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12 juillet 2015 7 12 /07 /juillet /2015 22:14
Seraphim et François

Etonnante icône contemporaine de style byzantin qui réunit deux de mes saint préférés, et qui fait le lien entre l'orient et l'occident comme Saint Silouane et Sainte Thérèse de Lisieux ou Sainte Geneviève et Saint Syméon le stylite.

Voici ce qu'en écrit l'artiste qui l'a créée et les étapes de sa création.

 

Il y a quelque temps, une commande m'a été faite d'une icône représentant St Seraphim de Sarov et St François d'Assise.

Chacun des deux saints serait accompagné d'un animal sauvage avec lequel il a eu une relation particulière. François et Seraphim ont tous deux eu une familiarité assez exceptionnelle avec les animaux.

Pour St Seraphim il s'agit de l'ours qui venait manger dans sa main et qui était devenu un familier de l'ermite.

Pour St François, le féroce loup de Gubbio qu'il "convertit".

Cette icône se veut un pont entre les deux poumons d'une paroisse de Denver, le poumon oriental puisque cette église offre une liturgie byzantine et le poumon occidental puisqu'elle a également une messe catholique romaine. 

 

Seraphim et François

Après le travail du dessin, vient l'étape de la gravure. Elle s'effectue au moyen d'une pointe en métal dur. La gravure ne doit pas être trop profonde, l'idée étant de ne graver que les traits principaux qui sinon seraient effacés lors de la pose des premières couches sombres de peinture.

Seraphim et François

Pour des raisons pratiques (ne pas endommager la peinture avec ma main), je commence toujours pas les parties en haut (et à gauche) de l'icône. J'ai donc commencé à éclaircir les vêtements puis le visage et les mains du Christ. Il s'agit du Christ bénissant, dans la sphère céleste. Généralement, il ne bénit que de la main droite, ses doigts formant le monogramme IC XC (Jésus-Christ). Ici, il bénit des deux mains chacun des deux saints. Sa tunique (le chiton) est rouge et marquée d'une bande (le clavus ou stichos) symbolisant la royauté divine du Christ.. Il est aussi revêtu d'un manteau (un himaton) . Généralement ce manteau est vert-bleu pour symboliser la nature humaine du Christ. Ici, il est d'une couleur claire tirant sur le jaune or, symbolisant la Résurrection.

L'abondante chevelure encadre le visage et tombe en tresse sur l'épaule. Le cou épais et comme gonflé exprime la plénitude du souffle de l'Esprit saint. La barbe est courte. Le Livre, ouvert sur ses genoux contient les lettres alpha et oméga (le début et la fin de toute chose).

Les couleurs sont -comme toujours- mal rendues par la photo...le bleu tire plus vers le vert; en général, elles sont moins criardes que ce que vous voyez ici.


 

Seraphim et François

Les vêtements des deux saints ont été progressivement éclairés. Difficile là encore de rendre avec une photo les couleurs exactes. Il y a plus de contrastes sur le vêtement blanc de Seraphim. Quant à la bure de François, j'avais initialement l'intention de la faire dans les bruns (comme celle des franciscains aujour'hui). Et "curieusement" elle est sortie dans les brun/gris. Ayant fait depuis quelques recherches, j'ai découvert que le vêtement franciscain fut gris avant d'être brun (comme le montrent les plus anciennes enluminures, Manuscrit de Thérouanne par exemple). C'était celui des ouvriers pauvres de Calabre. Le brun est devenu la norme actuelle depuis le 15ème siècle seulement. Providentiel certes...mais je me demande quelles seront les réactions des gens devant ce détail inattendu...

