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20 janvier 2022 4 20 /01 /janvier /2022 20:13

La parcelle où doit voir le jour le Clos Saint-Gabriel est située au lieu-dit Le Meslier, dans le quartier Saint-Maurice de L'Île-Bouchard. Dix-sept pavillons avec vue sur le clocher de l'église Saint-Maurice.
© (Photo NR, Julien Pruvost)

Fraîchement créée, l’agence immobilière Monasphère se lance dans la construction de quartiers destinés à la communauté catholique. Une initiative nationale dont la première pierre devrait être posée cet été, à L'Île-Bouchard.

"Au cœur de la Touraine, sous le voile de la Vierge et à l’ombre de l’Ange." C’est en ces termes qu’est présenté sur Internet un projet pas comme les autres qui va prochainement voir le jour à L’Île-Bouchard : le Clos Saint-Gabriel. Un hameau de dix-sept maisons de 84 à 180 m2, avec son parvis, sa halle et un jardin partagé.

"Allier vie spirituelle et vie à la campagne"

Derrière ce projet se cache Monasphère, une agence immobilière créée fin 2020 par Damien Thomas – ancien directeur du Sanctuaire Louis et Zélie Martin, à Alençon – et Charles Wattebled, ancien musicien professionnel formé à la maîtrise de Notre-Dame de Paris.

Leur but : créer des lotissements à proximité de lieux de culte. De véritables oasis pour familles chrétiennes pour "allier vie spirituelle et vie à la campagne".

Les deux jeunes entrepreneurs ont alors jeté leur dévolu sur L’Île-Bouchard et une parcelle du Meslier, dans le quartier Saint-Maurice – à un kilomètre de l’église Saint-Gilles, lieu des apparitions de la Vierge Marie en 1947 –, pour voir leur vœu s’exaucer. Pour ce faire, pas moins de cinq millions d’euros seront nécessaires.

"Plusieurs investisseurs nous soutiennent et nous permettent d’avoir les fonds propres", assure Damien Thomas. Notamment Pierre-Édouard Stérin, créateur de l’entreprise Smartbox et ses célèbres coffrets cadeaux. De quoi observer l’avancée du projet avec confiance.

Vue aérienne de ce à quoi va ressembler le Clos Saint-Gabriel une fois celui-ci construit. Un village dans le village du Meslier

2.500 dossiers téléchargés et les premiers résidents attendus pour 2024

Après avoir acheté le bout de terrain en juin 2021, présenté le projet en mairie et se l’être fait valider par l’architecte des Bâtiments de France, Monasphère n’attend plus que le permis de construire. Elle espère ainsi voir la pose de la première pierre au début de l’été prochain, et l’accueil des premières familles, au plus tard dans le courant du premier trimestre 2024.

Alors que le projet ne sera officiellement lancé que lundi 17 janvier, avec la possibilité de pré-réserver en ligne, Damien Thomas fait état d’un "intérêt assez fort" pour intégrer le Clos Saint-Gabriel. "Pas moins de 150 personnes nous ont déjà contactées, on compte pas moins de 13.000 visites en trois semaines sur la page de notre site internet et 2.500 dossiers téléchargés."
 

Cent "sphères" chrétiennes d'ici dix ans
Premier grand projet immobilier de l’entreprise Monasphère, le hameau du Clos Saint-Gabriel à L’Île-Bouchard doit être le premier d’une longue série. Six ou sept autres projets de cette nature sont dans les cartons de l’agence immobilière, dont un dans l’Indre. "Mais c’est encore trop tôt pour en parler car le sanctuaire n’est pas encore engagé", coupe Damien Thomas. L’objectif serait alors d’ouvrir cent "sphères" chrétiennes d’ici dix ans.

Un dossier resté confidentiel qui pose question
Pourquoi L’Île-Bouchard s’est imposée comme le site pilote d’un projet sans précédent ? La question a été posée à Damien Thomas. "Ce n’est pas la première commune à laquelle on avait pensé, reconnaît l’intéressé. Ce sont des Bouchardais qui nous ont sollicités." Pas la communauté de l’Emmanuel – gestionnaire de l’église Saint-Gilles et jusque-là propriétaire de la parcelle où va voir le jour le Clos Saint-Gabriel –, assure-t-il. "Mais une personne un peu publique."

