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15 novembre 2020 7 15 /11 /novembre /2020 20:35

Le 27 novembre 2019, le Père Sophrony, fondateur de la Communauté de Saint-Jean-Baptiste d'Essex, en Angleterre; moine, père spirituel, théologien et iconographe, était compté parmi les saints sous le nom de St. Sophrony l'Athonite.

Ce n'était pas inattendu car il y avait eu des rumeurs plus tôt, mais cela a quand même changé ma vie.

J'ai rejoint le monastère du Père Sophrony en 1983 juste avant le début d'un grand projet de peinture: les peintures murales de la chapelle Saint-Silouan l'Athonite. J'ai travaillé avec le Père Sophrony sur les peintures murales et aussi sur plusieurs icônes, mosaïques et projets.

Un projet était de peindre son propre aîné, Saint Silouane, lorsqu'il a été inscrit sur la liste des saints. Ensuite, comme cela s'est produit maintenant, il y avait eu de fortes rumeurs sur sa canonisation, nous avons donc osé démarrer l'icône mais l'avons laissée sans nom. Nous avons ajouté le nom le soir où nous avons reçu la confirmation et mis l'icône dans l'iconostase de la chapelle.

Le père Sophrony avait l'habitude de raconter comment son aîné était une personne constamment en prière et que son expression faciale changeait continuellement, reflétant sa vie intérieure.

Il a également déclaré qu'aucune photographie ne lui rendait justice car la photographie est prise en une fraction de seconde et ne reflète ni ne représente la personne au complet. D'autre part, une icône doit être un portrait de l'homme intérieur et extérieur. Je ne savais pas que trente ans plus tard, je me retrouverais dans la même situation que de peindre mon aîné.

À la lecture de sa vie, il est clair qu'il était l'un des élus de Dieu qui était jugé digne de voir la Gloire du Seigneur, et en tant que tel, son visage était continuellement «transformé en la même image de gloire en gloire, comme par le Esprit du Seigneur. » Pour cette raison, il est très difficile de représenter son visage comme une icône.

Avant de commencer mon travail sur une icône de St Sophrony, d'autres existaient; mais il y en avait peu auxquels je pouvais m'identifier.

Beaucoup d'entre eux ressemblaient à des caricatures ou étaient copiés à partir de photographies ou exagéraient son expression autour de la bouche. D'autres l'ont représenté dans son manteau d'hiver tenant l'un des bâtiments de son monastère.

Une autre image largement diffusée était de St Sophrony tenant un calice, mais je me suis souvenu qu'un iconographe renommé s'était prononcé fermement contre les icônes de saint Jean de Cronstadt tenant un calice, disant que le calice ne peut être attribué à aucun saint en particulier, car tous les clergés ordonnés détiennent le calice.

Donc, au début, il n'y avait pas de solution évidente pour moi. Je me suis donc entouré de plusieurs photographies, j'ai prié et j'ai commencé par demander à St Sophrony de m'aider à peindre une icône à son goût.

J'ai choisi trois principaux types d'icônes:

Comme un grand moine de schéma tenant un parchemin ou une icône.

En tant que hiéromoine (avec rasson et épitrachelion) tenant un parchemin.

En vêtements complets, tenant un évangile ouvert sur une page pertinente.

Pour la première icône, j'ai peint St. Sophrony dans les vêtements des moines, sa main droite bénissant et sa main gauche tenant l'icône de son aîné. Faire connaître saint Silouane à l'Église orthodoxe, au monachisme et au monde entier était quelque chose que saint Sophrony lui-même considérait comme le but principal de sa vie. J'ai travaillé longtemps et avec beaucoup de peur pendant tout le Grand Carême 2019.

C'est alors que j'ai rencontré mon problème principal: comment présenter la couleur de ses yeux dont je me souvenais comme d'un bleu clair clair.

Dans cette première icône, je n'ai pas obtenu la bonne couleur ni réussi avec la ressemblance physique. Cependant, cela me semblait une icône et le moment venu, nous l'avons placé dans la chapelle de St Silouane sous l'icône que St Sophrony avait peinte de son aîné.

Ensuite, j'ai peint une petite icône de St Sophrony tenant un parchemin, afin d'écrire certains de ses propres mots sur l'icône.

J’ai voulu que cette icône soit plus personnelle et je le représentais tête nue portant l’épitrachelion qui avait été brodée spécialement pour lui dans les années 1960 avec le symbole spécial du monastère dessus.

