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30 mars 2018 5 30 /03 /mars /2018 22:56
De Gethsemani au Golgotha

Du jardin de Oliviers, je fus traîné devant les tribunaux. J’étais seul, personne n’était là pour prendre ma défense, les miens m’avaient abandonné.

Je fus alors conduit chez Pilate comme un vulgaire voleur, comme un animal dangereux qu’il fallait éliminer au plus vite. Pilate reconnut mon innocence et pour apaiser la foule, me fit flageller…

Ensuite les soldats me couronnèrent d’épines et me rassasièrent d’opprobres. J’étais debout devant mes persécuteurs, la couronne d’épines qui griffait ma tête de toutes parts laissait couler mon Sang sur mon visage tuméfié.

Le manteau de pourpre dont on m’avait revêtu cachait en partie mon corps meurtri, lacéré par les coups de fouets innombrables que m’avaient infligé les bourreaux assoiffés de sang… Je ne voyais presque plus… bien que je savais depuis ma transfiguration au Thabor ce qui allait m’arriver.

J’étais vulnérable, mon angoisse grandissait sans cesse. J’étais Fils de Dieu, je vivais pleinement ma condition d’homme, d’homme bafoué… J’avais accepté ma mission, j’irais jusqu’au bout.

La foule voulut que je sois crucifié alors que je n’avais commis aucun méfait. Par amour pour mon Père et pour vous, j’acceptai en silence l’injuste sentence, Je donnai donc ma vie pour la Rédemption de l’humanité.

Pilate ne voulant pas perdre sa dignité, se lava les mains pour se dégager de toute responsabilité. Barrabas fut relâché selon le choix de la foule ingrate, on voyait encore dans les yeux du malfaiteur, le plaisir de faire le mal.

Oh! mes enfants, toute cette foule déchaînée contre moi me conduisait à la mort alors que je ne désirais que le bien de chacun.
 

Comme je n’arrivais pas à soulever la croix si pesante, un des bourreaux m’aida à la poser sur mes épaules. J’ai cru que j’allais défaillir tant elle était lourde.

Sur cette croix, je lisais tous les péchés qui se commettaient sur terre et qui se commettraient jusqu’à la fin des temps, je voyais les vôtres mes enfants. Oui, il fallait que je la porte et que je la supporte pour vous…

A ce moment-là, voyant toute cette ignominie, le ciel et la terre n’auraient pas été assez grands pour contenir toutes les larmes que je refoulais…

Après quelques pas, outragé par cette foule furibonde qui me lapidait, je tombai sous le poids du pesant fardeau de la croix qui m’écrasait au sol, mon visage ensanglanté baignait dans la poussière.

Mes enfants, aidez-moi à porter la croix des péchés du monde en acceptant la vôtre par amour pour moi! Si elle vous semble bien lourde, comparez-la à la mienne que je porte avec chacun d’entre vous jusqu’à la fin des temps.

Votre croix est mienne, comme mon Père m’a aidé à me relever, je vous aide à vous relever lorsque vous tombez dans le péché, implorez mon pardon après chaque chute et allez de l’avant, ne baissez jamais les bras, ne vous complaisez jamais dans le péché.

Au moment de me relever, mon Cœur se mit à battre très fort, je sentis un tendre regard se poser sur moi. Je levai les yeux, j’aperçus près de moi ma chère Maman.

Je vis en un instant toute la détresse de son cœur de mère, son visage était d’une pâleur que je ne lui connaissais pas… elle comprit la parole d’amour que lui transmettait mon cœur uni au sien dans la détresse «Je dois aller jusqu’au bout de mon sacrifice…»

Elle savait que rien ne m’arrêterait. Son regard me fit comprendre qu’elle serait toujours à mes côtés dans la tâche que le Père m’a confiée.

Les fouets claquaient sur mon corps endolori. J’étais à bout de force, la poussière du sol et la sueur, mêlées à mon Sang, m’aveuglaient.

J’avais pour compagnon de route les pierres que l’on me jetait, les insultes et les moqueries, toute la méchanceté de la foule. Voyant ma fatigue intense et voulant me garder vivant pour ne pas manquer le spectacle de ma crucifixion, les soldats chargèrent Simon de m’aider à porter ma croix jusqu’au Golgotha.

Il ne voulait pas, mais s’y résigna par obéissance aux gardes. Mon silence le rapprochait de moi, dans la souffrance de la croix, il s’aperçut que je n’étais pas comme les autres condamnés, il y avait une injustice…

Ils doivent se tromper, pensait-il. Pas à pas sur le chemin, il commençait à m’aimer, il comprenait qu’en acceptant de porter ma croix, il porterait désormais la sienne avec amour.

