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21 juin 2013 5 21 /06 /juin /2013 22:32

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La prière profonde enseigne la même chose que l’ange de la mort. Quand le méditant rencontre la pauvreté en esprit, c’est une expérience comparable à celle de la mort. Être pauvre signifie regarder fixement un vide dont le sens au début nous échappe. C’est avoir la douloureuse conscience que toutes les choses dont nous espérions ou rêvions qu’elles dureraient toujours portent en elles une date d’expiration cachée. Être pauvre signifie que l’on reconnaît que nous ne sommes pas autosuffisants et que nous dépendons pour notre existence même d’une réalité impossible à nommer.

Cette découverte change notre vie, la menace et la fragilise encore plus.

D’abord, il y a la nausée de la mort, le sentiment écœurant de la séparation et du manque que l’on éprouve chaque fois que des relations font naufrage, que des espoirs sont déçus ou que le fidèle se révèle infidèle.

Ce sentiment est suivi par le chagrin du deuil souvent mêlé de colère à l’égard de Dieu, de la vie, du mourant ou du mort, ou de notre propre corps, pour nous avoir fait défaut. Ces sentiments peuvent se teinter de l’amertume de la culpabilité ou de la honte venant du fait qu’un être est en train de mourir et est impliqué avec cette inconnue terrible, dérangeante et tabou qu’est la mort.

Toute séparation fait naître l’angoisse primaire de la trahison, d’être abandonné aux forces brutes de la nature. Mais en luttant avec l’ange terrible, on découvre que ce n’est pas un ennemi mais un ami. Un messager de Dieu, de la vie et non de la mort. Dans la succession des réactions complexes que suscite le messager, nous vivons des moments joyeux de pure élévation dans le vide d’espace qu’est l’Esprit. Puis nous voyons le vide devenir un plein de force, une abondance de vie qui vient à l’être, une vacuité à ne pas éviter.

On voit cela à certains moments dans les yeux d’une personne très malade ou mourante. Dans les profondeurs de son âme, elle voit les armées des sentiments s’affronter, battre en retraite et revenir combattre. Parfois, ses yeux sont remplis d’une paix et d’une sagesse qui sont une bénédiction pour l’entourage. Ceux que vous venez consoler vous consolent. Ceux dont vous pensiez qu’ils seraient l’objet de votre compassion inversent les rôles et ce sont eux qui allègent le poids de votre existence.

Il y a une manière d’être avec un mourant qui évite le piège [de se sentir maladroit et inutile].

 

C’est d’être simplement un compagnon. D’être en contact avec sa propre mortalité. Se faire rappeler que nous aussi nous mourons. Apprendre de ceux que nous servons. Aussi repliés sur eux-mêmes qu’ils puissent être, ils apprécieront toujours la compagnie. Rester un compagnon vrai et fidèle, qui ne se retire pas quand il sent que l’autre se retire, c’est l’essence de la compassion. C’est le fruit d’avoir trouvé en soi sa demeure. Être un compagnon c’est vivre la vérité que la solitude n’est pas l’isolement que l’on croit qu’elle est au premier abord, mais le fait d’être la personne que Dieu nous appelle à être, une personne qui, dans sa nature la plus profonde, est aimée et capable de rendre cet amour.

L’art de l’accompagnement humain se développe dans la prière profonde.

Méditer avec une autre personne, c’est, dans le silence, rencontrer une intimité et une amitié spirituelle qui est inexplicable à d’autres niveaux de relation. Les barrières de la peur et de la froideur disparaissent dans le partage de l’exercice du silence intérieur.

Il y a des moments passés avec le mourant où être vraiment présent à ses côtés dépend de notre capacité à surmonter la conscience de soi et l’égocentrisme. Ceci suppose d’apprendre à chercher ce lieu de pauvreté que nous tendons instinctivement à éviter et à fuir.

On préfère sans doute regarder cette « pauvreté en esprit » de loin et lui donner rendez-vous plus tard. Nous aimons lire à son propos et écouter les autres en parler, mais tout repose sur notre décision de passer en personne le poste-frontière de la pauvreté, de passer du pays de l’illusion au royaume de la réalité. Lorsque nous nous décidons, nous goûtons aux joies du royaume de Dieu en cette vie.  

Laurence Freeman osb, extrait du Bulletin trimestriel de la Communauté mondiale pour la méditation chrétienne, juin 1999.

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