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9 septembre 2021 4 09 /09 /septembre /2021 19:30

Je suis allée passer quelques jours à Cadaqués. Ce village de Catalogne au bout du cap de Creus est inscrit en azur dans ma géographie intime. J’y ai appris à nager, j’y suis revenue chaque année depuis mon enfance.

Ce voyage est devenu pour moi un pèlerinage dont chaque station est un été de ma jeunesse. L’interruption de cette chaîne personnelle, pour cause de pandémie, avait aiguisé mon attente de ce rendez-vous de tout temps pris avec moi-même.

Lorsque j’ai pu enfin y revenir, j’ai été plus attentive encore aux lumières, aux clapotis des vagues dans leur exploration des rochers, à la patine des pierres dans les ruelles polies par tant de pas, à la blancheur crémeuse des façades chaulées, au tendre déchirement du ciel sous les cris des martinets, et à cet inimitable parfum de sel marin et d’eau de Cologne qui continue de flotter dans le vieux village.

J’ai grimpé ses rues raides pour retrouver le bonheur de déboucher sur la place où se dresse la petite église, d’où la mer et l’orient de la Méditerranée s’offrent à vous d’un seul coup. Un paysage si parfait qu’il vous laisse croire qu’il a été peint pour vous, pour le seul dessein d’être contemplé comme le faisait, sous le pinceau de Dali, Gala à sa fenêtre.

Est-ce à cause de la pandémie ? De l’interruption qu’elle a provoquée dans le cycle de mes vagabondages ?

Une silhouette m’a particulièrement manqué que j’aimais croiser au hasard de mes promenades – parfois sur le chemin escarpé qui mène au phare, au bout de la baie.

Enrique Irazoqui a disparu en septembre dernier et Cadaqués, dont il fut l’une des figures, semble par moments trouée par cette absence.

Irazoqui ? Le Christ de Pasolini, dans son magnifique Évangile selon saint Matthieu que le réalisateur italien avait tourné en 1964 – pour moi, la tentative de retranscrire au cinéma la vie de Jésus la plus réussie qui soit.

Un chef-d’œuvre épuré en noir et blanc qui fait resurgir ce que dut être le premier siècle de notre ère, tant le dépouillement des acteurs, et l’extrême misère des figurants engagés à jouer leur propre rôle de pauvres parmi les pauvres, comme ceux qui hantent les Évangiles – lépreux, scrofuleux, aveugles, épileptiques – agrippent l’imagination.

Jamais l’expression « incarner un personnage » ne m’a paru plus juste quand j’ai vu pour la première fois ce jeune homme de 19 ans, avec son visage de christ byzantin apparaître à l’écran. Plus énigmatique que beau, plus pénétrant que doux, plus inspiré qu’empathique tant il donnait l’impression, par sa hauteur, de marcher au-dessus de lui-même.

Il avait gardé cette silhouette jusqu’à l’extrême de l’âge qu’il avait à vivre sur terre, et je me sentais étrangement réconfortée à l’idée qu’il soit là – bien plus présent qu’aucun autre passant de Cadaqués, sans rien de ces acteurs qu’on dirait être, longtemps après la sortie de leur film, des figures mortes décalquées de leur rôle.

Je me suis rappelé ses propres souvenirs du tournage, lorsqu’il marchait entre deux prises de vue sur les plages de Calabre que Pasolini avait choisies pour leur ressemblance avec ce que dut être la Palestine biblique, pour la population dont le dénuement total rappelait celui des suiveurs de Jésus, qu’évoquent les évangélistes – des êtres affamés de miracles.

« Nous étions sur la plage avec mes apôtres, attendant la prochaine prise, raconte Enrique Irazoqui. Et je vois une longue queue d’hommes et de femmes, tous vêtus de noir, s’agenouiller devant moi : ils me demandaient d’accomplir des miracles…

Un autre soir, je me promenais avec Jean l’évangéliste, la cigarette à la bouche, et des paysans m’ont engueulé : le Christ ne fume pas ! »

Certains ont souri à ces histoires quand il les a racontées. Ceux-là qui ont vu dans cet élan populaire de la crédulité, quand il n’y avait qu’une démonstration des liens étroits qui unissent la foi et l’espoir – la foi en un Christ d’amour et l’espoir de son retour qu’ils attendaient, en quoi ils croyaient puisque le Christ l’a promis.

Cette fresque humaine confère au film quelque chose de terrible et de sacré. C’est une vie de Jésus décapée des halos roses et mauves d’une certaine imagerie que Pier Paolo Pasolini nous a offerte, bien plus proche de Masaccio que de l’art sulpicien.

On comprend alors qu’après un tel rôle, une telle poésie, Enrique Irazoqui ait refusé d’endosser d’autres personnages – hormis, plus tard, deux engagements dans des mauvais films espagnols, pour échapper, sa femme enceinte, au service militaire.

On comprend qu’il ait décidé de ne plus rien faire d’autre que de jouer aux échecs.