Une femme courageuse se détachait de la foule et s’approchait de moi, un linge blanc à la main, elle me regardait avec une immense tristesse, Je lisais de la pitié dans ses yeux. Je fus surpris par sa douceur lorsqu’elle essuya mon visage de son linge qu’elle serrait ensuite contre son cœur.

Oh! mes enfants, au milieu de toutes ces misères que l’on m’infligeait, cette petite marque d’affection me toucha profondément.

Ce jour-là, mon visage fut imprimé non pas sur le linge seulement mais sur le sien aussi. Offrez ma Sainte Face ensanglantée à mon Père; offrez-lui mon précieux Sang pour la conversion des pécheurs.

Mon Père se laisse émouvoir lorsqu’on lui présente son Fils ensanglanté. Soyez de petites Véronique par vos gestes d’attention envers moi, prenez soin de moi et je deviendrai le médecin de votre âme.

Complètement anéanti et brisé de fatigue, je tombai une seconde fois; les bourreaux de plus en plus excités, à coups de pieds, me demandaient de me relever.

Simon me tendit la main et j’eus la force de poursuivre le chemin si pénible. Je le fis pour tous ceux que le Père m’avaient donnés.

Mes enfants, priez sans cesse, ne vous découragez pas lorsque vous tombez, venez laver vos péchés dans le Sang de l’Agneau, confessez-vous autant de fois qu’il sera nécessaire et avancez au large, ce sont les efforts renouvelés qui comptent à mes yeux.

J’aperçus le lieu de mon supplice où je rendrais mon dernier soupir. Derrière moi, des femmes se lamentaient et priaient; elles se souvenaient des miracles et guérisons que j’avais accomplis. J’étais leur bienfaiteur.

Je me retournai et leur dis «Femmes de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, mais sur vos enfants, si l’on traite ainsi le bois vert, qu’adviendra-t-il du sec?»

Mes petits, je vous demande de changer de vie, convertissez-vous, apprenez les Saintes Ecritures à vos enfants dès leur plus jeune âge, si vous m’aimez, vous garderez mes commandements.

La foule m’accablait et me pressait de toute part, la croix de plus en plus pesante déchirait mon épaule qui laissait entrevoir mes os si bien que dans cette agonie de mon corps broyé, je tombai encore une fois sous le poids de la croix.

Les coups de fouet élargissaient mes plaies, dans un pénible effort, je me relevais, titubais et retombais encore… malgré ma souffrance atroce, je continuais le chemin vers la mort qui m’attendait.

Mon Père me donnait toute sa force pour tenir jusqu’au bout du sacrifice que j’avais accepté. C’est à ce prix que je devais sauver les âmes.

Arrivés au «Crâne», les bourreaux retirèrent violemment la croix de mes épaules et me déshabillèrent sans ménagement.

La chair collée à mon vêtement provoqua une douleur telle que je regardais à terre croyant qu’une partie de mon dos avait aussi été arrachée; J’étais nu devant la foule, seules mes plaies ouvertes dont le Sang coulait jusqu’à terre habillaient mon Corps.

La foule était toujours aussi déchaînée contre moi. Humilié par ma nudité, je baissais la tête et j’écoutais sans rien dire, sans me plaindre par amour pour vous.

Mes bourreaux jouaient ma tunique aux dés, ils se la disputaient sans le moindre sentiment de respect à mon égard. Mes enfants, laissez-vous dépouiller de tout ce qui encombre votre âme, donnez-moi votre orgueil, votre amour-propre, acceptez les humiliations comme je l’ai fait moi-même, une humiliation acceptée est un petit bonheur pour l’éternité.

Je m’allongeais enfin sur la croix, le dos meurtri au contact du bois dur me donnait l’impression d’être couché sur un lit de ronces et d’épines. A peine ai-je eu le temps de reprendre mon souffle que les bourreaux m’écartelaient pour clouer mes mains.

J’ai bien cru que mes bras allaient se détacher de mon Corps, je serrais les dents pour ne pas hurler de douleur. Mes larmes se mirent à couler de mes yeux quand les clous s’enfoncèrent dans ma chair… mon Sang gicla de tous côtés, un des bourreaux s’essuya le visage d’un air dégoûté et s’acharnait de plus belle sur le reste de mon Corps.

Les coups répétés qui enfonçaient les clous dans mes pieds broyés me laissaient à demi-mort. Dans cette souffrance insupportable, j’eus le courage de demander à mon Père de leur pardonner le mal qu’ils me faisaient.

