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7 mars 2021 7 07 /03 /mars /2021 20:30

Les huit apparitions de la Vierge Marie à la petite Mariette Beco pendant l’hiver 1933 ont fait du hameau de Banneux en Belgique wallonne, au sud-est de Liège, un lieu de pèlerinage qui accueille chaque année un demi-million de pèlerins du monde entier.

Une famille modeste peu pratiquante. 

Dimanche 15 janvier 1933 vers 19 heures. Nous sommes dans la cuisine de la famille Beco. Un poêle à charbon chauffe la petite pièce, une lampe à pétrole se trouve sur la table de la cuisine. Les Beco vivent à l’écart : papa a construit une petite maison ouvrière pour les siens à un bon kilomètre du village de Banneux, dans la commune de Louveigné (intégrée depuis 1977 à la commune de Sprimont).

Les parents y vivent avec leurs sept enfants nés sur douze ans. Mariette (12 ans) est l’aînée, « l’active petite maman d’un ménage où la vraie maman, épuisée, est souvent malade ». Une journée éreintante touche à sa fin : trois des sept enfants ont été souffrants. 

Maman berce le dernier-né qui a à peine trois mois. Papa est allé mettre au lit la petite Simone dans la pièce à côté. Il s’est étendu auprès de la fillette et s’est endormi. Alphonse et André dorment à l’étage. Le petit René est couché sur une paillasse à côté du banc sur lequel Mariette est agenouillée. Elle guette le retour de son frère Julien, en vadrouille depuis le matin.

Qu’ont-ils fait ce dimanche-là ? Nous n’en savons pas grand-chose. Mais nous savons qu’ils n’ont pas été à l’église, car les Beco ne pratiquent pas, en tout cas pas avec une régularité exemplaire. Il est vrai que Mariette avait commencé le catéchisme en vue de la première communion (qui se faisait à l’âge de 12 ans), mais depuis trois mois, elle n’y était plus allée. Elle ne s’entendait guère avec le chapelain Louis Jamin, avait exprimé le souhait de ne plus suivre la catéchèse, et son papa n’en avait pas fait un problème. « Tu ne feras pas ta communion, c’est tout. »  
 


L’apparition de la Vierge Marie. 

Mariette guette le retour de son frère Julien, mais c’est quelqu’un d’autre qui se présentera ce soir-là dans le jardinet. Une dame, très belle, très jeune, rayonnante d’une lumière intérieure.
- « Mon Dieu, maman, je vois une dame dans le jardin ! Si bien habillée, si élégante ! »
- « Laisse-moi tranquille, c’est des sottises ! »
- « Mon Dieu, maman, on dirait la sainte Vierge ! »
« Oui, c’est peut-être la sainte Vierge », ironise la maman.

Pourtant, la maman sort de son engourdissement : sa fille n’est pas du genre à rêvasser, encore moins de choses pieuses. Mariette aurait-elle aussi de la fièvre ? Madame Beco vient à la fenêtre, soulève le rideau et voit également une silhouette blanche : « C’est une macrale (une sorcière) », dit-elle.

Mariette se met à égrener le chapelet qu’elle avait trouvé quelques jours auparavant sur la route. La belle dame lui fait signe de la main, l’invitant à sortir. Mariette se dirige vers la porte, mais sa mère donne un tour de clé, l’empêchant ainsi de rejoindre la dame. Quand Mariette revient à la fenêtre, la lumière a disparu.

Quand Julien rentre, il se fait réprimander. Mais pour une fois, il a une bonne excuse : l’abbé Jamin est en train de former le patronage et il a emmené les enfants en excursion. Mariette lui confie qu’elle a vu « quelque chose de beau ». Pour toute réponse, elle reçoit cette phrase : « Tu es sotte ! » Et tout le monde va se coucher.  

Dieu vient à l’homme. 

