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7 août 2021 6 07 /08 /août /2021 19:24

Onfray nous étonnera toujours mais on ne peut nier son honnêteté intellectuelle ! Il rejoint à mes yeux Régis Debray dans ce domaine.
Il tape sans doute un peu fort sur le pape François car il oublie que l'Eglise doit trouver un équilibre entre les deux commandements équivalents : aimer Dieu et aimer son prochain, entre le sacré, le culte légitime rendu à Dieu et la pauvreté des Béatitudes et la charité envers tous les hommes et en particulier ceux qui souffrent. Il met néanmoins le doigt sur une perte actuelle du sens du sacré dans l'Eglise qui est par contraste toujours très présent dans le rituel traditionnel.

«Je suis athée, on le sait, mais la vie de l’Église catholique m’intéresse parce qu’elle donne le pouls de notre civilisation judéo-chrétienne bien mal en point. Car si Dieu n’est pas de mon monde, mon monde est celui qu’a rendu possible le Dieu des chrétiens. Quoi qu’en disent ceux qui pensent que la France commence avec la Déclaration des droits de l’homme, ce qui est aussi stupide que de croire que la Russie est née en octobre 1917, le christianisme a façonné une civilisation qui est la mienne et dont j’estime que je peux l’aimer et la défendre sans battre ma coulpe, sans avoir à demander pardon pour ses fautes, sans attendre une rédemption après confession, contrition et agenouillement. C’est fou comme ceux qui répugnent au christianisme en disant qu’il n’a pas eu lieu s’en trouvent imprégnés comme de rhum le baba que l’on sait!

Benoît XVI fut un pape philosophe formé à l’herméneutique et à la phénoménologie allemande. Il a également lu les auteurs catholiques français dans le texte. Son Jésus de Nazareth (2012) s’inscrit dans l’histoire de l’idéalisme allemand, notamment de l’hégélianisme qu’on dit de droite pour le distinguer de celui qui, dit de gauche, conduit au jeune Marx.
Le pape François n’est pas de ce niveau théologique, loin s’en faut. Mais il ne manque pas de la rouerie jésuitique qui fait que, venant de la Compagnie de Jésus, il choisit pour nom de souverain pontife celui qui se trouve le plus à l’opposé des intrigues et des antichambres du pouvoir où les jésuites aiment à se trouver, à savoir celui de François d’Assise. Jorge Mario Bergoglio, chimiste de formation, vient du péronisme ; Joseph Ratzinger, théologien de formation, de l’antinazisme.

À mes yeux, l’acte majeur du pape Benoît XVI a été le discours de Ratisbonne où, le 12 septembre 2006, dans l’université allemande où il a été professeur, il a fait son travail de pape en estimant que le christianisme et l’islam entretiennent par les textes une relation antinomique, notamment sur l’articulation entre foi et raison, mais également sur la question de la violence en général et sur celle du djihad en particulier. Je dis par les textes car c’était ici son souci, il présentait en effet l’exégèse personnelle d’un dialogue situé au début du XV siècle entre l’empereur Byzantin Manuel II Paléologue et un érudit persan. L’invitation à réfléchir sur cette question fut prise pour une insulte planétaire faite à l’islam…

L’acte majeur du pape François est, toujours selon moi, de s’être fait photographier devant un crucifix sur lequel Jésus porte le gilet de sauvetage orange des migrants. C’est ici l’icône triomphante de Vatican II qui congédie tout sacré et toute transcendance au profit d’une moraline tartinée de façon planétaire comme une gourmandise de scout.

C’est selon cette logique qu’il faut comprendre la décision du pape François d’abroger, disons-le dans un terme profane, la décision prise par Benoit XVI de permettre la messe en latin, dite messe Tridentine, pour ceux qui le souhaitent. Dans Summorum pontificum, Benoît XVI libéralisait la messe dite de Pie V. Dans Traditionis custodes, François efface cette libéralité. Benoît XVI voulait dépasser le schisme avec les traditionalistes, François va le restaurer en prétextant bien sûr, jésuite un jour, jésuite toujours, qu’il entend de cette façon réunir ce qu’il sépare. Les vocations chutent avec Vatican II. Mais les religieux qui conservent le rite latin ne connaissent pas la désaffection, mieux, ils remplissent les séminaires. Le pape François préfère les églises vides avec ses thèses que pleines avec celles de Benoît XVI.

