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HAUTES CÉVENNES
Deux figures du skite Sainte-Foy distinguées à Paris
Les deux moines orthodoces du skite Sainte-Foy de Saint-Julien-des-Points, frère Jean (P. Gérasime) et frère Joseph ont tous les deux été honorés par l’Archevêque Jean (de Doubna) dimanche 21 décembre à la cathédrale Saint Alexandre-Nevsky à Paris.
À cette occastion a été célébrée l'ordination sacerdotale du hiérodiacre Joseph, qui devient prêtre, le hiéromoine Joseph.
Par ailleurs l'higoumène Gérasime (plus connu sous le nom de frère Jean) a été élevé à la dignité d'archimandrite qui est le plus haut grade honorifique pour les moines orthodoxes équivalence de l'évêque pour les catholiques. Il porte un mandia (manteau), une mitre colorée, une croix ornée et une crosse pastorale.
Nous leur souhaltons de longues années en bonne santé au skite Sainte-Foy et demandons leurs prières.
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SKITE SAINTE FOY - Des Cévennes au Mont Lozère, Office du Tourisme
Le Skite Sainte Foy est un monastère orthodoxe. Il surplombe la Vallée Longue et se présente comme une ferme en pierres de schiste avec des toits en lauzes et des ouvertures sur une cour intéri...
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par Mohammed Taleb
Dans le Coran, qui est le Dit divin pour la conscience musulmane, Jésus (‘Aïssa) est désigné par une constellation de titres qui, pris ensemble, dessinent les linéaments d’une christologie islamique propre qui refuse l’assimilation trinitaire, mais aussi la dévalorisation de ce personnage.
Bien au contraire ces titres lui confèrent une dignité, une hauteur, un rang que les Chrétiens d’Occident ne soupçonnent pas.
A partir du Coran donc, le musulman et la musulmane attestent que Jésus est « fils de Marie » (ibnou Maryam - عيسى ابن مريم), « le Messie » (Al-Massih - المسيح), « le Messager de Dieu » (Rasoulou Llah - رسول الله), « Prophète (Nabiyy – يب Serviteur » ,(ن de Dieu » (ʿAbdou Llah - عبد الله), « Parole de Dieu » Kalimatou Llah - كلمة الله), Parole de vérité » (Qawla l-Haqq - يق Esprit venant de Lui » (Rouhoun » ,(قول الح
min-hou - رو ح منه), « Signe » (Ayah - آية), « Béni » (Moubarak - مبارك).
L’unité de ces désignations esquisse une figure christologique où Jésus apparaît comme événement de parole, de souffle et de signe, entièrement référé à l’unicité divine ; ni incarnation de Dieu, ni simple maître spirituel, mais manifestation privilégiée du Verbe créateur dans l’histoire.
Né à Bayt Lahm, Bethléem (situé dans la Cisjordanie palestinienne), Jésus vient au monde dans un lieu dont le nom même ouvre une méditation sur l’habiter : bayt (بيت) désigne en arabe la maison, la
demeure, l’habitat, mais aussi, de manière décisive, le vers du poème, comme si la langue savait depuis toujours que vivre et dire procèdent d’un même geste.
Le bayt est ce qui recueille, abrite, donne forme, qu’il s’agisse du corps, de la parole ou de la terre vivante elle-même.
Naître à Bethléem, c’est ainsi naître dans une maison qui est déjà langage, rythme, hospitalité, et suggérer que l’événement messianique engage une manière d’habiter le monde avec justesse et attention.
Dix-huit siècles plus tard, cette intuition trouve un écho étonnant dans la parole du romantique allemand Friedrich Hölderlin, qui écrit dans In lieblicher Bläue : « Voll Verdienst, doch dichterisch wohnet / Der
Mensch auf dieser Erde » - « Plein de mérite, certes, mais poétiquement l’homme habite sur cette terre ».