Les regards se tournent alors vers François de Laforcade, paroissien dédié au Sanctuaire de L’Île-Bouchard – auparavant en charge de l’immobilier pour la communauté de l’Emmanuel – et, depuis 2020, premier adjoint au maire, chargé de l’urbanisme. "Je n’y suis strictement pour rien dans ce projet", lâche l’intéressé, rejetant ainsi tout conflit d’intérêt (2).

Conseiller municipal d’opposition, Guy Jouteux ne se dit, lui, pas dupe : "Certaines personnes le perçoivent comme étant une mainmise de plus en plus importante de la communauté de l’Emmanuel sur le village de L’Île-Bouchard." La maire de la commune, Nathalie Vigneau, se garde bien de prendre partie dans cette affaire sur laquelle elle n’est pas décisionnaire.

Gérée par la communauté de l'Emmanuel et lieu d'apparition de la Vierge Marie en 1947, l'église Saint-Gilles a motivé la création du projet de Monasphère à L'Île-Bouchard.
© (Photo NR, Julien Pruvost)

Un pansement pour une commune qui perd des habitants

D’autant qu’avec une perte continue de sa population (1) qui lui a récemment coûté une classe, l’élue aurait tort de s’opposer à un tel projet. "Je ne vais pas renier dix-sept familles supplémentaires sur la commune, au contraire, confirme-t-elle. Si ça peut faire augmenter la population et accueillir des enfants dans nos écoles, ce n’est que bénéfique pour nous."

Depuis sa présentation à l’issue du conseil municipal, en novembre dernier, ce projet du Clos Saint-Gabriel marque autant par son aspect religieux que par sa confidentialité.

"Dans la commune, personne n’en parle parce que personne ne le sait", reconnaît Nathalie Vigneau.

"Il n’y a pas de mauvais échos, mais le "catho" dérange, souffle une fidèle de la paroisse, qui voit ce projet comme la providence. Outre les écoles qui vont se développer, on peut imaginer de nouveaux commerces, de la restauration ou des gîtes dans le quartier Saint-Maurice. Ici, on n’attend que ça !"

"On a la volonté ferme et farouche de respecter l’architecture régionale et de s’inscrire dans le paysage local", explique-t-on chez Monasphère. L'agence immobilière assume l'aspect communautariste du projet mais le dit "ouvert à tous".
© (Crédit photo, Monasphère)

"Ça pourrait permettre de refaire les voiries, d’améliorer l’accès Internet"

Si chez Monasphère, on assure avoir rencontré les futurs voisins des résidents du Clos Saint-Gabriel, Sabrina – locataire du pavillon n°14 au Meslier – confie, elle, ne pas avoir eu vent du projet qui va sortir de terre sur la parcelle juste à côté de chez elle. "J’étais dans l’optique d’acheter…

Ce projet pourrait remettre beaucoup de choses en question, lâche-t-elle dans un premier temps, avant de relativiser. Ça pourrait aussi permettre de refaire les voiries, d’améliorer l’accès à Internet, etc. Et puis, tant que l’on s’entend bien avec nos voisins…"

Interrogé sur l’aspect communautariste du projet, François de Laforcade l’admet : "Ça peut être perçu comme tel, mais une mixité va se faire."

Même son de cloche chez Monasphère, où l’on assume la communication faite auprès des hebdomadaires et quotidiens chrétiens.

"On a une base où il y a beaucoup de chrétiens, mais pas que, tempère Damien Thomas. On fonctionne comme un promoteur normal. Le premier qui pose une réservation sur une des maisons, signe le contrat de réservation et pose l’acompte de 2 % aura la maison. On est ouvert à tous. On ne va pas demander aux gens s’ils se signent à la messe le dimanche pour acheter une maison !"