Les gens qui connaissaient l'aversion du père Sophrony pour le kitsch m'ont critiqué pour cette icône.

Encore une fois, j'ai peint les yeux en bleu, mais ils sont devenus foncés sous le vernis de lin; alors, j'ai appris que je devais bloquer le vert olive du sankir avec du blanc pour obtenir un bleu clair.

Dans l'ensemble, j'étais moins content de cette icône car je la considérais comme moins iconographique et plus photographique dans le style.

Les deux icônes ci-dessus ont été faites en secret dans ma cellule avant que le Père Sophrony ne soit compté parmi les saints alors que j'étais à mon aise ayant tout le temps du monde. Mais après l'annonce, la situation a changé; tout à coup, nous avons eu besoin de plus d'icônes pour plusieurs endroits.

Tout d’abord, une icône était nécessaire au sommet de la tombe de St Sophrony. Comme c'était urgent, j'ai eu recours à ma technique du pastel. Je l'ai habillé de vêtements liturgiques complets et les ai modelés sur les vêtements mêmes dans lesquels il avait été enterré, tenant un livre de l'Évangile ouvert à une citation pertinente. La ressemblance du visage est marginale et les yeux sont bleus. Cette fois, le vernis acrylique a intensifié la couleur et une fois de plus les yeux sont devenus trop foncés.

La crypte où est enterrée St Sophrony avait un crucifix en mosaïque comme seule décoration iconographique sur le mur est. J'ai proposé de l'ajouter à l'intercession pour le monde aux pieds du Christ crucifié.

Afin de déterminer la possibilité d'une future mosaïque, j'ai réalisé une étude au pastel et l'ai collée au mur. Ici, je pense que la ressemblance et la couleur des yeux sont meilleures qu'avant.

Mais une fois monté dans la crypte, il avait l'air trop asymétrique, donc une étude de St Silouan a été ajoutée de l'autre côté de la croix.

À ce stade, ma question sur les yeux bleus a atteint un sommet. Des années auparavant, alors qu'un iconographe russe était en visite, le père Sophrony lui avait demandé de peindre une grande icône de Saint-Silouane et il voulait qu'il peigne les yeux en bleu.

L'iconographe a refusé et a peint les yeux en marron. Cependant, puisque le Père avait fait la demande, cela devait signifier que les yeux de Saint Silouane étaient en fait bleus.

Néanmoins, il avait lui-même peint les yeux de son aîné en brun à trois endroits: une peinture murale dans le réfectoire, une peinture murale dans la chapelle St Silouane et l'icône précitée de l'icône écran.

J'ai commencé à demander à tous les iconographes que je connaissais leur avis sur la question.

Certains, en principe, s'y opposaient. Beaucoup ont convenu que si les yeux étaient bleus, ils pourraient être peints tels quels. Il y avait quelques points valables.

Le meilleur argument contre, était qu'une photographie en noir et blanc d'un saint ne véhiculerait pas moins de sainteté qu'une photographie en couleur.

D'autres ont simplement dit que cela ne faisait pas partie de la Tradition; mais ici j'ai mes doutes, car il y a de vieilles icônes aux yeux bleus et gris.
 

 

 

À ce stade, ma question sur les yeux bleus a atteint un sommet. Des années auparavant, alors qu'un iconographe russe était en visite, le père Sophrony lui avait demandé de peindre une grande icône de Saint-Silouane et il voulait qu'il peigne les yeux en bleu. L'iconographe a refusé et a peint les yeux en marron.

Cependant, puisque le Père avait fait la demande, cela devait signifier que les yeux de Saint Silouane étaient en fait bleus. Néanmoins, il avait lui-même peint les yeux de son aîné en brun à trois endroits: une peinture murale dans le réfectoire, une peinture murale dans la chapelle St Silouane et l'icône précitée de l'icône écran.

J'ai commencé à demander à tous les iconographes que je connaissais leur avis sur la question.

Un ami qui venait de peindre une icône de St Porfyrios, qui avait également les yeux bleus, a suggéré de garder la couleur d'un bleu discret, plus vers le ton gris.

La tâche suivante était de peindre notre saint dans nos deux réfectoires.

Les murs du plus récent avaient été peints en vraie fresque, dans le style athonite avec des saints monastiques debout.

