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14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 20:29

Gorze, novembre 2010


Chers Amis,

A la fin de l’Année liturgique, avec la fête de la Toussaint, l’Eglise nous remet tous et chacun, encore une fois, devant notre ultime vocation : la sainteté. L’homme n’est homme qu’en devenant dieu. C’est cet incessant devenir de divinisation qui le définit et donne sens, l’unique sens à sa vie, où l’homme est co-créateur avec Dieu de sa propre destinée. Le saint n’est pas une statue de plâtre élevée sur les autels, mais l’Homme en voie d’accomplissement !

Tous les saints, de quelque tradition qu’ils soient, ont soulevé le voile d’une toute autre manière d’être. Sortir de l’enfer existentiel est possible ; seulement le chemin est étroit, les portes difficiles à forcer, et la peur, le doute, le scepticisme sont là, tout nous aimante vers le bas et nous rive à l’horizontalité animale. Mais si les hommes entrevoyaient les joies infinies, les forces parfaites, les horizons lumineux de connaissance spontanée, les calmes étendues de notre être qui nous attendent, ils quitteraient tout et n’auraient de cesse qu’ils n’aient gagné ces trésors !
( Sri Aurobindo ).

Mais justement, on ne les gagne pas à la force de ses poignets et si le chemin est difficile, c’est parce que nous baissons les bras devant notre héroïsme impossible. Ce que les saints ont fait, pourquoi ne le ferais-je pas ? Pourquoi eux et pas moi ? s’écriait saint Augustin. Tant que ce cri n’est pas le mien, je m’englue dans l’ornière des médiocres satisfaits. Cependant, aussi longtemps que l’homme compte sur ses propres forces, il rivalise avec Dieu, Le maintient à distance et résiste à Sa volonté. Le constat d’échec devant nos efforts inutiles nous jette au contraire dans les bras de Dieu. Par l’épreuve répétée de notre orgueil blessé, nous apprenons à Lui remettre les rênes à travers tout et à chaque moment. Dieu seul est la Vie, nous ne vivons que par participation à la sienne.

Alors, laisser à Dieu seul le gouvernail et lui confier tous les leviers de commande, là est le secret. Cela signifie un abandon confiant de ma volonté à la volonté de Dieu. En d’autres mots : ne plus jamais rien décider par soi-même. La décision, jusque dans les plus petits détails, faire ceci plutôt que cela, se lever à telle heure, se coucher à telle autre, prononcer une parole ou dialoguer avec une pensée, et un jour même le moindre mouvement intérieur, c’est le lieu où s’exerce constamment ma liberté, donc où mon être profond s’engage et forge une direction, celle de mon devenir. A chaque seconde la Vie me suscite à la vie, mais pour qu’elle vive pleinement il faut l’écouter et s’y abandonner. Je peux l’accueillir avec reconnaissance à chaque inspir et m’offrir à elle dans l’abandon à chaque expir. C’est une merveilleuse méditation. Les premiers chrétiens ont forgé cette admirable phrase : L’Esprit Saint et nous-même avons décidé ( Ac 15, 28 ). Pour eux, faire quoi que ce soit sans l’impulsion de l’Esprit était une trahison.

Si Jésus est vraiment « Seigneur » pour moi, c’est que ma vie est son Royaume où Il peut exercer sa seigneurie, c’est-à-dire où Il a tous les droits. En moi, rien donc qui ne Lui soit étranger, tout en moi est de Lui, par Lui et en Lui (Rm 11, 36), je veux me recevoir de Lui comme d’une Source ou comme l’air que je respire. C’est dans cette grande cohérence biblique que Dieu dit à Josaphat paniqué devant le tragique des événements : Ne t’effraye pas…ce combat n’est pas le tien mais celui de Dieu ( 2 Ch 20, 15). Il n’y a plus alors qu’à Lui faire confiance, à obéir dans la foi ( Rm 1, 5 et 16, 26 ) : donner à Dieu carte blanche ! Quelle libération !

Une vieille ermite sur une petite île grecque nous disait un jour : Vous savez, ma spiritualité, après soixante-dix ans de vie ascétique est très simple : tous les matins je prends une feuille blanche et je la signe en bas en disant à Dieu : écris dessus ce que Tu veux, à tout je dis « oui », c’est signé d’avance !


Avec toute notre affection, à bientôt !

Père Alphonse et Rachel

 

http://www.centre-bethanie.org

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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 23:50

aurore_boreale_1.jpg

 

J'ai la nuit délicieuse aux marches de l'aurore

La musique silencieuse, la solitude sonore

 

Jean de la Croix, Le cantique spirituel

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12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 23:11

Le texte apocryphe qui inspira les représentations du Christ descendu aux enfers quand il était au tombeau.


