Overblog Tous les blogs Top blogs Religions & Croyances
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Traduire le blog - Translate into your language

15 septembre 2008 1 15 /09 /septembre /2008 21:51

Je dis toujours : Laissez passer les pensées comme les nuages dans le ciel, laissez passer, passer, passer... Il faut épuiser le trop-plein de pensées, alors le cerveau peut recevoir de nouvelles informations. Une bouteille pleine ne peut plus rien contenir ; une bouteille vide, oui. Mais pour bien laisser passer, il faut se concentrer sur la posture de méditation : dos droit, bassin basculé, nuque droite, pouces qui ne doivent faire ni montagne ni vallée, yeux mi-clos, se concentrer sur l'expiration la plus longue possible jusque dans le hara, le kikai tanden, l'océan de l'énergie qui se situe dans l'abdomen. Vos postures ne doivent pas être comme des bouteilles de bières éventées ! Elles doivent être fortes, riches, belles, alors l'harmonie en vous, la sagesse apparaît. La vraie sagesse se trouve dans l'effort de l'immobilité. L'effort juste est le plus important.

[...] notre corps est comme un instrument de musique qu’il faut savoir accorder pour bien jouer la vie. Pour apprendre à "négocier la Voie", dit-on dans le zen.

[...] Nos contemporains sont trop faibles. La posture de méditation peut les rendre forts. C'est la civilisation qui les rend faibles, il y a trop de tout, trop à manger, trop de bruit, trop de publicité, trop d'images, trop de sexe, trop, trop. Tout le monde est intoxiqué, hystérique, la voie naturelle oubliée...

[...]Je vois l’avenir avec beaucoup de destructions, toujours davantage de pollutions. L'espèce humaine ne pourra se sauver que par sagesse. La sagesse doit s'élever de l'humanité.

[...]A la fin, toutes les bulles d'air à la surface d'un cours eau font "plop" et reviennent se fondre à ce coursd' eau. Alors ce n'est pas la peine de se poser trop de questions : comment va finir l'humanité, comment vais-je mourir, combien de temps mes enfants vont-ils vivre, comment vais-je survivre, quand est-ce que je vais rencontrer la femme de ma vie, quand est-ce qu'un homme va coucher avec moi ?... Quand ? Comment ? Pourquoi ? On se torture sans cesse avec des questions inutiles. L'important est l'action : ici et maintenant, agir. La réponse aux questions vient toujours assez vite. La vie est comme une ligne faite de points. Chaque instant est un point. Plus chaque instant est vécu fort, plus les points, et donc la ligne, sont forts. Il faut tracer sa vie avec force. La posture de méditation aide, c'est tout. Elle aide à guérir le corps et l'esprit.

[…] pratiquer le zen consiste à penser avec son corps, c'est unir le corps et l'esprit, c'est une sagesse du corps. Ch'an, zen, dhyana, zazen, tous ces mots définissent la méditation qui est pratique de tout le corps. Ainsi peut-on équilibrer les deux cerveaux. L'être moderne est gravement malade : la pratique de la méditation peut l'aider à devenir sain. Ce n'est pas la peine de s'enfuir dans une grotte dans la montagne pour cela. La posture elle-même est la grotte et la montagne. Où que vous soyez existe la vraie liberté, celle du poisson dans l'eau ou de l'oiseau dans le ciel. Mais on peut amener un cheval à la rivière, c'est à lui de boire... Transformer son karma reste l'affaire de chacun !

Taisen Deshimaru 1914 -1982

Partager cet article
Repost0
11 septembre 2008 4 11 /09 /septembre /2008 20:26

On me pose la question de savoir “s’il est possible à ceux qui vivent dans le monde de pratiquer la prière noétique”. La réponse est oui! Afin de rendre cette affirmation claire à ceux qui sont intéressés et d’informer ceux qui ne sont pas conscients de cette possibilité, nous allons brièvement expliquer afin que nul ne soit dans l’embarras à cause des diverses interprétations et définitions qui sont données de la prière noétique.

En général, la prière est la seule occupation et la seule vertu obligatoire et indispensable à tout être rationnel, qu’il soit doué de sensations et de pensée, qu’il soit humain ou angélique. C’est la raison pour laquelle [l’apôtre Paul] nous enjoint de prier sans cesse.

