Overblog Tous les blogs Top blogs Religions & Croyances
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Traduire le blog - Translate into your language

1 novembre 2005 2 01 /11 /novembre /2005 00:00

Le jour des morts

Déjà pour les Celtes, dès -1000, le mois de novembre est associé à la notion de la mort. C'est le mois de Samhain, le Mid Samm, marquant le début de la moitié sombre de l'année. Le 1er du mois est à la fois la fête des morts et nouvel an. Les tribus se rassemblent (Samhain veut dire "réunion") pour honorer les morts avant les inquiétudes et les rigueurs de l´hiver, mais aussi pour invoquer par des rites le futur renouveau de la nature. Dans le panthéon des dieux celtes, Dispater, le "bon" dieu compétent en tout, s'unit à Morrigan, la déesse-terre-mère, pour assurer la fécondité ultérieure. Dans cet intervalle incertain entre 2 cycles, rodent les âmes des morts, les esprits reviennent d'outre-tombe pour errer sur la terre des vivants. Seuls les druides-astronomes en contact avec le monde surnaturel, mais connaissant les rythmes du ciel, peuvent éviter le chaos par des rites et des sacrifices. Bien plus tard, Galilée démontrera leur inutilité, la Terre tournant irrémédiablement autour du Soleil. Et il aura quelques ennuis avec leurs successeurs. Novembre c'est aussi l'entrée en hibernation de l'ours dont la mort apparente en fera, pur les Celtes, le "maître du temps". Pour eux, son culte assurait aux âmes un bon voyage au-delà. De tout cela il restera de nombreuses traces, et d'abord le fait que le 2 novembre est toujours le "jour des morts" ; mais aussi le Halloween anglo-saxon (une coutume qui commence à se répandre chez nous), cette "nuit des âmes" du 31 octobre où une procession de crânes -lanternes, potirons creusés en lumignons, etc Y rappelle les âmes celtes. Mais encore il en reste la bonne fée Morgane des contes et légendes ; et encore le culte de St Martin.
St Martin est fêté le 11 novembre, et si sa personnalité historique est aléatoire, sa légende garde maintes traces du culte de l'ours. Jusqu'au fameux geste charitable de partager son manteau avec un pauvre frigorifié, qui est la forme chrétienne symbolisant le partage en deux de l'année celte à l'entrée de l'hiver. Mais comment ce jour des morts, d´origine païenne depuis 3000 ans, en viendra-t-il à côtoyer le jour des saints et martyrs de la tradition chrétienne.

Mais d'où vient la Toussaint chrétienne?

Dès les premiers siècles, l'Eglise chrétienne entretiendra le culte des martyrs dont l'exemple très vite amélioré par la légende servira son prosélytisme.Toute communauté humaine, secte, religion, parti, tribu ou nation l´a fait. Et la rumeur est de tous temps. Parmi les diverses fêtes des diverses Eglises d'Orient et d'Occident. ce sera le 13 mai de l'Eglise d'Edesse qui se généralisera en Orient comme fête de tous les martyrs. Mais, le 23 novembre 602, Maurice 1er, empereur d'Orient fort impopulaire en Italie, est assassiné à Constantinople par Phocas qui lui succède. Phocas reste à Constantinople, capitale politique et commerciale de son empire ; mais il envoie ses images-icônes pour le représenter à Rome, capitale historique de l´empire ou seul le pouvoir du pape est en place. Le 25 avril 603, le clergé et le peuple de Rome accueillent dans la joie les images-icônes de leur nouvel empereur Phocas. Et le pape Grégoire le Grand les fait déposer dans l'oratoire de St Césaire au Palatin pour qu´on puisse prier pour l´empereur-dieu; la transmutation de César en St Césaire s´effectue. Peu après, en 608, pour le remercier de sa fidélité à l'empire byzantin en ces temps troublés (les Lombards en Italie, les Perses en Orient), Phocas fait don au récent pape Boniface IV d'un bien d'Empire qui garde une valeur symbolique païenne au milieu de la ville de Rome, le Panthéon. Ce temple, le plus grand de Rome, doté de la plus grande coupole de maçonnerie construite jusqu'à aujourd´hui, avait été construit par Hadrien, l'empereur-philosophe, qui le voulait ouvert à tous les dieux de l'Empire. Il fut inauguré en 125. Et au 6ème siècle, dans Rome en voie de. christianisation, le Panthéon était encore le temple de Cybèle, la mère des dieux, dont le fils Attis avait un culte qui. préfigurera le culte de Jésus. Bien vite vidé de ses idoles, le Panthéon est transformé en église. Cependant, la fête orientale chrétienne du 13 mai attribuée à tous les martyrs, se diffusait à Rome par les nombreux missionnaires-émissaires de l'empereur de Constantinople comme par les commerçants vendeurs de reliques. Aussi, en 610, le 3 des ides de mai (soit le 13 mai) fut l'occasion de dédier l'ex-panthéon à tous les martyrs et à Marie, mère de dieu. Le passage des multiples dieux païens, de Cybèle et d'Attis, s'organisait vers les multiples martyrs et saints, Marie et Jésus. Le 13 mai 610 donc, Boniface IV fit du panthéon l'église de Ste Marie-aux-martyrs.

