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31 janvier 2006 2 31 /01 /janvier /2006 00:00

La scène se passe dans une campagne reculée après avoir suivi les lacets d'une mauvaise route, le visiteur accède à une clairière dominée par la montagne. Là, se niche un petit monastère. Ce cloître fut autrefois célèbre, très visité et peuplé de nombreux moines. Mais, depuis quelque temps, c'est l'hiver. L'église ne résonne plus des chants de la communauté, le noviciat est fermé, les cellules sont vides. Seuls demeurent trois moines, le coeur triste...

En contrebas du monastère, un vieux sage s'est construit un petit ermitage. On ne sait pas très bien ni qui il est, ni d'où il vient, mais, chaque fois qu'il s'installe pour quelques jours dans sa cabane, les moines ont le coeur moins lourd. Un matin, après l'office des Laudes, le père abbé du monastère décide de rendre visite au vieil ermite qui, avec grande gentillesse, lui ouvre sa porte. Après avoir partagé un verre de vin et un morceau de pain, l'abbé s'enhardit et confie à son hôte son infinie tristesse : « C'est comme si le sang ne coulait plus dans les veines de notre monastère, comme si, soudain, nous étions devenus du bois mort... »

Le vieux sage l'écoute en silence puis se met soudain à pleurer. L'abbé ne tarde pas, lui aussi, à sangloter. Ils restent ainsi, prostrés, tous les deux, un long moment.

Puis l'ermite prend doucement les mains osseuses de l'abbé dans les siennes et lui dit : « Toi et tes frères, vous avez le coeur gros. Vous cherchez une parole de réconfort, vous espérez entendre les mots qui vous redonneront l'espérance. Je vais donc te confier un secret mais tu ne pourras le répéter qu'une seule fois. Ensuite, nul ne devra plus l'évoquer à voix haute. » Le vieux sage regarde alors l'abbé intensément et lui dit : « Le Christ est parmi vous. Puis il se retire... Rentré au monastère, l'abbé passe la nuit à tenter de comprendre, en vain, ce secret. Au matin, il dit à ses deux frères : « Le vieux sage m'a confié un secret qui, une fois que vous l'aurez entendu, ne devra plus jamais être proféré à voix haute : il m'a dit : "Le Christ est parmi nous" ! » Les moines sont à leur tour très surpris. Chacun, embarrassé, se demande intérieurement : «L'un de mes frères est-il réellement le Messie ? » Le temps passe : personne n'ose plus évoquer le secret du vieil ermite.

Mais, subrepticement, la vie commence à changer au monastère : les frères se regardent avec davantage d'amitié, de respect ; chaque fois que l'occasion se présente, ils se rendent service, prennent le temps de s'écouter, ont mille et une attentions les uns pour les autres. Leurs chants résonnent à nouveau dans l'église. La nouvelle se répand vite aux alentours : les moines ont retrouvé la joie ; une joie contagieuse qui donne à d'autres le désir de les rejoindre et de partager leur vie et leur prière. Le dimanche, à la messe dominicale, la foule se presse à nouveau sous les voûtes.

Comme si, en plein hiver, le bois mort s'était soudain mis à refleurir...

Bertrand Révillon
Panorama N° 418 Février 2006
http://boutique.bayardweb.com/article/index.jsp?docId=49806

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27 janvier 2006 5 27 /01 /janvier /2006 11:15

 


En janvier 1971, il se rend en Suisse. Il en revient « exténué avec un fort refroidissement ».Un prochain séjour au Liban lui permettra, espère-t-il, de retrouver des forces. Il se traîne ainsi pendant plusieurs semaines.

