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18 juillet 2021 7 18 /07 /juillet /2021 19:30

 

Elle s'appelle Soeur Marie Bernard. Sa jolie tête est maintenue dans une sorte de bonnet blanc moulant, augmenté d'une collerette. Le tout forme une guimpe mais dans une version fort simple, qu'elle a copiée sur une copine bénédictine il y a plus de quarante ans. À l'annulaire, son alliance signifie que le Christ est son époux.

Depuis les années 1970, Sœur Marie Bernard vit seule, ce qu’on fait de plus seule, à l’écart du village de Torgny, aux confins de la Belgique, de la France et du Luxembourg. Elle ne vit point cloîtrée, comme d’autres sœurs, mais dans une petite chapelle de neuf mètres carrés, au milieu des chats qui, dit-elle, la “squattent”. Son lit est à côté d’une grande cheminée et d’un poêle à bois. 

Le gaz, j’ai essayé, mais c’est trop coûteux… Le bois c’est magnifique, hein. Surtout qu’on me le fournit ici, c’est tout à fait et local. 

Originaire de Liège, Marie-Bernard est issue d’une famille modeste et très religieuse : son père, dit-elle, “a fait des miracles.” Elle est la dernière d’une fratrie de huit enfants. 

Je suis la seule qui n’a pas fait d’études dans la famille, parce que je ne voulais pas dire que je voulais entrer au couvent. Je me vantais de dire que je voulais me marier très tôt. Alors, un jour, mon père m’a dit : “écoute, si tu veux te marier jeune, est-ce qu’avant tu ne peux pas aider tes frères pour travailler ?”

Dès l’âge de 16 ans, la future dominicaine travaille dans le secteur des assurances et du bâtiment. Redoutant la réaction de ses parents, elle demande à l’abbé de l’aider dans l’annonce de son vœu religieux. D'abord réticent, son père accepte finalement. Alors, en 1942, la jeune femme entre au couvent :

Si ça avait été à cette époque [2014], je leur aurais dit : “au revoir !” et je serais partie ! [rires]

Sœur Marie Bernard commence sa carrière religieuse en tant que missionnaire. Elle a notamment voyagé en Afrique pendant quinze ans, notamment dans le service médical. Comme elle le dit avec ironie : “j’ai fait le bouche-trous”. Dans les années 1960, elle explore ainsi le monde, apprend à conduire, et visite les villages de lépreux au volant de sa Jeep.

Elle revient en Belgique en 1973-1974 avant de s’installer dans sa petite chapelle. Si elle vit seule, la dominicaine n’est jamais cloîtrée : elle reçoit notamment Olivier, qui vient régulièrement la visiter.

Les ermites sont les héritiers du Pères du désert. Quand on reçoit, on sort ce qu’on a de mieux. Donc n’essayez pas d’avoir plus, c’est ce qu’il y a de mieux !

J’avais envie de vivre seule avec Dieu. Cela m’a pris longtemps pour me libérer. J’avais 53 ans quand je suis arrivée. Mais j’ai eu ce désir depuis mes 7 ou 8 ans. Comme je me suis un peu entêtée, j’ai réussi. Mais ce n’était pas évident : les lois de l’Eglise à l’époque (et encore aujourd’hui) ont été faites par des hommes, c’est-à-dire qu’une femme n’était pas capable de vivre toute seule…

Vivre en ermite, ce n'est pas mener une vie plate. Chaque soir, la sœur prend une cuillère de cognac pour bien digérer. Elle raconte, par ailleurs, ce qu’on pourrait appeler sa “première cuite”. C’était un 1er juillet, quand la chaleur sévissait :

On s’est installé, et cette bière était fraîche… Je me la suis enfilée d’un coup ! Qu’elle était bonne ! Heureusement, j’étais assise. Alors, je ne bois pas beaucoup… Mais elle était bonne, c’est vrai ! Ce n’était pas mon unique expérience avec l’alcool, mais je suis prudente !

Depuis les débuts de son érémitisme, la sœur a appris à tisser et lire. Depuis les années 1960, elle lit et relit son livre fétiche, la “charpente de sa vie spirituelle” : le livre de Job. Dans un autre registre, elle est aussi friande de BD, à condition qu’elles soient intelligentes :

Je lis Tintin, Black & Mortimer, des histoires comme ça, quoi. Des gens biens !

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17 juillet 2021 6 17 /07 /juillet /2021 19:30

 

Du récit de la Création à celui des tentatives de viol des habitants de Sodome, les textes mettent en scène l’ambivalence fondamentale qui entoure la sexualité.

Comment la Bible présente- t-elle le plan de Dieu en matière de sexualité ?

La Bible, un surprenant « florilège » de récits érotiques, de fantasmes, d’interdits ?

De l’Ancien au Nouveau Testament, de nombreux passages évoquent en effet, plus ou moins explicitement, la sexualité humaine, sans la nommer comme telle. « Cette dernière est une notion récente : il faut donc prendre garde à ne pas projeter, dans les textes, des catégories qui sont aujourd’hui les nôtres », prévient d’emblée Mgr Pierre Debergé, exégète, membre de la Commission biblique pontificale.

