Luc 12.35-48
Abba Philémon
Un frère, du nom de Jean, vint du couvent des Paraliotes trouver Abba Philémon, et lui tenant les pieds, il lui dit: Père, que dois-je faire pour être guéri? Car je vois mon intelligence tourner et errer çà et là, où il ne faut pas. »
Il attendit un peu et répondit: Cette maladie est celle des hommes du monde; elle persiste parce que tu n'as pas encore un désir parfait de Dieu. La chaleur du désir et de la connaissance de Dieu n'est pas encore entrée en toi. Le frère dit: Père, que dois-je faire ? ». Il lui répondit :
Retire-toi, sois sobre et vigilant dans ton cœur et, avec crainte et tremblement, dans cette sobre vigilance, dis en ton intelligence: Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi ». Aie donc cela dans ton cœur à tout moment.
Que tu manges, que tu boives, que tu te trouves en compagnie, que tu sois hors de ta cellule, que tu sois en chemin, que cela ne te quitte pas. D'une pensée sobre et vigilante et d'une intelligence ferme et droite, prie cette prière, chante er médite les prières liturgiques et les psaumes.
Et que, dans les néces sités mêmes du corps, ton intelligence ne cesse pas de méditer et de prier en secret. C'est ainsi que tu pourras comprendre les profondeurs de la divine Écriture et la puissance qui est cachée en elle, et donner à l'intelligence un travail continuel, afin d'accomplir la parole de l'apôtre qui dit : « Priez sans cesse » (1 Th 5.17).
Sois donc rigoureusernent attentif et garde ton cœur, pour qu'il n'accueille pas de pensées mauvaises ou n'importe quelles pensées vaines et inutiles. Mais, à tout moment, que tu sois couché ou levé, quand ton cœur, en sa réflexion, tantôt médite les psaumes, tantôt dise la tu manges et bois, quand tu rencontres quelqu'un, que secrètement prière: Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi ».
Si ta prière et ta méditation des Écritures demeurent continuel. les, les yeux de l'intelligence de ton âme s'ouvriront, celle-ci éprouvera une grande joie et un désir ineffable et violent : même la chair sera embrasée par l'Esprit, au point que l'homme tout entier sera spirituel.
Quand donc Dieu te jugera digne de prier jour et nuit d'une intelligence pure, hors de toute distraction, ne t'attache plus à ta propre règle. Mais autant que tu le peux, unis-toi toujours davantage à Dieu. C'est lui qui éclairera ton cœur sur l'œuvre spirituelle que tu dois accomplir. »
Après avoir, par ces paroles, bien armé le frère et l'avoir confié au Seigneur et à l'Esprit de sa grâce, il le renvoya.
Le frère qui vivait avec Abba Philémon raconta ceci : « Un jour que j'étais assis près de lui, je lui demandai s'il avait été éprouvé par les agressions des démons quand il était au désert ». Il me dit : « Frère, pardonne-moi.
Si Dieu permettait que viennent sur toi les tentations que j'ai reçues du diable, je ne pense pas que tu puisses supporter leur amertume. J'ai soixante-dix ans ou à peu près. J'ai passé la plus grande partie de ma vie dans les tentations.
Alors, j'agissais toujours ainsi : je remettais toute mon espérance à Dieu, et lui me délivrait aussitôt de toute détresse.
C'est pourquoi, frère, je ne m'occupe plus de moi-même, car je sais que lui se soucie de moi, et je supporte plus légère-ment les épreuves qui m'arrivent.
Je n'apporte de moi-même qu'une seule chose: la prière continuelle. Il faut prier continuellement pour qu'aucune autre pensée ne vienne nous séparer de Dieu et ne prenne sa place dans notre intelligence».
In Philocalie des Pères Neptiques, Abbaye de Bellefontaine, 1986, T7, p. 68s



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