La prière n’est pas divisée dogmatiquement en types et méthodes mais, selon les Pères, tout type de prière et toute méthode de prière est bénéfique, pour autant qu’elle ne soit pas sous l’influence d’une illusion diabolique. Le but de cet exercice très vertueux et de diriger et de garder l’intellect de l’homme vers Dieu. Dans ce but, nos Pères ont mis au point des méthodes de prière plus accessibles et ont simplifié la prière, afin que l’intellect puisse plus facilement et de plus en plus fermement se tourner vers Dieu et demeurer en Lui. Avec les autres vertus, les autres parties du corps de l’homme interviennent ainsi que les sens tandis que le bienheureuse prière de l’intellect seul est pleinement active. Ainsi, beaucoup d’effort est nécessaire pour faire violence à l’intellect et pour le brider, afin que la prière devienne acceptable et produise des fruits. Nos très saints Pères, qui aimaient Dieu pleinement avaient pour but principal de leur étude, de s’unir à Dieu et de rester continuellement en Lui. Ils mirent de ce fait tous leurs efforts dans la prière pour parvenir à cette fin.

Il est d’autres formes de prière qui sont connues et communes à presque tous les chrétiens: nous n’allons pas en parler à présent. Nous nous limiterons à ce que l’on appelle la prière noétique, car c’est elle que l’on nous demande toujours d’expliquer. C’est un sujet qui concerne une multitude de fidèles puisque presque rien n’en est connu, qu’elle est souvent mal interprétée et décrite d’une manière assez invraissemblable. La manière précise de la mettre en pratique aussi bien que les résultats de sa vertu déifiante qui mène de la purification à la sanctification, nous laisserons les Pères en parler. Dans notre indigence, nous ne mentionnerons que ces choses qui sont nécessaires pour clarifier ce sujet et convaincre nos frères vivant dans le monde qu’ils doivent s’adonner à cette prière.

Les Pères l’appellent noétique parce qu’elle est faite avec l’intellect ( nous en grec), mais ils l’appellent aussi sobre vigilance ( nepsis) ce qui signifie presque la même chose. Les Pères nous décrivent l’intellect comme être libre et curieux qui ne supporte pas l’enfermement et n’est pas persuadé par ce qu’il ne peut concevoir de lui-même. C’est la raison pour laquelle, ils ont d’abord choisi quelques mots qui ont composé une seule prière très simple, “Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi”, afin que l’intellect ne doive pas fournir un gros effort comme pour une prière longue. Ensuite, ils tournèrent l’intellect vers l’intérieur, vers le centre de notre raison, où il doit se tenir immobile dans l’invocation du très doux Nom de notre Seigneur Jésus, afin de ressentir la divine consolation aussi vite que possible. Il est impossible selon les Pères, que notre bon Maître, ainsi appelé continuellement, ne nous entende pas, Lui Qui désire si ardemment le salut des hommes.

De même qu’une vertu à laquelle on aspire ne peut être obtenue que par des moyens favorables, ainsi, cette œuvre sainte demande quelques rudiments indispensables: un certain degré de calme, être libre de tout souci, éviter de vouloir comprendre et de répandre la nouvelle de ce qui arrive alors, “donner et prendre” comme le disent les Pères, une discipline personnelle en toute chose, et le silence absolu qui résulte de ces choses. De plus, je ne pense pas que cette persévérance et cette habitude soient hors d’atteinte des êtres pieux qui s’intéressent à cette sainte activité. La bonne habitude de prier à heures régulières, le matin et le soir aux mêmes heures, serait un bon début.

Nous avons là certainement mis l’accent sur l’élément le plus indispensable dans la prière. Ceci est justement mis en relief par Saint Paul, “soyez persévérants dans la prière.” ( Col.4:2) A la différence des autres vertus, la prière nécessite un effort de notre vie entière et, pour cette raison, je répète à ceux qui tentent de faire cet effort, de ne pas se sentir entravés, ni de considérer la nécessité de faire preuve d’endurance requise par cette prière, comme un défaut qui entacherait cette œuvre de sobriété.

Au début, il est nécessaire de dire la prière dans un murmure, ou plus fort quand on est confronté à la contrainte ou à la résistance intérieure. Quand cette bonne habitude est prise, au point que la prière est soutenue et peut être dite aisément, alors, on peut se tourner vers l’intérieur dans un silence absolu et total. Dans la première partie du livre des Récits du Pélerin, nous est donné un bon exemple d’initiation à cette prière. Une grande persévérance, un grand effort, avec les mêmes paroles inaltérées de la prière engendreront une bonne habitude de cette prière. Cela amènera le contrôle de l’intellect, et, à ce moment-là, la présence de la Grâce sera manifestée.

