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20 août 2019 2 20 /08 /août /2019 22:55

Édouard Montier Fondateur du Réseau des entrepreneurs solidaires Marié et père de trois enfants, Édouard Montier, président du Réseau des entrepreneurs solidaires (1), a radicalement changé de vie pour se mettre au service des missionnaires partout dans le monde.

Vous avez eu une brillante carrière chez Microsoft Corporation, jusqu’à en devenir directeur général des ventes aux entreprises.

Un jour, vous décidez d’y renoncer pour soutenir les missionnaires et fondez le Réseau des entrepreneurs solidaires (RES). Pourquoi ce changement radical ?

Edouard Montier : C’est la conséquence d’un appel. Un appel à arrêter de consacrer ma vie à édifier ma tour de Babel, en suivant la logique du monde de l’entreprise, sécularisé. Un appel à construire un autre monde, en tournant mon regard vers ceux que les principes du monde entrepreneurial américain m’empêchaient de voir.

Le tournant a été un voyage en Mauritanie en 2005. J’étais dans un bidonville avec les sœurs missionnaires de Notre-Dame d’Afrique et j’y ai contracté le choléra. J’ai failli mourir.

Très malade, je me suis confié à la Vierge Marie : « Si vous me donnez encore du temps pour vivre, je n’oublierai jamais ces religieuses et ces pauvres, je leur vouerai ma vie. » J’ai survécu.

Alors, progressivement, je me suis retiré de la vie professionnelle pour me consacrer entièrement au Réseau des entrepreneurs solidaires.

Quelle place le don avait-il dans votre vie lorsque vous étiez encore chez Microsoft ?

Edouard Montier : Il était surtout présent dans ma vie personnelle. Avec mon épouse, nous n’étions pas plus engagés que le catholique lambda, mais nous avions conscience du don de soi dans le mariage, du don de la vie avec nos trois enfants.

Professionnellement, plus j’avais de responsabilités, moins le don avait de place dans ma vie.

J’en souffrais beaucoup. Je me souviens qu’en voyage d’affaires, en Asie par exemple, j’allais dans les bidonvilles alentour, tôt le matin, avant les réunions.

J’avais besoin d’être en contact avec la vie, cette vie des religieuses, entièrement donnée, sans condition ni contrepartie.

Votre exemple de changement de vie est assez radical. Est-ce nécessaire d’être aussi extrême pour vivre le don ?

Edouard Montier : La logique actuelle consiste à faire « le minimum pour ne pas aller en enfer ». Alors qu’en vérité on doit se dire : « Je dois faire le maximum pour vivre le Ciel sur la Terre, aujourd’hui. »

Il n’est pas nécessaire de changer radicalement de vie. Il suffit que chacun se demande, matin et soir, ce qu’il peut faire pour ces 800 millions de personnes qui vivent dans l’extrême pauvreté à travers le monde.

Prier, tendre un sourire, faire connaître leurs besoins, donner de notre superflu, etc.

Nous avons tous, quelles que soient notre culture, notre religion, la capacité de nous tourner vers les autres. Saint Ambroise disait : « Nourris celui qui meurt de faim. Si tu ne le fais pas, tu es cause de sa mort. »

En quoi le don a-t-il changé votre vie ?

Edouard Montier : Ce qui a changé ma vie, c’est d’avoir réorienté mes priorités en faveur du don. Je voulais des diplômes et des responsabilités mondiales, je les ai eues.

La question qui a bouleversé mon existence est simple : « Quelle est ma mission sur cette Terre ? » Je me suis dit : « Dieu t’a donné la santé et une intelligence. Comment les utiliser autrement que pour faire du profit ? »

Je suis toujours un chef d’entreprise car je gère le RES, mais je n’ai ni salariés, ni salaire.

Le moteur de mon activité n’est plus la jouissance intellectuelle et la gestion de milliards de dollars, mais la joie de voir le Christ dans toutes ces personnes du réseau que je contribue à faire travailler ensemble.

Vous allez jusqu’à dire que la gratuité est « la clé de la survie de l’économie mondiale ». En quoi ?

Edouard Montier : Benoît XVI a rappelé l’exigence de redonner à la logique du don sa place dans l’économie mondiale.

Car la contre-culture de l’Évangile de la gratuité, c’est celle de la croissance économique à tout prix.

D’après l’ONU, fournir des prestations sociales de base à tous les pauvres coûterait moins de 2 % du PIB mondial.

Chacun de nous, à notre niveau, si nous refusons de consacrer une part de notre quotidien à une action gratuite, alors nous engendrons de l’injustice.

La société occidentale post-chrétienne, dominée par le matérialisme éthique, est une société qui combat l’Évangile de la gratuité.

Donner, c’est un peu s’abandonner. N’est-ce pas difficile dans un monde où l’insécurité est omniprésente ?

Edouard Montier : Le pape François le dit, la gratuité de Dieu fait peur.

Quand on regarde Jésus sur la croix, le don de sa vie suscite malheureusement en nous plus de peur que d’amour.

C’est un problème. Dieu a besoin de nous, catholiques, pour faire découvrir à quel point le don, bien au contraire, rend heureux.

Recueilli par Marie Lechapelays

(1) Auteur de L’Évangile de la gratuité, Parole et Silence, 236 p., 20 €.

 

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