Séparer n’est-ce pas la fonction dévolue… au diable? L’étymologie témoigne. Si j’avais la foi catholique, je ne pourrais m’empêcher de penser à l’Épître de Jean qui dit: «Tout esprit qui divise Jésus-Christ n’est point de Dieu ; et c’est là l’Antéchrist, dont vous avez entendu dire qu’il doit venir ; et il est déjà maintenant dans le monde.» (I.4:3).

Ce qui se joue dans cette affaire, c’est la suite de Vatican II, autrement dit l’abolition du sacré et de la transcendance. La laïcisation du rite réduit à une liturgie dont La vie est un long fleuve tranquille a montré toute la puissance avec son curé cool qui joue de la guitare et chante bêtassement «Jésus, Jé-é-é-é-sus, reviens». On peut préférer le chant grégorien sans être pour autant un nostalgique de Vichy…

Or le génie du christianisme, les différents conciles sur la possibilité ou non de figurer le christ témoignent, a été de rendre possible une civilisation de l’allégorie, de la symbolique,de la métaphore. Le génie juif se trouve dans l’herméneutique,celui du christianisme dans l’explication des paraboles. Les juifs inventent l’herméneutique pour les plus savants, les rabbins lecteurs de la kabbale ;les chrétiens élaborent l’herméneutique populaire, pour les fidèles à qui l’on raconte des histoires à déchiffrer avec l’histoire sainte. Notre civilisation de l’image, de la raison explicative, de la philosophie séparée de la théologie, procède de ce monde-là.
La messe en latin est le patrimoine du temps généalogique de notre civilisation. Elle hérite historiquement et spirituellement d’un long lignage sacré de rituels, de célébrations, de prières, le tout cristallisé dans une forme qui offre un spectacle total - un Gesamtkunstwerk, pour utiliser un mot qui relève de l’esthétique romantique allemande.

Pour ceux qui croient en Dieu, la messe en latin est à la messe du Long fleuve tranquille celle que semble affectionner le pape François, ce qu’est la basilique romaine contemporaine de saint Augustin à une salle polyvalente dans une barre d’immeubles à Aubervilliers: on y chercherait en vain le sacré et la transcendance. Quelle spiritualité dans ces cas-là?
Disons-le de façon énigmatique, le pape François fait bien ce pour quoi il est là où il se trouve… Ajoutons d’une façon tout aussi énigmatique, mais pas tant que ça, qu’on se demande pourquoi nous vivons dans une époque avec deux papes.»

(Michel Onfray, in "Le Figaro" du 18/07/2021.

 

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5 août 2021 4 05 /08 /août /2021 19:30

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit

Amen

Vous ne vous êtes pas trompés en entendant à l’instant la finale de l’Evangile :

« Si ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, va d’abord te réconcilier. »

Je crois que si les Chrétiens se souvenaient de cet Evangile le dimanche matin sur le parvis de leur église, les trois quart feraient demi tour, c’est sûr.

C’est une parole terrible comme celle qui précède.

Nous sommes dans le contexte ; il faut toujours que le texte soit situé dans son contexte.

Nous sommes en plein dans Saint Mathieu, dans le Sermon sur la montagne, et nous sommes donc dans la parole de l’accomplissement par le Messie qui accomplit ce qui s’est passé sur l’autre montagne, celle du Sinaï où Moïse a reçu les tables de la Loi.

Et c’est pourquoi Jésus déclame une toute autre réalité, c’est à la fois un accomplissement comme Il l’a dit Lui-même, pas un iota ne sera enlevé , mais accompli.

Mais en même temps (et c’est cela que nous oublions ) un renversement total.

Ce leitmotiv que nous n’avons entendu qu’une seule fois, revient six fois dans le Sermon sur la Montagne :

« Il vous a été dit, moi, je vous dis. »

Donc jusque là c’était la Loi, mais ce que nous oublions aussi et que peut-être les juifs aussi oublient trop souvent, est que la Loi est une Loi d’amour.

Que des centaines de lois ne sont là que pour inscrire jusque dans le détail du quotidien chaque geste jusqu’au comportement le plus silencieux, pour que tout soit inscrit dans l’amour ; cet amour était encore un amour limité. Il allait jusqu’à « Tu ne tueras pas »

Et cette loi, c’était d’abord pour nous épargner d’être tué. C’est déjà énorme, vous savez.