Heureusement, le saint qui se tenait à côté de St. Silouan était S.t Théophane le Reclus qui avait plusieurs similitudes physiques avec St. Sophrony.

Par conséquent, nous avons décidé de le «remodeler» en utilisant de la tempera à l'œuf sur le dessus de la fresque. Je me suis enfermé dans le réfectoire un dimanche soir, j'ai bloqué les parties du visage qui devaient être changées avec du blanc de titane et peintes sur le dessus. Dans ce cas, les yeux sont devenus trop bleus.

 

Ensuite, le travail le plus difficile restait: peindre sainte Sophronie dans le réfectoire qui contient ses propres peintures murales, le peindre dans son propre style.

C'est l'époque où j'ai le plus appris. J'ai trouvé une photo de lui qui correspondait exactement au poste recherché. Je l'ai agrandi et j'ai recommencé à travailler au pastel.

Presque immédiatement, j'ai réalisé qu'il était impossible de travailler avec les fonctionnalités réelles; il fallait leur donner des exagérations iconographiques. Je ne peux pas décrire comment le travail s'est déroulé. Je préfère simplement illustrer avec des photographies progressives; mais le résultat était quelque chose qui me dépassait.

J'ai senti pour la première fois que je m'approchais de quelque chose de plus vrai. Mais il n'était pas possible de rendre les yeux bleus. Au départ, je l'ai fait, mais ils ne correspondaient pas au style général des peintures murales. Bien que le père Sophrony lui-même ait peint en bleu certains des yeux des apôtres sur la Cène.

La réalisation de l'icône de Saint Sophrony
La réalisation de l'icône de Saint Sophrony
La réalisation de l'icône de Saint Sophrony
La réalisation de l'icône de Saint Sophrony
La réalisation de l'icône de Saint Sophrony
La réalisation de l'icône de Saint Sophrony

Depuis ce jour, j'ai peint beaucoup plus d'icônes de Saint Sophrony, certaines avec un chapeau monastique, d'autres à tête nue, mais en continuant toujours à essayer de capturer les bons yeux bleus et en même temps à peindre un portrait intérieur digne, une véritable icône.

La réalisation de l'icône de Saint Sophrony
La réalisation de l'icône de Saint Sophrony
La réalisation de l'icône de Saint Sophrony
La réalisation de l'icône de Saint Sophrony
La réalisation de l'icône de Saint Sophrony

Il faudra peut-être continuer cette recherche pour le reste de ma vie. J'espère réussir un jour. Cependant, je serais très reconnaissant pour toute réflexion sur cette question de la part de mes collègues iconographes.

Dans tous les travaux décrits ci-dessus, j'ai trouvé que St Sophrony m'a soutenu et m'a aidé. Pour cette raison, maintenant qu'il a été officiellement glorifié, il sera sûrement encourageant et utile à tous les iconographes.

Saint Sophrony peignant Saint Silouane sur le mur du réfectoire du monastère, fin des années 1970

Pour une illustration de ses propres œuvres, voir les deux volumes de son catalogue raisonné:

https://www.amazon.com/dp/1909649236

https://www.amazon.com/dp/1909649422

Et notre article détaillé sur le travail artistique de St. Sophrony: Seeking Perfection in the World of Art: The Artistic Path of Father Sophrony

La réalisation de l'icône de Saint Sophrony
La réalisation de l'icône de Saint Sophrony
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11 novembre 2020 3 11 /11 /novembre /2020 20:30

Aujourd'hui 11 novembre, mémoire de l'un des plus grands saints de l'occident : saint Martin de Tours.

Vénéré dans toute l'Europe, combien de villages portent son nom !

Je vous propose une petite vie de saint Martin, celle que propose le synaxaire du père Macaire du Mont-Athos, et une homélie de notre père saint Jean de Saint-Denis.

Prions saint Martin et demandons lui cette foi extraordinaire qu'il avait, cette miséricorde qui le caractérisait, ainsi que cette audace en Christ qui nous manque tant en notre époque... mais surtout le feu divin du Saint-Esprit !

Que par sa prière Dieu nous bénisse et nous garde !

+ Pascal

Communauté de Béthanie

 

Vie de notre Père saint Martin de Tours

Fils d’un officier des légions romaines, saint Martin naquit en 316 à Sabaria en Pannonie (Hongrie), où son père était en garnison. Il fut cependant élevé dans la patrie de sa famille, à Pavie (Italie), et il était, selon l’usage en vigueur, destiné lui aussi à servir dans les armes.