21.1. Satan et Hadès discutaient ainsi, quand une voix tonna : « Élevez vos frontons, princes. Elevez-vous, portes éternelles, et le roi de gloire entrera. » A ces mots, Hadès dit à Satan : « Va-t-en, si tu es vaillant, et livre-lui bataille. » Satan sortit. Alors Hadès dit à ses démons « Fermez bien les portes de bronze, poussez les barres de fer, renforcez les verrous, exercez une surveillance sans relâche. Car s'il descend chez nous, il deviendra notre maître. »


2. Nos ancêtres, en entendant ces paroles, éclatèrent en invectives . « Glouton, éternel affamé, disaient-ils, ouvre donc et laisse entrer le roi de gloire. » David le prophète disait : « Ne sais-tu pas, aveugle, que lorsque je vivais sur terre, j'ai lancé cette prophétie : Princes, élevez vos frontons ? » Isaïe à son tour : « Et moi, averti par le Saint-Esprit, j'ai écrit : Les morts ressusciteront, et ils se réveilleront, ceux qui dorment dans les tombeaux, et ils exulteront, ceux qui vivent sur la terre. Et j'ai dit : Où est, mort, ton aiguillon ? Où, enfer, ta victoire ? »


3. La voix à nouveau retentit : ouvrez vos portes. En entendant cette parole pour la seconde fois, Hadès demanda, comme s'il ne savait pas : « Quel est ce roi de gloire? » Les messagers du Maître lui dirent : « C'est le Seigneur le fort, le vaillant, le Seigneur vaillant des combats. » A peine avaient-ils prononcé ces mots que les portes de bronze se fracassèrent, et les barres de fer se rompirent et tous les morts furent déliés des chaînes qui les retenaient, et nous avec eux. Et le roi de gloire entra, sous l'aspect d'un homme, et les ténèbres de l'enfer devinrent éblouissantes.
22.1. Aussitôt Hadès cria : « Nous sommes vaincus ! Malheur à nous ! Mais qui es-tu donc, toi qui possèdes une telle puissance et un tel empire ? Qui es-tu, toi qui es venu ici exempt de faute ? Toi qui parais petit et réalises de grandes choses, toi qui es humble et sublime, esclave et maître, soldat et roi, toi qui commandes aux morts et aux vivants ? Tu fus cloué en croix et déposé au tombeau, et te voilà soudain libre et tu as anéanti notre royaume. Es-tu ce Jésus, dont Satan, notre chef suprême, nous a parlé, nous disant que la croix et la mort te feraient hériter le monde entier?

 

2. Alors le roi de gloire empoigna par le sommet de la tête le chef suprême, Satan, et le livra aux anges, disant « Mettez-lui des chaînes aux mains et aux pieds, au cou et à la bouche. » Puis, le donnant à Hardes, il dit : « Prends-le et surveille-le étroitement jusqu'à mon retour. »

 

23. Hadès reçut Satan et lui dit : « Belzébuth, héritier du feu et du châtiment, ennemi des saints, qu'est-ce qui t'a poussé à faire crucifier le roi de gloire ? Il est descendu chez nous et nous a dépouillés. Retourne-toi et vois : il ne me reste plus de morts. Tous ceux que tu avais gagnés par le bois de la connaissance, la croix te les a repris. Tes délices se sont changées en douleur. En voulant tuer le roi de gloire, tu t'es tué toi-même. Je t'ai reçu avec mission de bien te garder. Eh bien, tu sauras d'expérience quels maux je suis capable d'infliger. O chef des diables, prince de la mort, racine du péché, comble du mal ! Quel vice trouvais-tu en Jésus pour désirer sa perte ? Comment as-tu osé lui nuire ? Pourquoi as-tu cherché à faire choir dans les ténèbres un homme qui t'a enlevé tous ceux qui depuis l'origine étaient morts ? »

 

24. Hadès parlait encore à Satan quand le roi de gloire étendit sa main, saisit Adam notre premier père, et le ressuscita. Puis, se tournant vers les autres, il dit « Venez avec moi, vous tous qui devez votre mort au bois que celui-ci a touché. Car voici : je vous relève tous par le bois de la croix ! » Alors il les fit tous sortir, et l'on vit notre premier père Adam rempli de joie : « Je rends grâce à ta magnanimité, Seigneur, disait-il, car tu m'as fait remonter du fond des enfers. » Et tous les prophètes et tous les saints disaient : « Nous te rendons grâces, Seigneur, sauveur du monde, qui as tiré nos vies de la corruption. »

 

anastasis_enfers_1.jpgcliquer pour agrandir

 

2. Et tandis qu'ils parlaient, le Seigneur bénit Adam en marquant son front du signe de la croix. Il fit le même geste avec les patriarches et les prophètes, les martyrs et les ancêtres, et d'un bond les fit sortir de l'enfer. Et pendant qu'il marchait, les saints pères chantaient derrière lui, et disaient : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. Alléluia. A lui la louange de tous les saints. »

 

christ_enfers_compo.jpg

 

25. Il se rendit au paradis, tenant notre premier père Adam par la main, et il le confia à l'archange Michel, ainsi que tous les justes. Quand ceux-ci eurent franchi la porte du paradis, deux vieillards se présentèrent devant eux, et les saints pères leur dirent : « Qui êtes-vous, vous qui n'avez pas connu la mort et n'êtes pas descendus en enfer, mais qui, de corps et d'esprit, demeurez dans le paradis? » L'un d'eux répondit : « Je suis Énoch, qui a eu la faveur de Dieu, et qui ai été transporté ici par ses soins. Lui, c'est Élie le thesbite. Nous devons vivre jusqu'à la consommation des temps. Alors nous serons envoyés par Dieu nous battre contre l'Antéchrist ; il nous tuera ; après trois jours, nous ressusciterons et une nuée nous enlèvera et nous déposera aux pieds de Dieu. »
 

 

Actes de Pilate

Evangiles apocryphes

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