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13 janvier 2026 2 13 /01 /janvier /2026 23:27
Calligraphie et illustration sur le thème de Hildegarde de Bingen
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8 février 2026 7 08 /02 /février /2026 20:26
Pain levé ou pain azyme

La question du pain levé (artos - ἄρτος) et du pain azime (azymos - ἄζυμος) dans l'Eucharistie n'est pas un détail liturgique mineur ni une question de coutume locale.

Elle touche au cœur même des mystères de l'Incarnation, de la Résurrection et de la vie de l'Église.

Cette distinction repose clairement sur trois niveaux : le langage des Écritures, la théologie du salut et la tradition historique et canonique.

Le point de départ n'est pas la spéculation, mais le langage même du Nouveau Testament.

Pour décrire l'institution de l'Eucharistie, les quatre Évangiles et saint Paul l'Apôtre utilisent le mot grec artos pour désigner le pain que le Christ a pris, béni, rompu et donné à ses disciples (Mt 26, 26 ; Mc 14, 22 ; Lc 22, 19 ; 1 Co 11, 23-24).

Il existe une idée fausse très répandue selon laquelle la Cène était le repas de la Pâque juive, mais le Nouveau Testament ne le dit pas explicitement.

Si les Évangiles synoptiques utilisent un langage lié à la Pâque, ils ne décrivent pas clairement le rituel complet de la Pâque juive (le Seder) et ne mentionnent pas non plus ses éléments essentiels, tels que l'agneau pascal ou les bénédictions mosaïques spécifiques.

La théologie de l'Évangile de saint Jean clarifie le point crucial selon lequel le Seigneur Jésus est crucifié à l'heure même où les agneaux pascaux sont abattus dans le Temple (Jean 19, 14).

Cela signifie que la Cène a eu lieu avant la fête officielle de la Pâque, non pas comme un repas rituel de la Pâque selon la loi juive, mais comme un repas de la Nouvelle Alliance - le Christ lui-même est révélé comme le véritable Agneau.

Notre Jésus-Christ ne répète pas un ancien rite, mais il établit une nouvelle réalité (l'ombre cède la place à son accomplissement).

Et dans le grec biblique, artos n'est pas un terme vague ou neutre ; il désigne le pain ordinaire, le pain levé, le pain de la vie quotidienne.

Si les évangélistes avaient voulu faire référence au pain sans levain utilisé dans la Pâque juive, ils disposaient d'un terme précis et bien établi : azymos.

Or, ce mot n'est jamais utilisé pour décrire le pain eucharistique dans les récits de son institution.

Cela a son importance, car le Nouveau Testament ne laisse ici aucune place à l'ambiguïté ; le langage identifie le pain, et la théologie doit rester fidèle à ce langage.

Dans la tradition orthodoxe, le levain n'est pas un symbole du péché, mais de la vie, du mouvement et du pouvoir transformateur du Saint-Esprit.

Le levain rend la pâte « vivante » : elle lève, se dilate et se transforme de l'intérieur, tout comme la grâce divine transforme la nature humaine en Christ.

C'est pourquoi le pain levé (artos) est considéré comme le symbole approprié du Corps ressuscité du Christ - un Corps vivant, animé, rempli du Saint-Esprit... et non un corps traité comme un cadavre conservé.

L'Eucharistie proclame le Christ non pas comme celui qui est simplement mort, mais comme celui qui vit et donne la vie.

Le pain sans levain (azymos), en revanche, est indissociable de la Pâque de l'Ancien Testament, de la hâte, de la fuite d'Égypte et d'une étape de l'histoire du salut encore sous l'ombre de la Loi.

L'orthodoxie insiste sur le fait que la Nouvelle Alliance ne se contente pas de prolonger la Loi, mais qu'elle l'accomplit et la transcende.

L'introduction du pain sans levain dans l'Eucharistie est donc considérée comme une forme de judaïsation rituelle, un retour aux ombres après que la réalité soit déjà venue.

La question n'est pas de savoir quel pain est « techniquement valable », mais quel Christ nous confessons : le Seigneur vivant et ressuscité, ou un symbole contraint par les catégories de l'ancienne Loi.

Tout au long du premier millénaire, l'Église tout entière (Orient et Occident confondus) a utilisé du pain levé dans l'Eucharistie ; ce n'est qu'au Xe ou XIe siècle que l'Église romaine a progressivement adopté le pain sans levain, un changement considéré comme unilatéral et dépourvu de fondement apostolique.

Les conciles orthodoxes et la tradition canonique, en particulier le concile de Trullo (sixième concile œcuménique), ont explicitement condamné l'utilisation du pain sans levain, y voyant une rupture avec la tradition apostolique et un préjudice à l'enseignement de l'Église sur la rédemption complète et la présence du Saint-Esprit dans le sacrement.