Subitement en mars 1971, à la suite, semble-t-il, de vaccinations reçues en vue de son départ pour l’Orient, son état s’aggrave. Délirant, apparemment inconscient, en proie à une forte fièvre et à un « hoquet hurlant », il est admis à l’hôpital Saint-Charles de Londres. Les médecins diagnostiquent une crise d’urémie avec des complications vasculaires et cérébrales. Sa vie semble en danger. Pendant plusieurs jours, il reste plongé dans une sorte de coma. Quand il en émerge, il déclare que, « inconscient en apparence », il ne l’était pas « dans les profondeurs ». Ébranlé physiquement et spirituellement, « foudroyé et broyé », il s’est en même temps senti « comblé de grâces ». « La voix du Seigneur n’a cessé de se faire entendre. »

À travers l’événement de cette maladie, affirme-t-il, Dieu lui « a fait signe ». Sur le sens, pour lui, de ce signe, Lev Gillet s’expliquera quelques mois plus tard, dans une interview accordée à un chercheur du Religious Experience Research Unit de Manchester College à Oxford. Ce qui, observé du dehors, se présentait comme une discours délirant était en réalité, affirme-t-il, une « dialectique ». À l’origine se trouve un événement en apparence insignifiant mais qui, pour lui, revêt un sens profond. Dans l’après-midi qui a précédé la crise, Lev Gillet, accompagnant une amie, femme médecin indienne, a rendu visite à une famille persane dont l’enfant, indifférent à tout, semble plongé dans un état autistique profond. Soudain, à l’arrivée d’autres visiteurs, l’enfant se « réveille », demandant instamment du café pour les hôtes. C’est autour de cet « éveil altruiste » de l’enfant « spastique » qui l’a profondément touché que va s’organiser le délire de Père Lev. Voici comment ce dernier en fait le récit : « Je me suis vu couché par terre, dans une plaine très blanche, [par une nuit sombre]. Aucune lumière, aucune maison, ni à droite, ni à gauche. Rien. Seulement sortant de la terre, ici et là, de petits êtres spastiques, semblables à des vers de terre. Quelques-uns prononçaient le mot "café" (en persan kawe). Chacun d’eux est porteur d’une petite lumière comme celle des vers luisants. Soudain, j’ai eu l’impression d’avoir une vision de l’univers en sa totalité. Dans notre univers, nous sommes tous, dans un sens, des enfants spastiques. Chacun se meut selon son propre spasme qui est peut-être l’ambition, l’argent, le sexe ou encore autre chose. Chacun est prisonnier de son spasme, [comme cet enfant spastique]. Mais il arrive que l’un ou l’autre prenne conscience des réalités hors de son propre moi : alors il commence à demander du café pour les autres » (ibid., p. 31-32).

Ce rêve, assure Lev Gillet, a un sens profond : sauver le monde, sauver ces êtres spastiques que nous sommes, c’est les réveiller, nous réveiller, de notre délire autistique pour devenir enfin des hommes, « des êtres humains pour les autres ».

L’appel – il le sait – le concerne personnellement. Ce qui lui est demandé est une kénose totale : se vider de tout amour-propre, de tout sentiment de supériorité intellectuelle ou spirituelle : « J’ai compris, explique-t-il, que si je désirais voir les enfants spastiques émerger de la terre la seule chose à faire était de me mettre à plat, à même le sol, en perdant tout sentiment de mon importance en tant qu’individu. Réaliser que tout ce que je fais, tout ce que je dis, tout ce que j’écris n’a guère d’importance.

L’important pour moi est de m’étendre par terre. Alors je [serai peut-être en mesure de voir émerger ces personnes spastiques. Et la seule chose que je puis faire est d’aider de telles personnes] » (ibid., p. 33). Le message est clair, rigoureux et incontestable, comme l’était celui reçu jadis au lac de Tibériade. Il n’y a qu’à obéir. […]

Le message reçu à travers la maladie du printemps 1971 marquera profondément le climat spirituel des dernières années de la vie de Père Lev.

Extrait de
http://www.pagesorthodoxes.net/bulletin/archive.htm#25-perelev

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23 janvier 2006 1 23 /01 /janvier /2006 00:00

"Que le jeûne soit accompli avec mesure. Et qu'il soit observé pour la discipline de l'âme et du corps, comme nous l'avons reçu de la tradition. Que celui qui n'est pas capable de jeûner ne se permette pas d'innovation, mais qu'il reconnaisse que c'est par sa faiblesse personnelle qu'il adoucit le jeûne et qu'il honore par l'aumône ce qu'il ne peut accomplir par le jeûne. Dieu n'a nul besoin des gémissements de celui qui s'est ainsi acquis les larmes des pauvres qui plaident pour lui."

Saint Pierre Chrysologue, évêque de Ravenne (5ème siècle)

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