(1) Selon l’Insee, L’Île-Bouchard comptait 1.527 habitants en 2019, soit une baisse d’1,2 % par rapport 
à 2013.

(2) Monasphère confirme les propos de François de Laforcade, assurant que celui-ci n'est pas à l'origine du projet à L'Île-Bouchard.

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19 janvier 2022 3 19 /01 /janvier /2022 12:23
Du 18 au 25 janvier a lieu la semaine de prière pour l'unité des chrétiens. À l'occasion de ce temps œcuménique, le frère Patrice Mahieu appelle à dépasser les divergences entre confessions pour vivre le don de l'amitié et de l'union.

Frère Patrice Mahieu est moine de Solesmes et membre du comité mixte catholique-orthodoxe de France. Il a suivi des études en théologie œcuménique à l'Institut catholique de Paris, à l'Institut orthodoxe Saint-Serge et à l'Institut protestant de théologie. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages dont «En quête d'unité - Dialogue d'amitié entre un catholique et un orthodoxe» (Salvator, 2021).

Devons-nous attendre encore ? Pouvons-nous attendre encore ? Quand est-ce que catholiques et orthodoxes donneront au monde le témoignage de leur unité retrouvée ? Quand pourront-ils montrer que leurs différences ne sont plus des oppositions mais la manifestation d'une plénitude vie ?

Au fil des années, les relations entre orthodoxes et catholiques ont continué à s'approfondir, avec des hauts et des bas, à l'intérieur même des Églises. Le dialogue théologique qui explore les zones de dissension doctrinale s'est poursuivi à tous les échelons, national, international, même si actuellement des turbulences sont apparues, suite à des questions canoniques entre Églises orthodoxes.

Même gêné, le processus suit toujours son cours, ce qui a fait dire au patriarche de Constantinople que tôt ou tard l'union entre catholiques et orthodoxes est inévitable. Inévitable ou désirable comme le désert en manque d'eau ?

Mais qui sommes-nous pour ne pas reconnaître les limites de l'intelligence humaine dans la formulation d'affirmations définitives sur la vie intime de Dieu ?

Frère Patrice Mahieu


La question de la procession du Saint-Esprit, le Filioque, a été traitée de façon approfondie par le dialogue théologique nord-américain en 2003. Mais qui sommes-nous pour ne pas reconnaître les limites de l'intelligence humaine dans la formulation d'affirmations définitives sur la vie intime de Dieu ? La réflexion se poursuit aussi sur les relations entre la synodalité et la primauté, à la lumière de ce qui a été vécu au premier millénaire.

Cela touche la place du pape dans une Église où catholiques et orthodoxes seront en communion. L'Église orthodoxe vit actuellement une synodalité perturbée avec des patriarcats qui ne sont plus en communion eucharistique les uns avec les autres. La question de la procession du Saint-Esprit, le Filioque, a été traitée de façon approfondie par le dialogue théologique nord-américain en 2003.

Mais qui sommes-nous pour ne pas reconnaître les limites de l'intelligence humaine dans la formulation d'affirmations définitives sur la vie intime de Dieu ?

La réflexion se poursuit aussi sur les relations entre la synodalité et la primauté, à la lumière de ce qui a été vécu au premier millénaire. Cela touche la place du pape dans une Église où catholiques et orthodoxes seront en communion. L'Église orthodoxe vit actuellement une synodalité perturbée avec des patriarcats qui ne sont plus en communion eucharistique les uns avec les autres.

L'Église catholique s'est engagée dans un processus synodal axé précisément sur la question de la synodalité, de la communion et de la mission, pour palier à un déficit de synodalité. Encore faudrait-il que nos frères catholiques allemands ne discréditent pas le processus synodal par ce qui se vit chez eux !

Mais la réflexion théologique, soignée, exigeante, nécessaire est-elle suffisante ? L'adhésion à des définitions théologiques précises est-elle le dernier mot, décisif, qui va permettre une communion retrouvée entre catholiques et orthodoxes ? Tout en se gardant de relativiser les exigences de la vérité, on peut répondre résolument : Non !

