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12 juillet 2021 1 12 /07 /juillet /2021 19:30

Un ami m’a offert le catalogue Cayeux. « Juillet approche, il est temps de commander de nouveaux iris pour les installer au jardin », m’a-t-il dit, pour que je consulte cette bible sans tarder. J’avais mille choses à faire mais je suis restée là, à rêver des heures devant ces pages pleines de fleurs en robe de bal.

Des bleus et des pourpres, des blancs et des violets, panachés roses et mauves. Elles m’ont rappelé mon émotion, à Bagatelle, dans le jardin aux iris clos de buis taillés – jardin où je m’attends toujours à voir surgir une infante d’Espagne.

Les iris ont aussi ramené le souvenir de Jean-Baptiste de Vilmorin, dans son jardin de Verrières-le-Buisson où Louise repose sous un banc en guise de pierre tombale, et près d’un cerisier.

Jean-Baptiste de Vilmorin, qui dirigeait la Société nationale de protection de la nature, venait de publier une histoire des plantes, intitulée Le Jardin des hommes.

La journée était délicieuse dans cet arboretum créé par son aïeul, une sorte de zoo botanique où des arbres du monde entier s’étaient acclimatés au ciel de France.

Le botaniste avait évoqué quelques-unes des savoureuses histoires de plantes qu’il avait retranscrites dans son livre : « Savez-vous que les iris sont les véritables symboles de la Royauté de France, et non les lys comme on le pense ? »

Il m’avait alors raconté l’origine de l’emblème et la source de cette confusion.

Clovis faisait la guerre à Alaric II, le roi des Wisigoths qu’il battit et exécuta au terme de la bataille de Vouillé, en 507.

Mais avant cet instant fatidique, le roi des Francs avait été mis en difficulté. Le voilà pourchassé avec ses troupes jusqu’aux bords de la Vienne. Or la rivière était en crue, et les chevaliers lourdement vêtus de cottes de mailles.

Il leur était impossible de traverser. C’est alors que Clovis aperçut une floraison d’iris jaunes au milieu du cours d’eau, qui indiquait ainsi la possibilité d’un gué. Le vainqueur voulut rendre hommage à l’iris qui lui avait sauvé la vie et fait gagner la bataille.

Il fit donc de cette fleur l’emblème de la France, et lui donna la place d’honneur sur son blason royal, jusque-là orné de trois crapauds…

Bien sûr, on se chamaille sur l’authenticité de l’histoire. Certains préfèrent la légende relatée dans l’Histoire des Francs par Grégoire de Tours, l’historien du royaume.

C’est une biche qui aurait signalé le gué à Clovis ; les buissons d’iris (iris de Croatie dits Pallida) ne lui auraient permis que de se cacher.

Et pourtant, à bien observer les fleurs de la couronne de France, on ne peut qu’y retrouver la silhouette des iris de nos jardins : mêmes pétales dressés, mêmes sépales baissés, tous au nombre de trois.

Mais alors d’où viendrait qu’on attribue au lys les vertus héroïques de l’iris ?

À un défaut de langue, prétend la légende ! Louis II le Bègue, roi des Francs (846-879) aurait fait, le premier, remplacer les symboles cosmiques, étoiles et soleils d’or du manteau royal et bleu des Carolingiens, copié sur le vêtement du grand prêtre de Jérusalem, par les iris.

On parla dès lors des « fleurs de Louis » qui devinrent, à force de mauvaise prononciation, les fleurs de lys.

À ses débuts, cette fleur incarnait la déesse Iris, messagère qui mettait un point d’honneur à n’apporter que de bonnes nouvelles aux dieux, mais aussi aux hommes, et signait ses missives d’un arc-en-ciel : « Dans l’Orient obscur / déployant un arc immense, l’iris brille au soleil couchant », chante Chateaubriand. Délicieuse et charitable, la déesse Iris aidait aussi les âmes fraîchement libérées des corps à rejoindre l’Olympe.