La fête chrétienne de Toussaint se préfigure, mais le 13 mai !

La Toussaint passe au 1er novembre.

En Gaule où restent bien peu de traces romaines après les grandes invasions, la nouvelle évangélisation se fera surtout. par les moines irlandais, l'Irlande ayant été d´abord le lieu de refuge du celtisme contre Rome, et restant ensuite le sanctuaire du premier christianisme lors des invasions barbares. L'amalgame réalisé par l'Eglise celto-irlandaise favorisera la "pénétration" des moines irlandais en Gaule. Leur succès fut en particulier dû au soutien de Charlemagne, empereur en 768. Chef barbare, voulant recréer un grand empire à l'image de la Rome antique prestigieuse, il se trouva fort soutenu par le pape d'autant qu'il protégeait Rome contre les Lombards. Et il favorisera ces moines irlandais qui unifient les traditions celtiques, germaniques, et romaines de son empire, et qui l´allient à Rome. Les moines irlandais, eux, se trouvèrent confrontés au paganisme celtico-romain de nos régions, et entre autres à la fête traditionnelle de Samhain qui persistait dans la culture populaire. En 775, Kathwulf, ecclésiastique anglo-saxon, écrivit à Charlemagne en lui demandant d'instaurer une fête de tous les saints. Peu après, en 798, un concile à Riesbach crée une fête nouvelle, aux calendes de novembre, la Toussaint. L'idée vient d'Alcuin, abbé à Tours mais originaire d'Angleterre ; et Tours sera le seul endroit où la Toussaint sera fêtée à la fin du 9ème siècle. Diverses explications ultérieures tenteront de "romaniser" l'origine de la fête, de la faire venir de Rome si pas de Palestine ; mais les documents prouvent que ce sont les influences gallicanes du temps de Charlemagne qui feront adopter cette fête à Rome. Rome ayant rompu ses origines orientales, le culte de César-St Césaire était devenu moins primordial, et il parut donc de bonne politique de plaire à Charlemagne en déplaçant la fête des martyrs du 13mai au 1er novembre. St Césaire n´y perdait rien, gardant sa fête le 21 avril. La diffusion de cette fête sera lente, au rythme de la lente progression de l´omniprésence cléricale. En 835, l'occasion d'un voyage de Grégoire IV en France fera célébrer la Toussaint pour la première fois par les évêques en présence du roi Louis le Pieux. Pourtant, en 860-870, cette fête sera encore inconnue à Bourges et Orléans, cités importantes à l'époque. C'est la fondation. de l'abbaye de Cluny, en 910, qui va accélérer le mouvement. Toute la politique religieuse de Cluny, dont l'abbé est l'égal et même le directeur des papes, rois et empereurs, consistera à réanimer ou à créer un calendrier liturgique calqué sur celui des traditions locales imprégnées de celtisme. Vers l'an 1000, Odilon, 3ème abbé de Cluny, se décide à généraliser et imposer à toute la chrétienté la commémoration des défunts au 2 novembre. Mais il faudra attendre le XIIème siècle pour voir les cultes de St Blaise et St Martin recouvrir les derniers vestiges du culte de l'ours. Et encore, ce n´est qu´en 1314 que la Toussaint est adoptée à Angers, pourtant à peine distante de Tours d´une centaine de kilomètres!. Ce n'est enfin qu'en 1580 que le pape Sixte IV en fera une des grandes fêtes chrétiennes en lui attribuant une octave, soit une semaine de liturgie spéciale. La Toussaint, le 1er novembre, précédera dorénavant et dominera en renommée la tradition populaire du jour des morts.