Le plus urgent consiste à reprendre une vie en commun, à donner toujours plus une place centrale à l'amitié dans nos relations, à tous les niveaux : le pape avec les patriarches, les évêques orthodoxes avec les évêques catholiques, les prêtres et tous les fidèles, orthodoxes et catholiques.

On peut se reporter à une amitié emblématique, entre saint Paul VI et le patriarche Athénagoras, celle qui s'est nouée lors de leur rencontre à Jérusalem, en janvier 1964.

Frère Patrice Mahieu

L'amitié exige l'ouverture de cœur, le respect du mystère de l'autre, la confiance a priori, et une vision prophétique qui permet d'anticiper dans la vie quotidienne ce qui est désiré pour l'avenir. L'amitié, dans son audace, est patiente, et les fidèles savent respecter les normes disciplinaires des Églises, ce qui évite d'exacerber les peurs et les oppositions qui bloquent tout.

On peut se reporter à une amitié emblématique, entre saint Paul VI et le patriarche Athénagoras, celle qui s'est nouée lors de leur rencontre à Jérusalem, en janvier 1964. «Paul VI : “Je n'ai aucun désir de décevoir, de profiter de votre bonne volonté. Je ne désire d'autre chose que de suivre le chemin de Dieu”.

Athénagoras : “J'ai une confiance absolue en Votre Sainteté. Absolue. Absolue”. […] Paul VI : “Tout ce qui regarde la discipline, les honneurs, les prérogatives, je suis tout à fait disposé à écouter ce que Votre Sainteté croit être le mieux”. Athénagoras : “La même chose de ma part”.

Paul VI : […] “Voyons ce que le Christ nous demande et chacun prend sa position, mais pas avec des idées humaines de prévaloir, d'avoir de la louange, d'avoir des avantages. Mais de servir.” Athénagoras : “Comme vous m'êtes cher au fond du cœur.”»

Cette amitié se poursuivit dans les lettres, les échanges, les rencontres, conservée précieusement dans le Livre de l'amour, le Tomos Agapis. Cette amitié ne doit-elle pas se réfracter partout et inspirer sans cesse les relations fraternelles entre orthodoxes et catholiques ?

Se reconnaître en tant que frères et sœurs, en tant qu'Églises sœurs ne peut pas se limiter à des affirmations abstraites, mais doit s'incarner dans la vie...

Frère Patrice Mahieu

Telle est la voie qui nous est proposée à ce moment de l'histoire des Églises et du monde pour que le but soit atteint : une communion retrouvée qui se scelle et s'alimente dans le partage du vrai Corps et du vrai Sang de Jésus Christ lors de la célébration commune de l'Eucharistie.

Les avancées théologiques ne peuvent porter des fruits que dans un climat de confiance et dans une vie déjà partagée. Se reconnaître en tant que frères et sœurs, en tant qu'Églises sœurs ne peut pas se limiter à des affirmations abstraites, mais doit s'incarner dans la vie, c'est-à-dire dans le soin que l'on prend les uns pour les autres, dans la joie qui emplit notre cœur lorsqu'on est ensemble, lorsqu'on partage nos soucis humains et spirituels, lorsqu'on témoigne ensemble de la vie du Christ qui nous habite, devant des millions de personnes, certaines à notre porte, qui s'en sont éloignées ou qui ne l'ont jamais connue.

L'amitié implique que nous priions les uns pour les autres, et que nous priions aussi ensemble comme des frères et sœurs d'un même Père. Elle implique aussi que nous nous émerveillions pour ce qu'accomplit le Seigneur chez les autres, que nous valorisions ce qui est mieux vécu chez eux que chez nous. L'amitié n'offre aucun recoin pour les calculs, pour les comparaisons intéressées, pour la tristesse devant ce que l'autre a et que je n'ai pas.

Et en paraphrasant la première Lettre de saint Paul aux Corinthiens, chapitre 13, nous pouvons affirmer : «L'amitié rend service ; l'amitié ne jalouse pas ; l'amitié ne se vante pas, ne se gonfle pas d'orgueil ; elle ne fait rien de malhonnête ; elle ne cherche pas son intérêt ; elle ne s'emporte pas […] elle supporte tout, fait confiance en tout, espère tout, endure tout.»