Ma Mère sanglotait, tous les coups qu’on m’affligeait résonnaient un par un dans le désarroi et le désespoir de son cœur anéanti.

Mes enfants, lorsque vous vous détournez de votre Dieu, lorsque vous vous enfoncez dans la fange du péché, vous me crucifiez en vous avec la même violence, n’en veuillez donc pas aux bourreaux qui se sont acharnés sur moi, lorsque vous vous détournez de ma loi d’amour pour jouir de tous les plaisirs malsains, vous prenez la place des bourreaux qui m’ont crucifié il y a deux mille ans.

Après m’avoir cloué à la croix, ils la retournèrent pour fixer les clous à l’arrière, mon Corps et mon visage s’aplatirent sur le sol, les bourreaux trop occupés à leur besogne ne se soucièrent guère de ce que Je pouvais ressentir.

Ensuite, ils soulevèrent la croix et la firent pénétrer dans la cavité qui devait la supporter.

A ce moment, sous l’effet du choc, mes plaies s’agrandirent, la croix vacillait, je croyais que mes mains et mes pieds allaient se déchirer pour me laisser tomber à terre, mon cœur allait exploser de frayeur, ma souffrance était à son comble.

Lorsque la croix fut stabilisée, j’étais fixé au point de ne plus pouvoir bouger un membre. Mon corps semblait paralysé…

J’entendis l’écho d’une voix «si tu es le Fils de Dieu, sauve-toi toi-même». Je regardais la foule à travers mes yeux baignés de larmes et de Sang…

Après avoir promis le paradis au bon larron, après avoir donné ma Mère à Jean et à travers lui, toute l’humanité à ma sainte Mère, je criai vers le ciel: «Père, pourquoi m’as-tu abandonné»…

Un voile de plus en plus sombre obscurcissait ma vue, ma fin était proche, tout était accompli. Dans un dernier souffle, un dernier effort, mes lèvres desséchées humectées de vinaigre, laissèrent passer mes dernières paroles: «Père, entre tes mains, je remets mon Esprit.»

Mon dernier cri, cri d’amour, cri de vie, me plongeait dans un silence profond. Je ne voyais plus que le ciel qui s’ouvrait, tous les anges s’agenouillaient devant moi en signe de gratitude et de respect.

J’ai versé tout mon Sang pour te sauver, mon enfant, j’ai donné ma vie pour te racheter, que mon Sacrifice ne soit pas vain pour toi. Maintenant que tu le sais, décrucifie-moi en toi comme m’ont décrucifié ce jour-là ceux qui m’aimaient.

Panse mes blessures comme l’a fait ma sainte Maman lorsque je reposais entre ses bras. Ces blessures sont provoquées par ton indifférence envers moi, par tes péchés accumulés depuis tant d’années; console-moi en m’aimant; en changeant de vie tu seras l’enfant béni de mon tendre amour; par la guérison de mes saintes Plaies, tu ouvres la porte de mon Sacré-Cœur, ta demeure.

Mon Corps fut ensuite déposé dans un sépulcre neuf creusé à même le roc.

Mes enfants, sortez de vos tombeaux, ma résurrection est prémisse de la vôtre, soyez dociles et persévérants à l’écoute et à la pratique de ma Parole, laissez-vous transfigurer par votre Dieu, prenez le Chemin de vie que je vous offre, il mène à la gloire éternelle auprès de notre Père des cieux.

Je vous aime, ne rejetez plus l’Amour qui vous attend.

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29 mars 2018 4 29 /03 /mars /2018 22:57
Ô Croix du Christ !

Ô Croix du Christ, symbole de l’amour divin et de l’injustice humaine, icône du sacrifice suprême par amour et de l’égoïsme extrême par stupidité, instrument de mort et chemin de résurrection, signe de l’obéissance et emblème de la trahison, échafaud de la persécution et étendard de la victoire.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dressée en nos sœurs et nos frères tués, brûlés vifs, égorgés et décapités avec des épées barbares et dans le silence lâche.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les visages des enfants, des femmes et des personnes, épuisés et apeurés qui fuient les guerres et les violences et ne trouvent souvent que la mort et tant de Pilate aux mains lavées.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les docteurs de la lettre et non de l’esprit, de la mort et non de la vie, qui au lieu d’enseigner la miséricorde et la vie, menacent de punition et de mort et condamnent le juste.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les ministres infidèles qui au lieu
de se dépouiller de leurs vaines ambitions dépouillent même les innocents de leur dignité.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les cœurs endurcis de ceux qui jugent facilement les autres, cœurs prêts à les condamner même à la lapidation, sans jamais s’apercevoir de leurs propres péchés et de leurs fautes.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les fondamentalismes et dans le terrorisme des adeptes de certaines religions qui profanent le nom de Dieu et l’utilisent pour justifier leurs violences inouïes.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui en ceux qui veulent t’enlever des lieux publics et t’exclure de la vie publique, au nom de quelque paganisme laïc ou même au nom de l’égalité que tu nous as toi-même enseignée.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les puissants et dans les vendeurs
d’armes qui alimentent le four des guerres avec le sang innocent des frères.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les traitres qui, pour trente deniers, livrent n’importe qui à la mort.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les voleurs et les corrompus qui au lieu de sauvegarder le bien commun et l’éthique se vendent dans le misérable marché de l’immoralité.
 
Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les sots qui construisent des entrepôts pour conserver des trésors qui périssent, laissant Lazare mourir de faim à leurs portes.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les destructeurs de notre “maison commune” qui par leur égoïsme ruinent l’avenir des générations futures.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les personnes âgées abandonnées de leurs proches, dans les personnes avec un handicap et dans les enfants sous-alimentés et écartés par notre société hypocrite et égoïste.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans notre Méditerranée et dans la Mer
Égée devenues un cimetière insatiable, image de notre conscience insensible et droguée.

Ô Croix du Christ, image de l’amour sans fin et chemin de la Résurrection, nous te voyons encore aujourd’hui dans les personnes bonnes et justes qui font le bien sans chercher les applaudissements ou l’admiration des autres.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les ministres fidèles et humbles qui éclairent l’obscurité de notre vie comme des bougies qui se consument gratuitement pour éclairer la vie de ceux qui sont les derniers.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les visages des sœurs et des personnes consacrées – les bons samaritains – qui abandonnent tout pour panser dans le silence évangélique, les blessures de la pauvreté et de l’injustice.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les miséricordieux qui trouvent dans la miséricorde l’expression la plus haute de la justice et de la foi.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les personnes simples qui vivent joyeusement leur foi dans le quotidien et dans l’observance filiale des commandements.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les repentis qui savent, de la profondeur de la misère de leurs péchés, crier : Seigneur, souviens-toi de moi dans ton Royaume !

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les bienheureux et dans les saints qui savent traverser l’obscurité de la nuit de la foi sans perdre la confiance en toi et sans prétendre comprendre ton silence mystérieux.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les familles qui vivent leur
vocation au mariage avec fidélité et fécondité.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les bénévoles qui secourent
généreusement les personnes dans le besoin et celles qui sont battues.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les persécutés pour leur foi qui
dans la souffrance continuent à rendre un témoignage authentique à Jésus et à l’Évangile.
 
Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les rêveurs qui vivent avec un cœur d’enfant et qui travaillent chaque jour pour rendre le monde un peu meilleur, plus humain et plus juste.

Dans ta sainte Croix, nous voyons Dieu qui aime jusqu’au bout, et nous voyons la haine qui fait la loi et assèche les cœurs et les esprits de ceux qui préfèrent les ténèbres à la lumière.

Ô Croix du Christ, Arche de Noé qui a sauvé l’humanité du déluge du péché, sauve-nous du mal et du malin ! Ô Trône de David et sceau de l’alliance divine et éternelle, réveille-nous des séductions de la vanité ! Ô cri d’amour, suscite en nous le désir de Dieu, du bien et de la lumière.

Ô Croix du Christ, enseigne-nous que l’aube du soleil est plus forte que l’obscurité de la nuit. Ô Croix du Christ, enseigne-nous que l’apparente victoire du mal se dissipe devant le tombeau vide et face à la certitude de la Résurrection et de l’amour de Dieu que rien ne peut vaincre ou obscurcir ou affaiblir. Amen !

Pape François

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29 mars 2018 4 29 /03 /mars /2018 19:18
Le lavement des pieds

Depuis toujours, les commentateurs de l’Evangile que nous venons d’entendre se sont demandés pourquoi le Christ lavait les pieds des disciples, et pas une autre partie du corps. Je ne sais pas si vous vous êtes déjà posé la question, mais moi, je me suis demandé : pourquoi donc les pieds ?