la légende de Jack-o'-lantern :


Une légende Irlandaise raconte qu'un dénommé Jack ne peut pas entrer au paradis, car il est avare, ni en enfer, car il s'est moqué du diable! Le diable lui donna une lanterne et le condamna à errer avec sa lanterne autour du monde jusqu'au jour du jugement dernier. La lanterne de Jack, était une citrouille(ou un navet) contenant une braise de l'enfer lui éclairant le chemin.

 

http://www.sparealites.com/fo119401.html
http://catholique-nanterre.cef.fr/faq/fetes_toussaint.htm
http://catholique-nanterre.cef.fr/faq/fetes_toussaint_sens.htm

 

 

Partager cet article
Repost0
31 octobre 2005 1 31 /10 /octobre /2005 00:00

Nous avons tous notre ange, et je tiens de ma mère,

Qu'on ne marche pas seul dans une voie amère.

Le rayon de soleil qui passe et vient vous voir,

L'haleine de vos fleurs que vous buvez le soir ;

Un pauvre qui bénit votre obole furtive,

Dont la prière à Dieu s'achève moins plaintive ;

La fraîche voix d'enfant qui vous jette : Bonjour !

Comptez que c'est votre ange et votre ange d'amour ! [...]

Marceline Desbordes-Valmore, Pauvres Fleurs

Partager cet article
Repost0
25 octobre 2005 2 25 /10 /octobre /2005 23:00

S'entretenir des anges... N'est-ce pas une étrange ambition, vaine d'ailleurs, et presque ridicule? Tant d'autres questions, en apparence plus graves, ne sollicitent-elles pas la société actuelle? N'est-ce pas perdre son temps qu'aborder un pareil sujet, se passionner pour l'une de ces querelles que le langage continue d'appeler byzantines par allusion moqueuse à ces théologiens de Constantinople qui dissertaient du sexe des anges, précisément, tandis que Mehmet II plantait sa tente sous les murs de la ville ?

 

(...)Et d'abord, les anges existent-ils ? Relevant du domaine de l'invisible, si facile à confondre avec l'inexistant, ils appartiennent à la foi. De la foi, saint Augustin disait qu'elle « était le fait de croire en ce que l'on ne voit pas ». Une telle affirmation, recevable au ve siècle, l'est-elle encore à la veille de l'an 2000?

 

Selon les statistiques des instituts de sondages, un grand nombre de nos contemporains, même parmi ceux qui se disent encore chrétiens, regardent comme enfantillages bons à mettre au rebut tout ce qui relève, dans la religion, du supranaturel : l'âme, la vie éternelle, la résurrection, le Paradis, l'Enfer, le diable... Rien de vrai dans tout cela. L'existence de Dieu même doit leur paraître quelque peu problématique. Comment, dans ces conditions, pourraient-ils encore croire aux anges !

 

Le très scientiste Littré, au siècle passé, donnait de l'ange la définition suivante : « Être créé d'une nature purement spirituelle. » Vers la même époque, le Grand Catéchisme de Saint Pie X définissait les anges comme « des créatures intelligentes et purement spirituelles, les plus nobles créées par Dieu ».

 

De telles définitions impliquent déjà d'une part l'existence préalable d'un Créateur, d'autre part la possibilité d'une nature spirituelle, étrangère à la matière dont est composé notre univers. Deux notions que notre civilisation n'est guère apte à accepter.

 

Le philosophe Alain a exprimé cette rupture entre notre monde rationnel occidental et le système de pensée dans lequel s'inscrit l'angélologie : « La philosophie moderne commença quand la philosophie cessa de parler de l'Ange. »

 

C'est au XIVe siècle que se produisit en Europe cette rupture. Elle n'a fait qu'aller en s'aggravant. Au sein de l'Église catholique, la personnalité des anges intéressa moins et s'affadit lentement. Figurants à la beauté troublante et ambiguë dans les scènes bibliques et évangéliques peintes par les artistes de la Renaissance, gardes d'enfants vigilants de plus en plus relégués dans la piété populaire entre le xviie et le xxe siècles; à cela devait désormais se borner leur rôle. Mièvres, niais, efféminés, ignoblement enlaidis par une certaine imagerie sulpicienne, les anges ne se ressemblaient plus. Était-ce leur faute, ou la nôtre ?

