ruine
heureux celui qui te rendra le mal
que tu nous as fait !

Heureux celui qui saisira et brisera
tes petits contre la pierre !

Psaume 137 dans l'Ancien Testament. 
Traduit du texte massorétique (hébreu) par les équipes de notre programme de recherches La Bible en ses Traditions.

À quelle situation historique ce psaume fait-il référence ?

Au sixième siècle avant Jésus-Christ, Nabuchodonosor, empereur de Babylonie, assiège Jérusalem. La ville sainte est pillée, détruite et la population est déportée à Babylone. Cet événement est fondamental pour comprendre nombres de textes bibliques qui évoquent l’exil du peuple juif. Les 70 ans qu'ils passèrent à l'étranger marquèrent à jamais la mémoire d'Israël.

👉 Le psaume 137, chanté par Boney M, fait mémoire de cet exil à Babylone et de la nostalgie du peuple élu éloigné de sa Jérusalem : 

« Au bord des fleuves de Babylone, là nous étions assis et nous pleurions en nous souvenant de Sion.* » 

* Sion est le nom symbolique du site de la ville de Jérusalem.

Un symbole universel puissant 

Au-delà de la destinée juive, cet exil à Babylone marque aussi la culture occidentale et la spiritualité chrétienne. En effet, il devient un symbole de l’état de l’homme éloigné de Dieu. 

Mais la poésie qui naît de cet exil, comme dans le psaume d'aujourd'hui, maintient la joie au coeur de la tristesse et sa solitude. Comme le dit le père Alexandre Schmemann à propos de ce psaume :

« Il est devenu à jamais le chant de l’homme qui réalise son exil loin de Dieu, et, ce faisant, redevient un homme : celui que rien de ce monde déchu ne peut combler, car, par nature et par vocation, il est un pèlerin de l’Absolu. »

Alexandre Schmemann, Le grand Carême, Éditions Monastiques, Spiritualité orientale n°13, Abbaye de Bellefontaine, 

Le nom de la Babylone est devenu un sujet majeur de la musique reggae pour désigner un lieu d’exil et de décadence. Gregory Isaacs ou Bob Marley le chantent ainsi dans Babylon Too Rough et Babylon System.

Le lien entre l'exil à Babylone et la liturgie du Carême

Dans la tradition liturgique orientale, on chante le psaume 137 les trois dimanches qui précèdent le Carême. Tel le Juif au bord des rivières de Babylone, le croyant est ainsi invité à prendre conscience de son exil sur cette Terre, loin de la Jérusalem céleste, à se souvenir des moments de joie de sa vie et à se retourner vers Celui qui en est la source.

Ce retournement vers Jérusalem, vers la Patrie Céleste, c’est la metanoïa, mot grec traduit par repentir. 

« Un pays lointain : telle est la définition de notre condition humaine que nous devons assumer et faire nôtre, quand nous commençons à marcher vers Dieu. L’homme qui n’a jamais fait cette expérience, ne fût-ce que très brièvement, qui n’a jamais senti qu’il est exilé de Dieu et de la vraie vie, ne comprendra jamais ce qu’est le christianisme. Et celui qui est parfaitement 'chez lui' en ce monde et dans la vie de ce monde, qui n’a jamais été blessé par le désir nostalgique d’une autre réalité, celui-là ne comprendra jamais ce qu’est le repentir. » 

Alexandre Schmemann, Le grand Carême, Éditions Monastiques, Spiritualité orientale n°13, Abbaye de Bellefontaine, 2011, p.24

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30 mars 2019 6 30 /03 /mars /2019 23:53
Les arbres l'hiver

Observer la neige fondre dans les bois,
c’est se sentir grandir doucement vers la mort.
Pourtant, ce sont les arbres qui nous apprennent à vivre.
Il y a des endroits où une personne peut vivre
de nombreuses années sans voir un arbre.
Ce doit être source de colère et de désespoir.
Mieux vaut avoir l’exemple constant
de leur patience et de leur perfection,
pour assister à leur épanouissement et à leur décomposition,
observer la neige fondre à travers les branches,
se concentrer doucement sur les nœuds et les frondaisons.
Mieux vaut tenter de se joindre à eux
et faire partie de la dernière tribune au monde.

