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15 août 2021 7 15 /08 /août /2021 19:30

Notre Dame

Mourez comme un baron

Jésus

Je mourrai entre 2 larrons

Notre Dame

Que ce soit sous terre et sans voix

Jésus

Ce sera haut pendu en croix

Notre Dame

Vous serez au moins revêtu ?

Jésus

Je serai attaché tout nu

Notre Dame

Attendez l'âge de vieillesse

Jésus

En la force de la jeunesse

Notre Dame

Ne soit votre sang répandu

Jésus

Je serai tiré et tendu

Notre Dame

A mes maternelles demandes ne donnez réponses dures

Jésus

Accomplir faut les écritures

Jean MICHEL 1486

Le poème complet

NOTRE-DAME

Puisque ne m’avez accordé

De mes trois pétitions l’une,

Au moins, par prière importune,

Vous plaise m’octroyer la quarte.

C’est, s’il faut que mort vous départe

D’avecques moi, et que moi, mère,

Vous voie souffrir mort amère

Pour sauver l’homme, je vous prie

Que je soie comme ravie

Et soit ma triste âme suspense

Pour lors de toute connaissance,

Durant votre si grief tourment,

Sans avoir aucun sentiment

Des douleurs que aurez si grandes.

C’est la quarte de mes demandes,

Que je vous requiers de bon cœur.

JÉSUS

Ce ne serait pas votre honneur

Que vous, mère tant douce et tendre,

Vissiez votre doux fils étendre

En la croix et mettre à grief mort,

Sans en avoir aucun remort

De douleur et compassion.

Et aussi le bon Siméon

De vos douleurs prophétisa,

Quand entre ses bras m’embrassa,

Que le glaive de la douleur

Vous percerait l’âme et le cœur

Par compassion très amère.

Pour ce, contentez-vous, ma mère,

Et confortez en Dieu votre âme :

Soyez forte car oncques femme

Ne souffrit tant que vous ferez ;

Mais en souffrant mériterez

La lauréole de martyre.

NOTRE-DAME

Ô mon fils, mon Dieu et mon sire,

Je te mercy très humblement

Que tu n’as pas totalement

Obéi à ma volonté.

Excuse l’humaine simplesse

Si par humaines passions

Ai fait telles pétitions

Qui ne sont mie recevables.

Tes paroles sont raisonnables

Et tes volontés très hautaines,

Et les miennes ne sont qu’humaines ;

Pour ce, ta divine sagesse,

Excuse à l’humaine simplesse

De moi, ton indigne servante,

Qui, d’amour maternel fervente,

Ai fait telles requêtes vaines.

JÉSUS

Elles sont douces et humaines,

Procédantes de charité ;

Mais la divine volonté

A prévu qu’autrement se fasse.

NOTRE-DAME

Au moins veuillez, par votre grâce,

Mourir de mort brève et légère !

JÉSUS

Je mourrai de mort très amère.

NOTRE-DAME

Non pas fort vilaine et honteuse !

JÉSUS

Mais très fort ignominieuse.

NOTRE-DAME

Doncques bien loin, s’il est permis !

JÉSUS

Au milieu de tous mes amis.

NOTRE-DAME

Soit doncques de nuit, je vous pry !

JÉSUS

Mais en pleine heure de midi.

NOTRE-DAME

Mourez donc comme les barons !

JÉSUS

Je mourrai entre deux larrons.

NOTRE-DAME

Que ce soit sous terre, et sans voix !

JÉSUS

Ce sera haut pendu en croix.

NOTRE-DAME

Vous serez au moins revêtu ?

JÉSUS

Je serai attaché tout nu.

NOTRE-DAME

Attendez l’âge de vieillesse !

JÉSUS

En la force de ma jeunesse.

NOTRE-DAME

Ne soit votre sang répandu !

JÉSUS

Je serai tiré et tendu

Tant qu’on nombrera tous mes os ;

Et dessus tout mon humain dos

Forgeront pécheurs de mal pleins,

Puis fouiront et pieds et mains

De fosses et plaies très grandes.

NOTRE-DAME

À mes maternelles demandes

Ne donnez que réponses dures.

JÉSUS

Accomplir faut les Écritures.


Jean MICHEL, Le mystère de la Passion,

XVe siècle.

Recueilli dans La vie de Jésus

racontée par les poètes,

par Jacques Charpentreau,

DDB, 1982.
 

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14 août 2021 6 14 /08 /août /2021 19:30

"Faites tout ce qu'Il vous dira." A Jésus par Marie, dans la puissance de l'Esprit. Enseignement du père François Potez (curé de st. Philippe du Roule) , au Sanctuaire Notre Dame du Laus.

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13 août 2021 5 13 /08 /août /2021 19:30

 

Le président, qui se targue d’avoir travaillé durant ses études avec Paul Ricœur, a annoncé récemment de telles platitudes sur ce qu’il dénomme la liberté qu’on se demande ce qu’il a retiré de la fréquentation du philosophe.