Seraphim et François
Seraphim et François
Seraphim et François

Les collines (chacune d'une couleur différente, chaque saint venant d'un monde différent, le rocher devant sur lequel ils se retrouvent tous deux, les arbres...l'arbre de vie au milieu ainsi que le fleuve. Sur l'arbre, se trouvent l'icône de Marie que Seraphim affectionnait tant ainsi qu'un oiseau pour François.

http://laureole.canalblog.com/

 
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11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 22:16
Ecologie chrétienne

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10 juillet 2015 5 10 /07 /juillet /2015 22:29
La juste dose de peur

Un peu de peur ne fait pas de mal à nos concitoyens. Un peu mais pas trop, bien entendu, comme à chaquefois qu' un événement grave nous atteint violemment. Juste unpeu pour nous tenir bei1lés mais pas trop pour nous rendre fous. Juste la dose qu'il faut pour tenir dans la guerre sans se laisser soumettre à nos adversaires.

A chaque attentat (en France, cela  va de soi), une flambée d'adrénaline  nous secoue. Mais dès que les auteurs sont découverts et arrêtés, tout retombe. On a l'impression que la vie revient comme avant.

Cette attitude ne me choque pas en face d'événements ponctuels qui ne se renouvelleront pas de si tôt Sauf à être pris dans la loi des séries, bien connue pour les accidents de train, il n'y a pas à changer d'attitude à chaque accident ni à faire une loi nouvelle. Mais les derniers attentats à Paris ne sont pas des actions solitaires, sans lien entre eux et sans lien avec ce qui se passe en Syrie, au Levant, au Mali, en Libye.

Bien au contraire, il est clairement établi aujourd'hui qu'une déclaration de guerre nous a été faite. Que nous le voulions ou non, nous sommes bien en guerre.

Une nouvelle guerre nous embrasse et nous emporte, cent ans après la première guerre
mondiale, cent ans après le génocide arménien, historiquement établi. A nouveau des chrétiens massacrés au quotidien. Des personnes et des communautés détruites sans autre motif que la guerre.  Il ne s'agit nl de catastrophes ni d'accidents mais, comme à la guerre, comme dans toute guerre, de tuer parce que tuer est le moyen d'avancer ses lignes.

Je ne veux pas soulever un vent de panique mais rappeler que le pape François a parlé d'une
« troisième guerre mondiale comtattue  par morceaux ».

Peut·être faudrait·il mesurer ce que cela signifie réellement pour nous... Pouvons-nous nous comporter aujourd'hui comme si nous n'étions pas en guerre ?

Devons·nous laisser retomber le plus vite possible l'émotion au motif qu'il ne faut pas se laisser emporter par la peur ? avec la bonne raison qu'il ne faut pas donner raison à l'adversaire ; avec la légitimité de celui qui vaque sérieusement à ses affaires tandis que d'autres s'amusent à faire la guerre.

" Ils sont payés pour ça ", nous dit-on. Il est vrai que depuis que nous avons parlé d'une armée professionnelle», nous avons fourni le bâton pour nous faire battre. Il eut fallu parler d'une " armée d'engagés ". Bref, ce langage ne va pas nous aider à faire prendre conscience que la guerre concerne tout le monde. Une guerre de la France concerne toute la France.

A la suite de l'attentat déjoué contre des églises à Villejuif, personne ne m'a entendu dire :
«n'ayons pas peur!» Car il me semble que nous sommes très loin d'une panique généralisée.

Je crois que, à l'opposé, nous péchons plutôt par inertie.Je crois qu'un peu de peur est souvent la  condition nécessaire pour nous maintenir éveillés face à la gravité d'une situation.

Les chrétiens, encore plus que les autres, ne peuvent être indifférents à la situation tragique de leurs frères d'Orient. Globalement notre vie jusqu'à présent n'a pas été trop perturbée par la guerre dans laquelle nous entrons et dont souffrent des pays entiers dans des massacres et des famines quotidiens. Inviter à rester calmes ne me parait pas être à ce jour, l'appel  le plus pressant à faire entendre...