Paul Zimmer, “Winter Trees” The Great Bird of Love, Chicago, University of Illinois Press, 1989, p. 55.

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29 mars 2019 5 29 /03 /mars /2019 23:55
Les chrétiens face aux migrants

L'Eglise est touchée par des scandales à répétition. La crise migratoire est-elle la goutte d'eau qui fait déborder le vase ? Le journaliste Pierre Jova a mené pendant deux années une enquête de terrain auprès des Chrétiens, déchirés entre méfiance à l'égard des migrants et devoir religieux. Un entretien choc.

Atlantico : Votre livre-enquête, "Les Chrétiens face aux migrants" (éditions Tallandier) commence avec la crise des migrants en 2015. Depuis la question migratoire semble être devenu l'un des axes de débats sur la scène politique. Cette enquête montre une certaine ambivalence de la réponse des Chrétiens face à ce défi entre une véritable volonté d'accueil et les craintes ou le rejet de ce qui peut être perçu comme une menace. Les questionnements que vous soulevez, ne sont-ils pas les même que ceux qui traversent la société de manière plus générale ?

Pierre Jova : Si, précisément. J'ai choisi de m'intéresser aux communautés chrétiennes car c'est en leur sein qu'on entend le discours le plus accueillant et aussi le plus sceptique concernant les migrants. C'est donc un symptôme intéressant de cette controverse. Il n'y a pas de vote ou de catégorie socio-professionnelle qui soient spécifiques aux chrétiens. Ils sont même minoritaires en tant que pratiquants. Mais malgré leur petit nombre, ils sont parmi les plus investis dans l'accueil des migrants. Leur réflexion sur le rôle migratoire est chargée de métaphysique : puisque Dieu s’est fait homme, beaucoup de chrétiens voient dans les migrants l'image de Dieu. C’est une question de salut qui se joue. Toutefois, beaucoup craignent pour l'identité chrétienne de la France, en redoutant que les migrants ne renforcent la présence de l'islam.

Sur cette question importante de l'islam dont se réclament un certain nombre de migrants, quel regard portent les Chrétiens et l'Eglise sur cette "concurrence" importante ?

Le débat sur l'islam est forcément lié à la question migratoire, puisque cette religion n'existait pratiquement pas en France métropolitaine avant les grandes vagues migratoires du 20ème siècle. Mais il faut relativiser, car beaucoup de migrants qui viennent en Europe ne sont pas musulmans. Il y a de nombreux chrétiens d'Afrique sub-saharienne qui, eux, au contraire, renforcent ce paysage chrétien ainsi que les immigrés orthodoxes d'Europe de l'Est.

Par contre, la présence de l'islam ne laisse pas les Chrétiens indifférents. Jusqu'à présent les Eglises insistaient beaucoup sur le dialogue interreligieux et les points communs unissant le christianisme à l'islam. Ces dernières années, il y a une prise de conscience dans un noyau de fidèles qu'il faut aussi proposer le christianisme aux musulmans. Il faut accueillir l'autre, mais être clair sur sa propre doctrine et la partager. Chez les protestants évangéliques, cette idée est forte depuis longtemps. C'est chez eux qu'on observe le plus grand nombre de conversions de musulmans au christianisme, qu’ils soient migrants récents ou Français d'origine immigrée.

Doit-on voir dans l’opposition de certains chrétiens à accueillir les migrants l’affirmation d’un christianisme identitaire ?

La question des migrants divise profondément les chrétiens, à l'image de la société française. La hiérarchie épiscopale et le clergé catholique sont très engagés en faveur de l’accueil et ils attirent donc sur eux les critiques de certains fidèles. C'est moins visible dans le protestantisme mais ces clivages existent tout autant. Il y a des gens qui s'inquiètent du phénomène migratoire pour des raisons sociales et économiques puisqu'ils sont dans des situations précaires et ils vivent mal ce qu'ils perçoivent comme un deux poids, deux mesures.

