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21 novembre 2020 6 21 /11 /novembre /2020 20:30

S’UNIR AU CORPS DU CHRIST SANS POUVOIR ALLER À LA MESSE : LA COMMUNION SPIRITUELLE

Un texte de l’abbé Eric Mattheeuws.

Les règles du confinement imposent bien des contraintes en ce temps d’épidémie. Entre autres, les croyants ne peuvent plus se rassembler pour célébrer leur culte ; les chrétiens sont empêchés d’aller à la messe. Comment vivre cet éloignement ?

Pour beaucoup, l’Eucharistie est un aliment dont ils ont de la peine à se passer. Elle est notre Pain de Vie, elle est le sacrement même de l’union au Christ.

Alors que nous sommes nombreux à investir toutes sortes de moyens de communication virtuelle, se pose la question : peut-on « communier à distance » au Christ présent dans l’Eucharistie ?

Les circonstances que nous vivons peuvent nous mettre sur la voie. Car dans une mesure tout à fait inhabituelle, nous souffrons tous de la distanciation des corps qui nous est imposée.

Surtout pour les grandes joies et les fortes peines, nous aimerions tellement embrasser, serrer dans nos bras ceux qui nous sont chers.

Pour compenser ce manque, nous imaginons bien des stratagèmes pour malgré tout garder nos liens bien vivants, à distance.

Et l’imagination est fertile ! Nous comprenons que, si la communication est « virtuelle », nos relations ne sont pas pour autant devenues imaginaires, pures pensées.

Au contraire même, il peut arriver que les liens se trouvent renforcés, car notre désir de l’autre est attisé par l’éloignement. Irions-nous pour autant jusqu’à dire que tous ces échanges relativiseraient, voire remplaceraient la rencontre en chair et en os ?

Qu’à l’avenir nous nous contenterions d’un téléphone et d’un ordinateur pour recevoir et donner de l’affection ? Jamais de la vie !

En fait la distanciation nous conduit à une double perception : d’une part elle n’empêche pas les liens d’être réellement entretenus, d’autre part elle nous fait éprouver plus fort, en creux, le caractère unique de la rencontre par les corps.

Qu’en est-il donc de l’Eucharistie ?

Elle est un sacrement, c’est-à-dire un lieu (un geste, une parole, un signe) où, dans l’Eglise, s’exprime et se réalise éminemment et concrètement – corporellement – notre union avec Dieu.

L’eau et l’huile sur notre corps, la main sur notre tête, le oui prononcé par notre bouche, le pain et le vin reçus comme aliments : la rencontre est toujours intime et incarnée.

Les sacrements ne sont de loin pas la seule façon de vivre l’union à Dieu, mais ils revêtent un caractère unique et irremplaçable : nulle part ailleurs nous ne touchons davantage du doigt l’action de Dieu, sa présence et sa grâce.

De là vient l’insistance sur leur importance dans la vie du chrétien.

On peut bien le comprendre : Dieu nous aime et si nous l’aimons aussi, combien sont précieux les gestes qui nous permettent de le rencontrer « corporellement ».

Que nous soyons empêchés de vivre ces gestes et ces rites, et nous craignons de voir notre lien au Seigneur s’affadir.

Perdrions-nous le contact ?

Serions-nous privés de sa présence ?

Devrions-nous nous résigner dans certains cas à être privés de la grâce de l’Eucharistie, « sacrement des sacrements » (Catéchisme de l’Église catholique, 1210) ?

Dans pareilles circonstances, l’Église nous trace une voie sûre et bien balisée : la « communion spirituelle ».

Je ne puis me rendre à la messe, pour des raisons indépendantes de ma volonté ?

Je n’ai pas accès à l’Eucharistie mais je désire la recevoir ?

Alors, comme en cas de confinement et d’éloignement de ceux que j’aime, une autre voie s’ouvre à moi pour m’unir réellement au Corps du Christ.

Car, rappelle l’Église, « Dieu n’est pas lié lui-même par ses sacrements » (Catéchisme de l’Église catholique, 1257), et les circonstances ne peuvent l’empêcher de venir à moi, ni moi d’aller à Lui.

Je communierai au Christ non pas virtuellement, mais spirituellement.

Comme le formulait déjà le Concile de Trente, je mangerai « en désir le pain céleste », et je pourrai en ressentir à la fois « le fruit et l’utilité » (Décret sur la très sainte Eucharistie, Ch.8).

Mon désir, ma pensée, ma prière pourront, puisqu’il le faut, suppléer l’acte que j’aurais posé en allant à la messe. Ainsi la communion est accomplie.

Y a-t-il un mode d’emploi, des consignes ? Oui et non.

