— Ancien, avez-vous déjà vu le Christ ?
— Oui, mon Père, je l’ai vu, répondit-il à voix basse, avec une grande sincérité et cette tristesse qu’il est impossible d’imiter.
— Et comment est le Christ, Ancien ?
— Mon Père, le Christ est tel que l’Évangile nous le montre : juste, bon, pur, simple et proche de l’homme. Il n’impose rien, il ne fait pas de mal, il n’exige rien par la force. Il vient en paix et demeure là où Il trouve un cœur pur.
Surpris, je lui posai d’autres questions :
— Et quand cela s’est-il passé ? Quand l’avez-vous vu ?
L’ancien baissa les yeux. Des larmes s’étaient déjà accumulées en lui.
— Mon père, j’ai vu le Christ lorsque j’ai appris à aimer sans rien attendre en retour. Lorsque je me suis vidé de moi-même, de ma volonté, de mes valeurs, de mon désir d’être récompensé. J’ai donné ce que je pouvais et je n’ai rien demandé de plus aux gens. Et c’est alors, à ce moment précis, qu’Il est venu.
Puis il a dit doucement :
— Le Christ vient quand on commence à Lui ressembler.
Ces paroles se sont profondément gravées dans mon cœur. Car le véritable amour ne calcule pas et ne tient pas compte du bien qui a été fait. Il ne demande pas : « Qu’est-ce que j’y gagne ? » L’amour s’offre, se sacrifie, persévère, pardonne et continue d’aimer même lorsqu’il est blessé. Il peut être trahi sans pour autant haïr. Il peut être crucifié tout en priant pour celui qui l’a blessé.
Aimer véritablement, c’est laisser mourir une partie de soi-même, afin que le Christ puisse vivre davantage en vous. C’est pouvoir dire à l’autre, sans tapage et sans orgueil : « Prends mon paradis et donne-moi ton pardon. »
Peut-être qu’au moment même où l’on cesse de vivre pour soi-même, on commence à voir véritablement le Christ.
— Charalampos Papadopoulos, extrait du livre « La vie sans recettes »



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