Le lendemain matin alors que le père Beco allume le feu, sa femme lui raconte tout. Dans le jardin, elle lui montre l’endroit où se tenait la silhouette. Les Beco sont un couple très uni, ils n’ont pas de secret l’un pour l’autre, et ils adorent leurs enfants. Quand Mariette descend, le père l’accueille de mauvaise humeur : « Tu deviens sotte ? » Mais devant le regard limpide de son aînée, il se ravise, se fait indiquer l’endroit de l’apparition.

Mariette indique exactement le même lieu que Madame Beco. Alors le père se pose des questions : sa fille ne lui a jamais menti. Elle lui ressemble, et pas plus que lui, elle ne supporte de voir sa loyauté mise en doute. Voilà une famille tout à fait normale. Une dimension n’est pas très présente : la vie de foi, la vie chrétienne, la prière, la pratique religieuse. Apparemment, Marie ne s’en offusque pas.

Un proverbe allemand dit : « Si le prophète ne vient pas à la montagne, la montagne ira au prophète. » L’homme ne va plus à Dieu ? Qu’à cela ne tienne, alors Dieu viendra à l’homme. La terre se désintéresse du Ciel, le Ciel ne saurait ignorer la terre. Il nous arrive d’être assez bête pour croire que nous pouvons nous passer de Dieu.

Heureusement, Dieu ne nous en veut pas et n’hésite pas à nous dire qu’il ne peut pas se passer de nous. Il me semble que la famille Beco est représentative de beaucoup de familles de l’époque et d’aujourd’hui. Dieu, Jésus, l’Esprit saint, Marie, les saints ne trouvent pas la place qu’ils devraient avoir.  

« Source jaillissant en vie éternelle ». 

Lorsque la belle dame revient le 18 janvier, Mariette l’attend dehors : à genoux sur le sentier, elle récite le chapelet, alors que sa maman ne l’avait jamais vu prier.

Plus question donc que maman l’empêche de sortir ; la petite a pris les devants. Marie la rejoint dans le jardin et l’invite à la suivre : confiante, la voyante se met en route, sans trop savoir où elles vont.

La belle dame, et c’est remarquable, avance à reculons, toujours tournée vers Mariette, un peu comme une maman qui apprend à son petit enfant à faire ses premiers pas. À deux reprises, elles s’arrêtent, Mariette s’agenouille et dit quelques « Ave ».

Puis, elles repartent. Après une petite centaine de mètres, Mariette fait un quart de tour et se tourne : au pied d’un talus, il y a une petite source. La flaque d’eau est recouverte d’une couche de glace, car il fait glacial : - 12°. « Poussez vos mains dans l’eau. » Mariette brise la glace et s’exécute. 

« Cette source est réservée pour moi. » 

Le lendemain, la belle dame révélera son nom, le vocable sous lequel elle est invoquée à Banneux : « JE SUIS LA VIERGE DES PAUVRES. » 

À nouveau, elle conduit Mariette à la source.

Un malentendu fait apparaître la candeur de la petite. « Belle Dame, hier vous avez dit que cette source est réservée pour moi, pourquoi pour moi ? » (et elle se montre elle-même).

Avec un grand sourire, la dame clarifie les choses : « Pas pour toi ; ni pour moi : pour toutes les nations, pour les malades. »  

L’eau de notre baptême. 

Où se noue notre relation vitale avec le Christ, si ce n’est dans l’eau du baptême ? Marie entreprend donc avec Mariette et chacun de nous un pèlerinage à la source de notre foi. « Vierge des Pauvres, conduis-nous à Jésus, source de la grâce », dit la première invocation.

« Pousser les mains dans l’eau », c’est se ressourcer dans la grâce de notre baptême qui a fait du fils d’homme que nous sommes un fils de Dieu. « L’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source jaillissant en vie éternelle » (Jean IV, 14).