Entre le bayt biblique et coranique et le vers hölderlinien, se dessine une même conviction, la poésie n’est pas ornement, mais condition de l’habitation juste, manière d’accueillir le monde non comme un objet à posséder, mais comme une demeure à garder vivante.
Pour les Arabes chrétiens comme pour les Arabes musulmans, Jésus occupe une place singulière qui excède les frontières confessionnelles.
Figure centrale de la foi pour les uns, ‘Aïssa prophète majeur et Parole de Dieu pour les autres, il appartient à une mémoire spirituelle partagée de la Nation arabe.
En Palestine, cette figure s’est chargée d’une densité historique et politique particulière dans le contexte de l’oppression coloniale sioniste et de l’expérience prolongée de l’exil.
Dès la seconde moitié du XXe siècle, la poésie arabe palestinienne a fait du Christ un symbole de la souffrance innocente, de la dépossession et de l’espérance obstinée, non pas dans un sens théologique, mais comme image archétypale du juste persécuté.
Chez le poète Mahmoud Darwich (1941-2008), cette christologie poétique est récurrente.
Le Christ y apparaît comme Palestinien avant la lettre, né sur cette terre, marchant sous l’occupation, portant une croix qui devient celle du peuple tout entier.
Dans ses recueils, il convoque explicitement ou implicitement Jésus comme figure de la passion collective, tout en refusant toute consolation eschatologique facile, car la résurrection n’est jamais donnée, elle est à espérer, à construire dans la persévérance des vivants. Dans La Palestine comme métaphore (Editions Actes Sud, 1997), Mahmoud
Darwich expliquait sa démarche : « Je vis dans un paradis de symboles.
C’est pourquoi, sans hésiter, je parle en chrétien et sans hésiter non plus j’utilise la mythologie et le patrimoine juifs.
Mais le Messie a une dimension supplémentaire, la souffrance. Et il habite en Palestine (…) le Messie est pour moi un symbole naturel : il est palestinien dans le temps et le lieu, et universel dans la spiritualité. »
Plusieurs études ont montré que cette présence du Christ chez Mahmoud Darwich relève d’une symbolique transreligieuse et transculturelle, héritée à la fois du christianisme arabe, du Coran (le
Jésus-signe, Ayat), et du romantisme tragique , où la souffrance devient langage universel de la dignité humaine.
Ainsi, dans la poésie palestinienne moderne, le Christ n’est ni uniquement chrétien ni strictement théologique.
Il devient icône de résistance, de compassion et de promesse, un signe
que la terre crucifiée n’a pas renoncé à la vie.
Le poème suivant vient révéler cette christologie révolutionnaire arabe palestinienne…
« Le Christ après la crucifixion »
Je suis mort par le feu :
les ténèbres de ma boue brûlées, seul Dieu est resté.
J’étais le commencement et au commencement
le pauvre était.
Je suis mort pour qu’en mon nom le pain soit mangé,
pour qu’on me sème à la récolte.
Combien de vies vivrai-je ? Dans chaque cœur
Je devins un avenir, une semence
Je devins une génération d’hommes :
mon sang dans tout cœur (...)
Ainsi je revins. Judas jaunit à ma vue.
Hier je m’enveloppais comme la pensée, comme le bourgeon.
Sous mon linceul de neige, reverdit la fleur du sang.
J’étais comme l’ombre, entre la nuit et le jour,
Alors j’ai fait jaillir les trésors de mon âme,
que j’ai dénudée comme un fruit.
Quand j’ai fait de mon habit un pansement
et de mes manches une couverture,
Quand j’ai réchauffé de ma chair les os des petits,
Quand j’ai mis à nu ma blessure pour panser la plaie de l’autre
Le mur qui me séparait de Dieu s’est écroulé. (...)
Lorsque je fus recrucifié, j’ai jeté un regard vers la ville
A peine ai-je reconnu la plaine, la muraille et le cimetière :
Tout, à perte de vue, s’étendait
Comme une forêt fleurie
A chaque pas, un crucifix et une mère douloureuse.
Béni soit le Seigneur !
Voici la ville en enfantement. »