La question n'a jamais été purement liturgique ; elle reflétait une théologie appauvrie dans sa profondeur pascale et pneumatologique.

L'Eucharistie du Nouveau Testament n'est pas la répétition d'un rituel ancien, mais la transformation de la vie humaine ordinaire en un lieu de grâce.

Le pain levé - le pain de la table humaine - est offert et devient le Corps du Christ par la puissance du Saint-Esprit. Telle est la logique même de l'Incarnation : Dieu n'abolit pas la matière, mais la rachète et la transforme.

Le pain levé devient ainsi un signe de la vie et du travail humains - la farine et le levain, le travail et l'attente... tout cela est accueilli dans le Royaume de Dieu et transfiguré de l'intérieur.

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7 février 2026 6 07 /02 /février /2026 20:53
Vous aussi tenez-vous prêts

Luc 12.35-48 

Abba Philémon

Un frère, du nom de Jean, vint du couvent des Paraliotes trouver Abba Philémon, et lui tenant les pieds, il lui dit: Père, que dois-je faire pour être guéri? Car je vois mon intelligence tourner et errer çà et là, où il ne faut pas. »

Il attendit un peu et répondit: Cette maladie est celle des hommes du monde; elle persiste parce que tu n'as pas encore un désir parfait de Dieu. La chaleur du désir et de la connaissance de Dieu n'est pas encore entrée en toi. Le frère dit: Père, que dois-je faire ? ». Il lui répondit :

Retire-toi, sois sobre et vigilant dans ton cœur et, avec crainte et tremblement, dans cette sobre vigilance, dis en ton intelligence: Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi ». Aie donc cela dans ton cœur à tout moment.

Que tu manges, que tu boives, que tu te trouves en compagnie, que tu sois hors de ta cellule, que tu sois en chemin, que cela ne te quitte pas. D'une pensée sobre et vigilante et d'une intelligence ferme et droite, prie cette prière, chante er médite les prières liturgiques et les psaumes.

Et que, dans les néces sités mêmes du corps, ton intelligence ne cesse pas de méditer et de prier en secret. C'est ainsi que tu pourras comprendre les profondeurs de la divine Écriture et la puissance qui est cachée en elle, et donner à l'intelligence un travail continuel, afin d'accomplir la parole de l'apôtre qui dit : « Priez sans cesse » (1 Th 5.17).

Sois donc rigoureusernent attentif et garde ton cœur, pour qu'il n'accueille pas de pensées mauvaises ou n'importe quelles pensées vaines et inutiles. Mais, à tout moment, que tu sois couché ou levé, quand ton cœur, en sa réflexion, tantôt médite les psaumes, tantôt dise la tu manges et bois, quand tu rencontres quelqu'un, que secrètement prière: Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi ».

Si ta prière et ta méditation des Écritures demeurent continuel. les, les yeux de l'intelligence de ton âme s'ouvriront, celle-ci éprouvera une grande joie et un désir ineffable et violent : même la chair sera embrasée par l'Esprit, au point que l'homme tout entier sera spirituel.

Quand donc Dieu te jugera digne de prier jour et nuit d'une intelligence pure, hors de toute distraction, ne t'attache plus à ta propre règle. Mais autant que tu le peux, unis-toi toujours davantage à Dieu. C'est lui qui éclairera ton cœur sur l'œuvre spirituelle que tu dois accomplir.  »

Après avoir, par ces paroles, bien armé le frère et l'avoir confié au Seigneur et à l'Esprit de sa grâce, il le renvoya.

Le frère qui vivait avec Abba Philémon raconta ceci : « Un jour que j'étais assis près de lui, je lui demandai s'il avait été éprouvé par les agressions des démons quand il était au désert ». Il me dit : « Frère, pardonne-moi.

Si Dieu permettait que viennent sur toi les tentations que j'ai reçues du diable, je ne pense pas que tu puisses supporter leur amertume. J'ai soixante-dix ans ou à peu près. J'ai passé la plus grande partie de ma vie dans les tentations.

Alors, j'agissais toujours ainsi : je remettais toute mon espérance à Dieu, et lui me délivrait aussitôt de toute détresse.

C'est pourquoi, frère, je ne m'occupe plus de moi-même, car je sais que lui se soucie de moi, et je supporte plus légère-ment les épreuves qui m'arrivent.

Je n'apporte de moi-même qu'une seule chose: la prière continuelle. Il faut prier continuellement pour qu'aucune autre pensée ne vienne nous séparer de Dieu et ne prenne sa place dans notre intelligence».

In Philocalie des Pères Neptiques, Abbaye de Bellefontaine, 1986, T7, p. 68s 
 

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