Dès l’âge de dix ans, bien que ses parents fussent païens, le jeune garçon demanda à être reçu comme catéchumène.

Deux ans plus tard, ayant entendu parler des exploits des solitaires d’Orient, il rêvait de partir loin des troubles du monde pour mener la vie monastique, mais il dut se soumettre à la volonté de ses parents et fut enrôlé dans l’armée.

Sa profession ne l’empêchait pourtant pas de pratiquer les saintes vertus évangéliques. À l’âge de dix-huit ans, alors qu’il était en garnison à Amiens en Gaule, il rencontra, un jour d’hiver, un pauvre nu et grelottant de froid aux portes de la ville.

Comme personne n’était touché de compassion à ce spectacle, et bien qu’il n’eût sur lui que son manteau, parce qu’il avait déjà distribué ce qu’il possédait en aumônes, le serviteur de Dieu saisit son épée, coupa son manteau par le milieu, en donna une partie au pauvre et se couvrit du reste, malgré les railleries de ceux qui l’entouraient.

La nuit suivante, il vit le Christ lui apparaître, vêtu de la partie du manteau dont il avait recouvert le pauvre, et il l’entendit dire à la multitude des anges qui l’entouraient : « Martin, encore catéchumène, m’a couvert de ce vêtement. »

Martin fut baptisé peu après cet événement, et voulut aussitôt quitter l’armée pour devenir moine. Il dut cependant céder aux instances de son tribun et resta dans le monde, tout en étant moine au fond de lui-même. Il n’obtint son congé que bien des années après, alors qu’il était devenu officier de la garde impériale (juillet 356).

Il se précipita alors à Poitiers, pour s’attacher à la personne du grand saint Hilaire [13 janv.], l’homologue de saint Athanase pour l’Occident, qui, avant d’être envoyé en exil en Phrygie, lui conféra le ministère d’exorciste, et lui donna sa bénédiction pour aller vivre seul dans un endroit retiré.

Avant de mettre son projet à exécution, Martin partit pour la Pannonie, afin de convertir ses vieux parents. Il amena sa mère à la foi et, trouvant ces régions de l’Illyricum agitées par les séquelles de l’arianisme, il engagea presque seul la lutte contre les hérétiques, en fidèle disciple de son père spirituel Hilaire.

Après avoir souffert bien des mauvais traitements, il revint en Italie, à Milan, où il apprit que l’Église des Gaules était également dans le trouble depuis l’exil de saint Hilaire.

Aussi décida-t-il de rester sur place, dans une cellule solitaire , pour se livrer enfin à la vie contemplative, à laquelle il aspirait depuis tant d’années.

Mais, là encore, il se trouva en butte aux ariens et, chassé par l’évêque hérétique de Milan, Auxence, il partit se réfugier dans une petite île de la côte Ligure, Gallinaria.

Dès qu’il apprit que saint Hilaire avait regagné Poitiers, Martin courut le rejoindre et s’installa dans une étroite cellule, à Ligugé, situé à huit kilomètres de la ville.

La vie monastique était alors à ses débuts en Gaule, et saint Martin en fut presque l’initiateur. Mais son zèle pour les œuvres saintes et pour la prière lui permit d’acquérir rapidement la science des moines les plus expérimentés d’Orient, et d’autres aspirants à la vie angélique ne tardèrent pas à se joindre à lui pour devenir ses disciples.

Au bout d’une dizaine d’années, le siège épiscopal de Tours étant vacant, le clergé et les fidèles de la ville parvinrent, à l’aide d’un stratagème, à arracher le serviteur de Dieu à sa solitude et à le faire consacrer évêque malgré lui (371).

Ce changement d’état ne lui fit en rien modifier sa manière de vivre : même humilité de ’âme, même pauvreté dans les vêtements et la nourriture. « Il avait toute la dignité d’un évêque, sans abandonner le genre de vie et la vertu d’un moine », écrit son biographe, Sulpice Sévère. Saint Martin renonça même à loger dans la riche demeure épiscopale, et il s’installa dans une cellule proche de l’église.

Mais, comme il était constamment dérangé par les visiteurs dans ses saintes occupations, il se retira dans un ermitage situé dans un lieu désert, à deux milles de la cité.