Le mot « nations » (que Mariette ne connaissait d’ailleurs pas) nous fait évidemment penser à la dernière parole de Jésus dans l’évangile selon saint Matthieu : « Allez, dit le Seigneur aux apôtres, de toutes les nations, faites des disciples ; baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ; et apprenez-leur à garder tous mes commandements » (Matthieu XXVIII, 19).  

Et l’eucharistie, me direz-vous peut-être ? 

« Je désirerais une petite chapelle ! » Tel fut le désir exprimé par la Vierge des Pauvres le 20 janvier, avant d’imposer les mains sur Mariette et de disparaître.

Une syncope empêche la fillette de se souvenir avec précision de la fin de l’apparition. En tout cas, elle n’a pas entendu la Belle Dame lui dire « Au revoir ». Le chapelain Jamin voit dans le geste de la Vierge la fin des apparitions ; mais Mariette ne peut le croire.

Fidèlement, elle sort chaque soir pour prier le chapelet. Son désir est si fort qu’elle prie parfois jusqu’à sept chapelets ! Sa vie a d’ailleurs complètement changé : le mercredi matin, elle va à la messe et au catéchisme. Pendant trois longues semaines, rien ne se passe : l’abbé Jamin semble avoir raison.

Le 11 février : joie immense. La Vierge apparaît pour la cinquième fois, conduit l’enfant vers la source et lui confie la raison de sa venue : « Je viens soulager la souffrance. » Ce même soir, Mariette, accompagnée d’un prêtre qui a assisté à l’apparition, retrouve le chapelain.

Chemin faisant, ils parlent ensemble. « As-tu déjà fait ta première communion ? » 

La question suscite un désir dans le cœur de la voyante, car arrivée à la cure, elle exprime son intention de communier dès le lendemain matin. Les objections du chapelain n’y changent rien : Mariette communie pour la première fois le dimanche 12 février 1933. 

« Je désirerais une petite chapelle ! » 

Spontanément, nous pensons à la chapelle qui se trouve maintenant dans le jardin de la famille Beco. Mais plus profondément, ne sommes-nous pas chacun et chacune cette petite chapelle dans laquelle le Seigneur veut venir habiter ? Et de manière éminente chaque fois que nous recevons le Seigneur Jésus dans l’eucharistie ? Est-ce que, par l’imposition des mains, Marie n’a pas béni en Mariette le désir de l’eucharistie pour qu’il grandisse et se réalise le lendemain de sa cinquième visite ?  

Des gestes divins. 

L’imposition des mains peut avoir de multiples significations. Elle peut être signe de bénédiction (Matthieu XIX, 13 : Jésus bénit les enfants qu’on lui amène). Elle peut apporter la guérison aux malades (cf. Marc XVI, 18 ; Jacques V, 14 ; Actes IX, 17).

Elle peut vouloir signifier la mise à part pour une mission particulière (1 Timothée IV, 14 et 2 Timothée I, 6 : Paul confère l’ordination à son disciple Timothée). La « bonne parole » devient ainsi un bienfait. Mais quel est donc le bien que Dieu veut nous faire quand il promet de nous bénir ?

Une belle image utilisée par un père de l’Église, saint Irénée de Lyon, peut nous aider à voir le sens profond de l’imposition des mains et de la bénédiction.

Lorsqu’il médite sur le mystère de la Trinité, il parle du Fils et de l’Esprit comme des « mains de Dieu ». « Comme si Dieu n’avait pas ses mains à lui ! De toute éternité, il a auprès de lui le Verbe et la Sagesse, le Fils et l’Esprit. C’est par eux et en eux qu’il fait toutes choses. » (Contre les hérésies, IV, 20, 1 SC 101bis, p. 626).

Avec ses deux mains, par le Christ et par l’Esprit Saint, le Père veut façonner chaque créature, en particulier l’être humain qui est à son image et à sa ressemblance. Parce que nous avons repoussé le Seigneur, la ressemblance s’est effacée.