« En lisant la Bible, nous pouvons nous rendre compte que c’est en fait la génitalité qui est le plus souvent évoquée, dans un contexte où il y avait beaucoup de morts d’enfants, et où il fallait assurer la survie du “clan”. La dimension de fécondité est très présente », poursuit l’auteur de L’Amour et la Sexualité dans la Bible (1).

À ses yeux, il est toutefois « loin d’être anodin » que les deux premiers chapitres de la Bible, relatant la conception d’Adam et d’Ève (Gn 1-2) dans le jardin d’Éden, présentent l’homme et la femme, « dans leurs différences accueillies et consenties », comme « le sommet de la création de Dieu ».

« La relation entre l’homme et la femme reflète l’amour de Dieu. Sans être dans le repli, c’est un amour qui s’ouvre à la vie », poursuit-il. Fait notable, cette notion de fécondité est toutefois absente du Cantique des Cantiques, en forme de chants d’amour alternés. 

« La sexualité y est présentée comme un lieu de passion amoureuse, où le plaisir est là pour le plaisir : on y parle de la beauté du corps de celui ou celle que l’on aime », relève-t-il.

Y a-t-il des « tabous » ?

Désir, plaisir, onanisme, adultère, inceste, sodomie, prostitution, sadomasochisme, zoophilie, polygamie… De nombreux récits bibliques évoquent ou mettent en scène, non sans réalisme, la sexualité dans ses dimensions parfois les plus crues. « Il n’y a pas vraiment de “tabou, en particulier dans l’Ancien Testament : c’est un texte assez libre », abonde ainsi l’écrivain et philosophe Jean-Pierre Rosa, auteur de La Bible, le sexe et nous (2).

« Dans les textes, la sexualité est une réalité extrêmement ambivalente : elle est le lieu du bonheur le plus grand (Gn, Ct…), mais aussi celui de l’avilissement le plus extrême, menant aux viols, aux meurtres… », poursuit-il.

Ainsi est relatée, dans le Livre de Samuel (2 S 13, 1-22), la tragique destinée de Tamar, fille de David et de Maaca, violée puis rejetée par son demi-frère Amnone, après que ce dernier a réussi à l’attirer – en se faisant passer pour malade – dans sa chambre.

Ou encore, parmi bien d’autres, le récit des tentatives de viol des habitants de Sodome (Gn 19, 1-29) sur deux anges, souvent évoqué dans la tradition chrétienne comme le fondement de la condamnation de la sodomie et de l’homosexualité.

Comment la Bible justifie-t-elle ces interdits ?

« Tu ne commettras pas d’adultère » (Ex 20, 14), « Fuyez l’immoralité sexuelle ! » (1 Co 6, 18), « Tu ne coucheras point avec un homme comme on couche avec une femme.

C’est une abomination » (Lv 18, 22), «Chacun de vous doit savoir maîtriser son corps (…) et ne pas céder à des désirs sexuels avides et non maîtrisés comme ceux qu’ont les nations qui ne connaissent pas Dieu » (1 Th 4, 4-5)…

Nombre d’interdictions et de préconisations, en matière de conduite sexuelle, scandent les Écritures.

Loin d’être condamnéea priori, la sexualité y apparaît ainsi comme une puissance qu’il convient d’encadrer, pour que celle-ci ne devienne pas un terreau propice à la domination ou à la destruction de l’autre. 

« Dans les récits bibliques, la loi est là pour protéger la relation homme-femme, pour éviter que la violence des désirs, des passions ne vienne dénaturer la sexualité dans sa part magnifique, à l’inverse de ce qui se produirait dans un acte mal vécu et assujettissant », décrypte encore Mgr Debergé.

Selon ce dernier, les textes portent bien des intuitions « révolutionnaires » en leur temps. 

« Cela s’inscrit dans un passage souvent mal compris, mais lorsque saint Paul (dans Ep 5, 21-33) invite par exemple les maris à aimer leurs épouses, c’est alors quelque chose de tout à fait nouveau », cite-t-il. 

« Les lois sont finalement là pour préserver le peuple, les équilibres familiaux, car les sociétés dans lesquelles la sexualité n’est pas maîtrisée sont des lieux de violences. » 

Pour la théologienne Anne Soupa (3), l’attitude de Jésus à l’égard des femmes est encore pionnière : « (Entre lui et elles), il existe une manière de se comprendre assez extraordinaire. (Il) ne fait pas acception de sexe, et ne se laisse pas enfermer dans les contraintes culturelles. »

Ce message est-il encore audible ?

Des récits « dépassés », mettant en scène une « culture du viol », une « morale judéo-chrétienne » souvent jugée « obscurantiste » ou « répressive »… Les remises en cause et les débats herméneutiques autour de la conception de la sexualité dans les Écritures sont légion.