En effet, on a eu droit à « ma liberté s’arrête là où… » blablabla. Une liberté chétive et insipide, si terre à terre, qui se réduit à un permis de circuler en respectant les feux rouges et les passages (naguère) cloutés.

Il est vrai que le chef de l’Etat se trouve actuellement en vacances, au soleil de la Méditerranée, dans le très confortable Fort de Brégançon qui ne ressemble en rien au Fort Bastiani où se tenait, debout, ferme et vigilant, le jeune Drogo face au désert des Tartares. Il est vrai aussi que la twittomanie et l’instagramite aiguë ne favorise guère une réflexion sereine ni une pensée profonde. Mais, tout de même servir aux français des formules si éculées témoigne d’un relâchement certain, et estival, dans le maniement des concepts.

Je repense au portrait officiel, minutieusement mis en scène par l’impétrant, où le président posait, on s’en souvient, avec deux livres sur son bureau : d’un côté, les Mémoires de guerre du Général de Gaulle, de l’autre, les nourritures terrestres de Gide. Un « en même temps » plutôt stupéfiant. André Gide, certes prix Nobel de littérature, mais qu’on ne lit plus, et triste pédophile, invitant son Nathanaël aux voluptés charnelles, aux multiples plaisirs et richesses qu’offre le monde, sans souci du lendemain ni d’autrui. Un bien douteux épicurisme  s’avérant  égocentrique  et  cynique. 

Et  face  à  Gide  un  géant  qui  a  marqué l’Histoire en y œuvrant avec grandeur et hardiesse ; qui a su rassembler des hommes et des femmes afin de défendre l’honneur et la liberté de la France et a, en effet, avec le soutien des Alliés libéré notre patrie de l’occupation nazie.

Pour de Gaulle, la liberté n’est pas un vain mot, elle est une valeur transcendante pour laquelle, à travers siècles, de nombreux hommes se sont battus et ont donné leur vie. En chaque être humain, le goût, l’amour de la liberté signe la dignité véritable de celui qui désire s’arracher à tous les déterminismes, aux limites de la condition mortelle, aux passions qui l’asservissent, aux lois iniques qui veulent l’écraser.

Pour Emmanuel Macron, ce qu’il nomme la liberté est à ce point dévalué (j’emploie à dessein un terme financier à l’usage de l’ex-employé de la Banque Rothschild, plutôt que l’adjectif « dévalorisé » qui eût convenu) qu’elle se réduit à une attestation de déplacement (dûment remplie), aux mirifiques « gestes barrières » (parce que ma liberté s’arrête, etc.), et que désormais, elle se voit garantie par un « pass sanitaire ».

Ici s’impose la puissante parole de Jésus, consignée dans l’évangile de Jean : « La vérité  vous  rendra  libre. ».  Mais,  laïcisme  oblige,  entraînant  le  reniement  des  racines  chrétiennes de la France, il faut effacer cette référence.

 Je me tournerai donc vers St Exupéry (non, il n’est pas canonisé), affirmant dans Citadelle : « je ne connais qu’une liberté qui est exercice de l’âme.»

Dès lors, pour étoffer les arguments de notre président, je suggère quelques grands écrivains et philosophes, ainsi que diverses citations de haute tenue. Puisant dans Platon, Thucydide, Sénèque, Péguy, Bernanos, Malraux, ce bref florilège :

« Placez le bonheur dans la liberté, la liberté dans la vaillance » (c’est le grand Périclès qui s’adresse aux athéniens au Vème siècle avant J- C.)

 « Ce n’est pas des richesses que vient la vertu, mais c’est de la vertu que viennent les richesses et tous les autres biens, pour les particuliers comme pour l’Etat » (Socrate)

 « Le sage pense toujours à ce que vaut la vie et non à ce qu’elle dure. » (Sénèque et son ami Lucilius)

 « Sommes-nous chargés d’être des vainqueurs, ou d’être des nobles. Et de maintenir dans  le  monde  un  certain  niveau  de  noblesse »  (inoubliable  Note  conjointe,  laissée inachevée par la mort de Péguy, en 1914, aux champs d’honneur.)

 « L’homme ne devient homme que dans la poursuite de sa part la plus haute » (Malraux)

« La pire menace pour la liberté n’est pas que l’on se la laisse prendre, c’est qu’on désapprenne à l’aimer, ou qu’on ne la comprenne plus. » (Bernanos, en janvier 1947)

Pour terminer, je rappellerai aux frénétiques usagers des réseaux sociaux le jeu de mot en latin, très prisé des Humanistes : le livre (liber) rend libre (liber). Car la vertu et la culture s’allient pour permettre en chacun l’essor de la liberté.

Jacqueline KELEN Ecrivain

Lundi 9 août 2021

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