Frères et sœurs orthodoxes et catholiques, nous sommes un don les uns pour les autres. Vivons le don de l'amitié et le Dieu de l'amitié nous accompagnera et nous unira dans sa vie.

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12 janvier 2022 3 12 /01 /janvier /2022 20:28

«לֹא-תָלִין נִבְלָתוֹ עַל-הָעֵץ כִּי-קָבוֹר תִּקְבְּרֶנּוּ בַּיּוֹם הַהוּא כִּי-קִלְלַת אֱלֹהִים תָּלוּי וְלֹא תְטַמֵּא אֶת-אַדְמָתְךָ אֲשֶׁר יְהוָה אֱלֹהֶיךָ

נֹתֵן לְךָ נַחֲלָה» (דברים כא, כג).

 

«Tu ne laisseras pas séjourner son cadavre sur le gibet, mais tu l’enterreras assurément  le même jour, car un pendu est chose offensante pour Dieu, et tu ne dois pas souiller ton pays, que l’Éternel, ton Dieu, te donne en héritage». (Deut. 21: 23).[1]

La Source biblique enjoint d’une part de ne point laisser le corps mort pendu au gibet (Injonction négative) et d’autre part de l’inhumer immédiatement (Injonction positive) et ce, pour ne point rendre impure la terre d’Israël («Issour HaLaNaT HaMeT אִיסוּר הֲלָנַת הַמֵּת »).

Quelle raison justifie la promptitude  avec laquelle on inhume la dépouille du défunt?  Comment expliquer qu’une dépouille humaine puisse constituer un blasphème? Pourquoi toute transgression à ces deux injonctions rend-elle la terre d’Israël impure? En quoi cette Mitsvah d’enterrer, le droit d’avoir un lieu de sépulture, s’applique-t-elle à tous les êtres de la terre sans exception aucune?

L’impureté de la terre peut s’expliquer par le fait que l’homme, tant qu’il reste soumis au commandement de ne point manger du fruit de l’arbre de la Connaissance du Bien et du Mal, est immortel. On peut le comprendre a contrario, car le fait de manger du fruit de l’Arbre de la Connaissance du Bien et de Mal lui ferme la clé de l’Eternité, en le coupant de l’arbre de Vie:

ש«וַיֹּאמֶר יְהוָה אֱלֹהִים הֵן הָאָדָם הָיָה כְּאַחַד מִמֶּנּוּ לָדַעַת טוֹב וָרָע וְעַתָּה פֶּן-יִשְׁלַח יָדוֹ וְלָקַח גַּם מֵעֵץ הַחַיִּים, וְאָכַל וָחַי לְעֹלָם» (בראשית ג, כב).ש

«L’Éternel-Dieu dit: « Voici l’homme devenu comme l’un de nous, en ce qu’il connait le bien et le mal. Et maintenant, il pourrait étendre sa main et cueillir aussi du fruit de l’arbre de vie; il en mangerait, et vivrait à jamais.» (Gen. 3, 22).

Par ailleurs, la promptitude à inhumer le corps s’inspire de la source scripturaire: «tu es en devoir de l’enterrer le jour même», «כִּי-קָבוֹר תִּקְבְּרֶנּוּ בַּיּוֹם הַהוּא». L’infinitif tautologique (Infinitif absolu) קָבוֹר  associé au futur תִּקְבְּרֶנּוּ exprime l’impératif catégorique de donner une sépulture au défunt. Par ailleurs, le terme hébraïque בַּיּוֹם הַהוּא, «en ce jour-là» a été interprété par les  décisionnaires rabbiniques dans son sens restreint, à savoir «dans la même journée», autrement dit,  avant même que ne se couche le soleil. Toutefois, si le décès a lieu la nuit, la dépouille du défunt doit être immédiatement inhumée sans attendre le lendemain.

