Je vais vous parler de cet événement que nous nommons Noël et qui contient tant de mystères et de nourriture spirituelle.
À ceux qui fêtent Noël par un bon repas nocturne, un réveillon avec danses, où l'on ne pense pas surtout à Dieu, je dis par avance qu'ils font très bien.
A ceux qui voient dans la fête de Noël des souvenirs d'enfance, des cadeaux, des réunions de famille pas spécialement spirituelles, plutôt sentimentales, la visite à la crèche avec les enfants, peut-être même la messe de minuit pour écouter de la belle musique sans tenir compte de ce qui se passe, je dis, à l'avance, qu'ils font très bien.
A ceux qui ne voient en Noël qu'une fête païenne, le retour du soleil, la nuit diminuant, la vie recommençant à jaillir parmi nous avec le printemps, à ceux qui ne voient que cela, je dis à l'avance: parfait.
A ceux qui désirent aller plus loin dans le mystère de Noël, dans la pénétration de l'Absolu, de l'Éternel, dans le temps, dans la nouvelle naissance, sans parler du mystère de Noël véritablement spirituel et de son contenu, je dis à l'avance certainement c'est très bien.
Oui, je dis très bien à ces différents hommes parce qu'incons-ciemment ils reconnaissent cette fête qu'ils ne comprennent pas.
Chaque jour, toutes les églises du monde chantent aux laudes : « Cieux, bénissez le Seigneur; que la terre et les eaux bénissent le Seigneur; que les monstres marins bénissent le Seigneur; que la chaleur et le froid, la lumière et les ténèbres bénissent le Seigneur. »
Nul n'est exclu, d'aucune fête chrétienne!
Une nuit, en revenant de la messe de Pâques, je rencontrai un ivrogne. Je me sentais soulevé par la joie de la Résurrection mais lui avait compris cette fête autrement, allant de bistrot en bistrot. Il était environ 3 heures du matin, j'avais froid, j'étais fatigué, il y avait un café ouvert, j'y entrai, étant encore à une heure de marche de chez moi.
Le patron était gros, paisible, très en repos, regardant avec des yeux indifférents, comme ceux du bœuf dans la crèche, supportant les clients, subissant ce pauvre ou heureux ivrogne -comme vous voudrez qui buvait son énième verre et disait en un français très «petit russe »
: « Je suis heureux, ah! Je suis heureux, heureux, c'est Pâques.
Et il se frappait la poitrine. Et comme il n'avait rien à raconter, il ajoutait: « Moi, prisonnier (il avait été probablement prisonnier de guerre), Pâques! vin! Pâques! pas chocolat! (pourquoi pas chocolat? je ne sais) mais fête! Pâques! »
Puis il tombait et le patron le regardait et disait: « Bah, dors! C'est Pâques. »



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