En Grèce, du moins dans le passé, le premier jour du carême, qu’on appelait le « lundi propre » - dans l’Eglise orthodoxe, le carême ne commence pas un mercredi, mais deux jours plus tôt dans la semaine qu’en Occident – se déroulait traditionnellement la première célébration en plein air de l’année.
Les familles se rendaient à la campagne, montaient sur les collines et lançaient des cerfs-volants.
C’est donc une image à mettre en parallèle avec les cérémonies occidentales du mercredi des cendres…
L’une et l’autre sont manifestement très différentes dans leurs implications.
Les cendres déposées comme une marque sur notre front – sens de mortalité et de pénitence – constituent certainement une partie essentielle du sens global du carême…
Mais parallèlement, l’Orthodoxie grecque nous encourage à associer le carême à l’air frais, au vent qui souffle sur les collines et à la venue du printemps.
Le carême est le temps des cerfs-volants, un temps d’aventure, d’exploration, d’initiatives toutes fraîches et d’espérances nouvelles.
A cet égard, il n’est sûrement pas fortuit que la saison du carême vienne, dans l’hémisphère nord, non pas en automne, lorsque les feuilles tombent et les jours raccourcissent, non pas en hiver, lorsque les arbres sont nus et les étangs gelés, mais au printemps, lorsque la glace se rompt et qu’on sent partout de la vie nouvelle.
En fait, le sens originel du mot anglais Lent – carême - était précisément « temps du printemps », comme nous pouvons le voir dans ce poème médiéval : « Le printemps – Lenten – est venu avec l’amour dans la ville, avec des fleurs et des chants d’oiseaux. »
Il peut sembler étrange de penser le carême comme un temps pour tomber amoureux, mais c’est peut-être une partie de son sens.
Le lien entre le carême et le printemps apparaît aussi dans les textes liturgiques orthodoxes : « Le printemps du jeûne est arrivé, la fleur de repentance s’est mise à fleurir. » La repentance – la métanoïa ou changement d’esprit – n’est pas que des cendres mais une fleur qui s’ouvre…
« Tout ce qui est saint » de K. Ware, Le Cerf, p. 195-196



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