Le corps, tabernacle de l’âme humaine créée à l’image de l’Eternel, ne peut en aucune manière demeurer sans sépulture. Il ne fait qu’un avec l’âme et, tant qu’il porte l’âme, est considéré comme aussi saint. Le mot NeFeSh Hayiah définit cette union, cette complémentarité de l’âme et du corps qui la porte:

ש«וַיִּיצֶר יְהוָה אֱלֹהִים אֶת-הָאָדָם עָפָר מִן-הָאֲדָמָה וַיִּפַּח בְּאַפָּיו נִשְׁמַת חַיִּים וַיְהִי הָאָדָם לְנֶפֶשׁ חַיָּה» (בראשית ב, ז).ש

«L’Éternel-Dieu façonna l’homme, – poussière détachée du sol, – fit pénétrer dans ses narines un souffle de vie, et l’homme devint un être vivant» (Gen. 2: 7)

Refuser la sépulture revient donc à profaner le Nom divin car le corps humain, tant que l’âme l’habite, est aussi saint qu’elle. Mort, il a, par voie de conséquence, droit au plus grand respect:

ש«וְאֶת-מֶלֶךְ הָעַי תָּלָה עַל-הָעֵץ עַד-עֵת הָעָרֶב וּכְבוֹא הַשֶּׁמֶשׁ צִוָּה יְהוֹשֻׁעַ וַיֹּרִידוּ אֶת-נִבְלָתוֹ מִן-הָעֵץ וַיַּשְׁלִיכוּ אוֹתָהּ אֶל-פֶּתַח שַׁעַר הָעִיר וַיָּקִימוּ עָלָיו גַּל-אֲבָנִים גָּדוֹל עַד הַיּוֹם הַזֶּה» (יהושע ח, כט).ש

«Et le roi d’Aï, il [Josué] le fit pendre au gibet, où il resta jusqu’au soir. Au coucher du soleil, Josué donna ordre de descendre son cadavre du gibet; on le jeta aux portes de la ville et l’on posa dessus un grand amas de pierres, qui se voit encore aujourd’hui.»  (Josué 8: 29)

ש«וַיַּכֵּם יְהוֹשֻׁעַ אַחֲרֵי-כֵן וַיְמִיתֵם וַיִּתְלֵם עַל חֲמִשָּׁה עֵצִים וַיִּהְיוּ תְּלוּיִם עַל-הָעֵצִים עַד-הָעָרֶב. וַיְהִי לְעֵת בּוֹא הַשֶּׁמֶשׁ צִוָּה יְהוֹשֻׁעַ וַיֹּרִידוּם מֵעַל הָעֵצִים וַיַּשְׁלִכֻם אֶל-הַמְּעָרָה אֲשֶׁר נֶחְבְּאוּ-שָׁם וַיָּשִׂמוּ אֲבָנִים גְּדֹלוֹת, עַל-פִּי הַמְּעָרָה עַד-עֶצֶם הַיּוֹם הַזֶּה» (יהושע י, כו-כז).ש

«Et Josué les fit mettre à mort et pendre à cinq potences, où ils restèrent attachés jusqu’au soir. 27 Au coucher du soleil, sur l’ordre de Josué, on les détacha des potences, on les jeta dans la caverne où ils s’étaient cachés, et l’on plaça à l’entrée de grosses pierres, qui aujourd’hui même y sont encore».(Josué 10: 26-27)

Ces deux épisodes bibliques relatant la victoire militaire de Josué sur le roi d’Ai et sur les cinq rois cananéens (le roi de Jérusalem, le roi d’Hébron, le roi de Yarmouth, le roi de Lakhich, le roi d’Eglôn:  Josué 10: 22-23) enseignent le double devoir religieux et éthique qui incombe à Israël d’inhumer également la dépouille de son ennemi, car la fin de toute créature est la même devant l’Eternel: la mort touche toute créature créée par Dieu, quelle que soit son appartenance religieuse ou ethnique. Le respect du corps transcende la haine régnant entre les hommes. Ce respect du mort constitue dans le monde biblique un principe si fondamental qu’Efron, le roi Héthéen, offre immédiatement, sans aucun préalable ni compensation pécuniaire, son champ à Avraham afin d’y inhumer son épouse Sarah (offre généreuse qu’Avraham refuse poliment). A trois reprises, Efron emploie le verbe «donner» (נָתַן):