La  peur est mauvaîse  conseillère  mais elle  peut être bonne compagne. Certes, elle nous trouble. Elle est sœur  de la souffrance, elle-même utile symptôme d'un mal muet.

Si nous ne souffrions pas de nos maladies, nous nous laisserions tuer par elles sans nous en apercevoir.Le mal est en lui-même un tueur silencieux s'il n'est pas accompagné de la douleut De même, la peur va avec la guerre.

C'est le symptôme du malheur de la guerre, la douleur de la guerre en quelque sorte.Sans peur, la guerre nous absorberait comme un aspirateur la poussière du soL Le soldat combattant a peutr. Son épouse en base arrière a peur. Si nous sommes lucides, nous devrions tous avoir un peu peur de ce que la guerre va broyer : amitiés, maisons, terres, cités, familles, vertus...

Aujourd'hui j'ai peur de cette absence de peur. C'est que je sais aussi la force hypnotique,  la puissance anesthésique de la tranquillité.  La tranquillité  n'est rien d'autre que la  paix sans Dieu. Elle nous endort. Elle nous lie par un calme  douillet.  Elle s'appelle aussi confort quand on la regarde sous un angle économique.

Plus généralement, l'indifférence la traverse et la soutient.  Elle se rétablit d'elle-même : si quelque chose vient la troubler, elle revient sur ses équilibres. Telle culbuto de mon enfance qui revenait toujours à la même position en raison d'un centre de gravité très bas. Or cette fausse paix ne nous permet pas de voir venir la guerre et d'en mesurer la gravité.

Or, si nous réfléchissons un peu, nous voyons ceci :la guerre peut bien être victorieuse pour nous, elle brise l'ordre du monde. Car il y a toujours un avant et un après la guerre. Nul ne sait l'ordre nouveau qui en sortira.

En ce sens, seule la peur nous incite à prendre au sérieux la guerre. L'inconscience suscitée par le confort nous fait sous-estimer la guerre. Elle nous fait mépriser la violence subie par ceux qui la font en direct, nos soldats. A l'opposé, il est normal,  il est même bon de trembler pour ses enfants à la sortie des écoles, de craindre le geste fou mais efficace d'une bombe dans le métro. A l'heure actuelle, ces pensées correspondent à l'état de la France en guerre : elles ne sont plus des hypothèses improbables pour cerveaux fatigués.

Trop de peur nous fait perdre notre lucidité. S'il le faut, nous en parlerons mais je veux souligner maintenant un autre aspect, la tendance à réduire cette guerre à un effort d'apprentissage de la laïcité.

Laïicité, le mot magique paraît résoudre tous les problèmes. Le terrorisme ne serait que la conséquence d'une mauvaise vision du rapport entre l'Etat et la religion.  Faisons un effort pour éduquer à la laicité et la chose cessera de suite. Un feu sans bois meurt de lui-même. Cette explication, confortable autant que la solution proposée, nous égare sur une fausse piste.

De plus, elle rentre dans ce jeu que je dénonce: «pas de panique, tout va rentrer dans l'ordre dès qu'on aura expliqué ce qui doit l'être». Les choses sont trop engagées au jourd'hui pour qu'on puisse croire à la puissance de ces incantations.

On veut élever la« grande muraille de la laïcité pour nous abriter et mettre fin à cette guerre: une sorte de ligne Maginot contre le terrorisme islamique.

A cela, le bon sens répond qu'on ne s'improvise pas laïc. La « laïcité » est certainement une valeur républicaine mais elle est d'abord une mentalité personnelle puis une mentalité collective.

La première  peut nous être inspirée par notre tempérament, par notre cercle d'amis : la laïcité, d'une certaine façon, va avec notre mode de vie français, quelque soit notre religion. Il ne s'agit plus alors d'admettre la laïcité pour être intégré mais d'être intégré pour admettre et vivre la laïcité.  

La seconde, en revanche, soulève un problème plus délicat: la mentalité collective d'une communauté religieuse n'évolue pas d'un coup et encore moins sous la  pression de forces extérieures à cette communauté.