De même que chaque vertu a un résultat qui lui correspond, la prière engendrera la purification de l’intellect et son illumination, jusques au bien le plus haut et parfait, l’union avec Dieu, c’est-à-dire en réalité la divinisation (théosis). Cependant les Pères nous préviennent ainsi: il appartient à l’homme de s’efforcer d’entrer dans la voie qui conduit à la Cité, et si, par hasard, il n’arrivait pas au terme du parcours, Dieu le mettrait au nombre de ceux qui sont parvenus au but. Pour être plus clair, surtout sur ce sujet de la prière, je veux expliquer comment nous tous, chrétiens devont combattre dans la prière, particulièrement celle dite monologique ou noétique. Si l’on parvient à une telle prière, on en retirera grand profit.

POUR LES FIDELES QUI VIVENT DANS LE MONDE
Joseph l'hésychaste ( Mont Athos)
Version française Claude Lopez-Ginisty

Partager cet article
Repost0
7 septembre 2008 7 07 /09 /septembre /2008 20:12
Lorsqu'il croule sous le travail et les responsabilités familiales, associatives ou ecclésiales, un de mes amis a coutume de lancer, mi-bougon, mi-goguenard : « J'aurais dû me faire moine ! » A chaque rentrée de septembre, sa rengaine se fait plus lancinante. Je lui tape alors affectueusement sur l'épaule et lui rétorque, tout à trac : « Toi, dans un monastère ? Tu ne tiendrais pas huit jours ! »

En confessant à la cantonade ses rêves de désert, de solitude et de paix, cet ami - qui n'a rien d'un Chartreux ! - ne révèle pas autre chose que l'inévitable tension qui taraude toute expérience chrétienne. Difficile position, en effet, que celle du croyant. Comment être « au monde » sans se laisser dévorer par les scintillements factices de la modernité ? Comment s'engager au plus vrai des réalités et des solidarités dont est tissée une vie d'homme et de femme, tout en gardant les yeux rivés au ciel ?

« Tout homme en qui a germé la Parole est en exil, écrivait Jean Sulivan. Présent, absent à toutes opinions ou idéologies, en toutes activités ou engagements. Occupé à survivre comme tout le monde avec des passions, des espoirs, des déceptions, tenant sa place dans la caravane...» Cortège du quotidien des jours, du métier à accomplir, du salaire à gagner, du rôle social à habiter, de l'engagement à tenir...

Cortège auquel on rêve parfois de fausser compagnie pour se tourner enfin sérieusement vers l'Absolu. Comme si la « vraie vie » était à côté de celle que nous menons ! Tentation bien connue : « Plantons trois tentes ! » lance à Jésus un Pierre un instant tenté de demeurer sur les hauteurs de la montagne.

Si les moines fascinent tant aujourd'hui, c'est parce qu'ils semblent avoir choisi le sentier escarpé des cimes. Si nous les envions parfois, c'est parce que leur choix nous semble plus cohérent, plus clair parce que plus radical, tout entier libéré pour l'aventure intérieure.

Il y aurait sans doute beaucoup à dire sur cette vision idyllique de la vie monastique. Lorsqu'on prend le temps d'écouter les vieux moines, il nous disent les longues années d'obscurité où les escales furtives de lumière sont plus rares qu'on le pense. Et puis, la vie communautaire connaît aussi, comme dans n'importe quelle famille humaine, ses limites et sa rugosité. C'est notre condition : nous ne pouvons pas demeurer sur la montagne. Suivre le Christ, c'est affronter l'inévitable tension entre intériorité et engagement, lutte et contemplation. Et sans doute est-ce de cette tension même, de ce va-et-vient permanent entre prière et action que peut jaillir la fécondité spirituelle.

« Où est ta montagne ? »

Question que tout croyant « engagé » doit régulièrement laisser retentir. Sur tout en ces temps compulsifs où tout semble fait pour lui éviter les salutaires ascensions.« La vie spirituelle se nourrit de ses propres fruits» disait Marcel Légaut, berger et prophète du XXe siècle. Mais encore faut-il sauvegarder dans nos vies la terre où planter le fruitier.

Bertrand Révillon
Panorama Septembre 2008 
Partager cet article
Repost0