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5 mars 2016 6 05 /03 /mars /2016 23:19
Pourquoi l'ascèse ?

Interview du Père Dominique Salin

L'ascèse est un entraînement qui permet de maîtriser son corps, ses affects, ses pulsions. Il est une dimension du combat spirituel, explique le P. Dominique Salin, jésuite. 

Sophie de Villeneuve : Comment vivre le Carême ? L'Eglise nous propose quarante jours de conversion au cours desquels il nous est demandé de vivre, par le jeûne, une certaine ascèse. Que recouvre ce mot vieillot, qui fait un peur ?

D. S. : En effet, c'est un mot rébarbatif, qui évoque des efforts que l'on s'impose, des renoncements, des pénitences, des flagellations, des jeûnes… Quand j'étais jeune, l'ascèse avait plutôt mauvaise presse. Mais nos jeunes contemporains ont des exigences de discipline et de maîtrise du corps qui préparent assez bien à comprendre ce qu'est l'ascèse. Le goût pour le sport, avec l'effort qu'il demande, les régimes alimentaires que l'on s'impose assez volontiers, les techniques de contrôle des pulsions et de la vie du corps, qui relèvent de ce que Michel Foucault appelait le souci de soi, nos contemporains sont tout à fait prêts à l'admettre.

C'est une forme d'ascèse ?

D. S. : L'ascèse est un mot grec, askèsis, qui signifie l'entraînement, l'exercice du gymnaste. Il fait partie du vocabulaire sportif et, dès l'antiquité païenne, il a été appliqué à la sagesse. L'ascèse, ce n'est pas seulement maîtriser son corps, c'est aussi maîtriser ses pulsions et ses affects. Chez les pythagoriciens, les askètaï sont les sages, les parfaits. Les premiers chrétiens, les premiers moines, les premiers spirituels ont repris cette problématique de l'entraînement. Les Pères du désert allaient dans la solitude affronter les démons extérieurs, mais surtout intérieurs, et s'entraîner à une forme de pugilat spirituel avec ces forces obscures qui nous veulent du mal.

Saint Paul lui aussi se compare à un coureur…

D. S. : Il se compare en effet à un coureur qui court vers le prix qui lui est proposé. C'est une image intéressante, car elle nous montre que l'ascèse n'est pas une fin en soi. On ne jeûne pas pour jeûner, on ne se prive pas pour le plaisir de se priver. Car alors on tombe dans un travers fondamental, qui a d'ailleurs été reproché au christianisme, une forme de masochisme, consistant à s'imposer des souffrances et des privations, comme si Dieu jouissait des souffrances qui nous surviennent, ou que nous nous infligeons pour lui faire plaisir.

C'est un travers dans lequel on peut facilement tomber ?

D. S. : Le christianisme du XIXe siècle y est tombé, croyant que plus nous souffrons, plus Dieu est content, et que la Passion du Christ est une fin en soi, et non un moment qui débouche sur la Résurrection.

L'ascèse, c'est autre chose ?

D. S. : L'ascèse, c'est quelque chose qui vise sa propre disparition. À quoi s'entraîne-t-on ? À ne plus avoir besoin d'entraînement. J'ai vu récemment une photo qui montrait deux championnes de course de haie, au moment où elles franchissent l'obstacle. Leur corps était totalement tendu, leur regard fixé sur leur but, presque vide, leur geste était magnifique. A force d'un entraînement lourd, pataud, maladroit, elles étaient parvenues à une légèreté de gazelle, naturelle, apparemment sans contrainte. L'ascèse, c'est cet entraînement qui permet d'atteindre la spontanéité magnifique du sportif qui lance le javelot ou saute à la perche avec une grâce extraordinaire. A l'effort de l'homme répond la grâce de Dieu.

D'accord pour le sportif, mais pour le chrétien ?

D. S. : Nous sommes tous des sportifs ! Dieu nous appelle à une forme de maîtrise de soi, qui nous libère de l'esclavage de nos pulsions et de nos caprices. Il faut cependant se garder de l'illusion que nous pourrions parvenir à une maîtrise totale de nous-mêmes. Nous ne le pouvons pas. On a même condamné cette illusion, dans les premiers temps de l'Eglise, comme une hérésie appelée l'encratisme, qui consistait à croire que l'homme pouvait aboutir à la sainteté et à la perfection par ses propres forces. L'Eglise a réagi en refusant cette illusion et en affirmant que dans l'aventure nous ne sommes pas seuls, que Dieu est avec nous. L'ascèse, c'est parvenir à une maîtrise de soi qui laisse le contrôle de soi à un autre en soi, à la présence de Dieu en soi, à l'Esprit saint. Méditer, c'est s'ouvrir à la Parole de Dieu, au Seigneur qui frappe à la porte et demande à entrer chez nous.