Mais si nous le désirons, le Père nous reprend en main pour nous recréer. L’imposition des mains et la parole de bénédiction sont alors des gestes divins qui veulent nous rendre notre dignité profonde, celle de fils et filles de Dieu.  

L’essor du pèlerinage. 

Le village de Banneux était déjà consacré à la Vierge Marie avant les apparitions. Pour la remercier d’avoir été épargnés lors de l’invasion allemande en août 1914, les habitants l’avaient en effet renommé Banneux-Notre-Dame.

Cependant, l’événement était tombé dans l’oubli et les familles du village ne se manifestaient pas par leur ferveur.

Après les apparitions de 1933, l’abbé Jamin constate que l’atmosphère change radicalement, de nombreuses familles revenant durablement à la pratique.

Avec la construction d’une chapelle, inaugurée dès l’été 1933, puis la reconnaissance des apparitions par l’évêque de Liège Mgr Louis-Joseph Kerkhofs, le 22 août 1949 (la même année que les apparitions voisines de Beauraing), un pèlerinage actif s’est mis en place, qui dure jusqu’à nos jours. Des triduums des malades y sont notamment organisés.  

Adieu. 

Mariette est née le 25 mars 1921, jour de l’Annonciation : raison pour laquelle on l’a appelée Mariette, petite Marie. Joyeux événement chez les Beco. Mais en 1921, ce 25 mars était aussi le Vendredi Saint.

Oui, Banneux est un entrelacement de mystères joyeux et de mystères douloureux. Mariette a connu tant de souffrances dans sa vie. Ce qui lui a permis de tenir la tête hors de l’eau, c’est la prière (« Priez beaucoup », dit la Vierge lors des trois dernières apparitions) ; mais c’est aussi et surtout la promesse de Marie : « Ma chère enfant, je prierai pour toi. »

Elle est décédée le vendredi 2 décembre 2011, premier vendredi du temps de l’Avent, ce temps de grâce où toute l’Église crie de tout cœur : « Viens, Seigneur Jésus. » Oui, ce jour-là, Jésus est venu la prendre chez lui, exactement neuf mois après l’anniversaire de la dernière apparition.

Elle s’est éteinte inopinément alors que l’infirmière faisait sa toilette. L’ « Adieu » de la Sainte Vierge du 2 mars 1933, lors de sa huitième apparition, avait fait pleurer Mariette parce qu’il avait remplacé l’ « au-revoir » par lequel les autres apparitions s’étaient terminées. « Nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision. » (2 Corinthiens V, 7)

Un long chemin de foi de 78 ans et neuf mois a débouché, enfin, sur la claire vision.  

 

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4 mars 2021 4 04 /03 /mars /2021 20:33

Annonciation des Portes saintes 

de l’église Notre-Dame et St-Thiébault

« Qu’il m’advienne selon Ta parole »

 

Chers amis,

Nous voici en plein carême ! Mais qu’est-ce que le carême ? Un temps de préparation, de maturation, quarante jours d’exercice sur nous-mêmes pour voir clair sur notre situation d’exilé et pour faire retour, c’est-à-dire “ techouva ” comme disent nos frères juifs, ou “ metanoïa ”comme disent les orthodoxes. Ce sont quarante jours de conversion plus intense qu’à l’ordinaire car au loin, à l’horizon, se profile la “ Terre Promise ”, celle où coulent le lait et le miel.

Nous voilà donc face à une offre de Dieu, une possibilité de sortir de l’exil, de sortir de l’Egypte intérieure, si nous le voulons, si nous le décidons, si nous prenons les moyens de passer de la mort à la Vie. « Je mets devant toi la vie et la mort, choisis la Vie » nous dit le Seigneur.

Pourquoi quarante jours ?