Ce lieu allait devenir le célèbre monastère de Marmoutier. L’évêque habitait une cellule en bois, et les nombreux frères qui vinrent se joindre à lui établirent leurs demeures dans des grottes de la montagne qui surplombait l’endroit.

Il y avait là environ quatre-vingts moines qui vivaient dans une parfaite pauvreté évangélique. Ne possédant rien en propre, ils étaient unis par la charité fraternelle, ne travaillant que le temps qui était nécessaire pour subvenir à leurs besoins, car ils consacraient leurs jours et leurs nuits à la prière et à la méditation, sous la direction paternelle de saint Martin.

Épris de solitude, le serviteur de Dieu n’en était pas moins un évêque conscient de sa mission apostolique dans cette Gaule encore partiellement christianisée.

Si l’Évangile avait pénétré dans les villes, les campagnes étaient encore livrées aux cultes idolâtres et aux superstitions.

Ce fut Martin qui organisa le premier des paroisses rurales dans son diocèse. Il parcourait les campagnes en proclamant le message du salut, confirmant la vérité de ses paroles par de nombreux miracles, et amenant les populations païennes à détruire d’elles-mêmes les temples des idoles pour les remplacer par des églises.

La réputation de thaumaturge de l’évêque de Tours s’étendit bien au-delà des limites de son diocèse, si bien qu’on a pu l’appeler « l’Apôtre des campagnes ».

Partout où il passait, les miracles abondaient, les malades guérissaient, les morts ressuscitaient, les incrédules trouvaient la foi, comme si le Christ lui-même était présent à nouveau dans la personne du saint évêque.

Sa réputation était si grande que son autorité s’imposait même aux plus hauts personnages.

À trois reprises, il se rendit à Trèves, résidence de l’empereur d’Occident, pour intercéder en faveur de son peuple ou pour obtenir de l’empereur Maxime – qui usurpa le pouvoir de 383 à 388 – la grâce pour certains hérétiques du parti de Priscillien, lesquels avaient été condamnés à mort.

Le saint prélat gardait à la cour la même attitude noble et assurée qui témoignait partout de sa familiarité avec Dieu, et il ne craignit pas de manifester à l’empereur la prééminence de la dignité épiscopale sur le pouvoir temporel, ce qui provoqua une telle admiration chez l’impératrice qu’elle insista pour le servir à table comme une humble servante.

Dans les campagnes auprès des paysans comme à la cour, dans la solitude de son monastère comme dans son évêché, saint Martin faisait toujours preuve d’une humilité et d’une charité exemplaires. Persévérant toute sa vie dans le jeûne et la veille, « l’élande son âme était sans cesse tourné vers le ciel ».

« Jamais Martin n’a laissé passer une heure, un moment sans se livrer à la prière ou sans s’absorber dans la lecture. Que ce soit en lisant ou en s’adonnant à toute autre occupation, il ne cessait de prier Dieu...

Jamais personne ne le vit s’irriter, ni s’émouvoir, ni s’affliger, ni rire. Toujours un, toujours le même, le visage resplendissant d’une joie pour ainsi dire céleste, il semblait échapper aux lois de la nature humaine. Dans sa bouche, rien d’autre que le Nom du Christ ; dans son âme, rien que l’amour, la paix et la miséricorde ».

Comme le Christ et tous ses fidèles disciples, le saint dut ce pendant subir des épreuves de la part de certains de ses collègues dans l’épiscopat, qui étaient jaloux de ses faveurs auprès des grands et parmi le peuple.

Martin endura calomnies, mépris, injustes accusations, même de la part de ses proches, mais jamais il ne se départit de sa sérénité et de sa charité.

S’étant rendu un jour, malgré ses quatre-vingt-un ans, dans une de ses parois ses rurales pour en réconcilier les clercs, le saint évêque tomba malade.

Il rassembla alors ses disciples et leur annonça sa mort prochaine. Comme ceux-ci se lamentaient et le suppliaient de ne pas les laisser orphelins, Martin leur répondit en se tournant vers le Seigneur : « Seigneur, si je suis encore nécessaire à ton Église, je ne me dérobe point à la peine. Que ta volonté soit faite ! »

Refusant tout réconfort, il persévéra jusqu’à la fin dans la prière.

Allongé sur un lit de cendre, couvert d’un cilice, il disait : « Il ne convient pas qu’un chrétien meure autrement que sur la cendre.