Puisqu’il s’agit d’une expérience purement intérieure, elle n’est pas liée par des modalités fixées d’avance et communes à tous.

Mais nous restons des êtres situés dans l’espace et le temps, et le spirituel a besoin de lieux et de moments.

L’idéal pour vivre l’Eucharistie à distance est de se joindre à une messe diffusée, en direct ou non, à la radio ou la télévision ou sur internet.

Il faut aussi veiller à un contexte et une attitude qui favorisent la prière et expriment justement notre désir réel de rencontrer le Seigneur et de l’accueillir.

Un lieu dédié à cela dans notre maison, une bougie allumée, la méditation de la Parole de Dieu, quelques intentions de prière, un Notre Père récité posément à voix basse…

À chacun de voir, pourvu qu’on y mette quelques moyens. Ces actes concrets expriment et font une place à notre désir de communion à l’Eucharistie.

Une prière spécifique peut être réservée pour ce moment ; vous verrez ci-dessous celle que propose le pape François ces jours-ci.

De plus, les actes concrets et le recours à quelques signes et prières nous rendent davantage conscients que dans l’Eucharistie nous ne communions pas seulement au Christ mais aussi à son Corps qu’est la grande communauté de l’Église.

Il peut arriver que dans l’expérience de la communion spirituelle nos liens avec le Seigneur se trouvent renforcés, car notre désir de Lui est attisé par l’éloignement.

Irions-nous pour autant jusqu’à dire que cette démarche relativiserait, voire remplacerait la rencontre corporelle du Seigneur dans l’Eucharistie célébrée au sein de la communauté rassemblée ?

Jamais de la vie ! La communion spirituelle n’est réelle qu’à défaut d’être corporelle, et dans l’attente et le désir de la présence pleinement manifestée dans le sacrement.

Merci Seigneur de traverser tous les murs et toutes les distances pour venir à nous.

Mais que finisse bientôt ce confinement pour vivre la joie des pleines retrouvailles !

Eric Mattheeuws

À tes pieds, ô mon Jésus,
je me prosterne et je t’offre le repentir de mon cœur contrit
qui s’abandonne dans son néant et en ta sainte présence.
Je t’adore dans le sacrement de ton amour,
je désire te recevoir dans la pauvre demeure que mon cœur te propose.
Dans l’attente du bonheur de la communion sacramentelle,
je veux te posséder en esprit.
Viens à moi, ô mon Jésus, que je vienne à Toi.
Que ton amour enflamme tout mon être pour la vie et pour la mort.
Je crois en Toi, j’espère en Toi, je T’aime.
Amen

Prière de saint Padre Pio
 
Mon Jésus je crois que vous êtes ici présent dans le Saint-Sacrement.
Je vous aime par-dessus toutes choses et je désire ardemment vous recevoir.
Mais puisque, en ce moment, je ne peux le faire sacramentellement, venez au moins spirituellement dans mon cœur.
Comme si vous y étiez déjà présent, je vous adore et je m’unis entièrement à vous ; ne permettez pas que je me sépare jamais de vous !

« Seigneur Jésus, je crois fermement que Tu es présent dans le Saint Sacrement de l’Eucharistie.

Je T’aime plus que tout et je Te désire de toute mon âme.

« Après toi languit ma chair comme une terre assoiffée » (psaume 62)

Je voudrais Te recevoir aujourd’hui avec tout l’amour de la Vierge Marie, avec la joie et la ferveur des saints.

Puisque je suis empêché de Te recevoir sacramentellement, viens au moins spirituellement visiter mon âme.

En ce temps de carême, que ce jeûne eucharistique auquel je suis contraint me fasse communier à Tes souffrances et surtout, au sentiment d’abandon que Tu as éprouvé sur la Croix lorsque Tu t’es écrié : « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ».

Que ce jeûne sacramentel me fasse communier aux sentiments de Ta Très Sainte Mère et de Saint Joseph quand ils T’ont perdu au temple de Jérusalem, aux sentiments de Ta Sainte mère quand elle Te reçut, sans vie, au pied de la Croix.

Que ce jeûne eucharistique me fasse communier aux souffrances de Ton Corps mystique, l’Église, partout dans le monde où les persécutions, ou l’absence de prêtres, font obstacle à toute vie sacramentelle.

Que ce jeûne sacramentel me fasse comprendre que l’Eucharistie est un don surabondant de Ton amour et pas un dû en vue de mon confort spirituel.

Que ce jeûne eucharistique soit une réparation pour toutes les fois où je T’ai reçu dans un cœur mal préparé, avec tiédeur, avec indifférence, sans amour et sans action de grâce.

Que ce jeûne sacramentel creuse toujours davantage ma faim de Te recevoir réellement et substantiellement avec Ton corps, Ton sang, Ton âme et Ta divinité lorsque les circonstances me le permettront.