Et face à ce que nous disent les paysages du cap de Creus, sévères, ascétiques, écharpés par la mer et le vent, on comprend aussi que celui qui a prêté son visage d’homme au Jésus de saint Matthieu, ait finalement choisi de jeter son sac ici, à Cadaqués, comme le fit avant lui un grand mystique, Salvador Dali.

D’appartenir à son décor.

Christiane Rancé

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1 septembre 2021 3 01 /09 /septembre /2021 15:00

Au cours de ce Grand Carême, un miracle s’est produit à Moscou : l’icône de la Mère de Dieu « Adoucissement des cœurs mauvais » qui donne du myrrhon depuis plus de vingt ans, a commencé à exsuder du myrrhon de couleur rouge. Le gardien de l’icône, Sergueï Fomine, a raconté au site Pravoslavie.ru comment cela s’est produit et a évoqué également les cas tout récents de guérisons par les prières accomplies devant l’icône miraculeuse.

L’épouse de Sergueï, Margarita, a acquis cette icône dans un simple magasin d’objets ecclésiastiques en 1990. L’icône a commencé à exsuder du myrrhon en 1998, et depuis lors, cela continue pratiquement sans interruption. Une petite chapelle destinée à cette icône a été construite maintenant dans un nouveau quartier de Moscou.

- Serge, comment avez-vous découvert que la couleur du myrrhon était devenue rouge ?

- Le deuxième samedi du Grand Carême, mon épouse a recueilli le myrrhon et n’avait constaté aucun changement. Mais deux jours après, le lundi, dans notre petite église dédiée à l’icône « Attendrissement des cœurs mauvais », dans le village de Batchourino, dans le nouveau Moscou, est venu un prêtre d’une autre paroisse.

Il avait un fils malade du cancer, et il a demandé précisément du coton imbibé de myrrhon, et non pas seulement du myrrhon tel quel.

Nous l’avons sorti du cadre de l’icône et il s’est avéré que le coton était entièrement rouge, alors que de telles gouttes n’étaient pas particulièrement visibles sur l’icône.

Cela dit, nous n’avons rien remarqué de particulier : tout était comme d’habitude, et il m’est difficile de dire ce qui s’est passé. Mais il en a été ainsi. Nous prions.

- Avez-vous remarqué précédemment quelque chose de semblable ?

- La première fois, cela s’est produit le 12 août 2000, le jour même où le sous-marin « Koursk » a coulé dans la mer de Barents. Ensuite, des gouttes de myrrhon rouge sont apparues pendant la guerre en Tchétchénie, lorsqu’il y eut les attaques terroristes à Moscou, mais cela a cessé ensuite.

Durant les dix dernières années, des gouttelettes isolées sont régulièrement apparues, mais en tout cas jamais autant comme maintenant.

Or, depuis Pâques de l’an passé, des gouttes de couleur sanglante sont apparues de temps à autre, soit sur l’icône même, soit sur la vitre du cadre, à l’intérieur, parfois plus, parfois moins. Ces derniers jours, il n’y en avait pas, ni sur l’icône elle-même, ni sur la vitre, mais il y en avait beaucoup sur le coton.

- Quelle était votre réaction et celle des autres personnes, lorsque vous avez vu ces gouttes ?

- Nous sommes restés perplexes. Le prêtre qui est venu chez nous ce jour-là, ne vient pas souvent, il a été également étonné et a demandé quelle en était la raison. Bien sûr, c’est alarmant. J’ai placé une photo sur Facebook, sans pour autant attirer l’attention à ce sujet. Mais cela a eu du retentissement, les gens ont commencé à réagir.

- À en juger par les commentaires sur Facebook, les gens ont été effrayés…

- Bien sûr, cela provoque une sorte d’angoisse, car il n’y a rien eu de tel depuis assez longtemps.

- L’an passé a été inhabituel pour tous. Beaucoup l’appelle le « carême du coronavirus ». Mais les gens attendent l’icône, partout et toujours. Avez-vous effectué des pèlerinages avec elle ? Comment les gens ont-ils changé en sa présence ?

- Dieu soit loué, malgré toutes les difficultés, nous sommes parvenus à voyager un peu avec l’icône en Russie, et elle a donné du myrrhon assez fortement. Nous sommes allées à Sotchi, en Crimée, dans les régions de Nijni Novgorod, Kalouga, Ivanovo, et encore d’autres régions, et bien sûr dans la banlieue de Moscou. Il est évident que les gens s’ennuyaient. Il y avait partout des restrictions, par endroits plus, ailleurs moins, certains avaient peur d’aller à l’église en raison du coronavirus. Mais lorsque vient l’icône, tous reviennent bien sûr avec une grande joie et gratitude à l’église, ils prient et reçoivent consolation.

Ces derniers temps, il y a eu des guérisons miraculeuses tant du cancer que du coronavirus. Par exemple, une femme, à Moscou, était atteinte d’une lésion pulmonaire à 60%. Elle a communié, elle a été ointe avec le myrrhon, et le soir même, ses poumons étaient entièrement guéris, le taux d’infection était de 0%. Après cela, le médecin principal de l’hôpital où cette personne avait été prise en charge, nous a invités avec l’icône. Nous avons fait une procession autour du pavillon du « covid » de l’hôpital en question.