Si je vous laissais un autre exemple, j’aurais péché. » Comme le diable lui apparaissait pour le tenter une dernière fois, le saint le railla, en disant : « Tu ne trouveras rien en moi qui t’appartienne, maudit ! C’est le sein d’Abraham qui va me recevoir. »

C’est en prononçant ces paroles qu’il rendit son âme à Dieu. Son visage s’illumina alors comme le visage d’un ange. « Son aspect était tel qu’il semblait se montrer dans la gloire de la résurrection future et dans la nature d’une chair transfigurée.»

Le saint évêque remit son âme à Dieu le 8 novembre 397. Son corps fut aussitôt transféré à Tours, où ses funérailles eurent lieu, le 11 novembre, en présence d’une multitude de fidèles accourus des villes et des campagnes environnantes.

Saint Martin fut le premier confesseur (non martyr) objet d’un culte public en Occident.

Ses reliques attirèrent à Tours, pendant de nombreux siècles, des foules de pèlerins. Il est considéré comme le saint protecteur de la France.

Homélie du 11 novembre par Saint Jean de Saint-Denis

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ! Amen !

Je m’arrêterai, aujourd’hui, au miracle de l’eucharistie de saint Martin. On connaît l’acte de charité qu’il accomplit, étant encore catéchumène et officier romain, lorsqu’il partagea son manteau en deux pour couvrir un pauvre, mais le miracle de l’eucharistie n’est guère raconté.

Pourtant, il est significatif : durant une eucharistie - il célébrait à Tours - , après avoir prononcé les paroles du Christ : "ceci est Mon Corps et ceci est Mon Sang", il se mit à invoquer le Saint-Esprit - ce passage de la messe est appelé "épiclèse" - et voici, une boule de feu descendit sur sa tête, le pénétra et sortit de sa main bénissante pour transformer les dons.

Ce miracle, la descente du Saint-Esprit sous forme de feu pendant l’Eucharistie, n’est pas propre à saint Martin. Dans le livre que mon frère vient d’écrire sur saint Serge, vous pourrez lire exactement le même miracle.

Mais ce phénomène du feu, toujours invisiblement présent sur l’autel, se manifestant parfois au regard des témoins, nous donne un enseignement sur l’appel que l’on doit adresser, pendant l’eucharistie, au Saint-Esprit.

Sans appel de l’Esprit-Saint, point d’épiclèse authentique. Cet enseignement se rapporte aussi à notre vie, à celle du peuple de France, à l’Église elle-même.

C’est celui du Feu Sacré que le Christ a tant désiré voir descendre sur terre. Souvenez-vous, l’apôtre Pierre demande à Notre Seigneur : "Maître, combien de fois dois-je pardonner ?".

Le Christ lui répond : "Septante fois sept fois", c’est-à-dire sans limites.

Puis, comme s’Il était blessé par ce désir de l’Apôtre de savoir combien de fois il faut pardonner ou ne pas pardonner, comme si la question de Pierre Le choquait profondément et Lui déplaisait en une certaine manière, comme s’il lui répondait : "Oui, Je te réponds, pardonne", Il ajoute dans une exclamation : "Combien Je voudrais que le feu descende sur terre et l’embrase !"

Cette opposition entre la phrase de Pierre et le cri de l’âme de Notre Seigneur, Son désir ardent de voir le Feu descendre sur terre - ce qui arrivera le jour de Pentecôte - , cette nostalgie de l’Esprit-Saint, Feu, Flamme, ce contraste, cette rencontre, ce dialogue entre le disciple et le Christ, nous ouvre une partie de la pensée divine. Qu’est-ce qui, dans Pierre, déplaît au Christ ?

Pierre est bon, son esprit est large, il veut sincèrement pardonner, mais que cherche-t-il ? Que réclame-t-il, en réalité, de son Maître ? Il demande une constitution, une organisation définitive.

Tu es notre Maître, peut-être partiras-Tu tandis que nous resterons ici-bas, je veux savoir, alors, comment me conduire en toute circonstance de la vie.

Une fois pour toutes, ô Maître, résous mes problèmes. Comment dois-je organiser la société, l’Église, notre vie, et ceci de telle sorte que nous n’ayons plus besoin de nous préoccuper si nous devons pardonner ou non, agir d’une manière ou d’une autre ? 

