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3 février 2006 5 03 /02 /février /2006 00:00

Un juif naufragé se retrouve seul sur une île déserte. Après quelques années, il est recueilli par un bateau. Avant de partir, il fait visiter son campement à ses sauveteurs. Près de sa hutte, deux cabanes. L'une, explique-t-il, est sa synagogue. Et l'autre? - Celle-là? C'est la synagogue où je refuse de mettre les pieds

Cette blague juive illustre un des paradoxes fondamentaux du judaïsme, fondé sur une parole révélée, la Torah, donnée par Dieu au Sinaï et transmise par Moïse aux Hébreux. Émanant directement de la divinité, la parole révélée est, en principe, absolue. Mais la tradition juive a imaginé une autre logique : d'abord, il n'est pas interdit d'interpréter la parole révélée; ensuite aucune autorité humaine n'est habilitée à imposer à tous les juifs son interprétation comme étant l'unique possible.
Ainsi, à côté du texte immuable de la Torah, s'est développée une riche tradition de débats exégétiques qui, après des siècles de transmission orale, a été transcrite dans le Talmud.

Extrait de l'article Les courants du judaïsme
Nelly Hansson
Le Monde des Religions Hors série N°2 sur le judaïsme

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1 février 2006 3 01 /02 /février /2006 23:06



Saint soufi Sarmad
Galerie Marco Polo, Paris

Dans la mystique musulmane, la sainteté est un concept qui ne doit pas être réduit à l'idée de perfection morale de l'individu, tel qu'il est souvent compris dans le christianisme. Le saint n'est pas seulement un modèle de conduite, mais quelqu'un qui participe au soutien du monde. Le saint est celui qui est près de Dieu, celui qui est son ami intime, celui qui est le but de la création. D'après la tradition musulmane, Dieu dit: "J'étais un Trésor (caché) et je n'étais pas connu. Or, J'ai aimé être connu. Je créai donc les créatures afin que je Me fasse connaître à elles. Alors elles Me connurent." Dieu crée donc le monde pour être connu par quelqu'un, et celui-ci est le saint. Il connaît Dieu parce qu'il est tellement proche de Lui qu'il arrive à s'identifier à Lui, de telle sorte que le saint accomplit en lui-même les dits : "Dieu créa l'homme à son image" et "qui se connaît soi-même, connaît son Seigneur". Le saint accomplit en lui le fait d'être l'image de Dieu.

Il est le miroir de Dieu, qui se voit et se reconnaît dans son reflet. Pour devenir l'image de Dieu, l'homme doit se vider complètement pour s'habiller des attributs divins. (...)

Le but de la création est donc de créer un être capable de cette relation d'identification avec Dieu. Aussi les saints sont-ils les soutiens du monde, car s'ils n'existaient pas, le monde perdrait sa raison d'être et Dieu le laisserait retourner au néant. L'image utilisée est celle des cieux qui entourent la terre comme une tente. Les saints forment les piliers de cette tente et empêchent qu'elle s'écroule. Les soufis ont classifié de façon hiérarchique les saints selon leur fonction de soutien du monde.

Jaume Flaquer
extrait de l'article" Les saints dans l'Islam: entre méfiance et vénération"
Religions et histoire N°6 Janvier 2006

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31 janvier 2006 2 31 /01 /janvier /2006 00:00

La scène se passe dans une campagne reculée après avoir suivi les lacets d'une mauvaise route, le visiteur accède à une clairière dominée par la montagne. Là, se niche un petit monastère. Ce cloître fut autrefois célèbre, très visité et peuplé de nombreux moines. Mais, depuis quelque temps, c'est l'hiver. L'église ne résonne plus des chants de la communauté, le noviciat est fermé, les cellules sont vides. Seuls demeurent trois moines, le coeur triste...

En contrebas du monastère, un vieux sage s'est construit un petit ermitage. On ne sait pas très bien ni qui il est, ni d'où il vient, mais, chaque fois qu'il s'installe pour quelques jours dans sa cabane, les moines ont le coeur moins lourd. Un matin, après l'office des Laudes, le père abbé du monastère décide de rendre visite au vieil ermite qui, avec grande gentillesse, lui ouvre sa porte. Après avoir partagé un verre de vin et un morceau de pain, l'abbé s'enhardit et confie à son hôte son infinie tristesse : « C'est comme si le sang ne coulait plus dans les veines de notre monastère, comme si, soudain, nous étions devenus du bois mort... »

Le vieux sage l'écoute en silence puis se met soudain à pleurer. L'abbé ne tarde pas, lui aussi, à sangloter. Ils restent ainsi, prostrés, tous les deux, un long moment.

Puis l'ermite prend doucement les mains osseuses de l'abbé dans les siennes et lui dit : « Toi et tes frères, vous avez le coeur gros. Vous cherchez une parole de réconfort, vous espérez entendre les mots qui vous redonneront l'espérance. Je vais donc te confier un secret mais tu ne pourras le répéter qu'une seule fois. Ensuite, nul ne devra plus l'évoquer à voix haute. » Le vieux sage regarde alors l'abbé intensément et lui dit : « Le Christ est parmi vous. Puis il se retire... Rentré au monastère, l'abbé passe la nuit à tenter de comprendre, en vain, ce secret. Au matin, il dit à ses deux frères : « Le vieux sage m'a confié un secret qui, une fois que vous l'aurez entendu, ne devra plus jamais être proféré à voix haute : il m'a dit : "Le Christ est parmi nous" ! » Les moines sont à leur tour très surpris. Chacun, embarrassé, se demande intérieurement : «L'un de mes frères est-il réellement le Messie ? » Le temps passe : personne n'ose plus évoquer le secret du vieil ermite.

Mais, subrepticement, la vie commence à changer au monastère : les frères se regardent avec davantage d'amitié, de respect ; chaque fois que l'occasion se présente, ils se rendent service, prennent le temps de s'écouter, ont mille et une attentions les uns pour les autres. Leurs chants résonnent à nouveau dans l'église. La nouvelle se répand vite aux alentours : les moines ont retrouvé la joie ; une joie contagieuse qui donne à d'autres le désir de les rejoindre et de partager leur vie et leur prière. Le dimanche, à la messe dominicale, la foule se presse à nouveau sous les voûtes.

Comme si, en plein hiver, le bois mort s'était soudain mis à refleurir...

Bertrand Révillon
Panorama N° 418 Février 2006
http://boutique.bayardweb.com/article/index.jsp?docId=49806

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