Devant ces quelques tribus de nomades plus ou moins sauvages, de leur demander de ne plus tuer. C’était déjà révolutionnaire.

Et bien maintenant, c’est fini. La Parole du Christ est (vous l’avez remarqué) sans mesure.

Elle est sans mesure parce qu’elle est Lui-même et Dieu n’a aucune mesure. Il est l’infini.

C’est un amour infini, sans limite donc le doute n’est plus permis. La pointe de l’antithèse repose sur la disproportion totale entre le caractère bénin du délit – dire à quelqu’un : tu es fou, tu es crétin. Tout de même, on ne va pas être condamné pour ça, jeté dans la géhenne, paraître devant le Sanhédrin, non,

Mais que le Christ veut nous faire comprendre qu’il n’y a aucune commune mesure entre ce qui est prononcé et la rigueur des sanctions.

Nous ne sommes plus du tout dans le registre de la justice qui nous protège mais dans celui de l’amour en plénitude qui nous transforme et en nous transformant précisément nous accomplit.

Alors là, n’en déplaise peut-être à nos siècles passés, il n’y a pas de péché véniel et de péché mortel. Tout est mortel, évidemment.

Tout ce qui me sépare de mon frère, me sépare de Dieu.

L’homme a été créé à l’image de Dieu et couvrir de honte l’homme c’est couvrir Dieu de honte. Le moindre hiatus de mépris pour qui que ce soit, c’est meurtrier.

Le Christ dira plus tard dans Saint Mathieu :

« Ce que vous faites au moindre des miens, c’est à moi que vous le faites »

Il s’identifie à l’homme puisque l’homme est à son image.

S’imagine t-on ce que nous faisons à longueur de journée aux autres, par nos paroles, nos gestes, nos regards, nos jugements, nos critiques ?

S’imagine t-on qu’on les ferait, si on était sûr que c’est le Christ que nous traitons ainsi ?

Où est notre foi ?

Alors ce qui est révolutionnaire, comme tout l’Evangile, l’important ici, c’est de comprendre, d’apprendre que dès qu’on approche de l’autre, et bien il faudrait tomber en adoration de la présence du Christ en lui.

Et alors la relation devient une épiphanie ou une théophanie, c’est-à-dire une manifestation d’une toute autre vérité que «  Elle…ceci » « Elle…cela » nos éternels jugements.

Et celui qui ne le fait pas, qui n’adore pas, dont le regard ne va pas jusque dans l’intériorité profonde de l’autre, pour adorer la présence dont l’autre est le tabernacle, celui qui ne le fait pas tombe inévitablement dans le meurtre, pas du tout devant la Loi, puisque nous n’y sommes plus.

Devant la loi, nous sommes impeccables, nous n’avons pas tué, mais dans l’ordre de la grâce.

L’Evangile nous le révèle. La moindre animosité contre quelqu’un est meurtrière. Pourquoi ?

Le Christ est clair. On ne peut pas être plus clair. C’est le Christ que nous clouons sur la croix. C’est Lui que nous outrageons, que nous bafouons. Cracher dans le visage de l’autre, c’est cracher dans le visage du Christ. Le Christ n’a jamais été aussi clair que là.

Alors il faut une méthode. La seule méthode pour s’en tirer, pour s’en sortir rapidement, c’est celle de Saint Pierre.

Qu’est-ce-qu’Il fait ?

Un jour, il marche sur l’eau et comme il a quelques doutes, alors il écarte son regard du Christ et il s’enfonce dans l’eau. C’est quand il est fixé avec tout son être en Christ qu’il marche sur l’eau. Il maîtrise les situations et surtout les ténèbres de l’inconscient symbolisés par les eaux. Le fait qu’il détourne son regard et le porte sur les flots, il se dit : « Mais je marche sur les eaux » Il ne marche plus sur les eaux, il coule. Il a le réflexe d’attraper la main du Christ, il attrape la main du Christ et le Christ le remet debout . Quel secret !

Mais après l’avoir trahi (le Christ) trois fois, (j’admire Saint Pierre, il n’a trahi le Christ que trois fois, moi c’est tous les jours), après ces trois fois, quand il revoit le Christ après sa résurrection, il lui dit trois fois : « Je t’aime, Seigneur , je t’aime » .

