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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 23:47

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Les Pères du Désert, qui avaient lu et compris l’Évangile, avaient compris également que c’est toujours la relation qui guérit. La solitude le leur avait appris et les soutenait dans leur vie communautaire. Ils savaient que la relation croît par l’écoute. Ils savaient aussi ce que sont les démons…

 

L’addiction n’est que la conséquence tragique d’une erreur d’identification. Nous pensions que cette substance ou cette activité allait nous aider à trouver ce que nous cherchions. En réalité, elle s’est avérée être un démon déguisé en ange de lumière et maintenant, nous sommes captifs. Notre soif de Dieu a été déviée et nous buvons du poison.

 

Lorsque Cortez, l’envahisseur espagnol du XVIe siècle, arriva sur la côte mexicaine, les Aztèques crurent qu’il était l’accomplissement de leurs prophéties religieuses. Ils l’embrassèrent et l’accueillirent avant de découvrir au prix de leur culture tout entière qu’ils s’étaient trompés.

 

On s’agrippe toujours à ses sauveurs imaginaires sans se rendre compte qu’aucun sauveur véritable ne permet qu’on s’agrippe à lui. « Ne me retiens pas… Je ne suis pas encore monté vers le Père. » Le vrai guérisseur laisse le lien se nouer, mais ne le laisse pas dévier dans l’addiction.

 

Pour les chrétiens, Jésus était un médecin de l’âme humaine plutôt que le fondateur d’une nouvelle religion. Son sens profond – et tous ces niveaux d’identité ouverts par sa question « Qui dites-vous que je suis ? » – ne se laissaient découvrir que dans la liberté qu’il offrait à ceux qui apprenaient de sa douceur et de son humilité. Ceux surtout qui acceptaient le joug léger de son amitié.

 

Abandonner cette liberté pour une autre dépendance, c’est manquer le reconnaître. « Il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l’a pas reconnu. » C’est un avertissement qui nous est adressé, à nous aujourd’hui, autant qu’une description de ce qu’il lui advint durant sa vie temporelle. Et il vise davantage les chrétiens qui en font un autre dieu ou idole que les vrais chercheurs qui ne savent pas encore comment le comprendre.

 

Il ne pouvait pas être plus clair : il s’offre lui-même comme un chemin qui, à son niveau le plus profond, se comprend comme étant identique au but lui-même. « Qui croit en moi, croit, non pas en moi, mais en celui qui m’a envoyé ; et qui me voit, voit celui qui m’a envoyé » (Jn 12, 44).

 

On écarte facilement le paradoxe contenu dans ces paroles. On préfère les certitudes rationnelles, définissables. Il est facile également de rire de ce qui semble remettre en question nos façons habituelles de penser et de percevoir la réalité. Et si ces modes de perception familiers inversaient la réalité en fin de compte ? Et si ce que nous appelons liberté n’était qu’addiction ?...

 

Les Pères du Désert avaient compris que pour affronter les dures vérités de notre illusion et de nos dépendances, il faut vaincre de multiples tentations. C’est aussi en grande partie le sens de cette joyeuse période.... Ils y voyaient une lutte avec les démons, mais ils savaient que ceux-ci sont à l’intérieur de nous. C’est se dérober au combat que de les projeter à l’extérieur. L’intégrité de la personne, la liberté d’être soi et d’aimer les autres, se perfectionne dans la mise à l’épreuve volontiers acceptée chaque fois que nous nous asseyons pour accomplir l’œuvre du silence.

 

Extrait de Laurence Freeman osb, Bulletin trimestriel, Vol 30, n°1, mars 2006


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