Aussi, pour attirer ses faveurs, les Grecs plantaient devant les tombes de grandes touffes d’iris blancs. Cette coutume, et le catalogue Cayeux m’ont aussi rappelé Les Iris, que peignit Vincent Van Gogh, à trente-trois ans, juste avant sa mort, un an à peine en vérité. Il venait d’être interné à Saint-Rémy-de-Provence.

Il avait le désir de consacrer les dernières années de sa vie à la peinture religieuse. « J’ai un besoin terrible de, dirai-je le mot, de religion », écrit-il à son frère Théo. Alors, il s’exerce à reproduire La Pietà et Le Bon Samaritain qu’avait signés Eugène Delacroix, puis La Résurrection de Lazare de Rembrandt.

Hormis eux, il n’imaginait aucun peintre capable de peindre le Christ, « artiste plus grand que tous les grands artistes » – et lui moins qu’un autre. Mais Les Iris alors, l’une de ses toutes dernières toiles ?

Que voit-on, au milieu de ce champ d’iris bleus ? Un iris blanc comme celui à qui les Grecs confiaient leurs prières pour l’Olympe et l’au-delà, comme le lys du Cantique en qui Bernard de Clairvaux voyait Jésus.

N’est-ce pas le Christ que Van Gogh a portraituré dans cet iris si beau, diaphane et solitaire, l’iris aux trois pétales, droit sur sa hampe, dans la vague des iris bleus penchés vers lui, prosternés presque ?

Christiane Rancé

Une légende rapportée par Louis Girard (1911-2003) rappelle que la fleur de lys est un iris stylisé dont Clovis a fait sa fleur favorite.

Malmené dans la bataille de Vouillé contre les Wisigoth et voyant qu'un fleuve barrait sa retraite, Clovis aperçu dans l'eau un grand nombre d'Iris et comprit qu'à ce endroit le fleuve était peu profond et qu'il pouvait le franchir avec son armée.
De ce fait, il aurait prît la fleur de lys sur fond bleu en souvenir de l'événement.

On raconte aussi que la Reine Clotilde, un peu portée sur les croyances et les superstitions, consultait souvent un ermite vivant en forêt de St Germain.
L'ermite lui avait remit un bouclier où figurait trois fleurs de lys, en référence à la sainte Trinité (Père, Fils et Saint-Esprit).

L'ermite affirma l'avoir reçu d'un ange pour que le roi s'en serve durant la bataille à la place de ses armes ornées de trois croissants ou de trois crapauds.
Selon l'ermite, ce bouclier devait lui assurer la victoire.

Depuis l'Iris aussi nommée "Reine des fleurs" devint l'emblème Franc, sa forme rappelant en outre celle de l'abeille stylisée que le père de Clovis (Childéric) avait adopté sur ses bannières.

Le lys ou l'Iris apparaît nettement dans le monde franc à la fin du règne de Pépin le Bref (714-768) et au début de celui de Charlemagne (742-814).

La fleur choisie par Clovis était un iris jaune.

La fleur de "Lys" serait en réalité la fleur "de Luce" ou fleur "de Louis", choisie par Louis VII (1120-1180) au XIIème siècle et qui par altération phonétique, "Luce" devint "Lys" et ainsi le symbole définitif de la Monarchie Française.

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11 juillet 2021 7 11 /07 /juillet /2021 19:30

 

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10 juillet 2021 6 10 /07 /juillet /2021 19:30

Un article d'orthodoxie.com

L’Assemblée des évêques orthodoxes canoniques d’Allemagne (OBKD) s’est tenue le 23 juin 2021 à Cologne, au siège du diocèse métropolitain d’Allemagne et d’Europe centrale du Patriarcat d’Antioche. Les diocèses grec, antiochien, serbe et roumain étaient représentés. L’Assemblée était présidée par le métropolite Augustin, évêque d’Allemagne et d’Europe centrale du Patriarcat œcuménique.

Lors de cette réunion, les hiérarques ont adopté une déclaration commune intitulée « La sainte eucharistie en temps de crise du coronavirus », qui présente les incidences de la pandémie sur la vie de l’Église orthodoxe en Allemagne, et particulièrement sur la célébration de la sainte eucharistie et la communion des fidèles.