 

A cette interrogation, saint Bernard avait déjà répondu : « Malheur à nous si nos péchés nous rendent indignes de recevoir la visite des anges et de jouir de leur présence' ! »

 

Privée de l'intelligence de l'âme qui la mettait en contact avec l'invisible, notre civilisation ne pouvait que continuer sur sa lancée, qui était la négation pure et simple de l'existence du monde angélique. L'Église, ou plutôt des hommes d'Église, y contribua.

 

Il n'était plus opportun de s'encombrer davantage des anges et des démons. Survivances archaïques des mythologies babyloniennes récupérées par le judaïsme au temps de l'Exil. Images de nos pulsions, de nos passions humaines servant d'alibis faciles à nos peurs, nos démissions, notre refus d'assumer nos actes et nos désirs, ainsi que l'affirme la psychanalyse. Dans tous les cas, les anges appartenaient au passé. L'avenir était au monde sans ange, à la relation directe entre l'homme et Dieu, sans la terreur qu'avait si longtemps inspiré le Grand Cornu, ni l'aimable légendaire qui peuplait le ciel d'esprits ailés. Sans y paraître, l'affirmation était infiniment grave.

 

Reléguer l'ange aux oubliettes, parmi les crédulités dépassées, c'est démolir une maison sous prétexte d'y faire le ménage. Car la croyance aux anges est partie importante de la rélévation chrétienne. La Bible, qu'il s'agisse de l'Ancien ou du Nouveau Testament, y fait sans cesse allusion. Leur place est fondamentale dans l'économie du salut. C'est la faute d'un ange, le séraphin Lucifer, qui prélude à la faute de l'homme. C'est la faute d'Adam qui rend la Rédemption nécessaire afin de réconcilier dans le sacrifice christique la création avec son Créateur. C'est un ange, Gabriel, qui annonce à Marie qu'elle sera miraculeusement mère du Fils de Dieu. Un ange encore qui, au matin de Pâques, annonce la Résurrection.

 

Dira-t-on qu'il s'agit d'un langage ancien et imagé ? Dans ce cas, et il est vrai que beaucoup ne s'en privent pas, le pas est vite franchi qui nie l'Incarnation, la filiation divine de Jésus, la virginité de Marie et le Christ ressuscité. Le christianisme est ainsi vidé de sa raison d'être. Pourquoi, alors, s'arrêter aux passages des Évangiles où Jésus parle, maintes fois, des anges et des démons ? Langage imagé, là encore, pour être compris des gens de son temps ? Ou interpolations maladroites des auteurs des Évangiles ? Les dernières découvertes de l'archéologie biblique tendent à prouver, contre les assertions trop rapides qui furent à la mode, que la rédaction des Évangiles est bien datable des années qui suivirent la Passion du Christ, et non des commencements du IIe siècle.

 

En fait, la science moderne a tendance à donner raison aux croyances traditionnelles du christianisme...

 

Le Nouveau Testament et Jésus lui-même affirment l'existence des anges. Le Credo, tel qu'il fut fixé en 325 par le concile de Nicée, en fait un dogme de foi, en imposant aux fidèles de confesser leur croyance « en Dieu le Père Tout-Puissant, Créateur du Ciel et de la terre, de l'univers visible et invisible ». Les mots ciel et invisible désignant sans ambiguïté l'univers angélique, bon et mauvais. Enfin, le Notre Père demande que la volonté de Dieu « soit faite sur la terre comme au ciel », c'est-à-dire que les hommes soient aussi prompts à obéir à Dieu que le sont Ses anges.

