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3 juillet 2010 6 03 /07 /juillet /2010 22:18

Porteuse_de_cruche.jpg« Fatigué du chemin, Jésus était assis tout simplement au bord du puits...»

(Évangile de Jean 4, 6)


Midi l'heure où l'ombre n'est plus que l'ombre d'elle-même. L'heure de la plus haute clarté. Celle des révélations. J'aurais dû m'en douter à l'instant où je l'ai aperçu au bord du puits, couleur de terre, assis sur la fatigue du voyage.


Il ne m'avait pas entendue arriver. Sur le sable, les pieds chuchotaient.

Mais quand il a plongé ses yeux dans les miens, j'ai compris qu'il venait de très loin. Que sa fatigue était ancienne, vieille comme le monde. Comme si le de hors, avec son collier de malheurs, lui était entré dans le corps.


C'est l'âme chez lui qui était empoussiérée, car c'est au-dedans qu'il avait marché, que les cailloux du chemin l'avaient blessé. On étouffait sous la chaleur de cette sixième heure, mais lui avait du brouillard à l'intérieur. « Donne-moi à boire ! »

 

Il avait beaucoup marché, à travers collines et villages. Il avait parlé, mais aussi écouté le vent sur les visages. Il avait voulu partager la braise, raconter le sel et la lumière, laisser une parole plus haute que la guerre. Mais il avait vu comment l'ombre s'y prend pour découdre la vie, ternir les yeux et boucher les oreilles. Il aurait aimé élargir les coeurs, mais la pierre roulait à l'envers et refermait les tombeaux.

 

« Donne-moi à boire I » J'ai fait mine de ne pas entendre. Je n'étais pas venue pour désaltérer un inconnu. Puiser l'eau pour les miens m'était déjà assez épuisant. Je rêvais aussi de m'asseoir et qu'on me donne à boire. J'ai fini par m'étonner. Fallait-il qu'il ait soif cet homme-là pour me demander de l'eau à moi, la mal vivante, la mal aimante !

 

Je n'ai pas compris tout ce qu'il me disait, mais ses paroles ont fait une chanson dans ma tête. Il me disait de descendre dans mon propre puits, d'aller dessous mes eaux dormantes chercher la source jaillissante. Je pouvais laisser ma peur de me perdre dans mes profondeurs, car plus profond encore l'amour me recueillait. Il m'apprenait l'eau claire d'une vie que je ne soupçonnais pas.

 

Il me racontait Dieu assoiffé sur la margelle de mon humanité et l'appel à le désaltérer. Je l'ai laissé en sachant que je ne le quittais pas. Peut-on se séparer de ce qui ne passe pas ?

 

Depuis ce midi-là, ma cruche est restée au bord du puits. Vous l'apercevrez si vous passez par là. Mais je vous en prie, ne l'utilisez pas ! Vous avez en vous de quoi puiser l'eau vive où Dieu lui-même reprend vie.      


Francine Carrillo

Pasteure et théologienne à Genève, écrivain et poète. A publié Saisons spirituelles », coll. - Les guides de Panorama » (hors-série n° 71)

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2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 22:35

Question : J'ai la sensation pesante d'avoir à demander sans cesse pardon â Dieu. Comment avoir l'esprit en paix sans s'auto-pardonner ?

 

 

Pour vivre l'esprit en paix, il faut ressentir une certaine estime de soi.


Savoir que nous sommes aimés sans condition par des proches, redécouvrir chaque jour que nous sommes aimés par ce Père qui nous a fait exister et ne nous laissera pas retomber dans le néant après notre mort c'est une sacrée force pour ne pas subir comme un fardeau les aléas de la vie... et notre culpabilité !


Alors, quand les réactions des autres ou notre propre comportement nous font découvrir que nous ne pouvons pas faire les malins, nous devenons aptes à demander pardon, à nous confier à l'amour miséricordieux de Dieu, sans nous « auto pardonner », comme vous dites, et sans nous enfermer non plus dans la culpabilité.


Certains se plaignent qu'à la messe on n'arrête pas de demander pardon. Avez-vous remarqué pourtant que, durant la messe, nous ne nous battons pas la coulpe individuellement mais ensemble, et cela change tout ?