Le texte a été préparé par un groupe de travail composé de théologiens de tous les diocèses en Allemagne sous la direction de l’évêque Grégoire (Église orthodoxe serbe). Nous donnons ci-dessous la traduction française intégrale de ce document publié en allemand.

« La sainte eucharistie en temps de crise du coronavirus »

Un texte commun des évêques orthodoxes en Allemagne

La pandémie déclenchée par le coronavirus affecte non seulement la vie économique et sociale, mais a également des conséquences profondes sur la vie de l’Église. Comme la plupart des communautés religieuses, l’Église orthodoxe en Allemagne est dans une position difficile. Elle aussi est constamment confrontée à de nouvelles mesures de protection contre l’infection sous la forme de réglementations et de restrictions fédérales et étatiques, en raison desquelles la célébration des services religieux et, surtout, la célébration de la sainte eucharistie sont sévèrement restreintes et même menacées.

Dans ce qui suit, la Conférence des évêques orthodoxes d’Allemagne (OBKD) aimerait souligner l’importance ininterrompue de l’eucharistie et de la communauté eucharistique des fidèles pour la vie de l’église et souligner les possibilités qui peuvent aider leurs communautés et leurs croyants à faire face à la situation actuelle.

1. IMPORTANCE DE L’EUCHARISTIE POUR LA VIE DE L’ÉGLISE

Le mystère (sacrement) de l’eucharistie est au cœur de la vie et de la nature de l’Église. Il n’est donc pas surprenant que le mystère de la sainte eucharistie ait de nombreuses significations pour la vie ecclésiale. Les points suivants clarifient cet aspect et renvoient en même temps aux conséquences possibles des restrictions liées à la situation que nous connaissons.

1.1 REPAS

Le Christ a institué l’eucharistie lors de la dernière cène (du soir) et l’a continuée après sa résurrection dans la rencontre avec Luc et Cléopas à Emmaüs (Lc 24, 13-35). Les chrétiens des premiers siècles prenaient la communion dans le cadre d’un repas (appelé agape). Au fil du temps, l’eucharistie s’est séparée de l’agape et a pris une forme liturgique particulière. L’aspect communautaire du repas a été conservé dans l’eucharistie.

1.2 MVSTAGOGIE

La sainte eucharistie est le mystère central de l’Église, qui a été instituée directement et personnellement par Jésus-Christ (Mt 26, 26-29). Elle sert  à obtenir « la sobriété de l’âme, le pardon des péchés, la communion du Saint-Esprit, la plénitude du Royaume des cieux » (anaphore de la divine liturgie de saint Jean Chrysostome) ; elle sert donc à la communion des croyants avec Dieu et à  l’édification de la communion entre les chrétiens. Dans l’eucharistie, nous reconnaissons le Christ, Verbe incarné du Père (Lc 24, 30-31) et grandissons ainsi dans la vie éternelle (Jn 17,3). Ainsi, nous vivons l’eucharistie comme une mystagogie, c’est-à-dire comme un guide vers le mystère de la royauté éternelle du Dieu trinitaire.

Le mot latin « communio », d’où vient le mot « communion », signifie littéralement communauté, participation mutuelle ou partage. Le terme slavon utilisé par l’Église, « prichastie », a une signification similaire : il décrit l’acte d’union du chrétien avec le corps et le sang du Christ, avec Dieu et la plénitude de l’Église, c’est-à-dire avec tous ses membres, les saints anges et tous les saints de tous les temps et de tous les peuples.

1.3 UNITÉ

L’unité de l’Église comme corps du Christ se réalise à travers le rassemblement des chrétiens pour célébrer l’eucharistie et pour recevoir les dons précieux, et à travers leur participation à celle-ci. Cela renouvelle l’unité des chrétiens orthodoxes avec Dieu et les uns avec les autres. Ce n’est donc pas un hasard si, dans toute l’Église orthodoxe, la participation à la communion n’est possible que par le baptême et que tant l’unité des différentes Églises locales que la réunification des Églises ou des membres individuels qui se sont séparés de l’Église s’opèrent toujours grâce à la communion.