 

Dans le christianisme, l'ange n'est pas une curiosité folklorique; il est une nécessité. Selon les théologiens, l'ange est nécessaire à l'harmonie de la Création. Reprenant la pensée de saint Thomas d'Aquin, l'Italien Arrighini explique : s'il n'existait pas d'anges, l'harmonie de l'univers serait brusquement interrompue ; elle cesserait brusquement pour faire place à un vide désolant qui répugne et déconcerte'. Il y aurait rupture, discontinuité entre la créature à la fois matérielle et spirituelle qu'est l'homme, et le pur esprit par excellence qu'est Dieu. Quant à Bergson, il trouve à l'existence des anges une raison plus tendre : « Les hommes, sourds, indifférents et souvent- rebelles à l'amour qui les interpelle nous donnent la tentation de dire : " Seigneur, Tu t'es trompé car bien peu s'élèvent jusqu'à Te suivre. " Si, au contraire, les Anges existent, il y a en permanence une réponse plus conforme à cette forte interpellation de Dieu-Amour. Et cela satisfait notre coeur de croyant. »

 

L'ange est nécessaire à l'harmonie cosmique ; il est nécessaire à l'Amour; il est nécessaire à la cohésion du christianisme. Il est aussi nécessaire à l'homme et à sa soif d'absolu.

 

Dans un monde devenu exclusivement matérialiste, dévoré par la soif de profits et de confort, mais qui génère tant de solitaires, de malheureux, de désorientés, l'ange retrouve sa triple vocation de guide, de consolateur et de protecteur. (...) approcher le monde invisible sans préparation ou avec une préparation erronée n'est pas une démarche sans danger. Car il y a ange et ange, bons et mauvais ; et commercer avec les seconds, serait-ce sans le vouloir, est une aventure périlleuse. La mode actuelle, qui invite à entrer en relation avec des entités spirituelles, expose à rencontrer autre chose que ce que l'on espérait. Nombreux sont les mystiques chrétiens qui ont côtoyé tour à tour les deux sortes d'esprits, les malfaisants n'hésitant pas à se faire passer pour les bienveillants. Saint Paul déjà, dans la Seconde Épître aux Corinthiens (XI. 14), mettait en garde contre Satan, « qui peut aussi se transformer en ange de lumière ». Et saint Jean dans sa Première Épître (IV. 1-3) avertissait : « Bien-aimés, n'ajoutez pas foi à tout esprit. Mais éprouvez les esprits pour savoir s'ils sont de Dieu. »

 

Plus d'une démarche actuelle, menée de bonne foi, peut se révéler imprudente faute de posséder le discernement des esprits. Une inquiétude semblable existait dans la primitive Église, et elle explique les restrictions sévères qui furent apportées à la dévotion angélique, sujette, livrée au tout-venant, aux déviations magiques, aux pratiques superstitieuses, voire, dans les cas extrêmes, au satanisme.

 

Donc, s'il est bon et nécessaire d'essayer de retrouver les anges, encore faut-il le faire avec sagesse, sans s'abandonner à la tentation de la théosophie ou du spiritisme.

 

L'ange est la plus noble et la plus belle des créatures de Dieu. S'entretenir de lui ne peut être qu'un sujet de joie. Encore faut-il retrouver son visage véritable, celui que nos ancêtres savaient découvrir et que certains saints ont pu admirer avec les yeux de la chair autant qu'avec ceux de l'âme. La dévotion aux anges ne devrait être ni puérile ni bébête. Le Moyen Age en était conscient qui honora infiniment saint Michel comme ce grand Prince méritait de l'être virilement.

 

Car les anges sont redoutables, terribles, au point qu'ils doivent voiler leur majesté, insupportable de splendeur pour les humains. Et, en même temps, ils sont amour rayonnant, soif d'aider et d'instruire. Toutes choses qui nous dépassent.

 

S'entretenir d'eux revient à demander à des aveugles de parler des couleurs. Tous les théologiens qui depuis deux mille ans ont élaboré l'angélologie chrétienne ont mesuré la petitesse de nos mots humains et de notre cerveau.

 

Saint Thomas d'Aquin, pourtant qualifié de « Docteur angélique » tant était grande sa science du monde invisible, soupirait : « Les substances du monde angélique étant supérieures à notre intelligence, celle-ci ne saurait les appréhender selon ce qu'elles sont en ellesmêmes .» Quant à saint Bernard, il s'exclamait : « Que dirai-je des esprits angéliques, moi qui ne suis qu'un chétif ver de terre? »

 

...

 

 

 

Anne Bernet

 

Extrait de l'introduction du livre Enquête sur les anges Editions Perrin
Partager cet article
Repost0