- Y a-t-il quelque chose de changé en vous-même ces derniers jours ? Avez-vous perçu le changement de couleur du myrrhon, comme un fait, comme quelque chose de mérité ?

- Bien sûr, ce n’est pas mérité, mais indubitablement, je suis alarmé. Mais, Dieu soit loué, nous avons des plans de pèlerinage avec l’icône en divers lieux. Peu importe qu’il n’y en ait qu’un petit nombre, mais tout est déjà prévu pour l’avenir proche.

Nous voyagerons, nous prierons, afin que le myrrhon soit pur, parfumé, et non pas de couleur sanguine. Bien sûr, la Mère de Dieu a appelé les gens à l’église afin qu’ils n’aient pas peur et viennent aux offices.

Version française Bernard Le Caro 

d'après

Православие.Ru 

Publié par Claude LOPEZ-GINISTY

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27 août 2021 5 27 /08 /août /2021 19:30

Ces deux livres de biblistes viennent corriger la vision que l’on a souvent d’un Paul misogyne alors qu’il a su rompre avec le conformisme patriarcal de son temps. Mais sur ce plan, il n’a pas été suivi par ses disciples.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Femmes de saint Paul

de Chantal Reynier

Cerf, 272 p., 22 €

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Paul et les femmes. Ce qu’il a écrit, ce qu’on lui a fait dire

de Michel Quesnel

Médiaspaul, 142 p., 13 €

Saint Paul est, à la suite du Christ, le libérateur des femmes en les traitant d’égale à égal avec les hommes et en leur reconnaissant pleinement leur dignité d’enfants de Dieu.

Cette affirmation surprend, compte tenu des accusations de misogynie qui pèsent sur lui. Dans Les Femmes de saint Paul, l’exégète Chantal Reynier tire de l’obscurité les visages d’une vingtaine de femmes, collaboratrices de saint Paul.

Où les a-t-elle rencontrées ? Dans les destinataires et les salutations adressées par saint Paul dans ses lettres ; et dans les Actes des Apôtres.

Leurs profils sont divers : elles sont juives ou païennes, souvent femmes d’affaires (import-export, marchande de pourpre) et sont amenées à se déplacer souvent pour des motifs professionnels.

Pour Paul, elles ont le double atout d’assurer, via leurs réseaux, de la remontée d’informations sur les jeunes communautés. Et ce sont elles qui offrent l’hospitalité de leur maison à Paul et à ses disciples.

À Rome, c’est Phoibè qui visite les maisonnées pour commenter et expliquer la Lettre de Paul aux Romains.

Prisca, la marchande de pourpre, se voit confier la tâche d’enseigner la foi au Christ ressuscité à Apollos, un intellectuel de haute volée venu d’Alexandrie.

Paul honore ces femmes qui ont « combattu pour l’Évangile », au risque parfois de leur vie.

Certaines sont appelées « apôtre » (Junia) d’autres diakonos (Phoibè, au sens propre de « serveur » et non de diacre).

On ne mesure pas combien ce rôle, attribué par Paul, est en totale opposition avec la société patriarcale de l’époque.

Chez les Gréco-Romains, les femmes sont cantonnées à l’éducation des enfants et aux travaux domestiques.

Elles sont interdites de parole en public et exclues des cultes. Dans le judaïsme, la femme reste aussi à la maison, elle ne participe pas aux pèlerinages et n’assume aucune fonction synagogale.

Dans sa pratique, Paul les libère en leur confiant des charges réservées aux hommes, comme guider la prière de la communauté.

Sa façon de considérer les femmes découle de sa foi dans le Christ ressuscité. Dans la Lettre aux Galates (3,26-28), il affirme : « Tous, dans le Christ Jésus, vous êtes fils de Dieu par la foi.

En effet, vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ ; il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus. »

Comment expliquer alors le contenu des lettres qui restreignent le rôle des femmes ? À la mort de Paul, les us et coutumes patriarcales reprennent le dessus.

Le rôle des femmes est minoré par de subtils procédés utilisés par les copistes et les traducteurs : masculinisation des prénoms féminins, inversion des salutations (Paul, à plusieurs reprises, salue en premier la femme du couple, ce qui est inimaginable à l’époque).

Dans Paul et les femmes. Ce qu’il a écrit, ce qu’on lui fait dire, Michel Quesnel, spécialiste du Nouveau Testament, passe en revue les lettres authentiques de Paul et celles qui ont été rédigées par ses disciples sous son nom, une pratique courante à l’époque nommée « pseudépigraphie ».

On découvre ainsi que six épîtres de Paul sur treize ont été rédigées par ses disciples. Elles sont échelonnées sur une trentaine d’années.

Si les plus récentes (Colossiens et Éphésiens) comportent encore des innovations (le mari doit aimer la femme d’un amour de dilection, agapè), les épîtres plus tardives sont marquées un retour au « conformisme » de l’époque.

Qu’en tirer pour aujourd’hui ? « On doit reconnaître, conclut Michel Quesnel, que de plus grandes responsabilités pourraient être accordées aux femmes dans l’Église catholique si l’on tenait davantage compte des textes de Paul. »

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