Quels conseils donneriez-vous à ceux qui se décideraient à pratiquer une certaine ascèse pendant le Carême ?

D. S. : Il ne faut pas prendre de trop grandes résolutions qu'on ne parvient jamais à tenir et qui mènent au découragement. Il faut se donner un point sur lequel on pourrait parvenir à une plus grande maîtrise de soi : le discours que je tiens sur mes collègues, mes relations avec ma belle-mère, mon rapport à la nourriture…

Il s'agit de faire attention ?

D. S. : Faire attention est une belle expression, elle figure dans l'Évangile : "ora te kai prosekete", ouvrez l'œil et faites attention. Soyez des veilleurs, dit Jésus, ne vous endormez pas, restez lucides. La maîtrise de soi consiste justement à conserver sa lucidité mentale, psychologique et spirituelle.

Donc on peut faire attention à un point de notre vie…

D. S. : Oui, pour se rappeler à soi-même qu'il faut être vigilant. L'Évangile est plein d'histoire de gens qui s'endorment alors qu'ils devraient rester éveillés.

Finalement, l'ascèse, ce n'est pas si difficile…

D. S. : L'ascèse ne demande pas des efforts extraordinaires, comme ces yogis de la tradition indienne qui restent debout pendant des années ! Dans quel but ? On a mieux à faire que de pratiquer l'ascèse pour épater Dieu !

L'ascèse porte des fruits ?

On se sent mieux après quarante jours d'ascèse ?

D. S. : Bien sûr. On ressent de la joie. Tous ceux qui pratiquent le jeûne vous diront que l'on ressent un état d'euphorie, un sentiment de bien-être, mais qui n'est pas une fin en soi. Le principal, c'est la relation avec le Seigneur et avec les autres. L'ascèse n'enferme pas sur soi, elle ouvre sur les autres, elle me rend plus sensible à leurs besoins, elle me rend plus délicat et plus attentionné. L'ascèse est un moyen au service de la charité, de l'attention aux autres, de la disponibilité à Dieu et aux autres.

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4 mars 2016 5 04 /03 /mars /2016 23:52
Se confesser

Voici quelques unes des 34 questions que le pape François conseille aux fidèles de se poser avant une confession :

  • Est-ce que je ne me tourne vers Dieu que quand j'ai besoin de lui ?
  • Est-ce que je vais à la messe le dimanche et pour les grandes fêtes (solennités) ?
  • Est-ce que je commence ma journée par une prière ?
  • Est-ce que j'ai honte de montrer que je suis chrétien ?
  • Est-ce que je me révolte parfois contre la volonté de Dieu ?
  • Est-ce que je suis jaloux, colérique ou partial ?
  • Est-ce que je suis honnête et juste avec les autres, ou est-ce que j'alimente la « culture du déchet » ?
  • Dans mon couple et ma famille, est-ce que j'applique l'enseignement des évangiles ?
  • Est-ce que j'honore et respecte mes parents ?
  • Est-ce que j'ai rejeté la vie à naître ? Ai-je écarté le don de la vie ? Ai-je aidé quelqu'un à le faire ?
  • Est-que je respecte l'environnement ?
  • Est-ce que je suis tantôt mondain, tantôt croyant ?
  • Est-ce que j'abuse de la nourriture, de l'alcool, de la cigarette ou d'autres divertissements ?
  • Ne suis-je pas trop préoccupé par mon bien-être physique et les biens que je possède ?
  • Comment est-ce que j'utilise mon temps ? Suis-je paresseux ?
  • Est-ce que je cherche à être servi ?
  • Est-ce que j'ai des désirs de revanche ? Est-ce que je garde des rancunes ?
  • Suis-je doux, humble et bâtisseur de paix ?

La confession selon François
Xavier Accart 

Le sacrement de miséricorde formalise une rencontre avec Jésus qui nous attend pour nous pardonner… et nous libérer. Explications et conseils du pape.