 

C’est intéressant que le Christ lave les pieds… il ne lave pas les jambes, ni les bras, ni la tête, il lave les pieds… alors qu’un pied c’est compliqué à laver, il y a des doigts, cela monte, cela descend, un pied, ça ne sent pas forcément très bon…

 

Alors je me dis que peut-être, le Christ a lavé nos pieds parce que nos pieds ressemblent parfois à notre vie. Un pied, c’est un peu comme nos vies, qui sont compliquées et pleines de replis, qui traversent des hauts et des bas…

 

En lavant nos pieds, Jésus, vient laver ces hauts et ces bas, laver les hauts de nos vies, quand tout va bien, pour nous aider à entrer dans l’action de grâce et à vivre de l’action de grâce, de la joie et de la vie de Dieu ; quand nous sommes en difficultés, quand nous sommes en bas, eh bien le Christ vient aussi laver nos bas, pour nous aider à y discerner sa présence douce, bienfaisante et salutaire.

 

Il y a les formes bizarres du pied, mais il y a aussi les odeurs… un pied cela ne sent pas forcément très bon… un peu comme nos vies… Ô combien nos vies parfois prennent une drôle d’odeur, une drôle d’odeur qui peut être l’odeur des larmes versées, l’odeur des regrets qui s’accumulent, des remords qui s’amoncellent, des péchés qui pourrissent… mais le Christ vient laver cela à grande eau, il vient y déposer un baiser, il vient y répandre le parfum du Saint Chrême, qui fait que depuis notre baptême, nous sentons la bonne odeur du Christ… bien sûr cette odeur de Saint Chrême peut être masquée avec le temps, mais le karcher de la confession met nos pieds et notre cœur à neuf, empli de ce délicieux parfum à nul autre pareil.

 

Dessin de Rembrandt

 

En prenant les pieds de ses disciples, en lavant, le Christ ne fait donc pas que laver des pieds, il nous rappelle que nous sommes déjà lavés tout entiers par le bain du baptême. En lavant les pieds, Jésus nous donne un signe, mais un signe cela renvoie toujours à plus loin… Derrière le geste de Jésus, il y a tout l’amour de Dieu, qui s’abaisse jusqu’à nous pour nous relever avec lui dans sa gloire.

 

En instituant par le lavement des pieds le service comme centre de la vie chrétienne et en donnant son Corps et son Sang, Jésus institue aussi le sacerdoce, qui est signe de l’amour de Dieu, ce Dieu qui donne des hommes pour veiller sur d’autres hommes. Derrière le signe du sacerdoce, il y a l’amour qui ne peut être satisfait que s’il abaisse auprès du plus faible.

 

Derrière le signe du pain et du vin, il y a une révolution admirable : nos yeux, nos sens peuvent nous dire que ce n’est que du pain ou du vin, mais notre âme, notre cœur, sait que, par la puissance de Dieu, ce pain est devenu Corps du Christ, nourriture solide pour notre marche à la suite de Dieu ; notre cœur, sait que, que par la puissance de l’amour de Dieu, le vin est devenu Sang du Christ, vin des Noces de l’Agneau, coupe de la vie éternelle.

 

...

 

Ce soir, nous vivons le début du passage de Pâques, avec la puissance d’amour de Dieu… Cette puissance est à l’œuvre dans notre monde, mais pas à la manière du monde, Dieu œuvre par l’abaissement. La puissance d’amour de Dieu est abaissement, comme nous le lisons dans la Passion, comme nous le lisons dans l’Evangile du lavement des pieds… abaissement… « qui s’abaisse sera élevé » nous dit Jésus.

 

L’abaissement ce n’est pas l’humiliation, c’est se mettre à niveau des hommes : comme lorsqu’un père ou une mère de famille se penche vers son enfant pour lui parler, le laver, le prendre dans ses bras ; c’est se mettre à niveau d’une personne affaiblie par la maladie, s’asseoir pour être au niveau de son visage, pour pouvoir lui prendre la main et demeurer ainsi en communion.

 

Se mettre à niveau des hommes, c’est voir en chacun l’enfant de Dieu qu’il est, soit pour le contempler, car la personne resplendit de l’Evangile, soit pour lui révéler combien est grand l’amour que Dieu a pour elle… S’abaisser pour mieux parler aux hommes de Dieu, leur dire qu’Il est venu dans leur petitesse pour y déployer sa grâce et son amour… S’abaisser enfin pour pardonner, car le pardon ne se donne pas de haut, il se fait don pour élever l’autre, l’ancien offenseur.

 

Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'au bout… Jésus nous aime, jusqu’au bout, jusqu’au bout des pieds (il les lave), jusqu’au bout de la tête (il nous parle), jusqu’au bout de notre cœur (il donne son Corps pour nourrir notre corps).

 

Ouvrons nos mains, nos pieds, notre intelligence et notre cœur à ce Dieu qui vient nourrir notre soif de vie éternelle. Laissons-nous conduire par le Christ dans sa Pâque. Il a désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec nous.

 

Thomas Poussier

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