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19 août 2022 5 19 /08 /août /2022 19:30

Saint Siméon Stylite l’Ancien (vers 389-459) : il entend Jésus lui dire le sens de sa vocation

Vers 402, le jeune Siméon, humble berger comme son père, assiste à la messe dans une église, quelque part dans la région d’Alep (Syrie). Ce jour-là, le prêtre prêche sur les béatitudes : « Heureux les pauvres de cœur : le royaume de Dieu est à eux… » (Mt 5).

Siméon se sent rempli de joie. Il ferme les yeux et se met à prier. Mais vaincu par la fatigue, il s’endort.

Il fait un songe : « Il me semblait que je creusais les fondements d’un édifice. Quand je crus la fosse assez profonde, je m’arrêtai : ‘creuse encore !’ me dit une voix. Par quatre fois je repris mon travail et je m’arrêtai, et par quatre fois j’entendis la même parole : ‘creuse encore !’ »

A cet instant, le jeune garçon sent qu’il est incapable par lui-même de poursuivre ce travail et sent ses forces décliner. La voix lui dit alors : « C’est assez ! Maintenant tu peux élever un édifice aussi haut qu’il te plaira ».

Au réveil, il sait ce que le Seigneur lui demande : vivre au sommet d’un lieu surélevé, loin du monde, près du Ciel…

Devenu ermite sur le mont Laïloun (Syrie du Nord), il est visité par une foule de gens qui troublent son ascèse. Il découvre un pilier de pierre avec une plate-forme d’environ un mètre carré à son sommet. Se souvenant des paroles entendues jadis dans l’église, il passe les 39 dernières années de sa vie au sommet de cette colonne haute d’environ 3 mètres.

Vénéré dès son vivant, Siméon donna sa tunique de berger à l’empereur byzantin Léon Ier et le roi de Perse lui voua une grande admiration.

Un bout de sa colonne était toujours visible jusqu’à l’éclatement de la guerre civile en 2011.

Source : d’après Hippolyte Delehaye, Les Saints stylites, Bruxelles, Société des Bollandistes, 1923 ; Philippe Escolan, Monachisme et Eglise : Le monachisme syrien du IVe au VIIe siècle : un monachisme charismatique, Paris, Beauchesne, 1999

http://www.seraphim-marc-elie.fr/

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16 août 2022 2 16 /08 /août /2022 19:30

Le diable apparut un jour à trois moines et posa à chacun d’entre eux la même question:

«Si je te donnais le pouvoir de changer quelque chose dans le passé, que changerais-tu?»

Le premier moine répondit du tac au tac, avec la fougue des apôtres zélés:

«Je ne te permettrais pas de laisser Adam et Eve tomber dans le péché, afin que l’humanité ne se détourne pas de Dieu.»

Le deuxième moine, qui avait le cœur plein de miséricorde, répondit:

«Je t’empêcherais de te détourner de Dieu, ce qui a entraîné ta damnation éternelle.»

Le troisième moine était le plus simple des trois. Au lieu de répondre, il tomba à genoux, se croisa et pria:

«Seigneur, épargne-moi la tentation de ce qui aurait pu être ou ne pas être.»

Là-dessus, le diable poussa un cri strident et disparut dans des convulsions de douleur. Stupéfaits, les deux premiers moines se tournèrent vers le troisième:

«Frère, pourquoi lui as-tu répondu ainsi?»

Le moine s’expliqua.

«Premièrement, nous ne devons jamais converser avec l’ennemi. Deuxièmement, personne au monde n’a le pouvoir de changer le passé. Troisièmement, le diable n’a aucun intérêt à nous aider, mais à nous emprisonner dans le passé pour que nous ignorions le présent.

— Pourquoi?

— Parce que le présent est le seul moment où, avec la miséricorde de Dieu, nous pouvons collaborer avec Lui.»

La stratégie du diable, celle qui emprisonne la plupart des hommes et les empêche de vivre dans le présent en unité avec Dieu, consiste à les obnubiler avec «ce qui aurait pu être».

Laissons le passé entre les mains de la miséricorde de Dieu et laissons l’avenir entre les mains de Sa providence. Seul le présent est entre nos mains en même temps qu’entre celles de Dieu.