1.4 ACTION DE GRÂCE

Le mot grec pour action de grâces est « eucharistia ». Au cours de l’eucharistie, nous nous réunissons pour remercier Dieu pour sa création, pour notre vie et celle de nos frères humains, et pour sa miséricorde et sa grâce. L’eucharistie est la plus haute expression de notre gratitude envers Dieu, que nous réalisons en participant à la communion.

1.5 MÉMOIRE

Après que le Christ ait institué l’eucharistie lors de la dernière cène avec les mots « Ceci est mon corps qui est donné pour vous », il a commandé : « Faites ceci en mémoire de moi » (Lc 22,19). Ainsi, lorsque nous célébrons l’eucharistie, ce n’est pas seulement un signe de la présence du Christ, mais aussi un acte de souvenir de son sacrifice fait pour nous. Dans la première épître aux Corinthiens, le saint apôtre Paul écrit : « Car chaque fois que vous mangez ce pain et buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne » (1 Co 11, 26).

L’eucharistie fait également référence à la fête de la Pâque du peuple d’Israël, au cours de laquelle les Juifs célèbrent la sortie d’Égypte. Pour nous chrétiens, cependant, cela inclut principalement le souvenir de la résurrection du Christ par laquelle il nous conduit à la vie éternelle.

2. ACTION RESPONSABLE

Après que l’importance de l’eucharistie pour la vie de l’église a été discutée, certains aspects de l’action responsable dans une perspective chrétienne doivent également être cités,  parce qu’ils sont considérés comme indiquant la voie.

2.1 L’AMOUR DU PROCHAIN

Notre Seigneur Jésus-Christ nous a appris qu’aimer notre prochain comme nous-mêmes (Mc 12 : 30-31) est le commandement le plus élevé après l’amour de Dieu de tout notre cœur et de toute notre âme, de tout notre esprit et de toute notre force. De ce commandement découle le devoir de chaque chrétien, de chaque communauté et de l’Église d’agir de manière à protéger le bien-être spirituel et physique de notre prochain. En tant que chrétiens, nous considérons la vie de chaque personne comme sacrée.

La situation actuelle de la pandémie représente un temps d’épreuve et de probation pour nous tous, dans lequel nous, chrétiens, sommes appelés à montrer à nos frères humains d’une manière particulièrement intense l’amour des uns pour les autres, comme cela s’accomplit par le service des malades, la prière pour les défunts, la consolation des personnes souffrantes et endeuillées et le souci de la santé de chacun – qui se manifeste également par le respect des mesures d’hygiène.

La participation au Christ dans l’eucharistie est si centrale pour nous que nous devons faire tout notre possible pour rendre justice à la fois à celle-ci et à la santé et à l’intégrité de nos sœurs et frères.

2.2 ASPECTS JURIDIQUES

En ce sens, nous considérons qu’il est de notre devoir de nous familiariser avec les dispositions légales en vigueur et de les expliquer aux fidèles. Compte tenu de la situation locale d’infection, le service peut alors être organisé en conséquence, ajusté dans le cadre de l’ordre ecclésial et célébré selon les besoins.

Afin d’expliquer à nos fidèles la situation juridique dans laquelle nous nous trouvons par rapport aux mesures étatiques actuelles, nous aimerions exposer brièvement ici la situation juridique dans laquelle nous nous trouvons actuellement. Le devoir des croyants individuels de respecter la loi correspond au niveau institutionnel au devoir des diocèses orthodoxes d’être en accord avec la loi, notamment pour ceux qui ont ou aspirent au statut de société de droit public.

Le « droit de pratiquer sa religion sans être dérangé » (article 4, paragraphe 2 de la Loi fondamentale), qui fait partie du droit fondamental à la liberté religieuse et protège la participation et la tenue de services religieux et autres célébrations religieuses, est fondamental pour la situation actuelle. La liberté religieuse est l’un des biens durement gagnés de notre société et difficile à regagner une fois qu’elle est perdue. C’est un élément indispensable de nos valeurs fondamentales.