« La Bible représente la sexualité avec les moyens de son temps, extrêmement patriarcal : celle-ci est entièrement du côté de l’homme et de la descendance, très loin de notre univers mental du XXIe siècle. Il faut passer par ce filtre pour trouver quelque chose de plus originel, de plus essentiel, d’actuel », soutient Jean-Pierre Rosa.

À l’heure où la parole ecclésiale est pour une part décrédibilisée par les scandales d’abus sexuels, ce dernier incite les chrétiens à dépasser leurs réticences pour se confronter ensemble aux textes, dont « la réception demeure souvent prisonnière de certains archaïsmes et raideurs ». 

Dans un livre d’entretiens (4) paru en septembre 2020 en Italie, le pape François avait lui-même réaffirmé sa vigoureuse opposition à cette « moralité bigote », refusant la notion de plaisir, qui a longtemps dominé dans la Tradition. 

« L’Église a condamné le plaisir inhumain, brut, vulgaire, mais elle a toujours accepté le plaisir humain, sobre, moral », soutenait-il.

« Le plaisir arrive directement de Dieu, il n’est ni catholique, ni chrétien, ni autre chose, il est simplement divin. »

(1) Nouvelle Cité, 216 p., 19 €.

(2) Salvator, 2019, 190 p., 18,50 €.

(3) Douze femmes dans la vie de Jésus, Paris, Salvator, 244 p.

(4) Terrafutura, avec Carlo Petrini, aux Éd. Slow Food Editore.

Voir aussi cet autre tableau du Tintoret

Comprendre la sexualité dans la Bible

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16 juillet 2021 5 16 /07 /juillet /2021 19:30

Le fils de Marie

https://youtu.be/wgQXeXs8mRs

Pourquoi Jésus est-il toujours présenté comme "fils de Marie" ? Le Coran accorde une place éminente à Marie, la seule femme dont il cite le nom.

Pourquoi Jésus est-il toujours présenté comme "fils de Marie" ?

Quelles sont les implications de cette expression, qui semble relayer "la terrible calomnie" dont Marie aurait été l’objet ?

Pourquoi passe-t-elle pour être la sœur d’Aaron et de Moïse, alors qu’un millénaire les sépare ?

Lecture minutieuse Jésus, figure fondatrice du christianisme, est aussi un personnage exceptionnel dans le Coran.

Pourquoi ? Comment ?

À partir de cette question, les auteurs des séries documentaires Corpus Christi, L’origine du christianisme et L’Apocalypse mènent l’enquête auprès de vingt-six des plus grands spécialistes mondiaux, y compris des chercheurs de tradition musulmane : des historiens des débuts de l’islam, des philologues, des épigraphistes, des historiens du christianisme oriental, des historiens du judaïsme rabbinique et des spécialistes de l’histoire du Coran.

Les sept épisodes prennent pour point de départ une lecture minutieuse de tous les termes de deux versets de la sourate IV du Coran, évoquant à leur manière la crucifixion de Jésus "en apparence", avant d’ouvrir peu à peu la discussion à toutes les questions que pose le texte, dans ses dimensions tant théologiques que littéraires et historiques.

C’est au carrefour des trois religions monothéistes, dans la continuité du judaïsme de Moïse et du judéo-christianisme de Jésus, que nous mène cette enquête qui cherche à reconstituer l’émergence de l’islam dans une région païenne, très marquée pourtant par les influences bibliques et la proximité des églises syriaques.

La crucifixion de Jésus dans l'islam

https://youtu.be/JRS_oLUKsWU

Dans la sourate IV, versets 157 et 158, le Coran relate la crucifixion de Jésus de manière très différente de la tradition chrétienne. Jésus y est crucifié "en apparence".

Ceux qui ont assisté à la scène auraient-ils été victimes d’une illusion ? Quelqu’un d’autre aurait-il été crucifié à sa place ? Jésus est-il vraiment mort sur la croix ?

Lecture minutieuse Jésus, figure fondatrice du christianisme, est aussi un personnage exceptionnel dans le Coran. Pourquoi ? Comment ?

À partir de cette question, Gérard Mordillat et Jérôme Prieur (Corpus Christi, L’origine du christianisme, L’Apocalypse) mènent l’enquête auprès de vingt-six des plus grands spécialistes mondiaux, y compris des chercheurs de tradition musulmane : des historiens des débuts de l’islam, des philologues, des épigraphistes, des historiens du christianisme oriental, des historiens du judaïsme rabbinique et des spécialistes de l’histoire du Coran.

Les sept épisodes prennent pour point de départ une lecture minutieuse de tous les termes de deux versets de la sourate IV du Coran, évoquant à leur manière la crucifixion de Jésus "en apparence", avant d’ouvrir peu à peu la discussion à toutes les questions que pose le texte, dans ses dimensions tant théologiques que littéraires et historiques.

C’est au carrefour des trois religions monothéistes, dans la continuité du judaïsme de Moïse et du judéo-christianisme de Jésus, que nous mène cette enquête qui cherche à reconstituer l’émergence de l’islam dans une région païenne, très marquée pourtant par les influences bibliques et la proximité des églises syriaques.

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