Et d’ici là, Seigneur Jésus, viens nous visiter spirituellement par Ta grâce pour nous fortifier dans nos épreuves.

Maranatha, viens Seigneur Jésus. »

Mgr Centène, évêque de Vannes :

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20 novembre 2020 5 20 /11 /novembre /2020 20:14
L'Eglise en colère
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19 novembre 2020 4 19 /11 /novembre /2020 21:05

De toute évidence, dans nos régions, les églises – en tant que bâtiments – ont tendance à disparaître…

Au Québec, il se produisit une « fière de construction d'églises » à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, et maintenant on se demande qu'est-ce que l'on pourra faire de tous ces bâtiments…

Il y a vraiment une rupture de génération : pratiquement aucun jeune ne vient prendre le relais de la génération aux cheveux blancs.

Ces grandes églises, magnifiques, avec leurs trésors de vitraux, de mobilier sculpté, avec une architecture et une décoration qui possèdent leur génie propre, tout cela risque de disparaître sous le pic des démolisseurs, ou dans la vitrine des antiquaires. Il est vrai que ces bâtiments ont été construits pour servir d'écrin à une pratique liturgique qui a totalement disparu, suite à Vatican II.

Derrière ces bâtiments, se profilait une théologie et une vision du monde qui, elles aussi, ce sont évaporées.

Dans notre région d'Abitibi, pas moins de 7 églises appartenant au diocèse catholique-romain d'Amos, ont été vendues, au cours des des 10 années écoulées.

Deux autres églises avaient été vendues il y a plus de 10 ans. En général, c'est l'ensemble des églises de village qui sont menacées d'extinction ; la ville de Val-d'Or comptait 5 églises catholiques-romaines ; il n'en reste plus qu'une en service. C'est sans compter les églises d'autres confessions chrétiennes  - dont une église orthodoxe russe - toutes étant fermées ou disparues aujourd'hui.

L'ensemble des confessions chrétiennes situées dans les pays industrialisés, font face à ce même problème, qui est celui de la sécularisation accélérée de la société.

Apparemment, on semble ne plus avoir besoin de structures ecclésiastiques et de bâtiments servant au culte, pour trouver le sens de sa vie – si on le trouve un jour ?

Que faire ou que penser face à cet état de choses - étant entendu que se lamenter n'est pas une option…

Dans une revue, j'ai trouvé cette idée qui me paraît intéressante.

Quatre hypothèses peuvent être envisagées :

Tout d'abord, la possibilité que le christianisme disparaisse complètement, à l'exception de petits groupes fervents qui n'auront plus aucune incidence sur la société.

La deuxième hypothèse serait que le christianisme se dissoudrait dans les valeurs de la société.

À mon avis, ce processus est largement en cours à la fois dans plusieurs sections du protestantisme, et massivement dans l'Église catholique-romaine.

On se détourne de la théologie ; on renonce à enseigner quoi que ce soit qui ait l'air d'un dogme, de près ou de loin, et l'on s'applique à ce que l'Église n'ait aucun contenu doctrinal - pour ne plus investir que dans des mouvements sociaux, politiques ou des œuvres de bienfaisance.

Dans ce cas, il s'agit d'Églises totalement horizontales, qui ne veulent plus entendre parler d'une « verticalité », de cette transcendance divine dont toutes les pages de la Bible sont néanmoins remplies.

La troisième hypothèse serait que le christianisme continue, vaille que vaille, en s'efforçant de sauver ses bâtiments, le tout dans une indifférence de plus en plus généralisée. C'est une perspective qui n'est pas particulièrement enthousiasmante !

Enfin, la quatrième hypothèse, qui me paraît à la fois la plus intéressante et la plus vérifiable : il s'agit de prendre conscience qu'un monde est en train de se terminer, et que les éléments qui le composaient sont en train de mourir. Non seulement d'en prendre conscience, mais de l'accepter.

Au sein même de ce processus de disparition, commence à naître quelque chose que nous ne pouvons pas encore identifier.

Nous sommes complètement incapables de savoir ce que ce sera…

Assurément, ce ne sera sans doute pas une catastrophe, ni pour autant le paradis, mais un monde très différent de celui que nous avons connu - un mélange de « bon » et de « moins bon », comme ce fut le cas dans chacune des périodes qu'a traversée l'humanité.

Cependant, passer d'un monde à l'autre n'est jamais chose facile, et fait généralement beaucoup de dégâts… d'où l'importance d'avoir soi-même une très robuste structure intérieure, d'avoir une réelle vision métaphysique basée sur la confiance en Dieu, confiance monolithique et inébranlable. Avec cela, nous traverserons tout !

Yves Leroy

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