D’autre part, il existe la loi nationale sur la protection contre les infections (lfSG), qui peut restreindre partiellement et temporairement les droits religieux fondamentaux en cas d’« infection de portée nationale ». Une telle infection a été reconnue par le Parlement allemand en mars 2020. Les mesures adoptées à cet égard remontent aux §28 et suivants et au §32 IfSG. Le critère de la proportionnalité s’applique, selon lequel les restrictions doivent être appréciées en fonction de leur aptitude à la protection contre l’infection et en fonction de leur relation avec le but poursuivi.

Même sans ces restrictions légales établies en temps de crise, la coopération entre l’État et l’Église pour protéger la vie humaine est tout à fait conforme à l’éthique orthodoxe. L’Église orthodoxe est un partenaire constructif des institutions municipales, étatiques et fédérales et apporte sa contribution à la vie publique et sociale. Même si nous prenons très au sérieux l’importance des mesures actuelles, dans cette situation, nous nous attendons toujours à ce que les mesures imposées aux Églises et aux communautés religieuses soient appliquées proportionnellement. Nous attendons donc des institutions étatiques qu’elles continuent à cultiver un dialogue constructif avec les Églises et les communautés religieuses avant de prendre des mesures.

2.3 LA PRISE EN CONSIDÉRATION PUBLIQUE DE L’ÉGLISE ORTHODOXE

La responsabilité permanente des évêques orthodoxes, mais aussi la responsabilité de chaque chrétien orthodoxe, est, entre autre, de veiller à ce que l’Église orthodoxe et ses fidèles fassent leur part pour le bien de la société.

De la fondation des premières paroisses en Allemagne au XVIIIe siècle aux vagues de réfugiés au XXe siècle, et depuis l’arrivée des premiers travailleurs invités en Allemagne jusqu’à aujourd’hui, nous avons pris notre place dans la société locale. Aujourd’hui, les églises et les paroisses orthodoxes façonnent naturellement le paysage dans presque toutes les villes de la République fédérale. Les chrétiens orthodoxes font partie intégrante de la société. Dans plusieurs États fédéraux, l’instruction religieuse orthodoxe a lieu dans les écoles, et de nombreux diocèses orthodoxes sont désormais des sociétés de droit public, pour ne citer que quelques exemples.

2.4 ACRIBIE ET ÉCONOMIE

Dans son histoire, l’Église orthodoxe a rarement eu recours à des réglementations strictes ou extrêmes, mais a toujours essayé de prendre en compte, dans son action pastorale, la réalité de la vie humaine et ses besoins. Le but est toujours resté le même : si possible, procéder de telle sorte qu’elle accompagne les personnes sur le chemin du salut, les encourage à mener à bien le parcours (2 Tm 4, 7), et leur donne la force de le faire.

Pour cette raison, l’Église orthodoxe connaît deux principes pour l’application du droit canon dans le cadre de son service pastoral. Le premier principe est l’acribie (du grec « acribeia », exactitude), selon lequel le droit canon et les autres règles ecclésiastiques doivent être strictement observés et suivis. Mais par amour pour les gens avec leurs faiblesses, l’Église orthodoxe a aussi un deuxième principe, l’économie (du grec « oikonomia », patience, douceur ; littéralement : administration d’une maison). Grâce à ce principe, des exceptions à la règle peuvent et doivent – sur la base de l’Évangile et de la tradition de l’Église – être faites si cela est nécessaire selon les circonstances respectives ou si cela contribue au salut de la personne.

3. PRATIQUE DE LA COMMUNION

Alors que les aspects théologiques de l’eucharistie mentionnés au début sont clairement définis par l’enseignement de l’Église, la pratique de la réception de la communion ou de la distribution de la communion elle-même reste sujette à des changements, comme cela sera décrit dans ce qui suit.

3.1 FRÉQUENCE DE COMMUNION

Selon la pratique courante, la communion est reçue à chaque liturgie ou aussi souvent que possible. C’est à saluer, mais cela n’a pas toujours été le cas. La fréquence de la communion a varié dans le temps. Nous apprenons de la vie de nombreux saints hommes et femmes que la réception irrégulière de la communion n’exclut en aucune manière la possibilité de participer à la grâce de Dieu.