Parce qu’il y a eu les quarante jours et quarante nuits pendant lesquels Dieu a purifié et renouvelé le monde par les eaux du déluges, avant de conclure l’alliance avec Noé ; parce que pendant quarante ans les hébreux ont été dans le désert à leur sortie d’Egypte ; parce que pendant quarante jours et nuits, Moïse demeura, seul, sur la montagne du Sinaï pour recevoir les Préceptes divins, les Mitsvots, plus connus sous le nom des dix Commandements ; parce que pendant quarante jours et nuits, Elie jeûna sur la montagne avant d’entendre le bruit d’un silence subtil dans lequel Dieu passa près de lui ; parce que dans le livre du prophète Jonas, il est annoncé qu’après quarante jours Ninive sera détruite si elle ne se convertit pas, et que les ninivites, réagissant et jeûnant pendant quarante jours, Dieu leur  pardonna; enfin parce que le Christ, lui-même, jeûna quarante jours au désert après son baptême dans le Jourdain.

Quarante, chiffre de plénitude, d’accomplissement, de maturation, d’achèvement, c’est sur ce modèle des quarante jours du Seigneur au désert que l’on prépara pendant quarante jours les catéchumènes au baptême qui avait lieu le jour de Pâques ; aujourd’hui on baptise hélas rarement à Pâques mais Pâques reste la ré-actualisation de notre baptême et on la prépare par cette sainte quarantaine, dîme de l’année que l’on donne au Seigneur, conversion de la mort à la Vie.

Le carême c’est un pèlerinage, c’est une mise en route pour la Terre promise et dans un pèlerinage, il est bon d’avoir un guide pour ne pas s’égarer. Les hébreux avaient eu Moïse comme guide dans le désert, un grand savant, un prince d’Egypte, un prophète, un homme à poigne, une forte personnalité.

Si vous n’avez pas déjà choisit un guide, je vous propose de prendre comme guide pendant ce carême Marie, une jeune fille de Nazareth, une femme simple du peuple mais qui basa toute sa vie sur cette affirmation à l’ange Gabriel : “ Je suis la servante du Seigneur ; qu'il m'advienne selon ta parole ! ” et devint la Mère de Dieu.          

Cette phrase est un legs extraordinaire qu’elle nous a fait. A nous de la reprendre à notre compte et de nous exercer pendant ce carême dans les petites choses, les tous petits événements, pour qu’un jour nous y arrivions dans les plus grandes, dans les grandes joies et dans les grandes épreuves : “ Je suis la servante du Seigneur ; qu'il m'advienne selon ta parole ! ”. Ce n’est certes pas facile, aussi demandons lui son aide, demandons-lui de la répéter avec nous, demandons-lui de la dire pour nous si nous n’y arrivons pas, et puis, n’oublions pas que, comme elle, « nous sommes comblés de grâce et que le Seigneur est avec nous ».

“ Je suis la servante du Seigneur ; qu'il m'advienne selon ta parole ! ” alors comme elle, nous serons déifiés !

Bon et joyeux carême ! 

Avec toute mon affection !

Père Pascal

 

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24 février 2021 3 24 /02 /février /2021 20:30

Extrait d'un interview prophétique de René Girard

... En Europe, on revient à une forme d'individualisme humaniste qui semble assez anachronique, à l'idée d'un homme totalement maître de lui-même... Je crois qu'on va, de plus en plus, vers l'effritement de ce mythe humaniste.

Mais je ne peux pas dire si de la dissolution du mythe humaniste va dériver un retour au religieux.

Ce retour pourrait aussi venir sous des formes aberrantes.

... De façon plus générale, sur la question du retour au religieux en Occident, je pense que l'antichristianisme se renforcera de plus en plus. Il y aura des renouveaux chrétiens importants, mais limités.

Je vois là une situation objectivement apocalyptique, puisque le monde est vraiment, physiquement, menacé.

Et plus la défaite du titanisme s'accentuera, plus le monde sera contraint d'adopter des positions extrêmes.