Ce reproche s'entend dans les Gilets jaunes, pourtant loins des Eglises, et plus largement chez beaucoup de catholiques culturels. Chez les pratiquants, il y a une inquiétude plus métapolitique au niveau de l'identité française et de la nostalgie d'un "âge d'or" d'une France catholique, homogène, stable. Là, on ne touche pas seulement aux migrations mais aussi aux dernières lois de bioethique, à la perte générale des repères et au laïcisme. Cela s’inscrit dans une quête identitaire commune à toute la société : régionaliste, ethnique, genrée... Beaucoup de chrétiens veulent donc exprimer plus fort leur identité confessionnelle, ainsi que nationale. Ce qui ne veut pas dire qu'ils sont tous contre les migrants. Il y a des gens qui affirment leur identité chrétienne ou française tout en étant accueillants. Je pense, comme l’analysait Olivier Roy dans son dernier ouvrage « l’Europe est-elle chrétienne ? » (Le Seuil), que, dans une large mesure, le populisme de droite et les mouvements identitaires sont très sécularisés. Ils folklorisent l'identité chrétienne et la réduisent aux clochers, à la crèche mais ne l'accompagnent pas d’une pratique religieuse nécessaire à la faire vivre. 

Est-ce que les Eglises se sont renforcées ou affaiblies à la suite de cette crise ?

C'est difficile à dire : dans la foi chrétienne, il y a ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas. Au niveau des chiffres, la France se déchristianise depuis plusieurs décennies, voire plusieurs siècles, mais on assiste aussi à de vrais réveils spirituels. D’un côté, la crise des migrants a divisé les chrétiens entre eux, ouvrant des blessures communautaires. De l’autre, l’urgence humanitaire a renforcé les Eglises, puisqu'elle leur a permis d'accomplir leur mission évangélique de charité et d’accueil. On a vu de nombreuses initiatives fleurir, qui attestent de la créativité chrétienne et de sa bonne santé.

Au regard de la façon dont les Chrétiens ont affronté ces défis d'accueil, quelle place selon vous peut-on s'attendre qu'ils occupent face aux futures crises migratoires ?

Quel que soit l'avenir, l'Eglise sera toujours là. L'Eglise n'est pas une ONG, le pape François l'a bien dit. Son rôle, son existence, c'est la communauté de chrétiens qui prêche et distribue les sacrements. Dans ce schéma, que l'Europe soit submergée ou qu’elle arrive à intégrer tous les migrants, l'Eglise sera toujours là puisqu'elle s'adressera à tout le monde. Tant qu'elle sera là, elle fera son travail d'accueil élémentaire, pour dispenser une œuvre matérielle et spirituelle (ce que l'Etat ne peut pas faire). Je pense que si les mouvements migratoires s'accentuent depuis l'Afrique, ce sera peut-être une opportunité pour les Eglises puisque la grande majorité de ces immigrés sont croyants. En venant en Europe ils sont surpris de voir à quel point les sociétés occidentales sont sécularisées, alors qu’ils tiennent à leur foi. On peut donc se demander si une africanisation de l'Europe ne serait pas sa rechristianisation voire sa pentecôtisation, car beaucoup sont protestants évangéliques. 

Le défi des futures migrations est donc écologique, politique, économique, mais aussi spirituel. On ne peut pas juste répondre à l’immigration par des frontières, du co-développement et une meilleure redistribution des richesses. Lorsque des étrangers arrivent sur notre sol, il faut avoir quelque chose à leur dire. C'est là où le bât blesse. L'Europe ne sait plus qui elle est, ni où elle va. L'une des bonnes attitudes à adopter serait de revenir à son identité culturelle ou de formuler quelque chose de nouveau à partir d’elle. Les Eglises sont aussi là pour rappeler que l'Europe ne sort pas de n'importe où. Que son héritage chrétien n'est pas un boulet mais une force pour proposer quelque chose à ces migrants et leur dire où ils arrivent.

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