En voyant que l'autre à qui j'en veux demande pardon comme moi, je suis amené à changer mon attitude vis-à-vis de lui: nous entrons alors dans la fraternité des pécheurs pardonnés par celui qui a donné sa vie pour la multitude.


Dans l'Eucharistie, demander pardon n'est pas une sensation pesante, mais une ouverture du cœur qui ouvre à l'action de grâce. Ne ressentez-vous pas cela, parfois, quand vous allez communier ?


Je vous invite à méditer les Psaumes: ce sont des prières où l'on n'arrête pas de demander pardon à Dieu, mais qui libèrent en même temps de la peur et qui nous remettent dans la confiance.


Je pense en particulier au Psaume 41:

« Pourquoi te désoler, ô mon âme, et gémir sur moi ? Espère en Dieu, de nouveau je rendrai grâce, il est mon sauveur et mon Dieu. »

 

Dominique Fontaine
prêtre de la Mission de France

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1 juillet 2010 4 01 /07 /juillet /2010 22:27

Dire Dieu qu'est-ce que cela veut dire?


De tout temps, l'homme a cherché à traduire son expérience spirituelle avec ses pauvres mots. Mais comment dire le « souffle de cette brise légère » qu'entendit Élie à l'Horeb ? Comment évoquer la « reconnaissance » que firent de leur Seigneur les deux pèlerins d'Emmaüs ? Par quel langage rendre compte de la bienheureuse « chute » de Paul sur le chemin de Damas ?


Tant d'hommes et de femmes - de saint Augustin à saint Bernard, de Thérèse d'Avila à Thérèse de Lisieux - ont cherché à dire l'indicible, à traduire l'ineffable. Cela nous vaut des textes magnifiques, récits, poèmes, confessions. Mais à y regarder de plus près, ce qui fait la vraie qualité des écrits spirituels n'est peut-être pas tant la parole timidement proférée que le silence que ces mots ouvrent en nous. Comme si « parler Dieu », « parler à Dieu », « parler de Dieu » était le meilleur chemin pour, peu à peu, apprendre à se taire devant Lui.


« Dans le silence, on trouve Dieu. Mieux encore : dans le silence, c'est Dieu qui nous trouve. Le silence est sa langue... » écrivait julien Green.


Le risque est grand, en effet, de « trop en dire » sur Dieu, de l'enfermer dans nos définitions de catéchisme, de le réciter, d'affirmer plus que nous ne « savons ». Car, honnêtement, nous ne « savons » pas grand-chose de l'Éternel. La foi, avant d'être un « savoir », est une relation d'amour, un secret dialogue où l'Esprit, à certaines heures, nous chuchote à l'oreille de l'âme « les mots pour Le dire ». Toute parole sur Dieu vire au mensonge ou à l'idéologie lorsqu'elle ne naît pas de la prière, de l'intimité patiente avec celui qui est la Parole, Verbe de Dieu, source de nos balbutiements de croyants en chemin. « Au moment de nommer Dieu, les mots de la foi sont défaillants, et tout discours qu'on lui appliquera ne pourra le dire ni tel qu'il est ni grand comme il est » ose affirmer saint Hilaire de Poitiers.


Il nous faut cependant tenter de parler de Dieu, oser une marche d'approche vers la divine Présence. Certains et certaines le font par la théologie, d'autres par la littérature, la poésie, le théâtre; d'autres encore par l'art: peinture, sculpture, musique, danse... Alors, l'expérience spirituelle de l'un peut devenir sentier pour l'autre ; alors, en se disant, la parole creuse en nos coeurs son sillon ; alors, le langage patiemment forgé en commun devient lien fraternel, fondement de la communauté, ferment de l'Église.


Le croyant, le chercheur de Dieu toujours en exode, doit tenter de dire, faire siens les mots de ses frères et soeurs, paroles d'hier sédimentées par l'histoire, polies par la prière du temps, mots d'aujourd'hui à continuer d'inventer. Dire Dieu, tout en sachant qu'il nous est impossible d'en dire trop; dire Dieu avec nos mots fragiles comme des vases d'argile ; dire Dieu aussi, et peut-être d'abord, par nos gestes d'amitié, de fraternité et de solidarité. Dire Dieu, comme on aime !


Bertrand Révillion
Panorama 467 juillet-août 2010

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