Alors, certains réagiront en faveur du christianisme, mais ce seront toujours des minorités.

Chaque renaissance religieuse sera numériquement faible, et verra, face à elle, l'expansion de formes vulgarisées, populaires et "barbares".

... Les hommes se mettent eux-mêmes, grâce à la puissance qu'ils ont acquise, dans une alternative : ou bien ils deviennent des saints ou bien ils se détruiront.

L'ouverture de la liberté chrétienne c'est cela, l'apocalypse c'est cela. Il semble que les hommes ne soient pas capables d'empêcher leur autodestruction, et qu'ils en seront incapables encore longtemps.

Mais condamner la technique en soi, c'est faire d'elle un bouc émissaire. Ainsi, dans Was ist Metaphysik ?, Heidegger donne quelques exemples de la technique et puis l'oppose aux temples grecs.

Mais si l'on se retrouvait dans l'univers du temple grec, sans technique, nous serions tous vraiment malheureux !

Placés à l'improviste dans un univers sacrificiel, nous découvririons que pour nous ce serait invivable.

En fait, ce que nous voulons, ce sont les avantages de la révélation chrétienne, sans les responsabilités.

Les intellectuels sont disposés à tout accepter, sauf le mot "morale", c'est-à-dire les barrières à l'action individuelle.

Et pourtant, nous vivons dans un univers où s'impose la nécessité de poser des barrières à l'action individuelle, dans le rapport avec les autres.

Il y a la nécessité d'une conscience morale qui soit d'autant plus exigeante que le monde devient plus dangereux.

Les exigences morales semblent devenir toujours plus larges, et plus le pouvoir de l'homme augmente, plus elles grandissent.

Ce que disent les gens de gauche correspond à la réalité, que les pouvoirs, de nos jours, sont tous plus industriels que politiques.

Et on a vraiment l'impression que les hommes sont incapables de se modérer.

Ce qui est terrifiant aujourd'hui, c'est qu'on a l'impression que l'on n'a rien appris. Il y a toujours plus de puissance dans un monde qui devient chaque jour plus petit.

...Nietzsche n'a pas vu qu'on se dirigeait vers un monde fait de limites toujours plus contraignantes et étroites.

Aujourd'hui, nous sommes dans une cage, et si nous forçons les barreaux, le monde explose.

Cela, Nietzsche ne l'avait pas vu. Je pense qu'il est complètement anachronique. Comme Freud.

Tous les deux voulaient nous faire croire que les interdits, les prohibitions, sont des limites inventées par des personnes qui veulent nous empêcher de nous divertir.

L'interdit, ce n'est pas cela, c'est la leçon principale de la technique.

C'est de ne pas tuer l'autre, pour ne pas mourir, ou nous pardonnons les offenses, ou nous n'avons plus le choix.

Dans le sacrifice du Christ, le système du bouc émissaire est révélé par une petite minorité qui résiste à la pression collective.

Mais ceci a quelque chose de paradoxal, du fait que c'est une minorité qui résiste à la pression collective ; puisque elle est petite, elle devrait d'autant plus être absorbée par le désir mimétique !

La résurrection du Christ et la descente du Saint-Esprit sont une même chose. Il faut voir la résurrection comme signe de l'Esprit, et non pas comme le miracle qui, stupéfiant les foules, sacralise un événement.

Comme signe de l'Esprit que la vie est là. La résurrection des morts est liée à ce signe du Saint-Esprit, ce n'est pas un tour de prestidigitation inventé par le christianisme.

L'espérance chrétienne est précisément le fait que le monde fondé sur la mort est un monde faux.

Il doit y avoir une vie qui soit sauvée de la mort, et c'est de cela que la résurrection est le signe.

La résurrection doit être entièrement comprise à la lumière et la révélation de l'Esprit.

La Pentecôte et la résurrection sont une même chose.

Messine, octobre 1999

Publié dans Nouvelles Clés

Printemps 2002

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