Le Sauveur dit : "Pardonne septante fois sept fois". C’est la plénitude. Néanmoins, insatisfait de cette société, même bien organisée, qui pardonnera toujours - et nous en sommes loin - , Son Être est troublé et Il S’écrie : "Comme Je veux que le Feu descende sur terre".

Deux conceptions de la vie, de l’éthique, de la société, de l’Église et de la connaissance humaine ; l’Église, pour les uns, est bienfaisante parce qu’admirablement ordonnée, que tout y est prévu.

Si, par hasard, quelque chose d’imprévu surgit inopinément, on a le recours d’expliquer que c’est une défaillance à laquelle elle devra remédier.

L’Église est une constitution, un ordre. Une carence au sein de cette architecture parfaite est un accident.

Nous nous installons en son sein, nous sommes tranquilles, possesseurs d’une certaine paix. - Je dis : certaine paix, car il existe différentes paix... - L’esprit aimanté par l’ordonnance autoritaire et bien construite, tendu vers cette pyramide terminée par une pointe, n’a plus besoin d’exceptionnel, d’inattendu et surtout du "risque" de l’impalpable. Tout est là !

Cette paix ne plaît pas à Notre Seigneur. L’Église peut être basée sur une autre conception.

L’ordonnance, minute après minute, ne sera pas son centre de gravitation.

Le Christ prévient tous les Pierre et tous les Simon du monde. Vous voulez l’ordre ? D’accord, Mais, attention ! là n’est pas le cœur de Mon Église. Son cœur, mes enfants, est le Feu qui doit brûler en vous, le Feu sacré, le Feu d’amour.

Elle est Église-constitution et Église-feu. Quel est le rôle de cette dernière ? Vis-à-vis du pays, par exemple, doit-elle lui offrir une constitution ? Apporter des précisions sur tel ou tel point, indiquer comment il faut agir ? Oui, si vous voulez.

Mais son but primordial est d’enflammer l’humanité, toutes les parcelles de l’univers, afin que la flamme de l’Esprit-Saint les dirige. L’accent est mis sur le Feu divin et non sur l’ordre. Pour quelle raison ?

Parce que le corps parfait qui n’a pas de sang, sans flamme, sans Esprit-Saint en lui, est un cadavre. Il est statique, frigorifié.

Voici les deux conceptions.

Et si l’on vous demande ce qu’est l’Orthodoxie, répondez que sa mission est d’être le feu et non une organisation bien engrenée, ou une machine à recettes de conduite prévoyant tout détail de la naissance à la mort, personnellement, socialement, intellectuellement, économiquement, professionnellement, internationalement. Les plus délicates et subtiles méthodes de dirigisme tournent le dos à cette angoisse de notre Sauveur : Je veux l’Église-Feu !

Et l’apôtre Paul qui affirme que le Dieu de l’ordre n’est pas le Dieu du désordre, affirme aussi : "N’éteignez pas l’Esprit !".

Et si l’on vous demande quel est celui qui écrit les encycliques chez nous, répondez : le Feu du Saint-Esprit. En tant qu’Il est présent et qu’Il enflamme, c’est Lui Qui alimente, vivifie, éclaire, réchauffe, pousse, fait éclater.

Mais, répliquera-t-on, opposer une société bien construite à ce feu, n’est-ce pas opposer l’ordre au désordre, l’harmonie à l’inspiration échevelée ?

Le problème n’est pas là. Il va sans dire que notre Dieu est le Dieu de l’ordre, de la clarté des pensées, Lui, le Logos, l’harmonie par excellence.

Poursuivez l’ordonnance, établissez vos règles, mais n’en faites pas vos idoles. Que votre maison solidement bâtie ouvre sa porte sur l’Esprit-Saint.

Que votre vie bien organisée laisse une place à l’inattendu, au nouveau et au renouveau, à l’impossible ; qu’elle leur donne la possibilité d’entrer, parce que la porte est ouverte.

Enlevez à vos organisations minutieuses les formes de pyramide et les couvercles en coupole, ouvrez, ouvrez-les en coupes susceptibles d’accueillir cette boule de feu qui descendit sur saint Martin.

Mes amis, repoussez l’aberration humaine de vouloir, non point organiser au mieux, mais organiser définitivement.

Tout règlement n’est qu’un marchepied et l’inclination de l’homme à vouloir stabiliser est une inclination vers la mort, contre la vie. L’homme est enclin à la mort. Il désire mourir plutôt que de vivre.