Seulement il n’y a qu’une manière d’aimer c’est de mourir d’amour, c’est ce qu’il fera. IL sera crucifié comme son maître et de surcroît la tête en bas, comme il l’a lui-même demandé. Alors, ce en quoi termine l’Evangile, c’est cela : le pardon sans lequel il n’y a pas de vie, le pardon parfait, c’est l’amour sans limite. Je meurs d’amour pour que tu vives, c’est le sens même de la croix. Le Christ, Dieu en Jésus-Christ, meurt d’amour pour que je vive. Il expire sur la croix pour que j’inspire et que je sois un être libre, mais le pardon, cet amour, comment s’exerce t-il au quotidien ?

Dans le tissu du petit détail et c’est là que Saint Pierre est grandiose. Il nous révèle la quintessence de toute la Bible. Vous avez relevé cette petite phrase. Saint Pierre dit :

«  Bénissez, c’est à cela que vous êtes appelés ». Voilà notre vocation. Notre vocation c’est de bénir. C’est notre sacerdoce royal, c’est en Lui que nous sommes baptisés. Nous sommes prêtres dans le monde pour recevoir le monde comme une grâce et rendre grâce en bénissant.

Le Christ Lui-même a révélé que le pardon ne devenait réalité qu’en bénissant. Vous vous souvenez, quand Il dit, dans le Sermon sur la Montagne :

« Bénissez, ne maudissez pas. »

Qu’est-ce-que bénir ? C’est pas deux syllabes, c’est mettre la vie divine dans la relation, au lieu du mépris, de la haine.

Lorsque nous bénissons, il y a une libération  qui s’opère dans les lieux célestes. Ce que Dieu a en réserve pour la personne bénie devient alors efficace, devient réalité. C’est comme si la bénédiction faisait un  trou dans la masse des malédictions et repose sur la tête de l’autre.

Vous savez, chaque fois que nous jugeons, que nous critiquons, nous maudissons, et l’autre que nous jugeons, critiquons, se promène avec des masses de malédictions sur lui.

La bénédiction, c’est l’inverse. Evidemment, quand je dis malédiction, je ne parle pas de sortilège mais de toutes ces paroles négatives, de tous les jugements, de toutes ces critiques qui ont été dits et qui retiennent l’autre comme en prison ; donc cet être en prison, en le bénissant, nous le libérons. La bénédiction est une libération et donc une arme redoutable car c’est une parole d’amour, de restauration, qui vient directement de Dieu.

La bénédiction c’est la vie même de Dieu sur la personne que nous bénissons, et cette parole est irrévocable.

Et de plus, lorsque nous bénissons, notre regard sur l’autre se transforme. Nous acquérons le regard de Dieu lui-même sur l’autre, nous le voyons tel que Dieu Lui-même le voit, c’est-à-dire comme le trône de sa présence.

Et s’il est vrai que celui qui maudit l’autre – lorsque nous jugeons ou disons du mal de l’autre, ça nous retombe dessus, comme dit la Bible. Nous sommes alors des êtres maudits, jugés, critiqués et nous serons jugés, comme dit le Christ, avec la même mesure .

Mais lorsque nous bénissons, il arrive la même chose, la bénédiction de nouveau nous revient et nous sommes bénis par Dieu . Nous devenons alors des hommes libres. Cette humilité pleine d’amour est une force inouïe ; c’est la force même dont Dieu nous a fait cadeau et rien ne peut tenir contre elle et plus rien alors ne peut nous atteindre.

Un être de bénédiction, quand on l’a croisé, on ne l’oublie plus. Un être qui bénit toute personne qu’il rencontre (au lieu d’avoir des remontées : il est sympathique…antipathique… il ceci…il cela…) si, systématiquement, quand j’entre dans la proximité de quelqu’un, je dis : «  Seigneur, bénis cet être » cela devient progressivement un tel rayonnement qui fait que je guéris l’autre par cette atmosphère d’amour qui transperce son cœur .

Au Seigneur, soit la Gloire, la Puissance, aux siècles des siècles.                   