« Souvent, nous pensons qu’aller se confesser est comme aller chez le teinturier. Mais Jésus au confessionnal n’est pas un teinturier. La confession, c’est une rencontre avec Jésus qui nous attend (…) avec tendresse, pour nous pardonner. » C’est pourquoi « la confession n’est pas une séance de torture, mais une fête ». Avec son sens de la formule, le pape François est revenu à plusieurs reprises sur le sens et l’importance du sacrement de miséricorde. L’occasion de renouveler notre compréhension et notre pratique de ce moyen précieux pour avancer dans la vie spirituelle. 

Un renouvellement du baptême
La confession, « c’est comme un “second baptême”, qui renvoie sans cesse au premier pour le consolider et le rénover. » « Le baptême est le point de départ d’un très beau chemin, un chemin vers Dieu qui dure toute la vie, un chemin de conversion constamment soutenu par le sacrement de pénitence. » Comme le baptême a remis les péchés, la confession restaure la relation d’amour entre le fidèle et Dieu, qui est la source du dynamisme spirituel. 

Son fondement évangélique
« Dans sa première apparition aux apôtres, ­explique François, Jésus ressuscité fit le geste de souffler sur eux, en disant : “Recevez l’Esprit saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus” (Jean 20, 21-23). » « Dieu lui-même a voulu que ceux qui appartiennent au Christ et à l’Église reçoivent le pardon à travers les ministres de la communauté. À travers le ministère apostolique, la miséricorde de Dieu me rejoint, mes fautes sont pardonnées, et la joie m’est donnée. » 

L’examen de conscience
Avant d’aller rencontrer un prêtre, comment mettre au clair ce dont on veut demander le pardon ? On peut, avec l’aide de l’Esprit saint, relire sa vie à la lumière de la Parole de Dieu. Pour nous y aider, le père Max Huot de Longchamp propose un questionnaire bâti à partir des 
dix comman­dements, dans son livre Se confesser à l’école des saints (voir ci-contre). Les Béatitudes ­(Matthieu 5, 3-12), l’hymne à la charité (1 Corinthiens 1, 4-7) ou les demandes du Notre Père peuvent aussi nous servir à faire cet examen. Mais cela ne suffit pas. « Se confesser tout seul devant Dieu, c’est comme se confesser par ­e-mail (…) Dieu est lointain », insiste François. 

La présentation de ses péchés
N’hésitez pas à demander l’aide du confesseur si vous n’êtes pas familier de cette démarche. Le sacrement s’ouvre par un signe de croix. Vous pouvez alors dire : « Bénissez-moi, père, parce que j’ai péché » et vous présenter – âge, état de vie, date de la dernière confession. C’est ensuite le moment d’exposer ses péchés. « Se confesser, c’est dire au Seigneur : “Seigneur je suis un pécheur, et je suis un pécheur pour telle chose, et telle autre chose” », précise François. « Soyez transparents avec votre confesseur (…) Cette transparence fera du bien, parce qu’elle nous rend humbles… Dire la vérité, sans cacher, sans demi-paroles, parce que tu parles avec Jésus dans la personne du confesseur. » Il ne s’agit pas de dérouler une liste, mais de présenter dans un climat de prière, de dialogue avec Dieu, ce qui nous a éloignés de lui. Pour terminer, on peut dire : « J’en demande pardon à Dieu et à vous, mon Père, pénitence et absolution. »
  
La pénitence et l’absolution
Le prêtre peut proposer des pistes pour avancer. Il donne également « une pénitence ». Ce n’est pas une punition (!), mais une démarche de réparation du mal causé (rétablir la vérité, rendre un bien volé…), de prière ou de service qui ont pour but de nous conformer au Sauveur. C’est alors le moment de prononcer, non pas formellement, mais du fond de son cœur, un acte de contrition : « Mon Dieu, j’ai un très grand regret de t’avoir offensé parce que tu es infiniment bon et aimable et que le péché te déplaît, c’est pourquoi je prends la ferme résolution, avec le secours de ta sainte grâce, de tenter de ne plus t’offenser et de faire pénitence. » Le prêtre, qui porte l’étole sur ses épaules, étend alors ses mains et prononce l’absolution. 