3.2 FORME DE COMMUNION

Bien que nos fidèles d’aujourd’hui soient habitués à communier avec une cuillère liturgique, nous devons nous rappeler que cela n’a pas toujours été la pratique de l’Église. Nous n’avons pas eu de preuves claires de l’utilisation de cuillères de communion jusqu’aux XIe et XIIe siècles.

Pour cette raison, il serait inapproprié de dogmatiser l’utilisation de la cuillère. D’autre part, cette pratique de la communion a fait ses preuves dans l’Église orthodoxe depuis près de mille ans.

La sainte communion vaut, selon les paroles de saint Ignace le Théophore (d’Antioche, martyrisé vers 110 après JC), comme « remède d’immortalité » (Lettre aux Éphésiens, 20). La pratique de la communion peut donc changer et a changé aussi au cours de l’histoire de l’Église ; mais l’essence du mystère reste toujours la même et ne peut être remise en cause en changeant la manière dont il est traité.

4. PRATIQUES ALTERNATIVES DE COMMUNION

La pandémie de coronavirus a conduit à des réflexions sur des formes alternatives, selon le principe d’économie, de donner le corps et le sang du Christ aux fidèles. Au moment de décider du type de distribution de la communion, qui a lieu avec la bénédiction de l’évêque diocésain responsable, il faut être guidé par la tradition de l’Église locale respective, les décisions des saints synodes des églises orthodoxes autocéphales ou les exigences des autorités locales ainsi que la situation actuelle qui nécessite une attention accrue pour le respect des normes sanitaires et d’hygiène.

Pendant la pandémie, l’orthodoxie, selon le principe d’économie, essaie de pratiquer différentes formes adaptées à la situation locale respective (communion sans contact [de la cuillère avec la bouche], désinfection, utilisation de plusieurs cuillères, communion avec des dons pré-sanctifiés, etc.).

Nous devons toujours nous souvenir des paroles de l’Apôtre : « Mais veillez à ce que votre liberté ne devienne pas une offense aux faibles » (1 Co 8 : 9), et ne condamnez personne parce qu’il a une voie différente de celle que sa communauté utilise : « Ne jugez pas pour ne pas être jugé » (Mt 7 : 1) ».

5. CONCLUSION

La santé est importante. Nous entendons par là la santé du corps, de l’âme et de l’esprit, mais aussi la santé dans les relations sociales et sociétales. La crise actuelle est particulièrement douloureuse car la santé du corps semble souvent s’imposer au détriment d’autres aspects importants de la « santé », comme la santé spirituelle ou mentale.

Nous voudrions donc demander à tous les croyants de prier pour tous les malades et pour ceux qui sont décédés des suites d’une infection par le coronavirus, mais aussi pour toutes les personnes, afin que nous puissions faire l’expérience du soutien, de la sagesse et de la puissance de Dieu dans cette difficile situation. Une période de crise est toujours une opportunité pour les gens de repenser leurs valeurs, d’approfondir et de purifier leur relation avec Dieu et les êtres humains, et de réaligner leur vie en conséquence.

Souvenons-nous tous de la parole du saint apôtre Paul dans sa lettre aux Romains, dans laquelle il écrit : « Car aucun de nous ne vit pour lui-même et aucun de nous ne meurt pour lui-même : si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur, et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Que nous vivions ou que nous mourions, « nous appartenons au Seigneur. Car Christ est mort et est devenu vivant pour être le Seigneur des morts et des vivants » (Rm 14, 7-9).

Dans la vie comme dans la mort, l’homme reste lié au Christ, notre Maître et Seigneur. Alors, maintenant, aimons Dieu et les uns les autres davantage, voyons la valeur des choses que nous tenons pour acquises dans nos vies. Pouvoir aller à la liturgie chaque semaine, recevoir les dons précieux et voir les membres de notre Église avec lesquels nous formons l’unique corps du Christ a toujours été important pour nous ; mais c’est seulement maintenant que nous ne pouvons plus le faire librement, que nous reconnaissons la vraie valeur de la liturgie. La grâce de notre Seigneur Jésus-Christ et l’amour de Dieu le Père et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous. Amen (2 Co 13, 14).

Jivko Panev

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