ש«לֹא-אֲדֹנִי שְׁמָעֵנִי הַשָּׂדֶה נָתַתִּי לָךְ וְהַמְּעָרָה אֲשֶׁר-בּוֹ לְךָ נְתַתִּיהָ לְעֵינֵי בְנֵי-עַמִּי נְתַתִּיהָ לָּךְ קְבֹר מֵתֶךָ» (בראשית כג, יא).ש

« Non, seigneur, écoute-moi, le champ, je te le donne; le caveau qui s’y trouve, je te le donne également; à la face de mes concitoyens je t’en fais don, ensevelis ton mort. (Gen. 23: 11)

Le drame d’Abel est non seulement d’être cruellement assassiné par son propre frère Caïn mais aussi de rester sans aucune sépulture.  Si, certes, la terre absorbe les sangs d’Abel, sa dépouille demeure livrée aux éléments indomptables de la Nature. Comment la terre ADaMaH,  la source première de l’homme ADaM n’a-t-elle point recouvré une partie de son identité (Gen. 3: 19; Job 10: 9)?!

Elie Wiesel, dans son chef d’œuvre «La Nuit», fait écho au texte biblique relatif à l’abandon d’Abel, abandon qui constitue le paradigme d’une humanité sans foi ni loi, et cherche désespérément une réponse à l’interrogation: «Où est Dieu» à Auschwitz:[2]

«Un jour que nous revenions du travail, nous vîmes trois potences dressées sur la place d’appel, trois corbeaux noirs. Appel. Les S.S. autour de nous, les mitrailleuses braquées : la cérémonie traditionnelle. Trois condamnés enchaînés, et parmi eux, le petit Pipel, l’ange aux yeux tristes.

«Les S.S. paraissaient plus préoccupés, plus inquiets que de coutume. Pendre un gosse devant des milliers de spectateurs n’était pas une petite affaire. Le chef du camp lut le verdict. Tous les yeux étaient fixés sur l’enfant. Il était livide, presque calme, se mordant les lèvres. L’ombre de la potence le recouvrait.

Le Lagerkapo refusa cette fois de servir de bourreau. Trois S.S. le remplacèrent.

Les trois condamnés montèrent ensemble sur leurs chaises. Les trois cous furent introduits en même temps dans les nœuds coulants.

– Vive la liberté ! crièrent les deux adultes.

Le petit, lui, se taisait.

– Où est le bon Dieu, où est-il ? demanda quelqu’un derrière moi.

Sur un signe du chef du camp, les trois chaises basculèrent.

Silence absolu dans tout le camp. A l’horizon, le soleil se couchait.

– Découvrez-vous ! hurla le chef de camp. Sa voix était rauque. Quant à nous, nous pleurions.

– Couvrez-vous !

Puis commença le défilé. Les deux adultes ne vivaient plus. Leur langue pendait, grossie, bleutée. Mais la troisième corde n’était pas immobile : si léger, l’enfant vivait encore…

Plus d’une demi-heure il resta ainsi à lutter entre la vie et la mort, agonisant sous nos yeux. Et nous devions le regarder bien en face. Il était encore vivant lorsque je passai devant lui. Sa langue était encore rouge, ses yeux pas encore éteints.

Derrière moi, j’entendis le même homme demander :

– Où donc est Dieu ?

Et je sentais en moi une voix qui lui répondait :

– Où il est ? Le voici, il est pendu ici, à cette potence…

Ce soir-là, la soupe avait un goût de cadavre. »

Honorons nos semblables dans la Vie, jusque dans la mort!

[1] Parashat Ki TéTSé, Deutéronome 21: 10- 25: 19

[2] Extrait du livre «La Nuit» d’Elie Wiesel, Ed. de Minuit, Paris, 1958, p. 103-104.

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