Amen

Père Alphonse Goettmann

Homélie du 6 octobre 2002

 

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4 août 2021 3 04 /08 /août /2021 19:30

« David exhorte ses ennemis à ne pas mettre leur confiance dans les biens de ce monde… »

« Pour la fin, dans les cantiques, psaume de David. Lorsque je l’invoquais, il m’a exaucé, le Dieu de ma justice ; dans la tribulation, vous m’avez mis au large. Ayez pitié de moi, et exaucez ma prière. »(v.1-2)

 

- Lorsque je l’invoquais, il m’a exaucé. David fait l’expérience de la bienveillance de Dieu ; elle ne s’obtient qu’à la condition d’admettre de dépendre de Dieu, c’est la condition d’une créature à son Créateur. Une dépendance qui s’étend dans tous les actes de la vie, y compris dans l’usage du libre-arbitre, puisque qu’au sein de ce droit naturel se propose par grâce la liberté de Dieu. L’homme dépendant entièrement de Dieu, c’est une des vérités majeures de sa condition. Dieu exauce ceux qui se reconnaissent pauvres, l’exercice intérieur de la pauvreté commence par identifier et admettre cette dépendance d’amour.

 

- Dieu de ma justice, Dieu est justice, car en Lui, il ne se trouve aucune cause diminuante. Il est le Parfait, le Saint Unique. La justice en Dieu est la justice haute, celle qui réclame réparation, car fauter délibérément contre Dieu, c’est poser une transgression qui ne se répare que par l’immolation de l’Innocent. La justice divine est l’équilibre, l’harmonie absolue par l’amour et la vérité. Dieu est Immuable. Tout homme, même le plus enfoncé dans la nuit du mal, a une connaissance intuitive d’une justice au-delà du temps et de l’espace, elle participe à sa dignité qui le dépasse et est indépassable puisqu’il est image et présence de Dieu. C’est ce qu’exprime David par : Dieu de ma justice. C’est une compréhension de son Créateur qui procède de sa foi, car il est dans l’abandon par la confiance qu’il met en son Dieu ; il en ressent toute la bienveillance dans les difficultés qu’il traverse. Il sait, car l’expérimente au pratique qu’à chaque fois qu’il correspond à la volonté de YAHWEH, Il le secourt. David a en lui ce quelque chose de l’esprit d’enfance.

 

- Vous m’avez mis au large, être mis au large par Dieu, c’est être mis à l’écart des puissances du monde et du Malin. C’est une élection par la grâce, qui se développe par la solitude qui consume, car c’est le chemin de la purification, et par où passe la pédagogie surnaturelle. Dieu le met à son service. Il triomphe de ses ennemis, car c’est Dieu en lui qui triomphe.

David trace le chemin du pénitent, celui qui se reconnaît pécheur avant le lever du soleil et à son coucher. Il est le lieutenant de Dieu, son bras de justice au cœur de la création, il se met debout pour servir sans faiblesse face à son devoir, que lui importe de passer pour un orgueilleux, si dans le secret de la Présence divine, il est le pénitent.

 

- Ayez pitié de moi, et exaucez ma prière. Toute prière est ou devrait être un acte d’humilité par le cœur ; il ne s’agit plus de raisonnement, mais d’un esprit d’abandon en acte. L’appel à la pitié divine effondre l’amour d’un Dieu Père et surabondant en miséricorde. L’objet des exercices spirituels et surtout la prière, c’est de n’être plus qu’un cri à la pitié de Dieu. Chez la très Sainte vierge Marie, le Magnificat en elle est le fruit, un bouquet d’agréable odeur. Ce cri de pitié est la marche qui mène à l’union au Christ.

 

« Fils des hommes, jusqu’à quand aurez-vous le cœur appesanti ? Pourquoi aimez-vous la vanité, et cherchez-vous le mensonge ? » (v.3)

- Les fils d’hommes sont les fils de la terre par opposition aux fils du Ciel qui eux, rayonnent de la Présence divine parmi le monde. Les fils d’hommes sont les fils du monde, les morts qui enterrent les morts, ils adoptent le bouc pour père. Ils ne regardent pas vers le ciel. Ils n’espèrent pas au-delà des besoins de leurs concupiscences. Ne croyons pas que cette attitude ne soit pas dans les sanctuaires, dans la hiérarchie sacramentelle ; l’ivraie est dans le bon champ de blé. Là où va ton cœur, là est ton âme. Les fils de ce monde s’éloignent de Dieu au point qu’ils perdent l’intelligence du Bien commun : Des aveugles dirigeant d’autres aveugles. Ils sont des pharaons au cœur, si endurcis que Dieu les y laisse pour les rattraper quand ils éclateront face à sa colère. Leur cœur est endurci parce que tout est bon et justifié dès l’instant où il s’agit de garder ce qui est acquis ; que peut bien importer le prochain, il lui concède des miettes. La liberté de Dieu et la volonté d’aimer dépendent de notre détachement envers toutes les formes de biens y compris les biens spirituels, intellectuels et affectifs.