L’Évangile d’aujourd’hui est redoutable. Le mauvais serviteur ayant la responsabilité des affaires de son Maître, et voyant que ce dernier tarde à venir, introduit alors l’ordonnance - l’Inquisition -. Il se met à commander comme si le Maître était à jamais parti. Il arrange, il classe le monde. Dieu est loin.

Le Feu de l’Esprit est loin. Nous sommes sur terre, organisons, organisons. Inévitablement, l’organisation battra les serviteurs.

Et le Christ, de retour, lui dira, parce qu’il n’a pas été "vigilant" au Feu sacré Qui peut descendre à toute seconde, parce qu’il n’a même pas langui après Son retour : "Mauvais serviteur, tu seras jeté là où il y a des grincements de dents. Tu es un hypocrite".

Je résume : Il est nécessaire de rechercher l’ordre dans sa vie, son métier, de mettre la clarté dans ses conceptions, mais point comme quelque chose de définitif, porteur en soi de notre salut.

Soyons vigilants, cultivons notre cœur afin qu’il aspire surtout au Feu de vie de l’Esprit-Saint.

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1 novembre 2020 7 01 /11 /novembre /2020 20:44
Le 17 mai 1925, la canonisation de sainte Thérèse de Lisieux

« C’est certes un fait unique que, deux ans après sa béatification, la Carmélite de Lisieux puisse être mise au nombre des saints, mais qui s’en étonnera à la pensée de la multitude des grâces et prodiges obtenus en ces deux ans par son intercession ?

Il faut vraiment dire que, exauçant la prière formulée par son épouse avec une tendresse confiante d’enfant, le Christ a voulu réaliser la promesse que sur son lit de souffrance et tout près de rendre l’âme, elle avait faite de répandre sur la terre une pluie mystique de roses dès qu’elle serait parvenue au séjour céleste.

On peut voir comment depuis lors s’est répandue dans l’univers entier la renommée de celle qui avait passé sa vie obscure, cachée, ignorée du monde. Le livre que Sœur Thérèse, sur l’ordre de sa supérieure et sa sœur, avait composé sur sa propre vie dans la claire beauté de sa langue maternelle, pour décrire sa voie d’enfance spirituelle, n’est pas seulement entre toutes les mains, mais pénètre de sa suavité les cœurs des hommes les plus éloignés de la perfection chrétienne. Nombre d’entre eux ont été convertis par cette lecture et sont restés fixés dans la charité du Christ. »

Mgr Sébastiani au nom du Pape Pie XI

S. S. Pie XI assis, mitre en tête, docteur de l’Église universelle, prononça la formule rituelle :

« Pour l’honneur de la Sainte Trinité et de chacune des Personnes divines, pour l’exaltation de la foi catholique et le progrès de la religion chrétienne, par l’autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux apôtres Pierre et Paul, après avoir mûrement délibéré et avoir plus d’une fois imploré Ie secours divin, ayant pris conseil de Nos vénérables Frères les cardinaux de la Sainte Église Romaine, des patriarches, archevêques et évêques présents dans la ville, Nous déclarons sainte la bienheureuse Thérèse de l’Enfant-Jésus, Nous la définissons telle, Nous l’inscrivons au catalogue des saints et Nous décidons que chaque année. Le jour de sa naissance (au ciel), c’est-à-dire le 30 septembre, sa mémoire sera, devra être pieusement rappelée par l’Église universelle. Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. Amen. »

Puis dans son homélie « Il a donc plu à la divine bonté, poursuivit-il, de la doter et l’enrichir d’un don de sagesse vraiment exceptionnel. »  « car Notre prédécesseur immédiat l’atteste, la science des choses d’en haut fut si consommée en Thérèse, qu’elle a pu tracer aux autres une voie certaine du salut. »
« Si cette voie de l’enfance spirituelle se vulgarise conclut -il, on voit sans peine combien sera facilitée la réforme de la société humaine que, dès le début de Notre Pontificat, et surtout en promulguant le jubilé Nous Nous sommes donnés pour programme. Nous faisons donc Nôtre la prière par laquelle sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus a clos le précieux livre de sa vie : « Nous te supplions, ô bon Jésus, d’abaisser ton regard divin sur un grand nombre de petites âmes et de te choisir une petite légion d’âmes victimes sur la terre dignes de ton amour. »

 

  • François VEUILLOT (le 19 mai 1925)

La Croix

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