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22 avril 2010 4 22 /04 /avril /2010 22:50

En 1782, paraît à Venise Phi­localie des Pères neptiques, anthologie de textes mo­nastiques sur l'hésychasme (du grec hèsuchia, « tranquillité », « silence ». Cette voie de spiritualité orthodoxe, ap­parue au ive siècle en Égypte, développée à Byzance puis en Grèce, vise à purifier et à apai­ser le chrétien pour le faire ac­céder à la contemplation de la lumière divine. L'ambition des éditeurs grecs était de riposter au rationalisme des Lumières en faisant connaître ces textes à un large public, de moines comme de laïcs.


L'extrait de Macaire l'Égyp­tien (Ive siècle) révèle que l'homme est le théâtre d'un combat spirituel. Déjà Évagre (345-399) insistait sur la né­cessité d'examiner ses pensées pour ne pas donner prise aux tentations. Pour Macaire, l'en­jeu du combat est le coeur de l'homme. Il entend par là le terme en son acception biblique : la vraie personnalité de l'homme, le centre profond où habite Dieu et d'où procè­dent sentiments et pensées. Depuis la Chute, l'esprit, cap­tivé par le monde, vit dissocié du coeur. Ce dernier est lui­même durci, enveloppé d'une gangue ténébreuse de passions. De plus, les démons invisi­bles, entrés en l'homme par le péché, suscitent des sugges­tions pour l'attirer vers le mal. Face à ce désastre, l'hésy­chaste, conduit par un père spirituel et nourri aux sacre­ments, s'appuie sur la grâce reçue au baptême. Il va s'agir de la faire croître pour que le coeur s'ouvre et devi­enne ce qu'il doit être : un tab­ernacle de la présence divine. Peut se révéler alors le trésor caché dans le champ du coeur le royaume de Dieu en nous.

 

À cette fin, les hésychastes recommandent la prière con­tinuelle, selon l'injonction de saint Paul : « Priez sans cesse » et particulièrement la prière monologique, dont la plus courante a été fixée par les moines du mont Athos en Grèce : Seigneur Jésus, fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur. - C'est que, dans la tradition judéo-chrétienne, pareil nom est porteur de la présence divine. Son invoca­tion répétée permet de contrer les assauts des démons et de briser leur pouvoir : c'est la garde du coeur. Certains, comme Grégoire le Sinaïte (1255-1346), préconisent aussi de faire participer le corps à la prière. La récitation du nom est alors synchronisée avec la res­piration. L'âme, réalité vivante mue par son souffle vital, reçoit cette présence de Dieu comme une vraie nourriture; l'esprit « descend » alors dans le coeur et les facultés de l'homme s'u­nifient peu à peu. Le coeur est assoupli, réchauffé, libéré.


Il peut arriver alors que ce dernier soit tellement ouvert à l'amour divin qu'apparaisse une bouleversante lumière. Les moines de la Philocalie, dis­crets, n'en parlent jamais di­rectement, mais Syméon le Nouveau Théologien (949­1022) y fait allusion dans un de ses écrits. Il raconte comment, après une longue attente, Dieu lui est apparu. Ce récit, aussi déroutant qu'il puisse paraître, emblématise le sommet et le but de la spiritualité orthodoxe transfigurer - déifier - l'être tout entier par la rencontre avec la lumière divine, en an­ticipant le retour de gloire qui clôt l'histoire et où, comme l'af­firme la Première Épître de Jean,
« nous serons semblables à Lui, parce que nous Le verrons tel qu'il est » (3,2).

La Philocalie a eu une grande influence sur le devenir de l'orthodoxie. Traduite en slavon en 1792 par Païssi Velitchkovski. elle provoqua le grand renouveau spirituel de la Russie du XIXe siècle, illustré par les Récits d'un pèlerin russe, personnifié par saint Séraphin de Sarov (1759-1833) et relayé par le monastère d'Optino, qui attira les écrivains Gogol, Dostoïevski, Tolstoï et le philosophe Vladimir Soloviev.


Olivier Souan
Novembre-décembre 2006 1 Hors-série n°11 Le Point

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21 avril 2010 3 21 /04 /avril /2010 22:23

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Le Christ dit : « Qui vient à moi n'aura plus faim, qui croit en moi n'aura plus soif »... Et le psalmiste dit : « Le pain raffermit le coeur de l'homme » et « le vin réjouit le coeur de l'homme » (103,15). Pour ceux qui croient en lui, le Christ est nourriture et breuvage, pain et vin. Pain qui fortifie et raffermit..., breuvage et vin qui réjouit...  Tout ce qui en nous est fort et solide, joyeux et allègre pour accomplir les commandements de Dieu, supporter la souffrance, exécuter l'obéissance et défendre la justice, tout cela est force de ce pain et joie de ce vin. Bienheureux ceux qui agissent fortement et joyeusement ! Et comme personne ne le peut de lui-même, bienheureux ceux qui désirent avidement pratiquer ce qui est juste et honnête, et être en toutes choses fortifiés et réjouis par celui qui a dit : « Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice » (Mt 5,6). Si le Christ est le pain et le breuvage qui assurent maintenant la force et la joie des justes, combien plus le sera-t-il au ciel, quand il se donnera aux justes sans mesure ?

Remarquons-le, dans les paroles du Christ..., cette nourriture qui demeure pour la vie éternelle est appelée pain du ciel, vrai pain, pain de Dieu, pain de vie... Pain de Dieu pour le distinguer du pain qui est fait et préparé par le boulanger...; pain de vie, pour le distinguer de ce pain périssable qui n'est pas la vie et ne la donne pas, mais la conserve à peine, difficilement et pour un temps. Celui-là au contraire est la vie, donne la vie, conserve une vie qui ne doit rien à la mort.

 

Baudoin de Ford (?-v. 1190), abbé cistercien
Le Sacrement de l'autel, II, 3 (trad. SC 93, p.255s.)

Extrait de http://www.levangileauquotidien.org/

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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 22:10

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      Ô Seigneur mon Dieu, lumière des aveugles et force des faibles, mais en même temps lumière des voyants et force des forts, sois attentif à mon âme, entends-la crier du fond de l'abîme (Ps 129,1). Car si tu n'es pas à l'écoute même dans l'abîme, où irons-nous ? Où adresserons-nous nos cris?

      « À toi est le jour, à toi aussi la nuit » (Ps 73,16). Un signe de toi et les instants s'envolent. Donne désormais largement à nos pensées le temps de fouiller les retraites cachées de ta loi et n'en ferme pas la porte à ceux qui y frappent (Mt 7,7). Ce n'est pas sans raison que tu as voulu faire écrire tant de pages pleines d'ombre et de mystère. Ces belles forêts n'ont-elles pas leurs cerfs (Ps 28,9) qui viennent là se réfugier et se ressaisir, se promener et pâturer, se coucher et ruminer ? Ô Seigneur, conduis-moi au terme et révèle-moi leurs secrets.

      Ta parole est toute ma joie, ta parole plus douce qu'un torrent de voluptés. Donne-moi ce que j'aime, car j'aime et cet amour est un don de toi. N'abandonne pas tes dons, ne dédaigne pas ton brin d'herbe assoiffé. Que je proclame tout ce que je découvrirai dans tes livres ; fais que «j'entende la voix de ta louange» (Ps 25,7). Puissé-je boire ta parole et considérer les merveilles de ta loi (Ps 118,18) depuis le premier instant où tu as créé le ciel et la terre jusqu'au règne éternel avec toi dans la sainte cité.

 

Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Confessions XI, 2.3

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