 

Le chrétien pauvre ou riche puise la prudence de sa relation aux biens dans la victoire de la Croix ; Il se désapproprie de tout jusqu’à lui-même, car ce n’est pas ce que l’on est qui importe, mais ce que l’on fait : Les œuvres de la foi. C’est l’école de Marie, la spiritualité montfortaine[1].

 

- Pourquoi aimez-vous la vanité, et cherchez-vous le mensonge ? David est loyal, il ne sait pas mentir, s’il parle du mensonge c’est que c’est un péché grave. C’est un tueur silen-cieux, redoutable, impitoyable, à gage. Il isole et tue le menteur. C’est un destructeur, et le chemin le plus insidieux par lequel le démon s’engouffre dans le sujet. Il peut mener à la folie, car le menteur peut atteindre un degré qui le met dans un refus pathologique de la vérité.

 

« Sachez donc que le Seigneur a glorifié son saint : le Seigneur m’exaucera lorsque je crierai vers lui. » (v.4)

 

- Sachez donc que le Seigneur a glorifié son saint, cette parole lui vient de l’Esprit Saint, car si David n’ignore pas qu’il est le oint de Dieu, il n’ignore pas non plus que lui n’est pas le saint, n’est pas saint. David a été glorifié par Dieu par les victoires qu’Il lui a accordées, mais c’est en vue du Messie, ne dira-t-il pas : Le Seigneur a régné par le bois. David s’adresse à ses ennemis physiques, réels. Il annonce la victoire du Messie sur les légions d’anges déchus, les anges-démons.

 

- le Seigneur m’exaucera lorsque je crierai vers lui. C’est le cri de Jésus qui triomphe de ses ennemis, du monde et de ses princes sur la croix : Mon Père pourquoi m’as-tu abandonné ? Jésus meurt, c’est l’échec humain absolu, et c’est là que la fécondité de son sacrifice explose, c’est si vrai, qu’Il descend aux enfers montrer son triomphe à Lucifer. Il est juste d’enseigner que le triomphe de Jésus descend avec Lui au tombeau. Et ce cri est la clef de sa Résurrection et la nôtre puisque pour nous, Il a voulu connaître la déréliction.

 

« Irritez-vous et ne péchez pas ; et ce que vous dites en vos cœurs, repassez-le sur vos lits avec componction. » (v.5)

- Irritez-vous et ne péchez pas ; s’irriter, n’est pas tant d’éprouver de la colère que de se tendre pour résister à la tentation. David fait appel à la volonté de ne pas pécher, qui consiste à éviter les occasions de faute tout en s’en remettant à Dieu, à sa Miséricorde, tandis que le volontarisme, c’est ne compter que sur soi pour vaincre ses faiblesses, et de cela, Dieu ne le veut pas, parce que la porte du jugement de soi-même s’entre-ouvre, et nul ne peut se juger, ni juger l’autre si ce n’est que Dieu seul. Au prétexte de s’analyser, en fait, je me juge, qui suis-je pour me juger ? S’irriter de ce qu’on a offensé Dieu par faiblesse oui, mais à la condition qu’on s’en remette tout de suite à sa Miséricorde, car c’est l’orgueil, le péché contre l’esprit qui nous attend. La psychanalyse est l’antichambre de l’enfer.

 

- et ce que vous dites en vos cœurs, repassez-le sur vos lits avec componction, le lit exprime l’abandon en la confiance en Dieu, c’est le tombeau. David transmet sa sagesse : Nos péchés sont moins grands que la Miséricorde de Dieu. Que vos regrets soient sincères. David sait que la Justice de Dieu est miséricorde.