— Apophtegmes des Anciens.

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13 août 2022 6 13 /08 /août /2022 19:30

Hannah Arendt, la juive athée, confessait sa reconnaissance à l’égard de la tradition qui nous a légué ces quatre mots : Puer natus nobis est. Mis ensemble, ils forment une phrase étrange : « Un enfant nous est né. »

 La forme syntaxique étonne. Elle fait de la naissance de l’enfant, du don de la vie, un cadeau d’abord pour celles et ceux qui l’entourent de leurs soins.

Un enfant est né, et c’est  l’affaire de tous. 

« Un enfant nous est né » : le « nous » semble naître de l’enfant qui vient de naître.

Ce n’est pas un être humain de plus sur terre, c’est l’appel lancé alentour à empêcher Hérode de mettre la main dessus.

Un enfant est né, et chacun peut y reconnaître son enfant. Il est celui qu’on n’a peut-être pas eu mais que, sous nos habits d’adulte, on n’a jamais cessé d’être – cette part de nous, rebelle et joueuse, prompte à croire que le meilleur est là, à portée de ce jour.

Il y a trois jours, une fille nous est née. Ses parents, nos amis, l’ont appelée Aurore.

Ils lui ont donné le nom de cette décision du ciel, après qu’il enfila son aube, de rendre à la terre ses couleurs, d’en réveiller les habitants, de les inviter à préférer, à nos lumières artificielles, la lueur matinale.

Aurore est le nom de l’espérance : au plus fort des ténèbres, la nuit, doucement, cède le pas.

C’est si doux qu’on dirait qu’elle n’attendait que cela : la nuit, et avec elle toutes nos heures obscures, n’est peut-être que la patience du jour, le passage obligé de l’un vers l’autre afin qu’un matin soit à nouveau possible.

Le soleil est là, à flanc de planète. Alchimiste, il fait, avec la pierre noire de la nuit, de l’or. Et puis de l’or encore, de l’or partout, lumière se réfléchissant sur les vitres des maisons, se répercutant dans le chant des moineaux : aurore, « or-or ».

Mais l’aurore n’est pas encore le jour. Le soleil efface les étoiles une à une, il n’éblouit encore personne.

Il rend toute chose visible sans l’être lui-même, pour le moment.

L’aurore est une promesse que tout à coup le jour tient : les premiers rayons atteignent les arbres et allument les façades.

Je suis toujours étonné qu’un spectacle si beau soit aussi silencieux. L’orage, magnifique, tonne.

Nos fêtes sont chantantes, voire bruyantes.

Le jour, lui, se lève à pas de velours. La mécanique céleste est sans frottement.

On pourrait imaginer, pour le lever du jour, l’ouverture de l’Also sprach Zarathustra de Strauss. Mais non.

C’est, tout au plus, le concert des oiseaux.

C’est ainsi que viendra le Dernier Jour : à pas de colombe, sans faire de bruit.

Tout à coup, mais sans à-coup, le mal sera vaincu, la peur loin derrière nous. Enlevé, ce poids de soucis sur nos poitrines.

C’est silencieusement que l’histoire du salut commence : un bébé, à Bethléem, dans un canton égaré de l’univers.

C’est silencieusement peut-être que cette histoire, pleine de bruits et de fureur, s’achèvera.

Jésus compare la venue du Royaume à un voleur : s’il est doué, on ne remarque pas tout de suite qu’un voleur est passé par-là.

On sort de sa nuit et quelque chose, dans la maison, manque.

Au jour de la parousie, toute nuit traversée, ne nous sera pas dérobé tel bien précieux. Seulement la mort et le péché. Un rien sera ôté, et tout sera nouveau.

Ce jour nous est donné. Ce n’est pas le premier. On peut y deviner, toutefois, la lumière des commencements.

Un enfant, qui s’appelle Aurore, nous est né. Dans la paume du Père, l’histoire de nos vies s’écrit en lettres d’or.

Martin Steffens, philosophe (1)

(1) Dernier ouvrage paru en avril 2022, Être père, c’est…, Éditions Salvator, 138 p., 9,90 €.

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