Les moments et la fréquence 
L’Église demande de confesser les péchés graves, au moins une fois par an, Pâques étant un moment privilégié. C’est ensuite à chacun de trouver son rythme. Pourquoi ne pas recevoir ce sacrement pour préparer Noël, Pâques, la Pentecôte, l’Assomption et la Toussaint ? Le père Max Huot de Longchamp ajoute à ces occasions l’anniversaire de son baptême (« C’est comme si vous fêtiez le jour de votre baptême à chaque confession », remarque de son côté François) et la veille des grandes décisions, ce qui fait entre 8 et 10 fois par an. La confession pourra ensuite devenir plus fréquente encore – « le pape se confesse tous les 15 jours », confiait François – de façon à affiner sa conscience, à lutter contre ses mauvais penchants et à avancer à grands pas vers les bras du Père ! 

Les citations du pape sont extraites de ses homélies des 29 avril et 25 octobre 2013, de ses propos aux séminaristes, le 6 juillet 2013, et lors de l’audience générale du 20 novembre 2013.

aller plus loin

 

Se confesser à l’école des saints, Max Huot de Longchamp, Centre Saint-Jean-de-la-Croix, 10 €.
Un mode d’emploi de la confession éclairé par des écrits spirituels.
La Loi du silence, d’Alfred Hitchcock, DVD Warner Bros, 10 €. 
Un classique du cinéma dont l’intrigue repose sur le secret absolu que doit garder le prêtre sur ce qu’il entend en confession. Quoi que cela doive lui coûter…

Le témoignage de Stéphane, 49 ans, consultant

« J’avais repris la pratique de la messe, mais pas la confession. Il est arrivé un moment où j’ai voulu me libérer d’un poids que j’avais sur la conscience. M’approcher du confessionnal m’a demandé un immense effort. Comme je n’y arrivais pas, je me suis mis à prier. Et, enfin, j’ai réussi à entrer. Mettre au jour ma faute a été un moment déterminant. J’ai senti la grâce comme un souffle lors de l’absolution. Je crois que le prêtre lui-même en a perçu quelque chose. Alors que ma faute était vraiment grave, il m’a donné comme pénitence la récitation d’un simple Je vous salue Marie. Je crois que c’était sa façon de témoigner de l’infinie miséricorde de Dieu. »

 

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3 mars 2016 4 03 /03 /mars /2016 23:46
Suis-je sans péché ?

«  Si nous disons que nous sommes sans péché, nous nous abusons nous-mêmes, et la vérité n’est point en nous.  »

Première lettre de saint Jean, chapitre 1, verset 8


Il est très facile de voir le péché chez les autres, les terroristes en premier. Mais moi, suis-je sans péché ?

Désarme-les, désarme-nous, priait le frère Christian de Chergé à Tibhirine, en Algérie.

Se reconnaître pécheur, c’est accepter de se laisser désarmer. Saint Jean n'agit pas autrement.

Tout en étant disciple du Christ, prédicateur de la Bonne Nouvelle, il prend soin de préciser qu’il est lui-même pécheur.

Désarme-moi, Seigneur, de toutes ces pensées qui me font croire que je suis toujours juste, toujours mieux que l’autre.

Moi qui suis croyant et peut-être baptisé, est-ce parce que je prie que je suis bon ?

Est-ce que je me trouve parfait parce que je suis pratiquant et que je vais à l'Église ?

En fait, c’est l’inverse : la Sainte Église rassemble en elle les croyants, les pratiquants qui sont tous d’abord des pécheurs, du pape au simple fidèle.

Car nul n’est bon sinon Dieu seul.

Sommes-nous capables, en ces premiers jours de carême, de reconnaître nos péchés contre nos proches, contre ceux à qui nous avons fait du mal en actes ou en paroles ? 

Mais, pour suivre Jésus, il y a mieux encore : ses vrais fidèles sont ceux qui, en même temps, reconnaissent et leurs péchés et la miséricorde de Dieu.

Nous confessons que ses bras nous sont ouverts quand nous retournons à lui.

Sa miséricorde nous éloigne des chemins du péché et nous fait cheminer vers la sainteté.

Revenons : Il nous attend.

Frère Sarmad Najeeb
Frère Sarmad Najeeb est irakien. Devenu dominicain en 2004, il étudie à Lille et à Strasbourg avant de partir en Irak. En 2015, il revient à Lille où il est investi auprès des scouts, des étudiants du foyer Saint-Dominique et de la communauté irakienne.

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