 

« Offrez un sacrifice de justice, et espérez dans le Seigneur. Beaucoup disent : Qui nous montrera les biens qu’on nous promet ? » (v.6)

- Offrez un sacrifice de justice, et espérez dans le Seigneur. Faire des sacrifices de justice, s’est poser des actes qui réparent nos fautes pardonnées. Dieu le Père, étant la source de toute justice, demande réparation en justice ; et c’est parce que l’humanité dans son ensemble n’y convient pas, qu’il y aura les châtiments. L’homme, étant libre de bien et pouvant s’en priver, doit répondre de son refus au bien. Certes, le Christ a réparer, mais comme Il n’a pu le faire qu’en s’incarnant dans l’homme, l’homme avec Lui doit lui aussi réparer par des sacrifices.

 

- Qui nous montrera les biens qu’on nous promet ? C’est une terrible question qui anticipe l’apôtre saint Thomas. Il nous faut toujours des signes pour croire, et pourtant beaucoup à cause de leur demande de signe se perdront pour n’y avoir pas correspondu. David en appelle à la foi qui est la sœur jumelle de l’Espérance, mais bienheureux celui qui croit sans avoir vu, car celui qui a vu et qui rejette sa raison de croire commet un péché contre l’esprit. David conditionne l’espérance en Dieu à la nécessité de poser des actes de justice, l’action de grâce est un acte de justice. Notre journée doit être un acte d’action de grâce pour qu’elle porte des fruits qui rayonnent sur la communauté des saints, l’Eglise militante.

 

« La lumière de votre visage a été marquée sur nous, Seigneur ; vous avez donné la joie à mon cœur. » (v.7)

 

- La lumière de votre visage a été marquée sur nous, Seigneur ; la circoncision du prépuce met à part le peuple élu, signe d’une élection.

 

Souvenons-nous de Moïse, sa rencontre avec YAHWEH dans la tente, il voile son visage tant il était chargé de la lumière divine, surnaturelle, ce qui nous donne un avant-goût de ce que sera notre transfiguration avant notre ascension, et ce que sera la gloire de notre corps ressuscité et glorifié.

 

- Vous avez donné la joie à mon cœur, David a fait l’expérience de l’intimité de Dieu, car il n’a rien concédé au mensonge, et s’est repenti quand il a péché. Il reconnaît la bienveillance de son Créateur sur lui dont il doit son élection comme roi sur Israël, mais aussi, selon la parole du prophète Nathan, par sa descendance. Il règne jusqu’à la fin des temps, la consom­mation de tout.

 

« Ils ont eu en abondance le fruit de leur froment, de leur vin et de leur huile. » (v.8)

 

- Ils ont eu en abondance le fruit de leur froment, de leur vin et de leur huile. Ce verset a deux lectures simultanées ; quelle que soit l’intention de l’acte, chacun reçoit sa mesure de justice et de miséricorde ; c’est ce qu’il faut comprendre par froment, vin et huile, ces trois éléments représentent l’intention et l’acte de l’homme, de chacun de nous à travers les siècles et singulièrement pour ceux qui portent comme le peuple élu une élection que est signifiée par le sacrement du baptême. La récolte de nos décisions est en relation avec notre cœur et notre volonté à rechercher et servir la vérité. Les fruits du froment, du vin et de l’huile ont la qualité de nos intentions qui précèdent l’acte, mais qui sont en elles-mêmes des actes.

 

« Dans la paix je m’endormirai et je reposerai tout à la fois, parce que vous, Seigneur, vous seul m’avez établi dans l’espérance. » (v.9-10)

 

- La confiance du roi David en son Dieu est totale, elle est celle d’un enfant qui s’endort en sûreté sur le sein de sa maman. Elle est celle de Saint Joseph qui s’endort dans les bras de Jésus à la veille de sa mission publique. Cette attitude intérieure est la seule qui vaille pour nous chrétiens, frères de Jésus, c’est une urgence de nos jours où nous sommes tentés de nous laisser gagner soit par une indifférence polie à ce qui se passe autour de nous, soit par une inquiétude jusqu’à la suppression du discernement, et c’est alors que le démon distille sa peur, nous détournant de l’espérance. Nous devons nous endormir chaque soir dans la certitude que nous sommes dans les mains du Bon Dieu, c’est par là que se nourrit notre espérance qui ne calcule pas, ne spécule pas sur l’avenir. Nous devons demander d’être de la Bienveil­lance de Dieu ; la Justice divine est notre alliée, car elle ne peut se départir de sa Miséricorde.

Pierre Aubrit

[1]- St Louis Grignon de Montfort parle de changement de peau, Marie est l’éducatrice de l’homme nouveau.

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