Je suis bien placé pour savoir que seule une prise de conscience intérieure peut permettre une évolution de l'Eglise. Et ainsi de toute religion. 

Cette évolution suppose donc le temps, d'une part, et des raisons fondées de l'intérieur, d'autre part. Sinon elle sera rejetée comme déviante, hérétique, non conforme à nos traditions. Bref une religion ne s'improvise pas adepte de la laïcité en un seul jour, par décret ou par force.

Ma lettre « En terre de laïcité », avait pour but de fonder la laïcité dans le dogme chrétien. En procédant  ainsi, la laïcité n'apparaissait pas simplement  de l'extérieur et à l'extérieur; un plaquage pour faire beau, mais elle était attenante à notre foi chrétienne. Il fallait la retrouver dans nos racines croyantes.

J'avais dû alors remonter jusqu'à la Création et à la volonté divine pour établir une juste distance entre les choses créées et Lui, le Souverain Créateur.

Si ce lien entre Dieu et chaque créature n'est pas « laic » , je ne vois pas comment la vie politique serait « laique».

Après tout, la Cité, la communauté  politique, est formée d'une communauté d'individus en alliance avec Dieu. Si ces individus ne sont pas à juste distance de Dieu (distance nommée l'Alliance) comment leur ensemble organique serait-il conforme à une juste distinction entre le politique et le religieux ?

Pour les chrétiens, cette juste distance entre l'homme et Dieu s'appelle la liberté. Ou plus exactement, la juste relation entre Dieu et l'homme est constituée par ce rapport étonnant entre la liberté de l'homme et la grâce de Dieu.

Je sais que cette lettre sur la laicité a paru compliquée à beaucoup. Mais y-avait·il moyen de faire plus simple? La laicité impose donc une réflexion qui sera un vrai défi pour d'autres communautés rellgieuses. Mais au point où nous en sommes, avons-nous ce temps devant nous?

Pour résumer ma pensée,  je ne suis pas sûr qu'on  arrive à mener cette guerre à heureuse fin
par des exhortations sur la laïcité. Nous sommes,  en effet, devant deux temps : un temps court, celui qu'impose toujours la guerre,  même si elle dure longtemps. Un temps long, celui que réclame la visite en profondeur des racines religieuses.

En parallèle de la conduite de cette guerre, réfléchissons sur la laïcité. C'est bien. Eduquons sans cesse à cette  laïcité en lien avec les religions : sans elles, ça ne marchera pas.

Soyons capables de remettre en question nos modèles, y compris politiques. Le vent de l'histoire souffle dans ce sens : ça tombe bien pour une fois, c'est celui de la vérité. Mais soyons lucides sur les « armes,avec lesquelles nous relèverons le défi de cette guerre déclarée.

Elles sont d'abord pour nous des armes de lumière. Comme cette guerre ne fait que commencer, nous aurons bien l'occasion,  ici ou ailleurs, de revenir sur l'attitude chrétienne dans la guerre. On l'a compris, elle part d'abord d'une conscience vive et d'une peur, au moins légère, que cette conscience éveille.

Pourquoi taire que la peur précède le courage?  

Il y a peu, un journaliste tonnait triomphant: « il faut avoir le courage  de  ne pas avoir peur.» La formule fit mouche car elle était reprise en boucle.

Sauf que le courage de ne pas avoir peur se nomme l'inconscience. Elle n'est pas vertu chrétienne.

Je préfère la formule du père Marie-Dominique Molinié :

« le  courage d'avoir peur».


+Luc Ravel
Evêque aux armées

 

Voir aussi sa lettre pastorale :

En terre de laïcité

Lettre mal reçue par le gouvernement

http://radionotredame.net/2015/vie-de-leglise/monseigneur-ravel-logo-ministere-defense-35070/

 
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